
Alan
France
12 août 2007 à 3:02
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Bhoutan: petite histoire sur l'apprentissage de la démocratie
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Il était une fois, donc, un petit royaume himalayen coincé entre l'Inde et la Chine, appelé Bhoutan. Le royaume en question compte 670 000 habitants et, jusqu'à une date récente, il était dirigé par un souverain absolu, un des derniers de la planète : Sa Majesté Jigme Singye Wangchuck. Eh bien, figurez-vous que ce monarque de 51 ans a non seulement abdiqué l'année dernière en faveur de son fils de 27 ans, mais il a en outre décidé d'offrir la démocratie à son peuple. Seulement voilà, comment faire ? Parce que la démocratie, ça s'apprend… Il faut des partis, des bureaux de vote, des campagnes électorales, des débats et bien sûr des hommes politiques. Alors notre roi, qui est prudent, a décidé de prendre un peu de temps, histoire de ne pas rater ce moment historique. Il a d'abord demandé à ce qu'une Constitution soit rédigée. Celle-ci prévoit que le Bhoutan sera désormais une monarchie constitutionnelle, que le roi en exercice devra prendre sa retraite à 65 ans et que 60 % des terres du pays seront préservées de toute industrialisation. Et puis, Sa Majesté a fait imprimer des milliers de prospectus pour expliquer la démocratie à son peuple, il a dépêché dans toutes les provinces des fonctionnaires pour expliquer ce qu'étaient un parti et l'importance du vote, et, enfin, il a même organisé, en mai dernier, des fausses élections générales, avec deux faux partis en lice : les rouges et les jaunes. Le parti rouge était censé représenter les progressistes, avec un programme très osé d'industrialisation et de développement économique, alors que le parti jaune, lui, était celui des conservateurs et défendait les traditions bhoutanaises. Et c'est le parti jaune qui a raflé 46 des 47 sièges en jeu. Pourquoi ? Tout simplement parce que le jaune est la couleur du roi ! Car, le plus étonnant dans ce conte presque moral, c'est que le peuple bhoutanais n'est pas très sûr de vouloir la démocratie. L'Asahi Shimbun a rencontré un jardinier de 64 ans, Nakchung, qui est tout simplement inquiet. "Je voterai, si c'est ce que le roi désire, mais chaque fois que je regarde à la télé ce qui se passe chez nos voisins indiens, j'ai surtout l'impression que la démocratie ça conduit à la violence et aux émeutes." Mais lorsqu'on lui demande ce qu'il voudrait vraiment, il répond sans détour, comme beaucoup de ses concitoyens interrogés par le quotidien japonais : "Que le roi continue de régner, comme avant !" Et pourtant, il devra lui aussi s'y faire parce que le processus est en marche : en juillet, les partis politiques ont été officiellement enregistrés, la Constitution entrera en vigueur en 2008 et les premières élections générales se tiendront, pour de vrai cette fois, au début de l'année prochaine. Anthony Bellanger COURRIER INTERNATIONAL pour FRANCE CULTURE
(Ce message a été modifié par Alan le 12 août 2007 à 3:19.)
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