
Khaldoun Strasbourg, France

6 septembre 2006 à 9:59
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Ça me rappelle une arnaque dont j’ai été le témoin privilégié il y a quelques années. Je me promenais dans la jolie Médina de Casablanca, dont on ne vante pas, je le dis en passant, suffisamment les charmes en comparaison avec celles de Fès et de Marrakech, et je suis entré dans une boutique de vêtements en cuir. Les vestes en cuir sont une aubaine au Maroc. On en trouve d’excellente qualité, pour tous les goûts et à des prix imbattables en France. Pendant que je furète, que je palpe et que j’essaie, le vendeur est occupé avec deux jeunes clients, un Italien s’exprimant dans un français balbutiant et un Marocain. Je comprends très vite à la timidité du premier, à son parler chevrotant et à la rougeur de ses joues qu’il est dans une situation de grand embarras. Une kyrielle de vestes sont alignées devant lui, il en a essayé plusieurs, il est en train de faire son choix, mais il n’a pas encore osé poser la question qui lui brûle les lèvres et que tout le monde attend. Où sont les prix ??? En désignant une veste, il se décide enfin à la poser d’une voix d’une extrême douceur, comme un étudiant qui craint de poser une question idiote en public. Le bonhomme à ses côtés est l’interprète. Il traduit impeccablement la question en arabe au vendeur, mais y ajoute aussitôt le plus tranquillement du monde « N’oublie pas ma part ». Le vendeur lui répond 2000 dirhams, (à peu près 200 euros), que le Marocain transmet à l’Italien. Ce dernier, qui a dû lire quelque part qu’au Maroc il faut tout marchander, esquisse une moue. Il a lu ou entendu dire que les commerçants sont fâchés si on ne leur discute pas les prix, que c’est dans la culture locale et que c’est une question de respect. C’est donc parti pour quelques palabres réglementaires, où l’Italien se révèle d’une naïveté et d’un amateurisme émouvants. Entre deux essais, j’ai du mal dans un coin de la boutique à réprimer une folle envie de rire. Le trio de négociateurs de haut vol finit par tomber d’accord : ce sera 1500 dirhams (150 euros), alors que, précisons le, la veste en question coûte normalement 900 dirhams (90 euros) au grand maximum. Le Marocain a beaucoup plaidé en faveur de son "ami" italien. On le voit faire de grands gestes, affecter le dépit et l’exaspération, simuler l’envie de partir voir ailleurs sur le champ. En vérité, il est en train de discuter sa commission. Le vendeur le trouve trop gourmand : 300 dirhams (30 euros), une coquette somme là-bas, quelque chose comme le salaire hebdomadaire d’un ouvrier débutant. Un accord là aussi est trouvé sur le fil : la com’ sera de 200 dirhams (20 euros). Le Marocain indique alors à l’Italien que le prix de 1500 dirhams est un prix cassé et qu’il fait là une excellente affaire. La suite est cocasse : l’Italien paie 1500 dirhams cash, prend possession de son bien et s’en va, souriant, talonné par son ami/guide/interprète qu’il remercie chemin faisant pour ses bons offices. Mais à peine 10 minutes se sont-elles déroulées que notre intermédiaire refait son apparition dans la boutique, essoufflé, le front baigné de sueur, le débit court. "Ahmed, mon frère…" Pour toute réponse, le patron de la boutique lui remet sèchement un billet de 200 dirhams flambant neuf, un billet que l’Italien venait certainement de retirer à un distributeur. L’autre lui passe les bras autour du cou et l’embrasse avec effusion, "merci mon frère, qu’Allah te protège, ça, c’est une excellente journée, Allah est grand. J |