
josé
France

29 mars 2004 à 9:08
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P...... Alan, tu viens de me filer le bourdon… déjà que les lundis c’est pas la joie… heureusement que celui-ci était ensoleillé… et puis voilà… Tu as ramené à ma mémoire une scène de lynchage d'un jeune chiot qui m’avait traumatisé à mon adolescence un été en vacances en Espagne. Certes cela remonte dans le temps… mais je me revois encore dans les cauchemars qui m’ont réveillé pendant plusieurs nuits… et tu en remets une couche avec cette vache dont j’ai le regard sur mon écran depuis dix minutes. Je ne vais pas en rajouter sur ce qui est dit dans les autres posts , pédophilie, agressions de vieillards, d’enfants, détournements d’aide ou de fonds finissant dans le ventre ou les poches de gros porcs… il y a de quoi vomir tous les matins effectivement… Juste une anecdote, moins horrible si l’on prend ce mot au sens premier, mais tout aussi insupportable et révoltante : Le moussem d’Imilchil. Moyen Atlas. Maroc. Octobre 1994 A l’origine un immense marché d’automne où de tous temps, des dizaines de tribus berbères, plusieurs milliers de personnes, venant de tout l’Atlas, des contreforts nord ou sud et même du grand sud, après avoir fait le « bilan » de l’année écoulée, l’inventaire des « richesses » disponibles à solder ou investir dans des achats ou le mariage d’un enfant, troquaient, vendaient leurs productions ou fabrications, achetaient produits manufacturés en tous genre, réserves alimentaires hivernales, bétail, bêtes de somme, trouvaient maris à leur filles, … Trois jours à vivre pleinement l’Evénement annuel dans la fête, les chants, les danses, la ripaille, les échanges, les rencontres, les nouvelles à colporter, les anecdotes à raconter … les trois seuls jours de «vacances annuelles» attendus par beaucoup d’entre eux, hommes ou femmes exilés tout le reste de l’année dans leurs bergeries misérables, isolées et coupées de tout, où seuls les hommes font l’aller et retour au souk une fois par semaine au prix de plusieurs heures de marche éreintante, ou au péril de leur vie dans des traversées de rivières en crue, ou des vires de falaises enneigées, laissant femmes et enfants à la garde et au soin des troupeaux dans la langueur des journées parfois brûlantes, parfois glaciales mais toujours harassantes et monotones. J’ai connu ce moussem en 1986. On y remarquait déjà certains prémices de la transformation à venir. La publicité menée de main de maître par le ministère du tourisme marocain et relayée par la presse européenne spécialisée dans les choses du tourisme, de la découverte ou de la montagne, maniant avec bonheur le slogan tapageur tiré d’une vieille légende locale, « Imilchil et sa foire annuelle aux fiancées », en ont fait en quelques années « Le » spectacle berbère à ne pas manquer dans l’Atlas… ringard qui l’ignore ! et ça continue encore aujourd’hui … normal le « touriste-porte-monnaie-ambulant » afflue des quatre continents. Qu’y a-t-il de dégoûtant me direz vous ? cela ne sera pas la première manifestation culturelle spontanée, car c’est bien de cela qu’il s’agit au départ, détournée de son sens premier et exploitée à outrance à des fins touristiques. C’est vrai … mais cela c’est fait justement au détriment de cette spontanéité originelle…et engendre d’autres maux… Comme seul exemple, celui qui est à l’origine de cette réaction : Plus de fêtes improvisées sous les tentes nomades dressées aux abords du marché, plus de rassemblements autour des odeurs de bois de genévrier brûlant sous les étoiles, plus de chants féminins … vous savez de ceux qui vous donnent la chair de poule quand ils résonnent dans la montagne, plus de bendir (tambourins) ou de kamenja (violons) pour accompagner vers et couplets … cela dérange les roumis (les étrangers)…Ils ont roulé toute la matinée dans leur 4x4, assisté l’après midi aux spectacles « folkloriques » sur les nombreuses et différentes scènes dressées à cet égard … ils ont maintenant besoin de se reposer… tu sais ils se lèvent tôt demain… et si l’on veut qu’ils en parlent en bien …pour que d’autres reviennent l’année prochaine… Et oui le spectacle existe… mais organisé… et en journée… Quoi de dégoûtant dans le respect du sommeil d’autrui me diront encore certain(e)s… oh rien ma brave dame, rien de vraiment dégoûtant sauf peut-être les coups de crosse de fusil distribués à la volée par les moghazni, dans le dos et les jambes, aux pauvres gens privés de fête véritable et qui osaient s’attrouper, s’agglutiner au pied des scènes, entre celles-ci et les tentes caïdales. Des « manants » qui privaient ainsi du « riche » spectacle les notables marocains et touristes européens sirotant bières et whiskies vautrés dans les mousses et tapis des tentes installées à 20 mètres de la scène. Des « manants » qui, pour ces messieurs et leurs serviteurs, ne comprennent d’autre langage que les insultes et la violence…. Au-début les insultes et les coups dans le dos et les jambes pour évacuer l’espace entre la tente et la scène…jusqu’à ce que deux ou trois d’entre eux se rebiffent, révoltés, et s’en prenne verbalement au représentant de l’ordre qui dirigeait l’ «opération nettoyage» avant de se diriger vers la tente pour manifester leur désapprobation auprès de l’autorité suprême : le gouverneur de la région, accompagné des représentants du ministère du tourisme, des présidents (qui occupent la fonction de nos maires) et de quelques Cheikh. Mal leur en pris…Ils ne firent que quelques mètres. Je vous fais grâce du nombre de coups reçus et de l’état des malheureux quand il furent traînés dans le fourgon des gendarmes par les moghaznis. Mais tout allait bien, certains « manants » avaientdéserté les lieux, d'autres restaient prudents et craintifs à l’écart sur les cotés de la scène, notables et touristes pouvaient jouir pleinement du lamentable spectacle sans âme offert par des danseuses et musiciens qui semblaient ne s’être jamais autant fait chier de leur vie. On invita même les touristes munis d’un appareil photo à monter sur les bords de la scène pour tirer de meilleurs portraits des jeunes filles en fleurs… Nous sommes partis à ce moment là…j’avais encore mal sur l’épaule où la crosse avait frappé … j’avais envie d’aller trouver le délégué au tourisme et le gouverneur entourés de leurs hommes de main sous la tente… Moha et son cousin me le déconseillèrent. Ils ne feraient aucune remarque sur l’événement, certainement le gouverneur l’avait-il même ordonné, me payeraient certaines autant de bières que je le souhaitais pour s’excuser très platement qu’un moghazni ai pu me prendre pour un gueux … « …mais que voulez-vous Monsieur, l’erreur est possible, que faisiez-vous parterre, là au milieu…cheveux ras et barbu, sans même un bob « Ricard » qui aurait pu vous différencier… ? ». C’était il y a 5 ans. Je revenais pour la deuxième fois au moussem, plus attiré par le charme d’un voyage de quatre jours aller et retour en caravane, à pied et à dos de mulet, avec une vingtaine d’Ayt Ouanergui, hommes, femmes et enfants prenant leurs « vacances annuelles », que par un moussem ayant perdu toute son âme pour la grande satisfaction des touristes… J’étais loin de m’imaginer jusqu’à quel point. Je me suis promis de ne plus jamais y remettre une babouche et d’en dire tout le bien que j’en pense… José
« Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… » Isabelle Eberhardt http://perso.wanadoo.fr/wihalane/
(Ce message a été modifié par josé le 29 mars 2004 à 10:04.)
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