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Forum > Entre deux voyages > Carnets de voyage, textes de voyageurs > Ma réconciliation avec la Corée du Sud
 

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yangguizi
Shanghai, Chine

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12 février 2008 à 21:38

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Ma réconciliation avec la Corée du Sud Répondre

J’étais déjà allé une fois en Corée du Sud, en 2002, un an avant de rendre visite à son homologue nordiste, et il faut bien reconnaître que j’avais gardé une opinion plutôt négative de ce pays. Je ne m’étais pas promis de ne jamais y retourner, mais je l’avais trouvé insipide, peu accueillant et somme toute, peu intéressant à visiter. Plus tard, au fil des années, la Corée du Nord et le Yanbian m’ont réconcilié avec le monde coréen et bon an mal an, j’ai fini par oublier mes mauvais souvenirs sud-coréens. Mon intérêt pour la culture coréenne grandissant presque de jour en jour, un retour en Corée du Sud était inévitable, malgré l’intense propagande anti-sudiste qui a fini par m’imprégner à force de me plonger dans la littérature nord-coréenne.

Mais c’est l’amour du ski plus que l’amour de la Corée qui m’a ramené là-bas pour les vacances du Nouvel An chinois 2008. Vivre à Shanghai et être fou de ski est un gage certain de grande frustration car les pistes les plus proches sont bien loin de la grande métropole des plaines de Chine de l’Est, et les abondantes chutes de neige qui ont enseveli cette partie de la Chine peu avant les vacances étaient inexploitables en raison de l’absence de relief dans la région. Bref, si on veut partir au ski au départ de Shanghai, les options sérieuses ne sont pas si nombreuses que ça. On peut évacuer toutes les stations chinoises dont tous les témoignages concordent pour en souligner le manque d’intérêt et la petite taille, et il ne reste donc plus que le Japon et la Corée du Sud si on veut éviter les vols longs courriers. Ayant skié à Nagano il y a deux ans, la Corée du Sud semblait cette fois toute désignée pour assouvir ma passion, d’autant plus que le seul ami que j’ai réussi à convaincre de partir au ski avec moi voulait justement faire un tour dans ce pays. En ce qui me concerne, une réconciliation avec la Corée du Sud était-elle à la clé?

(Ce message a été modifié par yangguizi le 13 février 2008 à 1:02.)

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yangguizi
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13 février 2008 à 1:27

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Le vol de Shanghai à Séoul Incheon sur Korean Airlines fut un des plus étonnants et agréables qu’il m’ait été donné de prendre au départ de la Chine, la raison principale en étant que le vol était presque vide. Cela est rare sur les vols internationaux en temps normal, mais un soir de départ en vacances, c’était presque exceptionnel. Y, l’ami qui m’accompagnait lors de ce petit voyage, a même un instant soupçonné que je l’avais malicieusement dupé et que c’est en fait vers Pyongyang que nous volions. Aucun doute toutefois n’était permis, Korean Airlines ce n’est pas Air Koryo, et le Korean Herald remplace le Pyongyang Times tandis que les hôtesses en bleu servant de la bière sont moins avenantes que leurs cousines du nord toutes de rouge vêtues et distribuant une boisson très sucrée.

Le vol vers Séoul est très court. La Corée du Sud est en fait la plus proche destination internationale au départ de Shanghai, et un peu plus d’une heure et demie après avoir décollé, nous arrivions déjà à l’aéroport international de Incheon, déjà presque vide à cette heure tardive. Conformément à mes souvenirs, les gens ne souriaient pas et les policiers de l’immigration étaient plus grimaçants que leurs homologues chinois, assez semblables à leurs cousins du nord en fait.

Arrivés trop tard ou trop tôt pour attraper un bus vers le centre de Séoul, nous nous sommes résolus à prendre un taxi malgré le coût élevé que nous nous attendions à payer. Cela ne fut pas si douloureux que ça, mais la Corée du Sud est indubitablement un pays cher et Séoul fait d’ailleurs partie des villes classées parmi les plus chères au monde. Une fois dans les faubourgs de la ville, la première chose qui attira mon attention fut le nombre d’églises disséminées un peu partout. Cela m’avait déjà frappé en 2002, mais le choc fut à nouveau bien réel cette fois-ci. Des croix rouges illuminées dépassaient partout, signes les plus visibles de cette frénétique et abondante vie chrétienne qui est une des marques de fabrique de la Corée du Sud. A Pyongyang, ce sont les portraits illuminés du Grand Leader qui se détachent dans la nuit. A Séoul, ce sont ces manifestations d’une autre forme de culte idéologique.

Nous avons fini par arriver à notre hôtel situé à deux pas du cœur de Séoul, l’hôtel de ville, et réservé à un prix plutôt attractif sur Internet. Le lendemain matin, je me suis réveillé assez tôt et suis sorti me promener en attendant que Y soit prêt lui aussi à découvrir la ville. Je n’avais en fait pas de souvenirs très précis de Séoul si ce n’est qu’elle ne m’avait pas particulièrement charmé lors de mon premier voyage. Séoul en cette veille de Nouvel An chinois allait toutefois me réserver une surprise de taille puisqu’elle était vide. Tout ou presque était fermé, seules quelques rares voitures rompant le silence matinal au milieu de grandes avenues quasiment désertes, et peu de piétons arpentant les trottoirs du cœur de la ville. Etait-ce là une capitale asiatique de plus de dix millions d’habitants ou une étonnante ville fantôme désertée par sa population laissant derrière elle les symboles de sa prospérité? En fait, la seule capitale asiatique que j’ai déjà visitée et qui soit aussi morte, déserte, silencieuse et monumentale, c’est… Pyongyang. Décidément, je ne m’attendais pas à constater autant de similitudes entre les deux Corées que tout est supposé opposer.


Taibalo
SDF, France

13 février 2008 à 9:19

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Ben faudra que tu me dises comment tu as fait car j y suis alle en janvier et les gens etant franchement desagreables et les villes nulles, un voyage prevu en 21 jours s est termine en 9 jours. Reste la bouffe excellente.
Moi qui m etais fais une joie de decouvrir un autre pays avant de retourner au Japon, quelle deception!

Vivre, juste vivre nos voyages, le coeur et les yeux ouverts

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(Ce message a été modifié par Taibalo le 13 février 2008 à 9:21.)


yangguizi
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13 février 2008 à 20:52

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Une fois en ordre de bataille pour affronter le froid seouliote, nous nous sommes mis en route pour essayer de glaner des informations sur les séjours au ski à Yongpyong, la principale station de ski du pays. Nous n'avions en effet rien réservé sur internet, les prix astronomiques proposés pour l'hébergement à Yongpyong ainsi que les forfaits remontées et équipement étant à la limite de l'inabordable.

Ce faisant, nous sommes passés par la toute proche place de l'hôtel de ville qui arborait un ballon de football géant en 2002, pour célébrer l'organisation de la coupe du monde de ce même sport. En ce début 2008, c'est une patinoire à ciel ouvert qui avait remplacé le monument footballistique, et quelques courageux sportifs matinaux commençaient à parcourir la piste glacée. La ville était presqu'aussi vide que quand j'étais sorti un peu plus tôt et cette première impression de Séoul fut franchement négative, les quelques habitants croisés de ci de là étant réellement peu souriants.

Une première agence de voyage nous a indiqué que tout était complet à Yongpyong et que nous ne pourrions pas trouver de logement sur place. Ainsi donc, voilà où devaient être tous les habitants de Séoul. Mes calculs s'étaient donc révélés archi-faux. Je savais en effet que la Corée du Sud célébrait le nouvel an lunaire en même temps que la Chine et que cela donnait aussi lieu dans ce pays à quelques jours de vacances, mais, contrairement à la Chine où presque tout le monde reste à la maison avec sa famille pendant cette fête, les sud-coréens préfèrent rejoindre leurs lieux de villégiature préférés, certes parfois en famille, mais loin du foyer. Il était d'ailleurs surprenant de constater que dans les rues de Séoul, absolument rien sinon la désertification de la ville ne laissait supposer que nous étions à quelques heures à peine du passage à l'année du rat. Tandis que la Chine se parait de lanternes et de banderoles rouges omniprésentes au son des pétards à la cadence de plus en plus rapprochée, seuls quelques timides dessins de souris apparaissaient de temps en temps dans les vitrines fermées de Séoul. Surprenant de constater à quel point une même fête peut être célébrée différemment par deux pays aussi proches.

Toujours est-il que la Corée, pays du matin frais (souvent traduit à tort par pays du matin calme), méritait plus que jamais son nom ce jour-là, même si la Corée du Sud usurpe cette appellation qui ne devrait être réservée qu'à la Corée du Nord. Petite explication politico-linguistique: la Corée a porté plusieurs noms dans son histoire. Joson (ou Choson, encore parfois écrit différemment), prononciation coréenne du chinois Chaoxian, est l'appellation la plus répandue. C'est ce terme qui veut littéralement dire matin frais. Lorsque les deux Corées ont connu des destins politiques divergents, la Corée du Nord a continué à s'appeler Joson, tandis que la Corée du Sud s'est appelée Hanguk (le pays de Han). De fait, la Corée du Sud ne mérite plus le titre de pays du matin frais. Les sud-coréens sont d'ailleurs assez sensibles sur cette question. Les quelques rudiments de coréen que j'ai appris au contact de nord-coréens et de littérature linguistique nord-coréenne m'ont permis de prononcer certaines phrases comme "je ne comprends pas le coréen". Seulement voilà, le simple mot "coréen" se dit différemment au nord et au sud, puisque le nom du pays est lui-même différent. Le fait de prononcer cette phrase à la nordiste a donc systématiquement provoqué chez mes interlocuteurs du Sud des sourires génés, des corrections, voire des interrogations: mais pourquoi parles-tu comme les nord-coréens?

Et pour clore ce chapitre linguistique, comme je l'ai dit, mon coréen n'est que balbutiant et ne me permet même pas d'avoir des conversations simples, mais le fait de connaître l'alphabet coréen ainsi que la langue chinoise m'a permis de pouvoir déchiffrer un grand nombre d'indications écrites. La moitié du vocabulaire coréen dérivant du chinois, il est parfois assez facile de deviner le sens de certains mots, étant entendu que l'alphabet coréen est enfantin à apprendre.

Cette semaine en Corée du Sud fut donc placée sous le signe de l'obsession des comparaisons avec les trois voisins chinois, nord-coréen et japonais. La Corée du Sud, un pays à l'identité bien plus affirmée qu'on pourrait le croire au premier abord, est toutefois bien plus qu'une synthèse de tout cela.

(Ce message a été modifié par yangguizi le 13 février 2008 à 20:53.)


yangguizi
Shanghai, Chine

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14 février 2008 à 10:31

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Toujours et encore dans le registre linguistique, j'ai été littéralement séduit par la langue coréenne comme je l'ai rarement été par une autre langue. Il est même surprenant que cela m'ait échappé lors de mon voyage de 2002. Certes, cela ne fut pas une découverte car je m'étais déjà longuement imprégné de cette langue par le biais de mes fréquentations, lectures et écoutes nord-coréennes. Après tout la langue est plus ou moins la même dans les deux pays, et j'avais même commencé à l'apprendre "à la nordiste". Mais en Corée du Sud j'ai eu l'occasion de redécouvrir cette langue coréenne sous un jour nouveau, et de l'apprécier d'une manière différente et complémentaire. Ce qui m'avait séduit dans la langue coréenne, telle qu'employée au Nord, était sa force et les envolées lyriques qu'elle permettait. Qui n'a jamais entendu un discours nord-coréen ne saurait comprendre l'émotion qui s'en dégage, l'enchaînement des syllabes alternant cassures franches et liaisons harmonieuses étant - à mon goût - hautement esthétiques. Bien différente est la sensation que l'on éprouve en écoutant les sud-coréens employer cette même langue au quotidien. Le coréen devient alors très doux, encore plus musical et sans aucun son qui jure à l'oreille occidentale. Les formules de politesse les plus simples deviennent alors de petites merveilles que l'on se plait à écouter, provoquer et imiter. A la fin du séjour, Y et moi nous amusions à provoquer le plus souvent possible ces situations où un(e) sud-coréen(ne) nous répondrait par nos formules préférées. Si j'avais besoin d'un coup de fouet pour me remotiver à apprendre le coréen, fût-il nordiste, ce séjour en Corée du Sud tomba à pic!

Contrairement à une opinion bizarrement répandue, je n'hésite donc plus une seconde à qualifier la langue coréenne d'une des plus agréables au monde à écouter. Rien à voir en tout cas avec le japonais monocorde et saccadé et le chinois criard et vulgaire.

Je referme cette longue parenthèse linguistique pour reprendre le fil du voyage, et notamment notre quête d'un bon plan pour partir skier dans des conditions optimales. Nous avons fini par échouer à l'office du tourisme de Séoul où nous avons été admiratifs devant la gentillesse et le professionnalisme du personnel. Une bouffée d'air frais après ces quelques mauvaises impressions sur la population sud-coréenne. S'il nous a bien été confirmé que tous les hébergements étaient complets à Yongpyong en raison des vacances nationales, mon plan B fut des plus faciles à mettre en oeuvre, à savoir tout simplement se loger dans la ville voisine de Gangneung. Je n'ai pas l'habitude d'avoir recours à des offices du tourisme car leur aide n'est en général d'aucune utilité, mais là, je dois bien reconnaître que la dame qui nous accueillit nous dispensa de forts judicieux conseils sur tout ce que nous avions besoin de savoir pour optimiser notre petit périple. Difficile d'imaginer un tel professionnalisme en Chine!

En attendant les réponses aux questions que nous ne nous posions pas, nous avons jeté un coup d'oeil à ce fameux office du tourisme dont une salle entière était remplie de figurines en carton représentant des acteurs ou vedettes sud-coréens connus, avec qui l'on peut ainsi poser en photo. Les sud-coréens sont des fanas de soap operas et la production télévisuelle de ce pays s'exporte très bien dans le reste de l'Asie. Le star-system prend donc en Corée du Sud des proportions rarement égalées ailleurs, ils s'agit d'un phénomène de société tout à fait remarquable, que l'on pourrait presque comparer au... culte de la personnalité en vigueur dans l'autre Corée. Et oui, on y revient toujours! Les coréens ont-ils donc tant que ça besoin d'aduler quelqu'un, de placer des sur-hommes sur un piédestal?

(Ce message a été modifié par yangguizi le 14 février 2008 à 10:32.)


Dennis
Paris, France

14 février 2008 à 15:52

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

 

.......tu pourrais faire des efforts, je sais pas, moi, prendre des vitamines ou même des excitants, bien te chauffer les doigts, et hop, tu écris tout d'un coup............ et comme ça on ne serait pas frustré en attendant la suite.............


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seniorCH
Genève, Suisse

14 février 2008 à 16:08

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Re: [Dennis] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

"et comme ça on ne serait pas frustré en attendant la suite............. "


Ne dit-on pas que l'attente amplifie le plaisir ?

Shanghai zilai shui lai zi hai shang - palindrome
(L'eau courante de Shanghai vient de la mer)


yangguizi
Shanghai, Chine

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14 février 2008 à 21:34

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Une fois tous ces détails pratiques réglés, il fallait passer à des activités autrement plus divertissantes, au premier rang desquelles manger. Oui, c'est un de mes passe-temps favoris, que je sois en voyage ou non. Et la nourriture coréenne, que je n'avais pas du tout aimée lors de mon premier voyage, avait su m'apprivoiser par la suite, notamment dans les restaurants nord-coréens que je fréquente souvent à Shanghai. La cuisine des deux Corées étant supposée être la même, je devais donc en toute logique passer un bon séjour au Sud, gastronomiquement parlant. Et puis cette fois, contrairement à 2002, je connaissais des noms de plats et je savais lire l'alphabet, je devais donc éviter les catastrophes culinaires qui avaient émaillé mon parcours il y a 6 ans. L'autre bonne nouvelle, c'est que les menus des restaurants ont eu le temps d'évoluer durant cette période. Dorénavant, photos des plats et traductions en anglais sont monnaie courante, et il est donc beaucoup moins excusable de se retrouver avec des incongruités dans l'assiette (de ce point de vue, mon premier voyage avait été cauchemardesque!).

Mais le premier repas à Séoul ne fut pas facile à organiser car il fallait trouver un restaurant ouvert. Ah ça, des restaurants, il y en avait un paquet dans le quartier de notre hôtel, on n'aurait eu que l'embarras du choix en temps normal. Mais là, tout était fermé sans exception à part un ou deux fast-foods occidentaux. Pas très réjouissant pour une première approche! Finalement, nous avons été aiguillés vers un quartier pas trop éloigné où, normalement, nous devrions trouver des portes ouvertes. Suspense, allait-il être aussi difficile de trouver à manger à Séoul qu'à Pyongyang?

Nous avons facilement trouvé cette zone piétonne non loin du magasin Lotte et avons en effet apprécié un visage plus accueillant de Séoul. Il y avait même quelques piétons dans ce quartier! Il serait exagéré de dire qu'il était animé, mais au moins, l'atmosphère pesante et silencieuse de la ville déserte s'y était dissipée. Et, en effet, il y avait quelques restaurants ouverts. Le problème, c'était les prix affichés sur les menus qui étaient absolument prohibitifs. Manger à Séoul semblait revenir plus cher que manger au restaurant à Paris! Et ne parlons même pas des restaurants coréens de Shanghai, beaucoup plus abordables. Finalement, il s'est avéré que nous avons d'abord jeté un coup d'oeil aux plus onéreux, car un peu plus loin, d'autres restaurants proposaient des prix certes relativement élevés, mais abordables. Nous en avons rapidement choisi un.

Ce qui est étonnant dans la plupart des restaurants où nous sommes allés, c'est le petit nombre de plats proposés. Rien à voir avec l'abondance et l'épaisseur des menus des restaurants nord-coréens que je fréquente, ce qui n'est pas un mince paradoxe! Nous avons rapidement identifié le bulgogi sur le petit menu, une délicieuse fondue de boeuf qui est un des plats coréens préférés et qui peut se cuisiner de mille et une façons. Il fut toutefois extrêmement difficile de poser des questions à la serveuse qui bredouillait autant de mots d'anglais que moi de coréen. Mais la conversation prit un tour bien plus intéressant quand Y, par inadvertence ou par lassitude, laissa échapper quelques mots en chinois. La serveuse nous répondit alors dans un excellent chinois! Et pour cause, elle était chinoise! Cela nous a beaucoup amusé, d'autant plus qu'elle n'était pas la seule chinoise à travailler dans ce restaurant. Et cela nous a encore plus fait rire quand la même expérience s'est reproduite le lendemain dans un autre restaurant de Séoul où, cette fois, les chinoises étaient majoritaires! Mais rassurons nous, il s'agissait d'authentique cuisine coréenne. La plupart de ces chinoises viennent de la région du Yanbian, le district coréen du nord-est de la Chine où je m'étais déjà rendu par deux fois. Beaucoup d'habitants du Yanbian sont bilingues chinois-coréen et il est donc naturel que des liens existent tant avec la Corée du Nord qu'avec la Corée du Sud. Dans le Yanbian, j'avais d'ailleurs rencontré des gens qui m'avaient raconté avoir travaillé plusieurs années à Séoul avant de rentrer au pays avec un petit pécule.

Il y a donc un intéressant flux qui s'est mis en place entre les trois parties de la Corée:
- les nord-coréens fuient vers le Yanbian où ils trouvent à manger,
- les habitants du Yanbian partent travailler en masse en Corée du Sud où ils ont de meilleurs salaires,
- et que font les sud-coréens à votre avis? Et bien ils lorgnent de plus en plus vers la Corée du Nord en laquelle ils voient un nouvel eldorado pour l'investissement bon marché, et commencent à prendre position dans le pays. Là aussi pour des raisons principalement économiques.


laptitmarie
Bierges,Bruxelles, Belgique



15 février 2008 à 1:40

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Bien heureuse de savoir que tu te réconcilies avec la Corée du sud....Clin d'oeil

Ca nous donne un récite des plus intéressants.

Mais où sont donc partis les Séouliens ? J'attends la suite avec impatience !!

Balades autour de la boule : Inde, Bangladesh, Turquie, Népal,..
Récit Bangladesh
Mon couchsurfing


yangguizi
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15 février 2008 à 21:29

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Une fois ingurgité ce bon déjeuner, nous avons entrepris de faire un peu de tourisme. En quoi consiste faire du tourisme à Séoul? Probablement à aller jeter un coup d'oeil discret aux quelques monuments anciens - il y en a - que compte la ville. Direction d'abord Dongdaemun, la grande porte de l'Est, que je n'avais pas visitée en 2002. Dans le quartier de Dongdaemun, un marché à ciel ouvert répertorié comme "attraction" attirait un grand nombre de badauds malgré le froid et le vent. Sur ce marché, un nombre étonnant d'étrangers, principalement africains et centre-asiatiques, vaquaient à leurs occupations. Etaient-ce des ouzbeks? J'étais tenté de le croire, le visage de nombre d'entre eux étant assez représentatif de ce pays, et les dentitions en or ne trompant pas. Toutefois, absolument rien d'intéressant sur ce marché qui avait sans doute pour seul mérite de proposer aux coréens modestes des articles quotidiens à prix raisonnables.

Après ce petit tour, le métro nous emmena à Namdaemun, la grande porte Sud, qui m'avait beaucoup plu il y a six ans. Namdaemun est une belle construction en pierre et en bois et date d'il y a 600 ans. Elle est considérée comme le trésor historique numéro 1 de Corée du Sud. En en faisant le tour et en la photographiant, j'ignorais qu'elle vivait ses derniers instants, mais j'en parlerai plus loin...

J'aime bien le quartier de Namdaemun, c'est là que j'avais logé en 2002 et le quartier était un des plus pittoresques de Séoul avec son tout proche marché homonyme. Cette fois-là, que des vêtements et des articles quoditiens sur le marché de Namdaemun, aucun stand de nourriture proposant quelques unes de ces incongruités que j'adore ne pas manger, mais où j'avais trouvé l'ambiance plutôt chaleureuse lors de mon dernier voyage. En arpentant les rues du quartier de Namdaemun, je me suis instantanément remémoré des souvenirs et ai vite retrouvé mes repères, comme si ma longue absence avait été beaucoup plus courte.

Nous nous sommes ensuite rendus à la toute proche gare ferroviaire et y avons croisé un de ces phénomènes qui hante les rues de Séoul. Nous appellerons ces intéressants specimens les "jesus" (à prononcer avec l'accent américain). Ces sud-coréens bizarrement vêtus et affublés de pancartes et de grandes croix exhortant à la conversion au chritianisme interpellent les passants pour leur crier que Jésus les aime et qu'il faut croire en lui. Ce premier jesus ne fut pas le plus drôle (le lendemain, nous en avons croisé un exceptionnel) mais il nous amusa beaucoup. Mon ami fut tenté de crier "allah o akbar" (il est musulman) tandis que de mon côté la tentation fut très forte de crier un slogan à la gloire du Grand Leader du Nord. Mais dans une gare grouillant de policiers, j'avoue que je me suis dégonflé, et nous avons tout simplement rigolé en le regardant tandis qu'il lâcha un "god bless you". Outre ces jesus militant sans relâche pour sauver leurs compatriotes de l'enfer, on remarque de ci de là bon nombre de banderoles ou de pancartes dans les rues appelant à "croire en Jésus". Et il ne s'agit-là que de la partie anglophone de cette propagande, je n'ose imaginer leur abondance en coréen! Décidément, Séoul n'est pas tant différente que ça de Pyongyang. La propagande pour le Grand Leader Jesus Christ y a l'air presque aussi forte que pour le Grand Leader Kim Il Sung. Je ne sais pas laquelle est la plus ridicule. Kim Il Sung était sans doute plus cruel, mais au moins on est sûr qu'il a existé. Bref, c'est difficile à départager.

Nous avons repris le métro pour rejoindre le quartier de l'hôtel de ville. Je dois avouer que le métro de Séoul est très bien fait. Il n'est d'ailleurs pas sans rappeler le métro parisien, desservant absolument tous les quartiers de la ville, aucun endroit n'étant réellement éloigné d'une station de métro. Et puis les tickets du métro de Séoul sont des copies conformes des tickets parisiens, ils ont même gardé la couleur jaune qui fut longtemps emblématique de la RATP! Toujours dans ce métro, je suis tombé nez-à-nez sur une sud-coréenne dont la ressemblance avec une nord-coréenne de ma connaissance était vraiment troublante. Ce n'était pas elle, certes non, mais ça aurait très bien pu être sa soeur. Qui sait, peut-être s'agit-il d'une cousine éloignée, cela n'aurait rien d'impossible. De fait, mais cela n'a rien d'étonnant, j'ai remarqué pas mal de ressemblances entre les visages nord et sud coréens, même s'il est assez difficile d'exprimer ce qui fait leur différence. Sans doute le régime alimentaire et la gymnastique des traits du visage...

Le métro nous réserva toutefois une mauvaise surprise ce soir-là tandis que nous nous dirigions vers le quartier occidentalisé de Itaewon pour diner. Une ou deux stations avant d'arriver, tandis que Y et moi étions debout dans la rame et que nous ne faisions rien de particulier, un sud-coréen à l'autre bout du wagon s'est levé et s'est planté juste devant Y en le dévisageant avec un regard très méchant. Au bout d'une dizaine de secondes de ce petit jeu, ce fut à mon tour et il se planta devant moi, à quelques centimètres avec le même regard, tandis que je me demandais ce qu'il voulait. "Ne réagis surtout pas, il est bourré" me lâcha Y qui avait eu le temps de respirer son haleine éthylique. Lorsque nous fumes arrivés à destination, le sud-coréen fit un moment mine de nous empêcher de descendre mais nous avons pu le contourner. Une fois sur le quai, nous l'avons vu nous pointer du doigt en faisant signer de nous égorger. Cette anecdote, que nous avons racontée à des étrangers rencontrés plus tard et résidant en Corée du Sud, ne les étonna pas, ça leur arrive souvent. Il y a une réelle xénophobie anti-blancs en Corée du Sud, même si elle est heureusement confinée à une minorité de la population, et même si seule une minorité de cette minorité la manifeste publiquement. Cette xénophobie tient peut-être à la tradition isolationniste du royaume hermite et n'est pas sans rappeler celle qui prévaut en Corée du Nord où, malgré les discours de façade, le fond est souvent ouvertement raciste. Mais au Sud, elle tient tout aussi vraisemblablement à l'omniprésence américaine et au maintien de 30.000 GI's que l'on voit parfois se pavaner en ville et qui n'ont pas la réputation d'être des gentlemen. Je n'ai toutefois pas eu l'occasion de lancer les slogans anti-américains made in Corée du Nord que je suis capable de réciter en coréen.

A Itaewon, nous sommes tombés sur un restaurant marocain où j'ai dégusté un excellent couscous avant d'aller vider quelques verres au très proche et très cher bar de l'hôtel Hyatt (Y et moi avons décidé de nous venger d'une manière ou d'une autre de l'ami coréen de Shanghai qui nous avait recommandé cet endroit). Mais de toute façon, en cette veille de Nouvel An chinois, nous avons été incapables d'obtenir la moindre information sur là où il fallait être pour voir un peu d'animation. Apparemment rien ne se passait nulle part, et les quartiers supposés animés étaient désespérément vides.

(Ce message a été modifié par yangguizi le 15 février 2008 à 21:39.)


yangguizi
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16 février 2008 à 4:54

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Le lendemain matin, c'est tout seul que je suis parti me promener dans une Séoul toujours aussi glaciale et aussi déserte que la veille. Première destination, le palais de Gyeongbokgung que j'avais déjà visité en 2002 mais qu'il ne m'aurait pas déplu de revoir. Mais, peut-être en raison de l'heure matinale, celui-ci avait l'air fermé. Un peu plus à l'est, le palais de Changdeokgung n'avait encore jamais eu l'honneur de ma visite et j'ai donc projeté de m'y rendre. Celui-ci était ouvert mais à la billetterie, il m'a été précisé qu'il était obligatoire de faire la visite en groupe accompagné d'un guide, et que la prochaine visite pour anglophones aurait lieu une heure et demie plus tard. J'ai rétorqué que je trouvais la règle grotesque mais que comme je me fichais complètement des explications d'un guide je pouvais me joindre à un groupe de coréens, mais il me fut dit que ce n'était pas possible. Bon, j'avais oublié que la Corée du Sud ressemblait décidément beaucoup à sa soeur du Nord et qu'il était obligatoire de se déplacer accompagné d'un guide et qu'il était interdit pour un étranger de se mélanger aux coréens. Encore un peu plus à l'est, il restait encore le palais de Changyeonggung, le plus petit des trois, et dans celui-là, on ne me fit aucune histoire pour me laisser rentrer.

Le palais de Changyeonggung n'est pas très imposant, ce sont juste quelques bâtiments situés autour d'une première cour, et éparpillés dans le parc qui se trouve derrière. Néanmoins la promenade fut agréable car un certain nombre de familles coréennes étaient déjà sur les lieux en ce jour de Nouvel An lunaire. Pour l'occasion, beaucoup de femmes et d'enfants étaient habillés en tenue traditionnelle coréenne, le hanbok, que l'on ne voit en principe plus du tout en Corée du Sud et a fortiori à Séoul. En Corée du Nord, l'habit traditionnel se porte encore beaucoup, notamment à la moindre cérémonie ou occasion festive, mais c'est une véritable rareté au Sud. On m'a en effet confirmé plus tard que seule la période du Nouvel An lunaire offre ce genre de spectacle et que le reste de l'année, les sud-coréennes ne portent pas le hanbok. Ce vêtement s'achète ou se loue donc principalement pour cette occasion. Il faut reconnaître que la robe traditionnelle coréenne est souvent très belle, très colorée et grâcieuse. En hiver toutefois, il est impossible de ne pas la recouvrir d'un manteau, ce qui gâche le spectacle. J'ai même pu en voir quelques unes dans le centre-ville de Séoul, hors de ce parc il est vrai propice à ce genre de démonstration traditionnelle.

Les familles donc, outre le fait de se promener et de se montrer sous leurs plus beaux atours, jouent à des jeux coréens traditionnels tels une sorte de lancer de flèche à la main ou une toupie que l'on doit fouetter en permanence pour la faire tourner.

A l'heure du déjeuner j'ai retrouvé Y avec qui nous sommes retournés manger dans le quartier de la veille où, une fois encore, nous sommes tombés sur des serveuses chinoises, et où plusieurs jesus tentaient de convertir les passants. Il fut ensuite temps de nous rendre à la gare routière pour prendre un bus à destination de Gangneung, dans le nord-est du pays. La gare routière était pleine de monde, ce qui contrastait avec le reste de la ville, mais il nous fut facile d'acheter des billets pour un bus partant une vingtaine de minutes plus tard. Toutefois, le trajet qui aurait normalement dû prendre deux heures et demie en prit le double car nous avons finalement rencontré tous les habitants de Séoul qui avaient déserté la capitale: ils étaient en fait sur l'autoroute! Ce n'est qu'après trois ou quatre heures de bouchons que le bus a pu enclencher la deuxième et avancer à bonne allure vers notre destination. Assis en face de moi, un sud-coréen nous fit la conversation, ce qui nous changea de la froideur et de la discrétion habituelle de ses compatriotes. Détail amusant que j'ai remarqué à plusieurs reprises, une des premières choses que nous dit ce sud-coréen fut son travail, sans même qu'on lui ait demandé. Il semblerait que ce soit un quasi-réflexe chez les coréens ayant de bons métiers, en l'occurence ingénieur dans l'industrie des semi-conducteurs pour celui-ci.

Après ce long trajet, il faisait déjà nuit lorsque nous sommes arrivés à Gangneung où nous avons rapidement rejoint l'hôtel que nous avions réservé près de la gare routière. Cette partie de la ville n'était pas très avenante mais nous avons malgré tout trouvé un restaurant familial certes sympathique mais où les quelques plats proposés n'étaient pas très appétissants. Nous avons fait contre mauvaise fortune bon coeur en profitant du "confort" d'un repas pris sur une table basse, assis sur un coussin à même le sol comme il se doit dans tout restaurant traditionnel. Malgré une barrière linguistique encore plus forte qu'à Séoul - il n'y avait vraiment personne qui parlait anglais dans les environs - la population locale nous fit une meilleure impression qu'à Séoul. Plus souriante, plus maniérée, mais toujours aussi discrète et polie que dans la capitale. Nous sommes toutefois rapidement partis nous coucher car le lendemain matin il fallait se lever tôt pour aller skier!

(Ce message a été modifié par yangguizi le 16 février 2008 à 5:00.)


yangguizi
Shanghai, Chine

Photo/image personnelle du membre yangguizi.

Description de la photo/image: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)


16 février 2008 à 21:28

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Le lendemain matin, en sortant de l'hôtel, une voiture s'est arrêtée à notre hauteur et ses occupants occidentaux nous ont demandé le chemin de l'océan. Nous n'avons pas su leur répondre mais leur requête nous a bien fait rire: qui voudrait aller à la plage avec un froid pareil? Les gens sérieux viennent ici pour skier, un point c'est tout. Certainement des finlandais ou des suédois du nord!

Des navettes gratuites font la liaison entre Gangneung et Yongpyong aux heures où les skieurs commencent et finissent de skier. Nous avons malheureusement raté la navette matinale - ou plutôt nous n'avons pas réussi à savoir où elle s'arrêtait - et avons donc acheté un billet pour le village de Hoenggye, proche de la station. Après une petite demi-heure de route, nous avons donc été parachutés dans ce bled que je ne qualifierais pas de perdu au milieu de nulle part, car les magasins de location de skis et de snowboard y étaient omniprésents. La station n'était qu'à une dizaine de minutes de là mais encore fallait-il trouver la navette pour la rejoindre. Sur le chemin, de nombreuses pancartes Yongpyong 2014 rappelaient que la région s'était vue refuser deux fois d'affilée l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver 2010 et 2014, au profit de Vancouver et Sotchi. Mais les pancartes n'avaient pas encore été retirées.

Nous avons aperçu sur la route un groupe de trois occidentaux dont un qui portait une planche de surf. Aucun doute, ils allaient forcément au même endroit que nous et ils devaient en savoir un peu plus sur la région, nous les avons donc rattrapés. Nous avons vite sympathisé avec C, l'américain, P, le sud-africain, et F, la néo-zélandaise qui effectivement étaient sur le chemin de Yongpyong. Tous trois vivaient dans la région où ils enseignaient l'anglais et C avait déjà fait l'acquisition d'une planche tandis qu'il emmenait ses deux amis vers un magasin où les prix étaient parait-il fort attractifs. Et pour cause, tandis que nous passions devant des étendues de poissons séchés et d'intéressantes sculptures sur glace, C nous expliqua que le magasin en question pouvait également vendre des forfaits remontées à prix cassés. Et effectivement, l'un dans l'autre, nous nous en sommes sortis pour un prix presqu'inférieur de moitié aux tarifs officiels. Ce détail sur lequel je m'apesantis depuis un moment a toute son importance car Yongpyong est une station hors de prix, bien plus que les stations japonaises ou alpines. Le moindre logement, s'il y en avait eu un de disponible, aurait été ruineux. Quant au forfait remontées journée, il faut compter une soixantaine de dollars pour une station de petite taille, à l'échelle française. Et la location de skis est en principe affichée à 26 dollars. Nagano était beaucoup moins cher que tout ça, ce qui est quand même surprenant. Mais je m'étais renseigné à l'avance sur ces questions et m'était résigné à payer le prix fort, faute d'avoir trouvé les bons plans dont je soupçonnais quand même l'existence. Cette rencontre avec C et ses amis tomba donc fort à propos. De ruineux, le séjour au ski allait donc être ramené à seulement plutôt cher.

J'ai donc skié pendant trois jours et demi à Yongpyong en faisant tous les jours l'aller-retour Gangneung - Hoenggye - Yongpyong. Voici donc les principales caractéristiques de cette station:

- Yongpyong est la plus grande station sud-coréenne avec un dénivelé d'environ 700 mètres, 14 télésièges et un téléphérique. La piste la plus longue fait un peu plus de 5 kilomètres. C'est donc une station d'assez petite taille, même comparée aux stations japonaises qui ne sont pas des géantes non plus.

- Le niveau des pistes est en général assez facile. Il n'y a pas de pistes réellement difficiles et les quelques pistes noires sont en fait plutôt des rouges. On imagine d'ailleurs mal où les épreuves olympiques auraient pu avoir lieu si la candidature de Yongpyong avait été retenue, mais je crois savoir que des projets d'aggrandissement du domaine skiable étaient à l'étude où cas où les Jeux auraient eu lieu là-bas.

- C'était les vacances coréennes et la station fonctionnait donc à pleine capacité. Malgré tout, les queues aux remontées étaient raisonnables et à part pour le téléphérique dépassaient rarement cinq minutes. Le matin, il n'y avait d'ailleurs pas grand monde. De fait, la station semble très bien organisée et la masse de skieurs est bien gérée. Les pistes ne sont pas trop fréquentées, du moins celles situées vers le sommet. Il y avait plus d'étrangers que je ne l'avais imaginé, la plupart étant des anglo-saxons résidant en Corée du Sud.

- La météo fut globalement bonne mais très variable, le grand bleu devant rapidement couvert voire neigeux. Les chutes ne neige n'ont toutefois pas été très violentes et il n'y a jamais eu de brouillard. Le thermomètre en bas des pistes indiquait entre - 12 et +1 degré, mais je n'ai pas ressenti le froid.

- Le niveau des skieurs et des surfers est assez moyen. L'absence de pistes réellement dures explique sans doute en partie la timidité des sud-coréens sur les pistes.

- Absolument toutes les indications sont bilingues, comme d'ailleurs dans le reste de la Corée du Sud, et on trouve assez facilement des personnes parlant anglais aux endroits-clés. Le personnel est en général très sympathique, ce qui contraste avec le reste du pays. Yongpyong se veut une station internationale et, si elle n'en a pas encore la taille, elle a au moins fait des pas significatifs dans cette direction.

- La station en elle-même est assez compacte et bien pensée. Les distances entre bâtiments ne sont pas très grandes et l'architecture n'est pas trop moche. Yongpyong est donc très accueillante et chaleureuse et on s'y sent plutôt bien. On y trouve tous les services en termes de restauration, de commerces et de lieux de vie.

S'il fallait faire une synthèse de tout cela en comparant Yongpyong et Happo-One (Nagano), l'une est le contraire de l'autre:
- Happo-One est beaucoup plus sportive que Yongpyong, les pistes y sont plus nombreuses, plus techniques, plus hautes, plus longues, plus difficiles, bref, plus intéressantes. Ce n'est pas à Yongpyong que l'on fera du "grand ski", même si, ne crachons pas dans la soupe, il y a de quoi bien s'amuser.
- Yongpyong est beaucoup plus ergonomique, vivante et chaleureuse (ceci dit, avoir skié à Happo-One hors saison n'en donne pas une image très représentative). En un mot, l'ambiance y est bien plus sympathique.
- Yongpyong est largement plus chère que Happo-One. C'est étonnant, mais c'est comme ça, même si je suppose que la plupart des sud-coréens venant skier à Yongpyong ont pu bénéficier de bons plans au moins aussi intéressants que celui que j'ai trouvé.
- J'ai trouvé les sud-coréens à Yongpyong plus sympas que les japonais à Happo-One, alors que c'est en général l'impression inverse qui se dégage d'un séjour dans ces deux pays, hors station de ski.
- La météo est plus clémente à Yongpyong qu'à Happo-One, cette dernière station étant maudite par un brouillard quasi-permanent. La neige en revanche était plutôt meilleure à Happo-One, ce qui s'explique par les chutes de neige permanentes et la poudreuse qui en résultait.

Voilà pour les données plus ou moins objectives. Mon expérience personnelle et mes impressions plus subjectives feront l'objet du message suivant.

(Ce message a été modifié par yangguizi le 16 février 2008 à 21:46.)


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Sunhae
Sang ju, Corée du Sud

19 février 2008 à 11:32

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Je suis une expat francaise en Coree du sud qui aurait bien envie de correspondre avec toi.
est ce possible ?

Barbara


yangguizi
Shanghai, Chine

Photo/image personnelle du membre yangguizi.

Description de la photo/image: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)


23 février 2008 à 5:09

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Yongpyong une station comme les autres? Pas tout à fait, il y a bien une touche coréenne qui en fait un endroit pas tout à fait comme les autres pour skier.

Commençons par le côté déplaisant: sur les pistes de Yongpyong, il faut bien se conduire, de manière civilisée. Moi, quand j'ai des skis aux pieds, mon côté sauvage en général enfoui dans les tréfonds de ma conscience a tendance à ressortir, et l'adrénaline que me procure la vitesse une fois lancé en ligne droite sur les pistes les plus verticales me ferait presque - j'ai bien dit presque - oublier ce qui se passe autour de moi. Et il faut bien se rendre à l'évidence, les coréens ont tendance à skier de manière beaucoup plus pépère. En général, les différents styles peuvent parfaitement cohabiter sur les pistes et je ne pense pas être un danger pour qui que ce soit, moins en tout cas que les skieurs qui slaloment sur toute la largeur des pistes et qui, eux, sont de vrais dangers car leur trajectoire est difficile à éviter. Seulement voilà, à Yongpyong, on est obsédé jusqu'à l'extrême par les règles du savoir-vivre et partout, des banderolles appellent les skieurs à bien se comporter, c'est-à-dire à ne pas skier en état d'ébriété, à choisir des pistes adaptées à son niveau, et surtout, et surtout à ne pas aller trop vite. Et ça, c'en est trop pour moi! Voilà une règle que je mets un point d'honneur à ne pas respecter, dans la mesure bien évidemment où cela ne met la sécurité de personne en jeu. Toujours est-il qu'après une petite descente ma foi fort innocente et tandis que j'attendais Y qui ne skiait pas au même rythme, une sud-coréenne s'est arrêtée à ma hauteur et a commencé à me parler. Elle était apparemment de très mauvaise humeur car "je lui avais fait peur" et que "je skiais de manière irresponsable" et surtout que je n'avais pas respecté la consigne de ralentir. Bon, il ne faisait aucun doute dans mon esprit que j'étais passé suffisamment loin d'elle pour que la chose ne mérite même pas d'être signalée, mais une des rares coréennes à savoir parler correctement anglais était manifestement une véritable rabat-joie. Il fut difficile de trancher entre l'exaspération et l'impolitesse d'une part et des excuses hypocrites de l'autre mais j'ai finalement pris le parti d'être poli et de ne pas lui faire remarquer que si on a peur en regardant les autres skier, il vaut mieux rester chez soi. Ah non mais!

Encore plus grande fut ma surprise quand deux jours plus tard, le lundi, c'est-à-dire quand tous les coréens avaient déserté la station pour reprendre le travail et que les pistes étaient donc désertes, j'entendis retentir un coup de sifflet tandis que j'avançais sur cette même piste à une allure ma foi fort raisonnable. Il s'agissait bien de ce que je pensais: un patrouilleur des pistes caché sur le côté et qui voulait me faire ralentir! Incroyable! Digne des sketches de la caméra cachée!

Mis à part ces petits désagréments somme toute mineurs, il est agréable de skier en Corée du Sud. Contrairement à leur attitude générale dans le reste du pays, les sud-coréens aiment discuter sur les télésièges et j'ai eu des conversations sympathiques avec nombre de skieurs locaux. La plupart viennent évidemment de Séoul et beaucoup viennent très souvent skier à Yongpyong où ils ont en général une résidence secondaire. Ce n'est qu'après avoir skié que j'ai remarqué avec amusement que le "règlement intérieur" de la station encourageait les gens à engager la conversation sur les télésièges afin de rendre la station plus sympathique!

Contrairement au Japon, il n'y a pas de système de lecture électronique des forfaits en bas des remontées, et ce sont donc des employés de la station qui vérifient à l'oeil nu si les skieurs sont en règle. Comme dans la plupart des pays du monde d'ailleurs. Mais la différence à Yongpyong c'est que cette tâche somme toute assez ingrate et répétitive est assumée par de jolies filles déguisées en peluches qui, mécaniquement font de grands sourires et de gentils gestes de la main à chaque passage. Je crois que la plupart des skieurs sont sous le charme de ces drôles d'employées qui agrémentent indéniablement la queue aux remontées. Chats, kangourous, grenouilles et autres déguisements sortis de je ne sais quels dessins animés font donc partie du décor. En haut des télésièges, d'autres employés font presque systématiquement la courbette à chaque fois qu'un skieur descend d'un siège. Au Japon aussi on voit ça, mais c'est assez saisissant au début et il est vrai très sympathique.

De la musique est parfois diffusée le long de certains télésièges. De la musique en général assez moche, du moins selon mes critères, mais à plusieurs reprises j'ai eu l'agréable surprise d'entendre Arirang, cette fameuse chanson coréenne populaire tant au Nord qu'au Sud de la péninsule et qui est parfois considérée comme un des symboles de la future et hypothétique réunification.

Le ski et le surf des neiges sont sans doute les principaux attraits de Yongpyong mais ce ne sont pas les seuls, du moins pour les sud-coréens. Le culte de la personnalité développé autour des acteurs de séries télévisées a envahi cette station, connue pour avoir été le théâtre du tournage de quelques scènes d'une des séries les plus populaires appelée en anglais "Winter sonata". Cela pourrait sembler anecdotique mais il s'agit-là d'un des principaux éléments mis en avant par les promoteurs de la station pour attirer les visiteurs. C'est ainsi que sur la page de garde du site internet de Yongpyong, on peut voir une ou deux scènes de cette série télévisée, et il y a même des tours organisés qui promettent aux fans de visiter l'ensemble des lieux de tournage (c'est-à-dire une ou deux cafétérias et le sommet du téléphérique, entre autres). C'est assez fascinant d'autant plus que nombreux sont les signes disséminés dans la station qui rappellent ce haut fait d'armes. En haut du téléphérique, ce sont des photos et des figurines en carton qui symbolisent ce qui est sans doute - je n'en sais rien je ne l'ai jamais vue - un des moments forts de la série. Et dans une galerie commerciale, une fausse cabine de téléphérique décorée de photos des acteurs invite les fans à se faire photographier. Tout cela rappelle donc très fortement la Corée du Nord dont les quelques sites touristiques sont en général émaillés de rappels des visites des leaders et de leurs exploits.

Il y a donc beaucoup de touristes qui vont à Yongpyong en partie pour ça, et certains ne skient pas du tout. Dans l'hôtel de luxe de la station, on peut voir aussi pas mal de chinois ou plutôt de taiwanais. Ceux-là, on ne les voit évidemment jamais sur les pistes, ils vont sans doute à Yongpyong pour se faire photographier en bas des pistes déguisés en aventuriers du froid.

(Ce message a été modifié par yangguizi le 23 février 2008 à 5:12.)


yangguizi
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25 février 2008 à 6:22

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Re: [yangguizi] Ma réconciliation avec la Corée du Sud [En réponse à] Répondre

Lorsque C et P nous proposèrent d'aller diner dans leur village où, dirent-ils, une adresse fort sympathique n'attendait que nous, nous avons bien entendu accepté l'alléchante proposition. Il est vrai que le premier diner à Gangneung ne nous ayant pas laissé un souvenir impérissable - c'est un euphémisme - n'importe quelle adresse de bonne table aurait fait l'affaire. En route donc pour Jinbu, le nom du bourg, pour se remettre d'une bonne journée de ski. Nous avons hélas trouvé porte close en nous présentant devant le restaurant, mais, qu'à cela ne tienne, C l'américain avait une alternative à nous proposer: de la fondue au fromage!

Bigre! Manger de la fondue au fromage en Corée du Sud après le ski, voilà une perspective des plus intéressantes! Et ce restaurant-là, en plus, était ouvert. Un restaurant mi-coréen, mi-occidental, certes, mais que ne ferait-on pas pour une bonne fondue au fromage? Pas de vin chaud en revanche, et nous nous sommes donc rabattus sur l'alcool national coréen, le shoju, qui avait égayé une folle soirée à Pyongyang quelques années plus tôt. Le shoju, ça fait tourner la tête. Peut-être plus encore que son cousin chinois le baijiu. J'avais néanmoins encore toute ma tête lorsque la fondue au fromage est arrivée. L'immense plat rempli presqu'à ras-bord de fromage fondant dans lequel trempaient d'alléchants morceaux de poulet allait bientôt prendre un aller-simple pour nos gosiers affamés et je crois que je me léchais réellement les babines, au sens propre du terme, à ce moment-là.

Las! Il s'agissait bien de poulet et la fondue au fromage était effectivement une fondue au fromage. Oui mais voilà, nous n'étions pas dans les Alpes mais en Corée, et il fallait absolument que cette fameuse "touche coréenne" mette ici aussi son grain de sel. Et en l'occurence ce n'était pas du sel, mais des litres de piment qui avaient été déversés dans ce succulent plat. Et ça, ça fait vraiment mal! Mal au palais bien sûr, mais aussi mal au coeur (cette fois au sens figuré) quand on songe au fabuleux festin qu'aurait pu représenter une des plus belles inventions humaines - la fondue au fromage - si elle n'avait pas été sabotée par ce piment. C'est d'encore plus mauvais goût que le fameux fil dentaire dans "les bronzés font du ski"!

Toujours est-il que le piment et les bouteilles de shoju aidant, nous étions en assez piteux état en sortant du restaurant. Nos amis nous avaient gentiment raccompagnés à la gare routière où C rencontra une de ses élèves (comme beaucoup d'anglo-saxons vivant en Corée du Sud, C et P étaient professeurs d'anglais). Allez donc savoir pourquoi, C se crut obligé d'expliquer que j'étais allé en Corée du Nord et, l'alcool aidant, j'ai proféré quelques slogans bien tournés à la gloire du Grand Leader. Mais dans cette petite gare routière de province, déjà presque vide et endormie, personne ne réagit. Mauvais accent ayant rendu mes slogans incompréhensibles, ou bien totale apathie des quelques quidams encore présents? Mon amour propre privilégie la seconde hypothèse.

A Gangneung, un autre soir, nous avons suivi les conseils de C et de P qui nous avaient recommandé un quartier et un endroit pou