
yangguizi
Shanghai, Chine
Photo/image personnelle du membre yangguizi.
Description de la photo/image: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)
7 octobre 2005 à 9:18
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Vous l'attendiez tous? Moi aussi! Voici en exclusivité l'épisode 28: 28 Pèlerinage Dès qu'il s'agit de Corée du Nord, je cultive - au moins inconsciemment - le respect des dates anniversaires. Après la zone démilitarisée vue au sud et au nord à pile un an d'intervalle, c'est au tour de Dandong, la ville frontière chinoise de bénéficier de ma venue, deux ans et deux heures après le passage de la frontière en 2003. Hier donc, 6 octobre 2005 dans la soirée, sur le chemin du retour de Sibérie, j'ai fait un stop à Shenyang, qu'il aurait été dommage de ne pas prolonger par une excursion à Dandong. Pourquoi aller à Dandong? Pour deux très bonnes raisons: voir la Corée du Nord de près, et faire du shopping, c'est-à-dire acheter tout ce qui n'était pas en vente en Corée du Nord deux ans auparavant. Je suis arrivé trop tard hier soir pour faire du tourisme, et ai posé ma valise dans le premier hôtel venu, qui s'est avéré dépendre de l'Armée Populaire de Libération, et être sale et bruyant, ce que j'aurais dû soupçonner vu le prix très modique. Mais malgré la fatigue et l'heure avancée, je n'ai pas pu résister au plaisir d'aller faire une balade sur le bord de la rivière Yalu non loin de là. La promenade était quasiment déserte et il faisait assez frais. Dandong était encore toute éclairée, mais il était impossible de voir ce qui se passait de l'autre côté du fleuve, c'est-à-dire du côté nord-coréen. Aucune lumière n'était visible à part trois vagues tâches lumineuses vraiment timides. L'obscurité nord-coréenne n'avait donc pas changé en l'espace de deux ans. Aucune trace non plus des vendeurs de souvenirs dont on m'avait confirmé l'existence quelques heures plus tôt. Ce n'est pas grave, ils seraient certainement là le lendemain, prêts à absorber tous les yuans que j'avais sur moi, tant j'étais sûr que j'achèterais absolument tout ce qui se présenterait. Je rêvais déjà de badges du Parti des Travailleurs, de statues du Respecté Président Kim Il Sung et autres t-shirts ou fantaisies communistes. Malgré l'heure avancée, j'ai toutefois fini par tomber sur dame âgée qui commençait à ranger ses babioles. Il était moins une, j'ai réussi à lui acheter trois badges juste à temps: le badge le plus répandu, du Respecté Président Kim Il Sung âgé d'une soixantaine d'années, un badge où il apparaît plus jeune, et enfin un badge du fiston Kim Jong Il. Quoi qu'il arrive le lendemain, j'aurais au moins pu acheter ça, après deux ans de frustration (je rappelle aux lecteurs distraits que ces articles sont strictement interdits à la vente en Corée du Nord, et qu'il est donc impossible pour un touriste de s'en procurer). Le lendemain matin, je suis retourné sur les lieux, de jour, et ai pu enfin admirer le "spectacle" qui s'offrait à mes yeux de l'autre côté de la rivière Yalu. Il n'y avait en fait pas grand chose à voir. La ville coréenne de Sinuiju est toute proche de Dandong, mais elle est un peu en retrait par rapport au fleuve. Tout ce qu'on peut voir, ce sont quelques cheminées d'usine, des bateaux vétustes, quelques bâtiments, et une grande roue immobile. Comme tous les touristes, j'ai alors embarqué sur un petit bateau à moteur, pour un tour d'environ une demi-heure. Je n'attendais pas grand chose de cette balade, sinon une vue un peu plus précise sur la rive coréenne, car je me souvenais encore de mes cours de droit international où nos professeurs nous enseignaient doctement que les frontières internationales se situent toujours au milieu des fleuves. Cela ne nous amenait donc pas si près que ça de la Corée du Nord, bien que la rivière Yalu ne soit pas très large... pour la Chine. Au moment d'embarquer, on me proposa de louer pour dix yuans une paire de jumelles qui me serviraient à "mater les jolies femmes soldat coréennes". Ma foi, ces dames m'ayant laissé un plutôt bon souvenir en 2003, j'ai accepté la proposition, et le bateau a enfin démarré. Nous avons dépassé le pont dont la moitié coréenne a été détruite par les américains en 1950, puis avons continué en direction de la rive coréenne. Tiens tiens, on dirait qu'on a dépassé la mi-chemin, mais nous avancions toujours dans la même direction. Nous étions cette fois tout proches de la Corée du Nord, et on a obliqué notre trajectoire pour longer la rive. A certains moments, nous étions vraiment très très proches de la côté, environ 10 mètres, ce qui est très peu. On voyait tout parfaitement, et il aurait été possible de parler aux gens sur la rive... si on parlait la même langue. Les enfants me faisaient coucou: ils ont sans doute remarqué que je n'avais pas une tête de chinois. Le pilote du bateau était quant à lui surexcité à l'idée de me montrer des femmes soldats. Je me demande même s'il n'en a pas inventées, car ce qu'il me montrait du doigt ne ressemblait pas du tout à ça. Ou peut-être n'ai-je pas de bons yeux. La rive nord-coréenne était misérable et pas du tout aménagée. Des embarcations toutes rouillées flottaient miraculeusement, et certaines se déplaçaient même. Avec le mini hors-bord, on passait même derrière certaines d'entre elles, et en frolions d'autres. A trois ou quatre mètres des bateaux coréens, les matelots nous ignoraient, ce qui n'a rien d'étonnant vu le trafic touristique dans le coin. Apparemment, il était parfaitement normal de s'approcher aussi près de la rive, et nous ne transgressions en fait aucune règle. Pour ma part, j'avais l'impression d'être bel et bien en Corée du Nord, ayant franchi plus de 95% de la largeur du fleuve et laissé la frontière théorique loin derrière moi. Une banderole rouge et blanche, caractéristique des slogans politiques en Corée du Nord fut le seul signe de propagande sur le trajet. Aucun portrait du Respecté Président Kim Il Sung ni du Cher Leader Kim Jong Il n'était visible. Le tout ressemblait à une zone industrielle à l'abandon, malgré la quantité non négligeable de travailleurs affairés à je ne sais quelle activité laborieuse. On a fini par faire demi-tour et j'ai essayé de prendre un soldat en photo. Hélas celui-ci a remarqué mon manège et s'est caché. Le pilote s'est à nouveau excité car il a cru apercevoir une femme soldat, et il est cette fois possible qu'il ait eu raison. Elle était à moitié cachée et nous tournait le dos. Un peu plus loin, un soldat m'observait attentivement. Je l'ai salué et il m'a rendu mon signe de la main. Je me suis alors mis au garde-à-vous et il a fait de même. Je l'ai bien vu sourire d'ailleurs. Toujours aussi sympas les soldats nord-coréens. J'étais vraiment surexcité à l'idée de me trouver aussi près du pays qui me fait tant rêver, et bien évidemment frustré de ne pas pouvoir l'aborder. Il a malheureusement fallu rejoindre la rive chinoise, et j'ai regardé la Corée du Nord s'éloigner petit à petit. De retour "en Chine", j'ai pu voir un bateau coréen plein à ras bord d'enfants, qui longeait la rive chinoise à quelques mètres, comme je l'avais fait quelques minutes plus tôt de l'autre côté. Tous ces enfants coréens faisaient coucou à la Chine, et les passants chinois leur rendaient bien volontiers. Quelle drôle d'ambiance quand même! J'ai enfin pu faire du shopping et ai effectivement acheté tout ce que j'ai pu trouver de communiste, c'est-à-dire pas tant que ça: une provision de badges, sept ou huit différents au total, y compris le double badge du Grand et du Petit leader. Tous les vendeurs m'affirmaient que c'étaient des originaux, mais j'en doute fort. A un euro l'unité ça me semble hautement improbable. Il est certain que des nord-coréens vendent des badges au noir à je ne sais quels trafficants chinois, mais quand on sait les problèmes que cela leur pose pour déclarer leur perte et les remplacer, je ne peux pas croire qu'ils fassent ça pour une somme aussi dérisoire (moins la commission des intermédiaires et vendeurs). Ce sont certainement des faux oui, mais qu'importe. Ils sont très ressemblants, bien qu'apparemment un peu plus petits que les originaux. Un vendeur me proposa des "vrais" à 10 euros, mais je n'ai pas accepté, n'ayant aucun moyen de vérifier qu'ils sont bien authentiques. J'ai aussi acheté une grosse provision d'albums de timbres nord-coréens. On en voit même avec Chirac (!!!), la reine d'Angleterre (!!!!!!!!) et la famille princière de Monaco au complet (!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!) en plus des images plus typiquement communistes. Un jeu de cartes made in China représentant tous les monuments et scènes de Corée du Nord, un briquet à l'effigie de Chollima, des magazines de propagande coréens, ainsi qu'une quantité de CD de musique nord-coréenne, probablement pirates eux aussi. Pour terminer, je suis monté sur le pont à moitié détruit, pour m'avancer jusqu'au milieu du fleuve, et regarder la Corée "de près" une dernière fois. L'heure du déjeuner étant arrivée, je n'ai pas eu à déployer beaucoup d'efforts pour trouver un restaurant nord-coréen. Un drapeau bleu blanc rouge à étoile rouge m'a indiqué l'entrée d'un d'entre eux. Une jolie coréenne en robe traditionnelle m'a alors accueilli avec le sourire et m'a installé. A l'intérieur, toutes les serveuses arboraient un drapeau nord-coréen, tandis que l'écran de télévision diffusait ce que j'ai rapidement identifié comme la chaine nord-coréenne. J'espère que cette fois, tout n'était pas faux. Pour faire un test, j'ai crié en levant le poing: "vive le Camarade Kim Il Sung" en coréen, ce qui a eu l'air de leur faire plaisir. Apparemment c'était des "vraies". J'ai rapidement identifié les deux plus jolies filles avec qui on a fini par discuter. Elles avaient des visages effectivement typiquement nord-coréens et parlaient suffisamment mal chinois, pour que leur origine ne prête guère à confusion. Elles étaient toutes de Pyongyang et étaient arrivées en Chine il y a un an, pour une durée totale de trois ans, suite à quoi elles rentreraient au pays, après avoir gagné assez d'argent. Mine de rien, c'est la première fois que je pouvais parler librement à des nord-coréen(ne)s, ce qui en soi était une expérience des plus intéressantes. A la question de savoir si elles préféraient Pyongyang ou Dandong, elles ont répondu Pyongyang sans hésiter, car "on n'est pas chinoises, c'est pas chez nous ici". Certes, l'explication tient la route. Elles m'ont confirmé que beaucoup de nord-coréens vivaient à Dandong, bien qu'elles n'aient pas pu me dire combien. Leurs expressions du visage avaient ce je ne sais quoi de si typiquement nord-coréen, que je n'ai jamais observé chez aucune autre femme, ni en Chine, ni en Corée du Sud. C'est ce je ne sais quoi d'indéfinissable qui fait tout leur charme, davantage que leur beauté naturelle. Ah oui et la nourriture au fait? Très bonne! J'ai fini par prendre congé, et par rejoindre l'aéroport où m'attendait mon avion pour Shanghai. J'ai eu la chance de me retrouver assis à côté d'une fille de Dandong qui partageait mon intérêt pour la Corée du Nord, bien qu'elle n'y soit jamais allée. Il parait que la grande roue visible de l'autre côté du fleuve a toujours été immobile aussi loin que porte sa mémoire, et que le Chant du Général Kim Il Sung est diffusé à chaque anniversaire du Grand Leader. Ce fut donc l'occasion de deux heures de conversation très intéressante, qui se prolongeront vraisemblablement la semaine prochaine lors d'un diner dans LE restaurant nord-coréen de Shanghai que je n'ai pas encore eu l'occasion d'essayer car je n'en ai entendu parler que tout récemment. Il parait que l'ambiance politique y est garantie!
(Ce message a été modifié par yangguizi le 7 octobre 2005 à 9:23.)
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