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DeCléricy
Rouyn-Noranda, Québec (Canada)



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Carnet de galère et bohème

14 mars 2009 à 6:29
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Au départ 23B pue d’la gueule et plus tard il ronfle.

Rangée 23, siège A. Monsieur Hublot c’est moi. Missié allure bizness c’est 23B. Un peu gras du ceinturon, veston, chemise orpheline d’une cravate, mallette sous le siège avant, Blackberry à l’oreille gauche, sorte de ghetto-blaster des temps modernes (la radiocassette d’alors. Celle des kids du Bronx et d’Harlem trimballée à fond la caisse sur l’épaule). Le titille un peu et lui parlotte beaucoup à son joujou! Il susurre d’une voix anglaise à l’accent de l’Ouest canadien. S’agit probablement d’une maîtresse laissée à Montréal; trop de ‘’sweatheart’’ et de ‘’darling’’ dans la conversation pour être sa femme. Se donnent rendez-vous dans une quinzaine, lui promet d’aller faire du ski à Tremblant dès son retour. ‘’I love you honey. I’ll call you back from Vancouver’’. C’est ça mec! Tant qu’à y être, demande-lui de te tricoter un foulard en attendant!

À voir la moue qu’elle fait en se pinçant le nez, Madame 23C, une dame d’un certain âge sinon d’un âge certain, a remarqué la même chose que moi; 23B exhale pas bon, mais alors pas bon du tout! Nous découvrîmes conjointement et forcément à la même altitude de croisière qu’en plus il ronfle comme un tracteur! Ah la vache! C’est qu’il ronfle à double sens le salaud! En inspirant et expirant!

Quoi faire? Porter plainte chez Air Canada, sortir l’artillerie lourde et en finir une fois pour toutes? Lui piquer son Blackberry? (Facile. T’appuies sur ‘’redial’’; ‘’Eh darling! You talk to him otherwise no skiing at Tremblant anymore. Understand?). Dieu que je suis patient! Au lieu d’éliminer un anglo ou d’interrompre une tricoteuse, j’entrepris la lecture de Martin Eden de Jack London et commandai un scotch sur glace. Un malheur n’arrivant jamais seul, ma dulcinée d’hôtesse, dont mon coeur battait la chamade à la moindre apparition, y avait déposé cinq glaçons! De quoi ruiner un scotch en le noyant! Vite fait j’en retire trois. Y’a 23B qui n’a pas bronché d’un ronfle, j’ai trois cubes dans la main droite, un verre dans la gauche et Jack London sur les genoux. Miss Airbus 320 a disparu. Je fais quoi là?... Une idée comme ça; entre deux cycles de ronflements hop, discrètement je glisse vous savez quoi dans la poche gauche du veston de vous savez qui. Tiens le con! Deux glaçons pour l’hygiène personnelle et un pour la bienséance.

Sartre avait raison; l’Enfer c’est les autres!

DeCléricy
Entre Montréal et Vancouver.

Une aurore cambodgienne.

L’orage s’installa peu avant 23 heures. Découpant l’horizon et la base des nuages, la météo prit au flash stroboscopique des clichés de la baie de Kompong Som durant quelques heures sans pluie. Au lointain, le tonnerre roula ses tambours presque inaudibles. Il plu des cordes. L’averse cessa avant l’aube.

Ce n’est plus tout à fait la nuit ni encore l’aurore promise. C’est une heure indolente enrobée de moiteur silencieuse. Le prélude d’un jour à naître, le prologue d’une œuvre à peine entamé. Déjà se dessinent les silhouettes des îles déposées sur la baie. Tantôt opaque, l’horizon marin s’occupe maintenant à devenir ciel. Il fait gris-bleu aux cieux, anthracite sur l’onde. Une frange timide et rosée apparaît à l’est et s’éteignent une à une des étoiles au son d’un premier coq vite rejoint par ses congénères. La brise apporte quelques frissons aux bananiers, bougainvilliers jaquiers, palmiers et transportent quelques notes toutes neuves d’oiseaux. Des parfums floraux naissent dans l’air. Deux étoiles retardataires succombent, incendiées par un soleil nouveau-né aux couleurs chair de mangue.

Bientôt 5 h 45 et l’aurore brûle ses dernières cendres. J’allai me coucher vers 7 heures parmi les échos des premiers coups de marteau d’un chantier hôtelier au loin et laissai mijoter Sihanoukville dans la clameur et la fougue d’un jour désormais installé.

Encore mille et une aurores semblables et j’aurai vécu heureux.

DeCléricySihanoukville.

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bern40
DAX, France

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Re: [DeCléricy] Carnet de galère et bohème (en réponse à...)

16 mars 2009 à 10:50
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Bonjour,
Si la seconde partie est relatée de belle manière, la première a l'immense mérite d'une chute inattendue ; et qui a provoqué en moi un moment de délicieuse hilarité. Merci

bern40

DeCléricy
Rouyn-Noranda, Québec (Canada)



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Re: [DeCléricy] Carnet de galère et bohème (en réponse à...)

25 juillet 2009 à 14:46
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Les escales aéroportuaires.

Aéroport X en pays Y. Tuer les heures entre deux coucous. Qui ne s’y frotte pas?

J’ai développé une solution personnelle: épier l’arrivée extérieure des bus du personnel navigant des compagnies aériennes. Fumer des cigarettes locales en regardant défiler la haute couture d’Air Machin, de Rêve Airways ou d’Aéro Cheap Fly. À faire du voyeurisme international et apprivoiser l’art d’afficher ses hardes.

Cette coquetterie de dernière minute de Miss Kuwait à ajuster une mèche de cheveux rebelles.

L’élégance de Mademoiselle Bahreïn, cette torsion des hanches, cet effort à ne pas dévoiler le genou pour ajuster le confort d’un escarpin.

La politesse convenue d’un Commandant Air France à laisser passer. Cette discrète assurance d’un merci souriant de Marianne.

Ultime coup de rouge à lèvres chez Feuille d’érable, valise à roulettes contre la jambe, miroir ovale d’une main et bâton Dior de l’autre. Pincement des lèvres en un geste magique.

Derniers haussements d’épaules, glissade de la main aux revers des vestons. Gestes instinctifs des pilotes et copilotes.

Mademoiselle America et sa moue, résignée au service d’un long vol qui l’attend.

La longiligne Demoiselle Ikéa, l’ampleur d’un coup de paume à défroisser le traitre faux pli d’une jupe.

Toutes et tous prêts par leurs attitudes, gestes et tenues à affronter leurs juges; les passagers des terminaux.

DeCléricy

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Re: [DeCléricy] Carnet de galère et bohème (en réponse à...)

19 octobre 2009 à 10:57
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Le plafond… Le tabarnak de plafond! (Phung Hiep, delta du Mekong, Vietnam)

Juste comme j’allais découvrir si j’étais pointgiste, clitoridien ou vaginal!

Je croyais les Australiennes comme leurs kangourous. Avec du ressort dans les hanches, cet art de s’envoyer en l’air et loin. Que nenni. D’étale mystère et d’onde tranquille, Cathy scrutait les poutres du plafond. Peut-être étaient-elles à repeindre?

- Ho hé? Si j’dérange tu m’le dis hein!

- Je t’en prie darling, verse-moi encore un peu de vin.

Oh la la! Pourquoi il faut que je fasse tout moi?

On a fait un concours finalement: elle me montre une position, je pige parmi ma quinzaine connue. Au « chien » j’opposai la « lotus ». À « l’écolière » le « pendule ». Une demi-bouteille de Bin 407 à peaufiner des variantes de la « soixante-neuf ». Vint la finale où elle suggéra la « missionnaire »… J’ai perdu. À court, épuisé et dérangé. Bein coudonc! Ça m’en fera seize!

Ma préférée c’était la « chevauchée »: vous êtes la monture, c’est elle la cavalière. Ça développe le sens de l’observation. Alors qu’elle s’échine, vous trottez gentiment en contemplant le plafond qui, effectivement, aurait besoin d’être repeint.

Après tout, pourquoi ça serait à moi de tout faire?

J’étais en « mission », genre missionnaire en phase terminale. Mon éducatrice me trouvait par moments du talent. En insistant, j’aurais une bonne note. Bientôt le toit allait éclater et ma pédagogue s’envolerait. Dehors grondait l’orage depuis peu. Tambourinait et mon cœur et la pluie à la fenêtre, quand soudain cambrant d’instinct les reins… plouc… plouc… plouc…

- Shit!

- Quoi? T’arrête-pas sweatheart. C’est bon.

- Le tabarnak de plafond!

- Quoi le plafond?

- Y m’dégoute dans l’dos bonyeu!

J’ai roulé de côté, sur le dos. Plouc… plouc… S’ensuivirent deux gouttes ou trois sur son ventre. Elle comprit en pouffant de rire. J’ai tassé une commode, déchiré la moustiquaire en déplaçant le lit.

Décidément, c’est moi qui dois tout faire ici!

Après la douche, j’ai terminé la nuit sur la terrasse protégée par une avancée du toit, une coupe de vin à la main, comptant les éclairs zébrer la nuit, lisant Evangeline, A Tale of Acadie (Henry Wadsworth Longfellow, 1847), ce long poème épique si cher aux Acadiens. Quand je suis rentré, l’aube déposait déjà une lumière dorée sur Cathy endormie.

J’ai pudiquement remonté les draps, fermé le rideau, éteint la lampe de la terrasse et suis allé commander le p’tit dej pour deux aux cuisines. J’ai également demandé au proprio de réparer le toit en prévision d’un futur combat.

Pourquoi c’est toujours moi qui fais tout ici?

DeCléricy

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