
Loopkin
Lyon, France

20 août 2004 à 13:06
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Oui, les gares... Ça aussi, c'est quelque chose. J'avais écrit un texte aussi, dans une gare. Je ne l'ai pas sous les yeux, bien sûr, mais je pourrais essayer de le réécrire. D'autant plus que dans ce cyber là, il y a des accents. Vendredi 3 juillet 98, 22h, Gare de Lyon. S'il fallait résumer mon état en un seul mot, je dirais: impatience. Depuis trop de jours, j'attends le moment qui va se produire dans quelques minutes. La dernière fois que je t'ai vue, tu étais toute endormie dans ta chambre d'étudiante, il était 6 ou 7 heures, je te faisais une dernière bise, et je partais pour 4 heures de route pour rentrer chez moi à Paris, avec toutes mes affaires: l'année était terminée, mon stage ouvrier allait commencer dans quelques jours. C'était il y a une semaine, mais j'ai l'impression que j'ai vécu toute une vie sans toi ces quelques jours. Il y a eu le retour seul dans la voiture sur l'autoroute, avec la vallée de la Saône à ma droite, et le soleil qui se levait loin au nord est. C'était le jeudi 25 juillet au matin, j'avais décalé exceptionnellement mon retour sur Paris de quelques jours, vu les circonstances nouvelles. Ensuite, il y a eu Paris, mon père, mes amis, et à chaque fois, les discussions jusqu'au bout de la nuit. On parlait de quoi? De nous, de notre rapprochement d'il y a quelques jours. Puis, tout a basculé, je me suis retrouvé du jour au lendemain sur ce campus désert du Mans et dans cette sale usine oú je n'entendais que le bruit des machines, oú l'huile m'éclaboussait le visage et entrait dans les coupures de mes mains. Je faisais les 2/8, et chaque minute m'apparaissait une heure. Je comptais, pour tuer le temps invincible, le nombre de minutes qui nous séparait de ce moment, maintenant, sur le quai. Puis le vendredi est finalement arrivé, de longue minute en longue minute. Heureusement, cette première semaine était du matin, de 5h42 à 14h00 tous les jours. J'ai pu arriver tout à l'heure à Paris assez tôt. Maintenant, je vois les deux feux blancs de la motrice du TGV Lyon - Paris de 22h04 sinuer doucement au loin, cherchant son chemin dans ce ramificat de voies ferrées. Ils ne se trompent pas, progressivement, le train se déploie dans le virage, se resserre, et les deux yeux grossissent. ...Eloignez vous de la bordure du quai s'il vous plait... Le TGV 5208 en provenance de Lyon- Perrache entre en gare... Le serpent freine dans un crissement honteux de décibels, comme à chaque fois qu'un TGV freine. Mon coeur bat la chamade. Je m'avance vers le repère de la voiture 16. La loco et moi, nous nous croisons, indifférents, chacun obnubilé par une seule pensée: atteindre le point qui est juste devant, à quelques dizaines de mètres. Paris- Gare de Lyon, ici Paris Gare de Lyon, terminus de ce train, tous les voyageurs sont invités à descendre du ... je n'écoute pas la voie automatique. Je cherche anxieusement la voiture 16. 15, 16. Ça y est. Je cherche dans la foule des gens debout dans le wagon. Je ne te vois pas, je ne te vois pas. Je ne te vois pas. Il y a une fille très belle, avec une robe blanche, qui me regarde en souriant juste derrière la vitre. Je ne l'avais pas encore vue. Mes yeux passaient et repassaient sans la voir. C'est toi. Il est 22h05, on est le 3 juillet 98, et je sais que désormais ma vie ne sera plus jamais comme avant. Une décharge de bonheur me pulvérise. Tu finis par descendre, génée par cette foule hostile de gens qui ne comprennent pas notre bonheur en cet instant. Eux, ils sont heureux, car la France vient de gagner les quarts. Tu sautes sur le quai, et nous nous serrons à nous briser. La surprise de l'intensité d'un tel bonheur nous laisse muets pendant de longues minutes. Nous ne savons plus rien, nous ne comprenons plus qu'une seule chose: maintenant, la route continue à deux. Et ces instants suspendus dans le temps et l'espace, gravés à jamais, ils se reproduiront plusieurs fois dans la gare de Lyon, dans la gare routière de Perrache, et à l'aéroport de Varsovie. Et à chaque fois, avec la même intensité. Merci Philo de me rappeler qu'il y a aussi les gares, leurs adieux déchirants, et les retrouvailles brûlantes.
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