
skito France
10 mai 2008 à 14:33
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"....que plusieurs artistes aient pu contribuer à une même oeuvre. C'est une théorie intéressante, as-tu osé poser la question à ton guide?...." Oui, je l'ai questionnée par l’intermédiaire de mon interprète. La guide coréenne (apparemment une spécialiste de l'histoire de l’art?), visiblement embarrassée, n'a pas répondu à ma question… Peut-être craignait-elle de trahir « un secret »? Ou de donner une réponse pas politiquement correcte ? Mon interprète m'a précisé que ma question, trop technique, n'était pas de sa compétence. J’eus beau expliquer que le plupart des grands peintres de la Renaissance travaillaient en atelier, avec leurs élèves qui participaient à l’exécution des tableaux, etc… mais rien n’y fit ! Je devais d'ailleurs la retrouver un peu plus tard, dans un autre musée, devant des peintures anciennes, fresques, etc... Chaque fois que je demandais à visiter un musée (de mon choix), il fallait des autorisations officielles par voie hiérarchique prenant plusieurs jours, puis on me fixait un rendez-vous avec une guide compétente (jamais francophone !) pour moi tout seul accompagné de mon interprète! Je remarquais qu’au cours de ces visites, j’étais pratiquement seul, peut-être parce qu’il s’agissait de musées peu propices à la propagande ?… donc peu visités ? Elle me parla longuement de la supériorité des peintures et fresques nord-coréennes du passé comme du présent, de l’histoire de la Corée du Nord ancienne, des dynasties… etc… Je la questionnais sur l’apport du bouddhisme, dont je croyais reconnaître les influences jusque dans ces peintures, il me semblait tout à coup évident que les idées, religieuses et culturelles, les techniques, les savoir-faire, les marchandises avaient voyagé de concert,notamment par la route de la soie ?... La guide ne semblait s’intéresser qu’à ce qui était strictement coréen, purement nord-coréen. Elle ne prenait aucun risque. - Mais vous, Coréens, avez, vous aussi, influencé vos voisins, lui fis-je remarquer. Par exemple, concernant la céramique, le four coréen est célèbre aujourd’hui encore, les potiers du monde entier le connaissent et l’utilisent. Les Japonais vous l’ont emprunté… C’est d’ailleurs le même système que vous utilisez pour chauffer les maisons traditionnelles ! - Les Japonais*, tu lui as dit ça pour lui faire plaisir? me souffla mon interprète… - Pas seulement, le four coréen est vraiment connu un peu partout dans le monde… Je connais en France des céramistes qui ont construit des fours de ce type dans leur jardin (très artisanal, il faut des stères de bois qui va brûler plusieurs jours, car le résultat sur l’aspect final des poteries ne peut être obtenu avec un four électrique ou à gaz ! )… Bon, je n’ai pas dit que ces techniques leur venaient probablement de Chine, pour ne pas la mettre mal à l’aise… * Les Japonais, bien que dans le camp ennemi, jouissent d’une certaine aura. Il faut savoir que nombre de Nippo-Coréens sont revenus vivre en Corée du Nord, attirés par une propagande efficace. Mais aussi dans le catéchisme de Kim Il Sung, la culture coréenne se serait imposée et aurait influencé les voisins, les Japonais n’étant pas les moindres. Pour ce qui est de l’influence russe, elle est plus que probable. Mais la peinture officielle du régime nord-coréen ressemble à mon avis plus à la peinture officielle chinoise maoïste. Revenons à l’influence russe. Imaginons que des professeurs des beaux-arts aient été envoyés à Pyongyang. La première chose qu’ils ont dû faire, c’est donner des cours de dessin académique, obliger les étudiants à respecter les canons (proportions) russes (slaves) évidemment, car c’est ceux qu’ils connaissent bien, et qui ont « fait leurs preuves ». D’ailleurs organiser des séances de pose avec des modèles vivants (nus) est pratiquement impensable*. *Il y a une vingtaine d’années, quand les Français commencèrent à délocaliser le travail de dessin pour un dessin animé de René Laloux : « Gandahar », mes collègues voulurent organiser des séances de dessins à vue de modèles vivants, en un mot donner des cours de nu aux artistes coréens, car ceux-ci devaient dessiner des personnages de type européen, comme les dessinait le bédéiste Caza, dont le style avait été choisi pour ce film. Il fut impossible d’obtenir que l’on déshabillât les modèles, surtout féminins ! D’ailleurs je devais tomber sur un manuel d’écriture cinématographique de plus de 600 pages (dont je possédais la version française) entièrement traduit à la main en Coréen, agrémenté de nombreux schémas et croquis… Dès qu’un personnage féminin était représenté en maillot de bain, en déshabillé, ou nu, il était recouvert par un placard noir barbouillé au feutre… Même chose pour les dessins représentaient des scènes de baiser... Mao n’aurait-t-il pas dit : « Le sexe, c’est bien, mais pas trop ! » Admettons que l’autorisation de dessiner des modèles leur fut donnée… à contre cœur. Connaissant le racisme colonialiste des Russes à l’égard des Coréens (je dis ça car je l’ai constaté sur place !), j’imagine mal que l’on fit poser des Coréens, dont les proportions, la constitution ne correspondait guère aux canons occidentaux. L’influence des professeurs russes se voit plus, me semble-t-il dans les statues, la musculature d’athlètes slaves "convient sans doute mieux à exprimer l’héroïsme" ! Mais ce « travers » existait déjà dans la peinture officielle chinoise maoïste, qui dut aussi servir de modèle aux artistes nord-coréens!
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