Sur la plage de Mahabalipuram, non loin du petit temple du Rivage qui défie les siècles et les flots, une fête paisible se déroule chaque jour au coucher du soleil, fête qui a lieu sans doute ailleurs sur la côte de l'océan indien, mais c'est là que j'ai surpris ces mystérieuses réjouissances. A la fin du jour, les gens du village arrivent de partout en famille, en couple, seuls ou avec des amis, jeunes hommes rieurs, enfants en pagaille, femmes dans leurs saris aux couleurs criardes ou subtiles et leur allure de princesse.... Dans une sorte d'allégresse, ils courent vers la mer, tournant le dos au soleil qui disparaît paresseusement. Avec des cris et des rires, ils se mouillent et s'éclaboussent comme s'ils découvraient l'océan pour la première fois de leur vie. Ils ne s'aventurent pas très loin car les vagues sont redoutables et la plupart ne savent pas nager. Les hommes risquent quelques brasses, les enfants, surveillés par les femmes plus âgées, jouent dans l'eau des vagues qui s'allongent sur le sable. Les adolescents les plus audacieux provoquent l'océan en plongeant et culbutant dans l'écume des crêtes. Ils nagent comme des poissons tandis que les filles piaillent en se tenant la main. Elles rient aux éclats et jouent à se faire peur. Leurs saris leur collent au corps et sculptent leurs hanches et leurs cuisses. Elles sont presque toutes menues et graciles. Jamais aucune d'elles ne se baigne en maillot. Certains restent sur la plage et s'y installent pour bavarder en buvant leur thé crémeux et sucré. En Inde, on vend du tchaï partout et on en boit à tout moment. Il y a dans l'air un parfum d'huile de coco qui émane des cheveux des femmes. Bien que la houle reste forte, avec le soir le vent se calme et la brise est légère comme la gaieté des indiens. Seule la proximité de la mer au coucher du soleil les rend réellement exubérants et leur donne une singulière ivresse. Dés qu'ils s'en éloignent, ils retrouvent leur retenue. Ce qui ne les empêche pas de se saluer, de s'interpeller et de deviser en dodelinant la tête de cette façon bien à eux de ne dire ni oui ni non, dans cette langue où nous n'avons aucun repère mais dont les sonorités monocordes nous semblent, à la longue, familières. C'est sur cette plage à la fin du jour que les oiseleurs viennent vendre leurs perruches atterrées au fond de leurs cages en bambou. Ils attirent peu de monde exceptés les enfants curieux, les gamins dégourdis et les petites filles aux tresses sages. Parfois des amoureux pudiques s'écartent du groupe, ils se tiennent discètement par la main. Tranquillement assis sur le sable, quelques mendiants loqueteux, perdus dans leur rêve et leur fatalisme, attendent avec patience la ration de riz qui leur viendra sûrement. Les rares étrangers qui se baladent sur cette plage éloignée du village passent inaperçus. Tout à leurs retrouvailles avec la mer, les indiens les ignorent. Moment privilégié pour les touristes : ils deviennent invisibles! Quand on quitte cette réunion festive pour se diriger vers le temple, on rencontre quelques solitaires plongés dans la contemplation de l'océan. immobiles et indifférents à notre passage. D'ailleurs les indiens n'ont souvent envers les touristes qu'une curiosité distante. La rumeur des bavardages et des rires mêlée à la houle nous suit longtemps. Les dernières éclaboussures du soleil ont disparu. La nuit commence déjà à poindre. Demain nous reviendrons peut-être goûter l'apaisement et la gaieté innocente de cette fête qui célèbre l'intimité des indiens de Mahabalipuram avec l'océan et leur surprise toujours recommencée.
Mahabalipuram, Inde du sud
N.B J'ai fait ce voyage en Inde du sud bien avant le tsunami. Je ne suis pas sûre que le temple du Rivage (Shore Temple) soit encore présent, je pense qu'il est en partie ensablé. Je ne suis pas certaine non plus que les indiens viennent encore à la rencontre de l'océan à la tombée du jour. ------- Eve-Sapho (Ce message a été modifié par sapho le 4 avril 2008 à 11:51.)
Mahabalipuram est l'un de mes plus jolis souvenirs de l'Inde du Sud que j'ai visitée en 1996 (10 ans déjà...). Voici deux photos pour illustrer ton texte, très agréable à lire. - Temple du rivage - Sur la plage ------- Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
(Ce message a été modifié par Fabricia le 22 août 2006 à 8:22.)
Images attachées:
Image postée par le membre Fabricia dans la discussion «Au coucher du soleil à Mahabalipuram (Inde)».
Image postée par le membre Fabricia dans la discussion «Au coucher du soleil à Mahabalipuram (Inde)».
Bonjour Sapho, Mab en a inspiré plus d'un, j'avais aussi écrit celui-ci il y a longtemps. Ce n'est pas à la même heure du jour. Et je n'ai pas non plus ressenti la même émotion que toi. Et pourtant, Mab reste une parenthèse différente et attachante. Je regrette de n'avoir pas fait l'effort d'aller sur la plage à la nuit tombante mais, avec ton texte mon imagination ..euh... imagine
Le soleil cogne , je garde mes sandales, le sable brûle, cendre blanche sans fumée. Je regarde où je mets les pieds même si les étrons du matin sont maintenant blanchis comme des os de mouettes.. Enfin le sable fonce et durcit, humide et frais je m’assois, abrutie de chaleur. Je m’étreins, les bras autour des genoux et le menton calé, j’observe mollement. Les cars ont déversés leur cargaison foisonnante de touristes indiens. Ils viennent du Nord, du Centre et n’ont jamais vu l’océan. Des grappes de femmes en saris chatoyants glapissent et gloussent, trempant leurs pieds aux chevilles grelottantes de bracelets. Quelques maris, cousins, frères font tomber leur pantalon et s’élancent vers l’eau métallique en slip marron informe ou caleçon tout aussi marron et informe. Ils tapent l’eau en gerbe avec la même vigueur qu’ils ont eu à pousser pour prendre leur place dans le bus. Une école caracole sur la plage. Enfants en uniforme sage, fillettes aux tresses ointes attachées de ruban rouge ou vert selon la classe. Les garçonnets en chemisette blanche délacent leur chaussure et courent vers l’eau. A peine quelques minutes et les institutrices frappent dans leurs mains dévoilant dans le geste des ventres mous qui ont déjà enfanté. Obéissants les gamins se rassemblent sans rechigner et déjà repartent. Quelques chevaux montés par des cavaliers arrogants et fiers paradent et proposent une promenade en croupe. Des femmes accroupies devant des braseros de fortune offrent pour une pincée de roupies des petits poissons rougis d épices et grillés. Il faut les sucer comme des bonbons et d’une dent précautionneuse arracher quelques brins de chair où accepter de les avaler d’un coup rapide tant les arêtes minuscules emplissent la bouche d’un jus piquant. Assis sur leurs talons calleux des hommes aux longis qui furent blancs mettent en bon ordre les mêmes souvenirs en coquillages que l’on trouve sur nos plages de France. Certains ont tendu entre deux piquets de bois un parasol de plastique. L’après midi est immobile, temps suspendu dans la chaleur écrasante. Il n’y a pas de bouées gonflables multicolores, pas de serviettes bigarrées entre lesquelles il faut naviguer,pas de corps huileux affalés, pas de parents énervés, pas de jeunes filles montrant leurs fesses rebondies et musclées, retenues par de fragiles ficelles , pas de radio crachant des décibels de musique discordante. Pas de seau et de pelles et pas de pâtés et château de sable. Pas de ballons frôlant les têtes.
Il n’y a rien : des éclats de rires, des claquements d’eau, du crottin, une mer étincelante, des vaguelettes qui viennent mourir en chuintant. Des cotonnades de fêtes emmaillotant des femmes brunes qui rient de l’instant de liberté, des bébés enfouis sous un pan de sari qui têtent indifférents et goulus.
Je retourne dans les rues qui résonnent de l’aube au crépuscule du marteau des tailleurs de pierres.
Dom.
(Ce message a été modifié par pondy le 22 août 2006 à 11:02.)
m ouais,je vais faire un peu le rabas joie desole,mais a mahabalipuram ce que je me rappelle,outre ce joli temple ou j etais alle,c etait aussi et surtout les vendeurs sur la plage...
Justement, la version rabat-joie m'intéresse! Un ami citant le peintre Catalan Tapiès a coutume de dire: "Lorsque tout le monde s'accorde sur la beauté la laideur n'est pas loin".
Et si tu y allais de ton couplet pour enrichir la perception que l'on peut avoir de cet endroit? ------- je penche donc j'essuie
ouah,on va encore me traiter de facho,neo liberaliste inflexible,colonialiste et autres,et aujourd hui j ai aps envie d en decoudre avce les bien pensants...
ouah,on va encore me traiter de facho,neo liberaliste inflexible,colonialiste et autres,et aujourd hui j ai aps envie d en decoudre avce les bien pensants...
Tu peux ne pas répondre. Ok, tu te laisses aller à la flemme. Tant pis pour moi. Mahamachinlàbas restera donc une carte postale de "routards". ------- je penche donc j'essuie
c etait deja touristique quand j y etais il y a 12 ans,ca a pas du s arranger... mais leurs sculptures sont belles. c est aps de la flemme,ce st de la fatigue mentale,toujours expliquer els meme trucs a des petits blancs qui ne comprennent rien ce st lassant a la longue...
Oulaaa, Shanti shanti brothers n' sisters siouplaît... Bien joli ces petits tours Merci tout plein Pondy et Sapho! Je n'ai pas (encore) été à Mahabalipuram, ca doit être touristique, oui, comme d'autres coins que j'ai aimé malgré les vendeurs de toutes sortes... C'est à cause de la réputation de l'ambiance d'Agra que je n'ai pas encore été voir le Taj' Mahal... Prochaine fois, c'est sur, j'irai le voir! vendeurs collants autour ou pas... Om Shanti ------- Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)
C'est super de pouvoir lire les impressions ressenties par un visiteur de Mamallapuram (son autre nom). J'y suis passé quelques fois, m'y suis arrêté et j'ai aussi aimé visiter et regarder les sculpteurs et leurs orfèvreries de pierres. Certes, c'est touristique, certes c'est parfois un peu encombré, mais qu'importe on peut aussi parler avec les gens. Quant aux vendeurs "à la sauvette" sur les plages, quand on sait comment ils se font brimer, chasser, mettre à l'amende par les hôteliers et gardes des plages, et que l'on prend le temps de parler avec eux, c'est tout un univers qui s'ouvre. Ces midérables marchands m'ont laissé des souvenirs inoubliables sous forme de chemins cachés de la vie indienne. Une petite photo pour accompagner.
Il y a vraiment peu de vendeurs sur la plage à Mahab....et vers 18.00, bien avant le Shore temple, là où les indiens se réunissent en début de soirée, il n'y en a aucun, exceptés les vendeurs de tchaï et de perruches... ------- Eve-Sapho
La plage de Sapho, celle de Fabricia et la mienne ne grouillent pas de vendeurs. En douze ans tes souvenirs s'emmêlent les pinceaux et celle que tu sembles évoquer se trouve de l'autre côté du temple du rivage, là où les touristes occidentaux se croient aux Seychelles et là, où les vendeurs s'agglutinent avec leurs peintures sur soie, leurs étoles et leurs nappes. Regarde bien la photo de Fabricia, c'est exactement ça, notre plage
"... c'est de la fatigue mentale, toujours expliquer les mêmes trucs à des petits blancs qui ne comprennent rien c'est lassant à la longue..."
Eh bien dis donc ! Ce n'est pas la modestie qui t'étouffe toi ! Tu pourrais peut-être ne pas généraliser et cesser de considérer les autres comme des ignards ! Naps et la connaissance universelle... Quant au reste de l'humanité... Pffft..
Quelle classe !
Dolma ------- un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage... (Ce message a été modifié par Dolma le 23 août 2006 à 8:59.)
Se pourrait-il que naps, souvent voyageur-éclair (n'est-il pas passé en peu de semaines de l'Asie au Québec en s'arrêtant en Alaska et déjà en partance pour l'Amérique du Sud?) soit passé à côté de votre endroit et ne garde de Mahab-etc que la version qu'il a fuie? Naps ou la fuite en avant? ------- je penche donc j'essuie
pataugas: je me suis apercu que ma reponse aurait pu etre mal interpretee de ta part: quand je parlais de petits blancs qui ne comprenent rien je ne pensais pas a toi,mais plutot a des gens comme dolma dont la reponse a mon egard illustre bien ce que je voulais dire. en tout cas pour toi pataugas,desole si je t ai vexee,c etait inintentionnel. voyage eclair? ouais,depuis l asie ca m aura pris 1 an pour arriver au quebec et j en ai encore 1 devant moi pour l amerique latine,on peut appeler ca eclair bien sur... pour ce temple a mahabalipuram celui dont je parlais en effet etait celui du rivage,qui est sur la droite au bout de la plage quand on sort de la route qui descend vers la mer. si ce texte faisait reference a un autre temple alors oui en effet,je me suis trompe et le reconnais. n empeche que j ai pas trop aime mahabalipuram,a part ses sculpteurs sur pierre qui sont des as... par contre j avais loue une moto a l epoque et m etais balade dans les endroits,notamment a tirukalikundram poour en visiter le temple et j avais bien aime.
(Ce message a été modifié par naps le 25 août 2006 à 13:37.)
Je n'ai pas été vexée, t'inquiète pas, (il m'en faudrait plus, même si c'était intentionnel) mais il n'y avait tout simplement rien à répondre. Pour le voyage que j'ai perçu comme étant un éclair, il m'avait semblé comprendre que c'était depuis Bangkok qu'en juillet tu demandais un sac de couchage pour l'Alaska. Je me serai trompée... PLEIN de bonnes choses à toi. ------- je penche donc j'essuie