
rogerbarthas entre france et cambodge, France

15 octobre 2007 à 6:37
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Livres: Loung Ung "D'abord, ils ont tué mon père" - Pin Yathai "Tu vivras mon fils"
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« Tu vivras mon fils» Pin Yathay « D'abord, ils ont tué mon père» Loung Ung Les titres de ces livres, récits autobiographiques, donnent la tonalité émotionnelle de leurs contenus. Ces témoignages nous plongent dans l'enfer de la période khmers rouges, de la prise du pouvoir le 17 avril 1975 concrétisée par l'entrée dans Phnom Penh, à la survie miraculeuse de Pin Yathay (P.Y.) et de Loung Ung (L.U.) qui arriveront à gagner les camps de réfugiés à la frontière thaïlandaise. Au travers de ces livres, vous vivrez l'évacuation de Phnom Penh avec le regard de L.U. agée alors de 5 ans ou de P.Y., ingénieur de 31 ans, l'exode, les transferts de villages vers les camps de travail, de villages d'enfants vers les camps militaires. Vous comprendrez la faim, la mort, la haine, l'impossible révolte, l'organisation Kmers rouges (Angkar ... ) Au-delà du vécu particulier et du regard de leurs auteurs, ces témoignages se croisent et s'amplifient. Tous deux débutent par la prise du pouvoir et l'exode immédiat qui s'en suivie. L'évacuation des villes sous le prétexte mensonger de bombardements américains est l'acte fondateur du régime khmer rouge, c'est-à-dire la destruction de toute forme de civilisation, khmère comprise. Les populations urbaines formeront le peuple nouveau, les paysans seront eux le peuple ancien sur lequel s'appuiera le régime paranoïaque et sanguinaire de Pol Pot. «La nuit, les soldats patrouillent dans les villages, regardent dans les maisons, prêtent l'oreille. S'ils entendent, ou croient entendre des gens parler de politique, la famille entière aura disparue avant le matin. » L.U. p 81 «Celui qui proteste est un ennemi, celui qui s'oppose est un cadavre. » P.Y. p Au mépris du vivant, s'additionne celui des morts: «Après deux heures, nous fîmes halte. Le chauffeur et son coéquipier remarquèrent les cadavres et nous ordonnèrent de les descendre. On les étendit sur le bas côté. Apparemment ils devaient rester là. Quand elles le comprirent, leurs familles protestèrent en pleurant. La tradition veut que les morts soient enterrés ou incinérés. Les abandonner sur le bord de la route était impensable, sacrilège. » P.Y. p. 100. La répression khmère va bien au-delà de l'anti-capitalisme, la société khmère est riche en croyances diverses, aux astres, aux esprits. Les moines ont donc une fonction essentielle, ils font l'objet, comme tout intellectuels, d'une répression féroce: « Pour échapper à l'extermination, de nombreux moines ont laissé pousser leurs cheveux... Les temples sont de nouveau livrés à la jungle. Je me demande où vont aller les dieux maintenant que leurs maisons ont été détruites» L.U. p 84 Au mépris du vivant, des morts, ajoutons celui des Dieux, mais aussi celui de la famille « Les Khmers rouges encourageaient les enfants à dénoncer les parents dont le comportement ne respectait pas leur idéal» P.Y. p 135 « Mais les Khmers rouges, à dessein, enveloppaient toujours de mystère leurs actes de répression. Ils accomplissaient leur sale besogne en secret, tandis qu'en public, ils parlaient toujours poliment, même dans les pires moments, préméditant la mort avec une courtoisie inaltérable ... En s'opposant aux vices passés, les Khmers rouges avaient détruit toute vertu. Prétendant offrir la vie, ils n'avaient apporté que la mort au nom d'une idéologie» P.Y. p133 « La population du village (Roleap) diminue de jour en jour. Beaucoup sont morts, la plupart de faim, d'autres parce qu'ils ont absorbé des aliments empoisonnés, d'autres encore ont été tués par les soldats. Lentement, les membres de ma famille meurent de faim; chaque jour pourtant, le gouvernement réduit notre ration. La faim est notre compagne constante» L.U. p 100 La faim, la mort, sont les compagnes permanentes des 2 récits. La survie est au prix de manger tout ce qui se présente, rats, scarabées, asticots se développant sur les charniers jusqu'aux cadavres eux-mêmes: « Pétrifiés par l'horreur, non pas à cause de son acte, mais de ce qui l'avait entraîné, je fixai le spectacle effroyable de cette femme poussée au cannibalisme et de l'enfant terrorisé à côté d'elle. Pendant ce temps, les Khmers rouges nous criaient: « Dégagez! N'éprouvez pas de pitié pour cette ogresse!» Le soir, lorsque je passai prendre mon bol de soupe, la femme gisait toujours là, dans la boue. Elle était morte. Je ne su jamais ce qu'il advint de la fillette» P.Y. p 181 « Je regarde mon bol. Mon cœur se serre quand je compte les huit grains de riz qui sont au fond» L.U. p 100 « Il l'avait capturé (un chien) puis tué pour le manger. Les soldats sont arrivés chez l'homme ... l'ont emmené et on ne l'a jamais revu. Son crime était de ne pas avoir partagé le chien avec la communauté» L.U.p 101 La survie est aussi au prix de cacher son identité même. Loung Ung qui n'est qu'une enfant « je ne sais pas ce que signifie « purification ethnique» ce que je sais, c'est que, pour me protéger, je dois me frotter le visage avec de la terre et du charbon de bois pour paraître aussi foncée que les hommes et les femmes de la base. » L.U. p113 (la base = le peuple ancien) Avec Loung Ung et Pin Yathay frappés par les morts familiales, le combat pour la survie quotidienne, vous découvrirez la réalité des hôpitaux mouroirs, où l'eau sucrée et des injections de lait de coco sont les seules thérapeutiques: «Les corps, certains squelettiques, d'autres gonflés comme des outres, sont inertes à 2 doigts de la mort ... La puanteur de mort qui emplit mes narines m'empêche de respirer, je me sens suffoquer ... Keau a dormi dans des lits semblables à ceux ci, croupissant dans son urine et dans ses excréments ... Ceux qui sont trop faibles pour travailler viennent mourir ici, l'Angkar veut se débarrasser d'eux »L.Y. p183 « Dans le nouveau Kampuchéa, un million de personnes suffisent pour continuer la révolution. Nous n'avons pas besoin du reste. Nous préférons tuer dix amis plutôt que de garder un ennemi en vie» P.Y. p 189 Au moment où je décide de m'arrêter dans ce court texte, je ressens une grande frustration que seuls vous pourrez combler en lisant ces deux récits. Je me suis seulement «satisfait» de quelques citations, mais c'est bien à la totalité de ces récits que mon bref écrit souhaiterait vous convier. Je remercie les auteurs de leurs témoignages.
Roger
(Ce message a été modifié par rogerbarthas le 15 octobre 2007 à 6:38.)
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