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Forum > Entre deux voyages > Carnets de voyage, textes de voyageurs > De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 2007
 

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opai
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Description de la photo/image: Sur les hauteurs de Khorog, dans les Pamirs au Tadjikistan... été 2007.


28 janvier 2008 à 14:48

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Re: [opai] De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 2007 [En réponse à] Répondre

Samedi 14 Juillet 2007 : Samarcande-Boukhara



Au petit déjeuner ce matin : riz au lait, grande portion! Hier c'était lentilles et avant hier, semoule au lait... Mais pourquoi donc des choses si lourdes? Il est 7h00 et il fait déjà très très chaud.
Alors que je mange, Simon me dit au revoir. Il part aujourd'hui vers le Tadjikistan. On a peu discuter mais j'ai comme le sentiment que je vais le retrouver un peu plus loin, un peu plus tard. L'envie aussi, car je sens qu'on pourrait bien s'entendre. Et je ne dis pas ça après coup!

Sous un soleil qui cogne, l'estomac et le sac lourds, je pars vers une grande route d'où je prends un minibus pour la gare routière. Lorsque je monte dans le minibus, on me fait de la place. Rapport sans doute à la forte inertie de mes bagages. Je n'en crois pas mes yeux lorsque je vois affiché des tarifs, à droite du chauffeur.

J'arrive à une gare routière ou les chauffeurs de taxi me disent naturellement qu'il n'y pas de bus... Je les hais, au plus profond de mon âme. Quelqu'un m'indique tout de même que pour Boukhara, c'est en face, à 200 mètres de là. Un bus stationne, il vient de Tashkent et va dans ma direction. Je monte...

Les sièges ont été retirés de la moitié arrière du bus. Il y a là des gros ballots de tissus. Je trouve une place assise dans la dernière rangée. Quand le moteur démarre, les passagers, des jeunes hommes, remontent et vont s'installer, se vautrer sur les ballots. J'hésite un moment à les rejoindre car ça m'a l'air vraiment confortable. Mais quelque chose me fait abandonner cette idée. L'intuition?

Très vite, les passagers à l'arrière ouvre les canettes de bière qu'ils ont achetés pendant la pause à Samarcande. Ils boivent vite et fort. Après vingt minutes, plus de bière... Ils commencent la vodka, il est 8h30. Conséquence : à partir de 9h00, ils font arrêter le bus toutes les cinq minutes pour soulager leur vessie. Ils ont le regard bien vide, ils ont l'air abrutis. Ils sont une vingtaine et aucun n'a envie de pisser en même temps. Les passagers plus sobres perdent un peu patience. La vieille dame à côté de moi les regarde d'un air désolé.

J'avais eu de la chance jusque là, ils ne m'avaient pas remarqué... Au quatrième arrêt, ça ne loupe pas. Un gars a encore assez de présence d'esprit pour voir l'étranger que je suis. Dans ce bus, je suis l'élément exotique! Ses yeux ont du mal à me fixer. Il appelle un de ses amis censé parler un peu anglais. Je ne comprends rien, il hurle et postillonne de plus en plus. Lorsque je tourne la tête dans l'autre sens et fais mine de dormir, il me frappe sur l'épaule. Quand je parle, ils se marrent bêtement. Après une demi heure ils se calment et repartent sur leurs ballots.

Un peu plus loin, alors que je m'étais assoupi en regardant le paysage assez monotones, des voix me réveillent. Il y a un échange entre un homme assis devant et un autre couché à l'arrière. Je ne saisi pas où est le problème mais je pense qu'il s'agit des pauses-pipi, qui se poursuivent et nous mettent très en retard. Finalement, le jeune se lève et se rapproche. Il se fait plus menacant, tend ses bras, veut se battre. Il a du mal à tenir debout, je ne parie pas sur lui. Vu ma place, je profite pleinement du spectacle. Ca gueule mais heureusement, aucun coup n'est échangé. Spectacle pathétique. Là, j'avoue que j'ai du mal à aimer les locaux. Vous savez, ceux qu'on la chance de rencontrer dans les transports en commun...

Voilà pour le voyage. La plupart des passagers descendent un peu avant Boukhara chargés comme des mules avec des sacs de tissus, des télés, des casseroles. J'arrive vers 15h00. Jusqu'à mon hôtel, le Nodirbek, je vois surtout des grandes avenues. Mais je remarque aussi des parcs, des jardins et des fontaines. Il fait très chaud. Je me douche et me couche encore mouillé sur le lit, avec la climatisation, un plaisir intense! L'hôtel est vraiment chic et j'ai même une chambre seule avec la salle de bain.

Je sors me promener, manger quelques chachleks. La première impression est bonne, le centre ville a une certaine unité, contrairement à Samarcande. A chaque coin de rue, une medresa ou une mosquée. Dans une rue proche de la mosquée Kalon, des gamines d'une douzaine d'année vendent des poteries. Je suis complètement bluffé par leur pratique du français. Elle le parle très bien. Et pas uniquement les phrases touristiques habituelles. Leur accent est irrésistible et elles en usent pour convaincre les touristes, tous autant séduits que moi.

Je grimpe en haut du minaret Kalon. Seul, je regarde le soleil se coucher. Deux hollandais qui "font" l'Asie centrale en 12 jours me rejoignent. Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, en meute et en courant. Evidemment, ils n'ont pas le temps de rester plus de 10 minutes. Je profite donc des couleurs dans le silence. Au moment même où le soleil disparaît, je sens un léger souffle de vent sur mon visage.

Un russe de Tashkent se promène, sa guitare sur le dos. Pour se payer le voyage, il vend ses CD gravés. A la tombé de la nuit, nous sommes assis ensemble avec quelques commerçantes et nous écoutons ses plaintes chantées. C'est très beau. Le russe est un langue qui émeut, naturellement.








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yangguizi
Shanghai, Chine

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28 janvier 2008 à 21:04

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Re: [opai] De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 2007 [En réponse à] Répondre

ah ah, les vendeuses de poterie. Je vois très bien de qui tu parles. Moi aussi leur niveau de français m'avait bluffé, surtout quand elles proféraient des insanités en parfait français du 9-3 quand je refusais d'acheter leurs marchandises. Tire la langue


opai
France

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Description de la photo/image: Sur les hauteurs de Khorog, dans les Pamirs au Tadjikistan... été 2007.


30 janvier 2008 à 13:42

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De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 2007 [En réponse à] Répondre

Dimanche 15 Juillet 2007 : Boukhara


Petit déjeuner dans le sous sol de l'hôtel. Au menu, rien de neuf : lentilles, oeufs au plat, pain, thé. Je suis le seul électron libre au buffet. Il y une quinzaines de moutons qui gravitent autour de leur guide. Je me retrouve assis à la table du chauffeur et de son fils.

Un peu de sociologie. J'ai vu cette structure de base dans tous les groupes, à l'école, au boulot, dans certaines fêtes...
D'abord, il y a "Monsieur je sais tout". Il a appris les guides par coeur avant de partir. Normal, il a le temps, sa vie est d'un mortel ennui. Il aurait bien aimé être universitaire, archéologue, historien mais il n'est rien de tout cela. Alors, il étale sa science devant son public captif. C'est sa minute de gloire. Mais très vite, personne ne l'écoutent plus et il ne peut pas ne pas s'en rendre compte, c'est triste. Pour seules réactions des "heinhein" et des "mmhh".

Ensuite, il y a le comique. Il accompagne Madame pour lui faire plaisir mais il aurait préféré rester à s'occuper de son jardin. Les mosquées, les timourides, il s'en fout. Alors, il cherche et trouve parfois le bon mot. Peut-être est-ce aussi un moyen pour cacher son complexe. Il se croit inculte et inférieur aux autres. Il force donc le trait, fait l'idiot pour éviter que ses camarades ne pensent qu'il l'est vraiment.

Il y a aussi le râleur. Il fonctionne souvent en binôme avec sa femme et en vérité, c'est elle que tout indispose. Lui s'en fait le porte parole, il se plaint de tout et en veux pour son argent. En vérité, ça lui est bien égal que la douche n'ait pas assez de pression mais il a son image de mâle à défendre. A lui, on ne la fait pas.

Enfin, il y a le couple guide-chauffeur. Ils ont préparé des petites blagues pour occuper et détendre leurs petits touristes. Ils font les même depuis qu'ils se connaissent. Et ça marche. A chaque vanne, on entend des "oh, quand même", et des "hôhôhô".

"Dans dix minutes, rendez-vous dans le hall avec les valises" ordonne le guide en tapant dans le dos du chauffeur (apparemment, on lui a donner le rôle du fainéant qui aime traîner aux repas). Tout le monde se lève et c'est comme ça que je me sépare de mon petit groupe de français. Ils n'ont pas répondu à mon bonjour, ils ne m'ont pas adresser un seul mot. Je ne suis pas de leur monde centré sur lui même et ses quinzes survivants!

Je passe ma matinée à me perdre dans les rues de Boukhara. J'aime bien cette ville. Je tombe par hasard sur un marché. Des pastèques énormes sont vendues directement depuis la benne d'un camion. Je goûte des beignets aux patates. Les commerçants, surtout des femmes, se protègent du soleil sous des parapluies. On est loin du marché couvert de Samarcande. Ici, on marchande à même la terre battue. Le marché est petit. On y trouve essentiellement des légumes, des ustensiles de cuisines, des habits et des gadgets made in China.

Je me repose quelques minutes sous le vieux porche cadenassé d'une medressa en ruine. En partant, je fais quelques photos. Un vieil homme rapplique. Il me fait comprendre que je dois le payer lui pour prendre la porte en photo! Je rigole et je pars. Le gars a l'air déjà bourré. Je trouve toujours ça pathétique quand même les vieux se mettent à ces pratiques de taxer les visiteurs. Les enfants, je peux comprendre, même si ça me désole aussi. Je me rappelle de ce vieux bédouin à Palmyre qui m'avait "offert" une tasse de thé et qui m'avait ensuite harceler pour obtenir des dollars! Ravage du tourisme de masse, cela n'était arriver nulle part ailleurs en Syrie.

Le soleil au zénith, j'ai accepté l'invitation d'une charmante jeune fille à regarder ses tapis et ses broderies. Je lui dit d'emblée que je ne souhaite rien acheter. Elle comprend, abandonne ses marchandises, s'éponge le front et s'assied. Elle sort de son rôle de vendeuse et devient une fille de mon âge. C'est marrant, son regard, sa voix et ses traits changent dès qu'elle arrête de me vendre ses articles.
Elle parle un peu français mais nous communiquons en anglais. Elle est employée et sa chef est une fille de 24 ans. Celle-ci a un copain français qui vient souvent en Ouzbékistan et elle est actuellement en France. Je regarde l'album photo de son précédent séjour dans mon pays. Elle pose sous la tour Eiffel, devant Notre Dame...
La petite soeur de la jeune propriétaire se joint à nous. Elle m'explique que c'est la dernière fois que sa soeur part pour l'Europe. Sa mère ne veut plus la laisser partir. Je passe un bon moment heures à discuter, à me taire parfois, quand des clients s'approchent. On m'offre aussi le repas, je promets de repasser dans la soirée, ce que je fais.

Le soir, je décide de m'éloigner de la place Lyabi-Hauz, en espérant trouver de meilleurs chachleks (brochettes de viande) ailleurs. Un jeune me conseille un parc, en dehors de la vieille ville. Il me suffit de suivre les canaux, toujours tout droit. Après une vingtaine de minutes, je me retrouve effectivement dans un grand parc et je trouve assez vite de quoi me restaurer. A la table en face de la mienne, deux hommes se goinfre en buvant de la bière et une bouteille de vodka. Je décline leur invitation à trinquer avec eux. Au fond de la terrasse se trouve deux femmes avec trois enfants. Elles semblent regarder tout le temps ailleurs avec un air préoccupé. On sent une tension. Seuls les enfants mangent. J' imagine diverses histoires, les unes plus tragiques que les autres. Cela m'occupe pendant tout le repas!

Je rentre dans la nuit noire. Peu d'éclairage dans les rues. Parfois, deux ou trois femmes sur le pas de leurs boutiques. Une femme m'adresse la parole, je m'arrête et parle également. On ne se comprend absolument pas. Les autres se marrent et me font signe qu'elle est folle. Je n'en avais pas l'impression. Souvent en Ouzbékistan, on me fera comprendre par des gestes qu'une personne a perdu sa tête. A moins que porter son index à sa tempe signifie autre chose. Tout comme le geste de trancher la gorge dans le train Moscou-Tashkent!

Il fait très sombre, on ne connaît plus ces nuits dans les villes européennes. Je glisse dans de la terre récemment arrosée. J'entends des chiens courir, je ne les vois pas. Je saisi quelques pierres, au cas où. Ridicule, je ne les remarquerais que quand ils seraient sur moi. Purs fantasmes. La nuit me rend parfois paranoïaque, elle amplifie mes phobies.
Je parviens sans encombre à mon hôtel, retrouve Naguib Mahfouz pour quelques pages puis je m'endors.











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6 février 2008 à 15:58

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[opai] De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 2007 [En réponse à] Répondre

Lundi 16 Juillet 2007 : Boukhara-Samarcande



Déjeuner rapide sans groupe aujourd'hui. Je demande mon chemin à l'accueil de l'hôtel. D'abord faut-il savoir vers quelle gare routière aller. Finalement, on me déconseille de m'y rendre à pied. Trop loin, trop chaud. A ce que j'ai compris cela ne doit pas faire plus de 4 ou 5 km, et c'est presque toujours tout droit.

En route donc. Sur le chemin, je demande confirmation de mon orientation à des vieilles dames. Plus on s'éloigne du centre, plus le prix des bouteilles d'eau diminue! Me voilà finalement à la gare routière. Aussitôt, des taxis et des minibus veulent m'embarquer. Ils ne savent même pas où. Je trouve finalement le bus. Il est là, prêt à partir. Il ne manque plus que le chauffeur. Première alerte : moteur en marche, ordre d'embarquer... On attend là, 15 minutes, il fait chaud. On redescend finalement. Deuxième alerte, même scénario. Son assistant passe son temps au téléphone. Il ne semble pas savoir où il se trouve! Après deux heures d'attente, le voilà enfin, comme un prince. Tout le monde l'attend, le moteur tourne. Il n'a qu'à s'installer et démarrer. Le bus sort lentement de Boukhara, s'arrêtant là où des passagers potentiels attendent en bord de route. Le retour est très calme. Je somnole, le temps passe vite. C'est une de mes activité préférée : déconnecter en voyant (et non en regardant) le monde défilé derrière la fenêtre. Je suis complètement détendu, mon corps dort, ma tête travaille mais je ne guide plus mes pensées.

Je passe une dernière nuit à Samarcande. Je retourne au même hôtel et je suis plutôt surpris de voir une serviette et un T-Shirt suspendus dans la cour. Ils ressemblent vraiment aux miens. C'est idiot, ce n'est qu'après un peu de temps, que je me rends compte qu'ils m'appartiennent. J'ai cru un instant à une coïncidence! C'est bon de rêver...

Je me promène un peu, mange une glace. Je rencontre un guide revenu d'une mission avec un groupe d'allemands. Il est fatigué. Nous mangeons ensemble dans un parc. Il commande vingt grammes de vodka, nous les buvons ensemble. Je fête mon arrivée prochaine au Tadjikistan.

Sur le chemin du retour, je regarde un grand spectacle : un mariage. C'est la saison, il y en a tous les jours. Un jeune homme m'invite à entrer. C'est impressionnant. Au fond, une scène avec environ cinq musiciens et deux chanteuses. Des caméras filment les artistes, je me place derrière la console de mixage et d'enregistrement. Deux techniciens suivent le spectacle sur plusieurs moniteurs. J'estime à trois cents personnes le nombre de convives. Ils sont installés autour de tables rondes. Celles-ci sont posées sous des tentes. Sur chaque tables, de l'eau, de la bière et une bouteille de Whisky.
Au bas de la scène, les invités défilent devant la mariée en pleurs. Ils lui donnent des billets de banque. Je retrouve là le garçon germanophone rencontré quelques jours plus tôt. Devant mon étonnement devant tant de moyens, ils m'explique que pour un mariage normal, il y a entre 5 et 7 fêtes de ce type! Le marié seul avec ses amis, puis la mariée seule, les deux familles ensemble, sans la mariée et ainsi de suite. Les deux époux ne sont réunis qu'à l'occasion de la dernière fête. Pour ces festivité, on fait venir des musiciens de talents et la chanteuse ici présente est une des stars du moment en Ouzbékistan.
Je retourne vers mon hôtel en passant devant le Registan. Je fais quelques photos de nuit, j'entends encore la musique du mariage.

Quelqu'un ronfle dans une chambre à l'étage. C'est un son profond, très fort, qui résonne dans la cour. Il me berce et je m'endors finalement, seul dans un dortoir. J'ai rêvé de l'Ouzbekistan depuis quelques années. Depuis des mois, j'étais excité à l'idée de découvrir ses splendeurs. Voilà, c'est déjà fini, je pars demain de bon coeur pour le Tadjikistan. Un autre voyage commence.




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pampelichkaa
au bord de l'eau, France



4 mars 2008 à 6:15

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Re: [opai] [opai] De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 20 [En réponse à] Répondre

super!! j'aime beaucoup ton écriture...
mais où est la suite?Gêné

il y a eu le népal , 'tit bonhomme ,et bientot il y aura une balade à 3 dans l'himalaya .......


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Description de la photo/image: Sur les hauteurs de Khorog, dans les Pamirs au Tadjikistan... été 2007.


24 avril 2008 à 9:17

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De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 20 [En réponse à] Répondre

Mardi 17 Juillet 2007 : entrée au Tadjikistan : Samarcande - Penjikent- village minier.


C'est plein d'énergie et de curiosité que je me réveille. En vingt minutes, me voilà prêt à partir. Un jeune de l'hôtel me montre, à quelques pas de l'hôtel, où se trouvent les minibus pour la frontière. Je discute le prix, il traduit. On tombe d'accord avec le chauffeur mais, le minibus mettant un certain temps à se remplir, il me propose de partir quand même, en me faisant payer les places vides, bien entendu! Hors de question, j'ai du temps et j'aime attendre! J'en profite pour regarder la ville et le ciel, pas encore écrasés par une lumière crue, je dirais même acide, piquante. Elle aplatit tout dès neuf heure du matin.

Nous partons enfin. La route jusqu'au poste frontière est une longue ligne droite. On traverse des villages et il y a de nombreux marchés. Les passagers restent rarement plus de quelques kilomètres. Ils sont lourdement chargés. Il y a surtout des femmes. A côté de moi, un vieil homme s'installe et reste plus longtemps. Il est énorme et a même du mal à marcher. Je l'entends respirer, vite et fort. Au moment où je me demande s'il arrivera vivant à destination, il sort un sachet plastique de tabac à chiquer. Il se verse la poudre verte dans la paume puis se jette la prise dans la bouche. Le chauffeur fait de même. Tous deux discutent mais sans articuler, en laissant la langue collée aux dents du bas. Cela donne quelque chose d'assez comique, surtout si on ajoute l'aspect gonflé de leurs joues. On dirait qu'ils viennent de se faire arracher des molaires.
Régulièrement ils crachent des grosses flaques vertes par la fenêtre.
J'ai goûté à ce mélange de tabac et de chaux à Samarcande. Ca pique beaucoup, au point de me tirer des larmes! La chaux est là pour taillader les muqueuses de la bouche et faire passer les substances du tabac dans le sang... L'effet ? La tête m'a tourné quelques secondes, mais je crois que c'était plus à cause de la douleur!

Le vieux s'allume une cigarette après avoir recraché tout son tabac! Il tire fort dessus, entre deux quintes de toux. L'avenir, c'est le tabac à priser ou à chiquer : plus de problème dans les cafés, plus de tabagisme passif. A moins que les molards ne soient eux aussi nocifs!

La voiture s'arrête, me voilà au bout d'une jolie petite route de campagne ombragée par de grands arbres. Il me faut dix minutes pour sortir du pays. Au premier essai, l'agent râle parce que je n'ai pas rempli de déclaration de douane de sortie. Très bien, j'en rempli une et la lui tends. Il ne la regarde même pas et l'empale sur un pic. Je me demande où finissent tous ces papiers. Cela sert à chauffer les résidences d'hiver de Karimov ?

Je rejoins le poste tadjik à pied. Ce n'est pas une construction en brique comme de l'autre côté mais une suite de bâtiments de chantiers, des espèces de conteneurs tenant sur des roues crevées. Contrôle du passeport dans le premier, déclaration de douane (en double exemplaire) dans le second, tampon d'entrée dans le troisième et inscription sur un registre spécial. Je suis le quatrième étranger à rentrer ici après Simon, passé quatre jours plus tôt. je lis son nom sur le registre. Je termine par le quatrième conteneur, contrôle du tampon et du passeport. Voilà, je suis au Tadjikistan et j'aimerai bien continuer ma route!

Je m'assieds sous un arbre. Comme des vautours, les chauffeurs ne tardent pas à rappliquer. Ils me proposent des tarifs exorbitant pour rejoindre Penjikent. C'est la folie, cent dollars pour moins de cinquante kilomètres ! Je me content de secouer la tête, de soupirer et de rire. Eux aussi se marrent, et les prix descendent proportionnellement à la durée de mon silence. Je mange tranquillement et j'attends : j'ai repéré un groupe de russes à la sortie de l'Ouzbékistan. Ils sont un peu long car ils sont nombreux et très chargés. Mais ils ne vont pas tardé.

Effectivement, ils arrivent, portant des sacs énormes, des bouteilles de gaz, des quantités d'eau... Tout naturellement, après ces efforts, ils viennent eux aussi sous l'arbre. Prise de contact en douceur, opération séduction! Ils vont dans la même direction que moi et attendent leur mashrutka (minibus 4X4 increvable!). C'est un groupe de huit alpinistes qui partent pour deux semaines dans les Monts Fans, accompagnés d'un guide venu en 4X4 de St Petersbourg. Je ne suis pas toujours à l'aise face à la froideur de certains russes mais là, ils sont vraiment chaleureux. Nous parlons de St Petersbourg, et à leur réaction lorsque je leur dis que je suis pianiste, je me dis intérieurement que j'ai trouvé un véhicule! Effectivement, ils ne tardent pas à me proposer de me joindre à eux. Il reste de la place. Je descendrai en cours de route, on verra bien où!

Première étape, Penjikent. Pendant deux heures, je me promène dans le marché et les rues de la ville. L'atmosphère me plaît beaucoup. Les gens me prient de les photographier. Les femmes sont souriantes. Je change un peu d'argent et me trouve bien pauvre : fini les liasses de billets ouzbèks sans valeur. Penjikent est la ville de naissance du poète perse Rudaki. Je me souviens des avenues et des parcs Rudaki en Iran. Contrairement aux pays qui l'entourent, le Tadjikistan est de culture perse et non turque. J'ai tant aimé l'Iran et je me sens déjà bien dans cette ville... Ca promet!
Les alpinistes font des provisions pour leur expédition. Je les aide à porter des l'eau, des pâtes, des boîtes de conserves et de la bière.

Le guide, un barbu trapu aux cheveux longs, joue très bien son rôle de meneur. Il a des beaux gants en cuir pour conduire sa belle Land Rover. Sous cette apparence une peu rustre, il est très gentil et à l'écoute, dans la limite de nos capacités linguistiques. Il s'impatiente car ses brebis tardent à revenir. Je perds aussi un peu patience car il fait vraiment chaud. Je suis planté là de peur de les perdre! On avait dit rendez-vous à 12H30. Il est 13H30 quand je les vois enfin remonter la rue, des victuailles dans une main, de la bière dans l'autre.

On repart enfin après une petite pause dans une station essence à la sortie de la ville. Aussitôt, la route commence à monter. Elle se dégrade aussi. Très vite, la chaussée est formée de 50% de trous et 50% de bosses. Ca zigzague, ça cogne. Un coup, c'est la tête qui cogne le plafond. L'autre, c'est la colonne vertébrale qui se tasse dans le siège. J'en ai plusieurs dois le souffle coupé. Les paysages sont splendides. On me demande si j'ai soif... On me propose une bière. Offre que je décline car sous cette chaleur, cela m'endormirai. Or, il est impossible de dormir à cause de l'état de la route et surtout de la beauté du spectacle!

Pause repas au bas d'une cascade. On commande une soupe et des crudités. Les filles découpent une pastèques et me grondent presque car j'attends leur invitation pour me servir. Les toilettes méritent un mot : à flanc de falaise, un trou dans un plancher. A travers, on voit la rivière, cinquante mètres plus bas. Cette cause alliée à l'odeur des lieux me rendent extrêmement rapide! Petit rafraîchissement à la cascade puis je repars, tête et bras mouillés.

La route continue à travers la montagne. On monte le long de la vallée du Zeravshan, rarement au bord de l'eau, souvent suspendu au dessus de ravins. Les ponts se succèdent sur une eau très tumultueuse . Le courant est énorme et on le sens gronder jusque dans la voiture. On traverse des villages, des zones cultivées. Cela paraît bucolique, dans le genre été de mon enfance, à courir dans les prés (enfance imaginaire, avant l'ère des machines et des cultures intensives).

On passe, on ne fait que passer. Tout ces villages, je les aperçois par la fenêtre de la mashrutka. Et en plus, je dois me pencher! Plusieurs fois, j'ai envie de crier stop! Je suis heureux d'avoir trouvé un véhicule mais un peu frustré de passer si vite. En fin d'après midi, nous nous arrêtons dans une petite ville, après Ayni. On se gare dans une cité : quatre ou cinq immeubles d'habitation de types soviétique. Les mêmes qu'à Minsk ou Belgrade. Des enfants jouent dehors, un homme récupère les passeports des russes. Il est l'heure de se séparer : les alpinistes vont continuer leur route et moi, je partirai demain vers Dushanbe. L'homme veut bien m'accueillir chez lui. C'est une idée du guide, je pense qu'il avait prévu cela depuis la frontière... Je me laisse faire!

Il règne une atmosphère triste. L'homme, la cinquantaine, est dentiste. Nous nous asseyons sur un épais tapis et sa fille nous sert thé, bonbon, raisins secs et amandes. La femme et les deux autres filles du dentistes sont absents. Sur l'étagère, je trouve des livres de Tolstoi, Dostoïevski et d'autres auteurs russes. Il y a aussi des anthologies de poésie persane et du Emile Zola. C'est là peut-être une des réussite de l'URSS : rendre le niveau culturel moyen, très élevé. Je lui demande si je peux visiter la ville. Il me dit qu'il fait nuit, qu'il n'y a rien. Nous sortons quand même. L'homme rayonne de tristesse. Il ne sourit jamais et semble vraiment dépressif! On fait un petit tour dans l'air frais du soir. C'est bon, après le four d'Ouzbékistan. Mon hôte ne veut pas aller dans ce qui ressemble à un marché, puis, quand on revient il me dit très lentement: "So, that's it".

Le village est né et vit grâce à une mine. Tous les hommes y travaillent. En rentrant nous sommes passé devant un pont. Il est barré à la circulation, il tombe en ruine. Les piétons l'empruntent en marchant d'une planche à l'autre. Du rafistolé. Des espaces atteignant parfois vingt centimètres. Vingt ou trente mètres en dessous, des rochers et de l'eau sauvage.

La fille est en train de cuire du pain dans un petit four électrique posé sur la moquette de la chambre du père. Un frigo se trouve à côté. Je ne vois pas de cuisine. Après le bruit fracassant des torrents c'est l'eau des toilette qui fuit et qui siffle doucement, continuellement. En hiver, on accroche des couvertures et des tapis partout. Je n'ose pas imaginer la température ici et la qualité de l'isolation...

Je m'endors dans ce village dont j'ignore le nom. Je l'ai peut-être demandé au dentiste puis oublié, mais peut-être ne l'ai-je jamais connu.
Les voitures pour Dushanbe partent très tôt de la route principale et elle se trouve de l'autre côté du pont en ruine. Je pense à ça en m'endormant...





dans les fan




marché de Pendjikent




la fameuse mashrutka, minibus 4X4 increvable!





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Thaïlande
 Voyages en Thaïlande 


Mékong
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29 avril 2008 à 17:31

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Re: [opai] De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 20 [En réponse à] Répondre

salut Opaï
je viens de lire ton carnet sur des endroits que je ne connais pas. J'aime beaucoup ta manière de raconter une histoire.
à bientôt pour la suite de ton voyage
Eric

La vertu d'un voyage c'est de purger la vie avant de la garnir
Nicolas Bouvier


opai
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Description de la photo/image: Sur les hauteurs de Khorog, dans les Pamirs au Tadjikistan... été 2007.


30 avril 2008 à 15:00

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Re: [Mékong] De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 20 [En réponse à] Répondre

Salut Mekong

Merci beaucoup!
Allez, je mets la suite... Ca grimpe, ça grimpe.

Au fait, l'été prochain, changement de programme, ce sera l'Inde (Ladkh et quelques villes : Amristar, Varanasi)

Opai

"Même au plus haut des trônes du monde, on est jamais assis que sur son cul!" (Montaigne)
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opai
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Description de la photo/image: Sur les hauteurs de Khorog, dans les Pamirs au Tadjikistan... été 2007.


30 avril 2008 à 15:14

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De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 20 [En réponse à] Répondre

 18 et 19 Juillet 2007 : arrivée à Dushanbe.


C'est mon hôte qui me réveille alors qu'il fait encore nuit. J'ai dormi d'une seule traite sur un tapis, bien au chaud sous de nombreuses couches de couverture. Nous mangeons rapidement avant qu'il m'accompagne vers la route de Dushanbe. Le soleil se lève à peine, il fait frais.

Voilà, me voici devant ce reste de pont. Mon état encore endormi m'aide à le passer sans trop penser. Mais même sans être complètement réveillé, je vois le torrent et les rochers sous mes pieds. Je vois aussi les planches branlantes et les clous arrachés.

Nous voilà au bord de la route. Le soleil naissant se reflète dans la poussière. Entouré de hautes falaises, ses rayons de réchauffe pas encore le village. Il y a là un vieil arrêt de bus : deux murs et un toit en béton. J'en verrai dans tout le pays. Parfois, ils sont décorés de mosaïques ou de sculptures. C'est un vestige des temps où des bus passaient partout. Ou peut-être juste une bonne blague soviétique : des arrêts de bus dans tous les villages, même les plus reculés, en attendant les bus eux même. Mais ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait eu des services de transports à cette époque.

J'arrête un camion, puis un second. Ils ne vont pas vers Dushanbe, ils viennent de la mine. Le dentiste chez qui je viens de passer ma nuit arrête une niva. C'est un petit 4X4 russe. Il s'agit du taxi collectif qui rejoint Dushanbe. Nous nous mettons d'accord sur le prix et sur le fait que je veuille m'asseoir à l'avant. Mon hôte part. Je remarque pour la première fois qu'il boite. Il est habillé d'un pantalon et d'une veste noir usé et blanchi par la poussière. C'est triste, à l'image de ce village minier à l'agonie.

En route. A la sortie du village, la route redevient un terrain de cross. Des trous, partout des trous. Très vite nous commençons notre montée, le paysage est magnifique, très vert. A l'approche du col, la route passe au milieu d'une coulée de glace d'au moins quatre mètres de haut. La voiture peine un peu, on s'arrête parfois pour refroidir le moteur. Les quatre autres occupants de la voitures sont très gentils mais nous parlons très peu. Ils semble comprendre que je veux contempler ces montagnes. Arrivé au col Anzob (3372 mètres), on découvre des crêtes enneigée. Je suis la route qui nous fera descendre de là. Elle serpente à flanc de montagne, pour arriver dans un village, tout en bas, au fond d'une vallée. Il y a aussi un grand chalet en bois, on pourrait être en Suisse!

A la descente, nous croisons quelques camions qui nous font frôler à chaque fois le ravin. Le soleil est éblouissant, des ruisseaux traversent la piste. Arrivés en bas, la chaussé se dégrade. Je ne pensais pas que cela soit possible. Une route ou un tunnel est en construction, nous empruntons donc un itinéraire parallèle, façonné grossièrement car provisoire.

Ce sont des chinois qui bossent ici. J'ignorais à quel point ils sont présents dans la région, en deux mois, j'en verrai sur tous les chantiers. Ils viennent avec leur savoir et leurs outils mais ils viennent aussi avec leur main d'oeuvre. Il y a régulièrement des baraquements en bord de chantier. Ils ne se mélangent pas à la population locale, qui restent sans doute des barbares à leurs yeux! Les chinois construisent des routes, ce qui leur permettra sans doute de mieux pénétrer le marché et de faire de l'Asie centrale une région satellite.

Peu avant Dushanbe, nous nous arrêtons pour nettoyer le véhicule. Il était rouge, le voilà blanc de poussière. Un gamin l'arrose et l'éponge contre quelques somanis. Un torrent court en contrebas, deux enfants passent sur deux ânes.

Il fait chaud à Dushanbe, le soleil est à son zénith. Je trouve sans difficulté le bus qui me déposera au centre. J'indique ma destination : avenue Rudaki. Le chauffeur acquiesce. Effectivement, dès la sortie de la gare routière, nous suivons cette avenue. Et elle est longue, très longue!
Il y a peu de circulation. En passant j'essaie de voir le numéro des bâtiments qui défilent lentement, certains étant long de cent mètres. Je loupe le numéro 24 et descend au 28. Deux maisons d'écart, seulement, me direz vous... Je marche une bonne dizaine de minutes dans une chaleur immobilisante.

Une babouchkas m'accueille derrière sa vitre. Elle me parle entre de longs soupirs. Ses yeux quittent rarement l'écran tété du fond de la pièce. Manifestement, je la dérange. Je lui pose quelques questions sur l'enregistrement obligatoire. Elle me tend un papier, me dit de repasser plus tard. Cet hôtel ressemble à un théâtre ou un opéra. Des hauts plafonds, des tapis rouges, de larges escaliers de pierre blanche. Il a tout le charme d'un palace à l'abandon. A l'étage, une autre dame, plus chaleureuse, note mon nom sur un registre et ouvre ma chambre. La fenêtre donne sur une place animée. Derrière des jets d'eau et une rangée d'arbres, je devine l'opéra national. Je me réjouissais de prendre une douche froide. Pas de pression, je me mouille au lavabo et inonde la salle de bain et le parquet de la chambre.

Pour voyager dans les Pamirs, il faut un permis spécial en plus du visa (le permis GBAO). Je l'ai réservé depuis la France par l'intermédiaire d'une agence kazakhe. Celle-ci m'a donné deux numéro à appeler à mon arrivée. Me voilà donc à la recherche d'un téléphone. Il y a en a partout. Il s'agit d'ancien téléphones publiques, sur le modèle de nos cabines. Les fils ont été arrachés et reliés à des téléphones normaux. Des jeunes veillent et encaissent. Le premier numéro ne fonctionne pas. Je tombe sur le messagerie du second. Deuxième essai quelques minutes plus tard : une femme répond. Nous ne nous comprenons pas. Derrière j'entend des rires et une télévision. J'épelle mon nom, dis "permit" et "GBAO". Rien à faire, je raccroche après dix minutes d'essais. Je suis mal!

En voyage, tout s'arrange... C'est du moins ce que je crois. Or, il suffit d'y croire. En voyage, on a aussi de la chance. Et quand on a pas d'autre choix, on est bien forcé de trouver des solutions.

En attendant de la trouver, je vais manger dans un restaurant géorgien. J'en rêve depuis que je l'ai vu dans le lonely planet : "poulet aux noix à la sauce crémeuse". Je me fie rarement aux guides pour les restaurants mais là, ça me fait franchement envie, surtout après deux semaines au régime gras (plof, soupe).

Je m'installe et commande une grande bière. Je sais l'effet qu'elle me fera par cette chaleur. C'est égal. Mon plat arrive en même temps qu'un homme et une femme parlant anglais. Je tends l'oreille. Ils mettent au point un programme culturel. Il s'agit d'un rendez vous professionnel mais le gars drague franchement la dame. Je fonce : "Bonjour, je vois que vous parlez anglais, j'ai un problème... pourriez vous m'aider après votre repas?". L'homme semble un peu étonné d'être ainsi dérangé mais évidemment, ils sont d'accord. Je retourne donc à ma table, termine mon poulet au noix et commande une autre bière.

La femme a appelé le numéro depuis son portable et pris rendez-vous à 16h00 dans mon hôtel. En attendant, je marche et explore le centre ville : de larges rues qui se coupent perpendiculairement, des grands bâtiments à la soviet. Malgré cela, cette ville est agréable et différente de ses cousines de l'ex-URSS. C'est dû à ses très nombreux arbres et à sa circulation automobile raisonnable.

Les trois passants que j'interroge sont incapables de me dire où se trouve le Musée des antiquités nationales. Je le trouve seul. Au pied des escaliers de l'entrée, des sachets en plastiques pour recouvrir les chaussures. J'enlève carrément les miennes. A part les employé, il n'y a personne! Je découvre les richesses du musée pieds nus sur une épaisse moquette rouge. Il fait frais et une dame allume les lumière dès que j'arrive dans une salle et les éteint lorsque je le quitte! A l'étage, je contemple le bouddha couché. Il mesure treize mètres de long et date de l'époque où le bouddhisme s'épanouissait en Asie centrale. Les bouddhas de Bamyan en était un autre témoignage.

En allant au marché, des familles me prient de les photographier. Deux personnes, puis trois, bientôt dix à poser devant mon objectif.

Deux jeunes filles au type russe arrivent à 16H00 dans le hall de l'hôtel Vakhsh. Elles ont le précieux papiers. Je vérifie que tous les noms de district y figurent. Comme je pouvais m'y attendre (d'autres voyageurs men ont averti), le district de Roshtkala n'est pas noté. L'anglophone me dit qu'il n'y aura pas de problème. Je comprends surtout qu'elle veut partir et qu'elle s'en fout royalement! Ce n'est pas elle qui se fera refouler au contrôle. Je refuse donc de lui signer le papier mentionnant la remise du permis. Elle prend un stylo bille noir et note de sa main "Roshtkala" sur le permis. Aucune différence visible dans l'écriture... Je me marre et lui fais son reçu.

Un homme est là dans le hall. Il discute avec la babouchka au sujet de l'enregistrement. Aucune information claire. Emmanuel, tout comme moi, ne sait que faire! S'enregistrer ici ? Aller à l'OVIR (ministère du tourisme)? Attendre Khorog ? Dans la loi, apparemment, le touriste a trois jours pour s'enregistrer. La téléphage de l'accueil me dit que j'ai le temps... Elle dit par contre à Emmanuel qu'il va avoir des problèmes : il est dans le pays depuis sept jours. Il n'a pas pu s'enregistrer avant car il est à vélo!

Je croiserai plus tard sur ma route des touristes n'ayant pas su éclaircir tout ça. L'un deux (Alister, j'en reparlerai plus tard) a payer 370 dollars d'amende!! Bien gentil. Les flics ont dû faire une bonne fête. Le gars en question était un vrai abruti. Ses poches débordaient de billets. Ca l'aura soulager. J'ai rencontrer un couple ayant payé 150 dollars...

Après être allé dans une agence pour avoir des informations plus claires, nous nous installons sur la place de l'opéra. Les fontaines rafraîchissent l'air. Emmanuel est le modèle même du routard qui a bien tourné. Il pourrait être mon père et a beaucoup, vraiment beaucoup voyagé. Toujours à vélo. En discutant, on découvre qu'on a déjà dû se croiser dans un festival où nous présentions tous les deux un film. Nous buvons de la bière et mangeons des pistaches vendues en collier par des gamins. Je lui fais part de mes doutes persistants depuis mon voyage de l'été dernier : pourquoi voyager? Ne suis-je pas en train de ma lasser? Et si ce n'était qu'une autre routine, répétition toujours des mêmes types de rencontres, des mêmes galères, des mêmes activités? Il me guérit d'un coup en me parlant du plaisir de regarder simplement les gens vivre, du bonheur simple d'entendre une nomade kirghize chanter sous sa yourte. Le plaisir aussi de voir des paysages différents, d'en baver à vélo. Il a raison, je me pose trop de questions! J'ai des problèmes de luxes, c'est presque indécent.

Une vieille femme fait la manche de table en table. Nous mangeons des Chachleks (brochettes) et du pain. Il semble bouleversé : une vieille dame, vulnérable, incapable de bosser et obligée de mendier pour survivre.
Il la fait asseoir et commande un repas et un soda. Elle n'est pas habitué à être traitée de la sorte. On reste assis à ses côtés pour être sûr que les serveurs ne la vire pas. Elle mange ses brochettes et mets les deux morceaux de pains dans un sachet.

Après avoir fait des courses, nous montons chacun dans notre chambre. Dans la mienne, un jeune homme est au téléphone. Je ne suis pas seul, question d'économie! Ce représentant en téléphone portable passera la moitié de la nuit à téléphoner en fumant des cigarettes. Il est gentil mais j'avoue avoir eu des envies de meurtre sur les coups de trois heures!











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(Ce message a été modifié par opai le 8 mai 2008 à 6:40.)


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30 avril 2008 à 16:08

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Re: [opai] De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 20 [En réponse à] Répondre

des belles rencontre comme celle d'Emmanuel et comment vas tu faire pour te lasser de voyager après avoir parcouru une aussi belle région que le Pamir. ça me fait penser au livre de Christophe de Ponfilly "femmes d'Asie centrale".

Très content que tu parles des Chinois.
Jade qui venait par la Karakoram Highway, m'avait montré des photos d'un cimetiere d'ouvriers chinois dans le nord Pakistan car ce sont eux qui ont construit les routes dans cette région montagneuse et les Pakistanais leur en sont reconnaissants.

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Description de la photo/image: Sur les hauteurs de Khorog, dans les Pamirs au Tadjikistan... été 2007.


8 mai 2008 à 7:01

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De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 20 [En réponse à] Répondre

20 et 21 Juillet 2007 : Route Dushanbe-Khorog.



Je suis dès 5h30 à la gare routière. Je m'y rends en taxi, les rues sont désertes. Le soleil se lève à peine. Sa lumière rouge ébloui déjà. Ses quelques rayons sont déjà brûlants. La poussière en suspension dans l'air ressemble à d'innombrables étincelles. Je suis le seul passager dans le coin et ne trouve que deux chauffeurs pour m'orienter. L'un deux dit partir vers les Pamirs. Il faut biensûr attendre que la mashrutka se remplisse. J'attends...

Vers 7h00, les premiers voyageurs arrivent. Les rabatteurs les orientent de manière musclée vers leurs propres taxis ou minibus. A partir de ce moment, les bagages dans le coffres, chaque passager devient la propriété de son chauffeur! Il y a plusieurs mashrutka en partance pour Khorog. Celle d'à côté semble plus remplie que la mienne. Une adolescente énergique s'impatiente. Elle parle anglais et me dit le prix qu'elle paie. Le mien est un peu plus élevé, une dizaine de dollars. Je vais voir mon chauffeur et re-négocie le prix. Le ton monte entre lui et la jeune fille et le chauffeur est finalement prêt à s'aligner... Mais je vois bien que son véhicule ne sera pas plein. Et je veux partir aujourd'hui! Je prends donc mes affaires et file vers la mashrutka d'à côté. Son chauffeur me promet de partir dans les dix minutes... Il est 9h30 environ. Après ma désertion, le chauffeur de la première mashrutka s'énerve franchement contre la fille parlant anglais et contre mon nouveau chauffeur. Finalement, il referme sa mashrutka et repart à pied. Ce sera pour un autre jour... Pas de travail aujourd'hui.

C'est vers 12h00 que nous bougeons! Après une longue heure à manoeuvrer dans ce terrain vague, à faire le plein et à charger des gens. Juste au moment de partir, un garçon d'environ sept ans fait une crise de larme. Il hurle, il ne veut pas partir. Les négociations durent longtemps. On repart au bout d'une heure, l'enfant, sa soeur et sa mère reste... Il a fallu trouver trois passagers remplaçants! On parcourt une centaine de mètres à l'extérieur du terrain vague puis on s'arrête à nouveau : pause repas! Il est 14h30 quand nous partons pour de bon. Les Pamirs se font désirer. Je guette le départ depuis neuf longues heures. Le soleil est maintenant sans pitié. Nous sommes bien serrés dans la mashrutka. Je suis au fond à gauche, pas la meilleure place car loin des ouvertures! Les fenêtres s'ouvrent peu et l'air devient vite malsain. Cela n'ira pas en s'améliorant.

Nous quittons Dushanbe par des petites rues de terres, évitant les grandes avenues pour ne pas avoir à payer les policiers à chaque croisement. Lors d'un arrêt, je vois deux groupes d'enfant jouant avec un chiot. Ils semblent se le disputer. Finalement, la pauvre bête est jetée violemment au sol. Je n'ai jamais entendu un tel cri de la bouche d'une si petite bête. J'entends la terreur même.

Dès la sortie de la ville, la route s'élève. J'ai dû manger quelque chose de mauvais, mon ventre fait des sons étranges. Je respire, j'avale un petit remède, me contrôle. Mon visage est ruisselant de sueur. Première pause : je me précipite hors du bus. Il y a là quelques stands où l'on vend des sodas, du thé et des gâteaux. Tout autour, l'herbe est jaunie par le soleil. Je demande la direction des toilettes. Je les sens déjà, mais ne les vois pas. Me mettre en mouvement à rendu cela très urgent! J'arrive à me contrôler assis, pas en marchant. On m'indique une bâche bleue en hauteur. Je suis un sentier abrupte sur une cinquantaine de mètres. J'ai bien de la chance! Je suis rarement malade et me voilà condamner à utiliser cette fosse, simple à décrire : un bassin de trois mètres sur deux. Deux planches instables couvertes d'excréments. Un mètre et demi sous les planches, un magma marron, grouillant. De nombreux reflets bleutés ou blancs, ce sont les mouches et les vers. Ajouter à cela quatre ou cinq personnes qui viennent s'accroupir à mes côtés... Aussitôt remonté dans le bus, mon ventre va mieux, je suis guéri!

Le paysage se fait plus accidenté. Nous suivons des vallées, nous longeons des torrents, nous nous élevons, passons un col puis recommençons dans une autre vallée. Les secousses ne s'arrêtent que lors des quelques pauses. Trois jeunes de type russe profitent des haltes pour dessiner des sexes un peu partout avec un marqueur. Ils sont morts de rire en contemplant leurs dessins sur une citerne, un conteneur, un mur blanc. Personne ne bronche, on dirait qu'il craignent ces jeunes cons arrogants. Peut-être est-ce simplement du mépris et de la résignation.

Pendant le repas du soir, j'attends les autres voyageurs en contemplant un paysage superbe. Je préfère jeûner. Des pics rocheux rouges sortent de terre. Je tente de photographier trois femmes mais elles fuient. Les gens me regardent bizarrement.

Il fait nuit lorsque nous repartons. Je suis dans un demi sommeil, coincé au fond, contre la paroi gauche du minibus. Ca cogne sans répis. Au milieu de la nuit, nous nous arrêtons. Après un temps assez long, nous redémarrons pour quelques minutes, puis, nous stoppons à nouveau. Ce manège se répète plusieurs fois. Je profite des arrêt pour dormir plus profondément. Finalement, la mashrutka s'arrête pour de bon dans un village. Il fait froid dehors et je remonte vite à ma petite place.
Depuis le début de soirée, nous circulons en convoi de trois véhicule. L'un d'entre eux ne peut plus avancer. Après avoir échoué à trouver un moyen de réparer, les douze passagers de la camionnette en panne sont répartis dans les deux encore en état de marche.

Nous étions déjà bien serrés avant... La banquette où je suis est à trois place. Nous y tenons à quatre adultes et autant d'enfants. Les gens s'organisent, certains, passeront la nuit accroupis au sol. Il semble y avoir une rélle solidarité. Personne ne bronche, et de toute façon, il n'y pas d'autre solution. Je passe donc la nuit comme cela. Ce sont mes jambes qui souffrent le plus : elles sont recroquevillée entre les sacs et les pieds de mes voisins. Impossible de les bouger. Il suffit que je m'avance sur mon siège pour que ma voisine s'étale plus et que je sois dans l'incapacité de m'adosser à nouveau! C'est impitoyable, que mon pied bouge de quelques centimètre en l'air et il perd sa place au sol.

Je me réveille lorsque le jour se lève. Le gosse à côté de moi est en train de vomir dans un sac. Enfin, on s'arrête. En face de la rivière Pyanj, l'Afghanistan. Je n'ai pas pu en profiter durant la nuit. Je n'ai pas vu les villages qui longent la frontière, juste en face de la route cabossée. La vallée est encaissée, les montagnes abruptes. Il n'y a pas de végétation, mis à part quelques peuplier le long de la route.

On s'arrête, je retrouve l'usage de mes jambes, je m'étire. Je suis endormi et courbaturé. Nous ne sommes pas encore arrivés. La rivière a emporté la route la nuit dernière. Impossible de passer. Nous attendons deux heures non loin de Ruchan. Déjeuner pamiri : thé mélangé à du beurre rance. Nous trempons du pain là dedans. Ce n'est pas mauvais, juste un peu fade. Je me régale de raisins secs et de ces délicieuses petites mûres blanches. Sur le plateau, il y a aussi des bonbons, des papillotes.

Je suis assis le long de la route : le grondement puissant du Pyanj, des papillons, des oiseaux qui chantent au levé du soleil, mes compagnons de voyage parlant pamiri, le ciel aux teintes mauves qui devient bleu, le vent dans les peuplier, le goût du thé salé, la fraîcheur du matin.
Je suis endormi mais je suis tellement heureux d'être là. J'ai rêvé des Pamirs et j'y suis. J'aime les voyages et là, c'est un vrai voyage, un que l'on ressent dans sa chaire.

La route ne se reconstruira pas dans la journée, c'est un fait. Nous passons donc à pieds en escaladant un peu les éboulis de la montagne. Dix minutes de marche, pas plus. J'imagine la même scène en Europe, impossible! Le gamin courent, les gens glissent, surchargés de bagages. Juste en dessous, le torrent. On sent le vent que produit toute cette eau qui court. Pas de panneaux, pas de décrets, pas de risque zéro... Une gentille petite excitation pour le sage occidental que je suis.

Un camion militaire de transport de troupes nous prend en charge et nous dépose dans le village suivant. Je filme la route. On me croit journaliste... Je démens en rangeant ma caméra!

La fin du parcours est plus calme. La route devient meilleure et nous arrivons à Khorog en début d'après midi. La jeune fille anglophone m'offre le gîte. Je rejoins donc sa soeur et son père dans un HLM soviétique. Mais je ne passerai pas la nuit avec eux. Je ressors pour régler mes problèmes d'enregistrement et de permis. Nous sommes Vendredi, à la police, on m'invite à revenir le lundi! J'essaie la stratégie du siège, je râle, je m'énerve, je pars, je reviens, j'invente des histoires mais rien n'y fait... Ici, aujourd'hui, c'est congé! Le policier en a tellement marre de me voir que c'est lui qui m'emmène gracieusement à la Pamir Lodge, une guesthouse sur les hauteurs de Khorog que je n'arrive pas à trouver seul.

Qui a dit que j'étais en vacance? Il va bientôt faire nuit, je suis une fois de plus fatigué. Mais une bonne fatigue car enfin, je suis là où je souhaitais être.





station essence




route Dushanbe-Khorog




route emportée par le Panj


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19 mai 2008 à 15:57

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De l'Alsace à l'Asie Centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Kirghizistan) en été 20 [En réponse à] Répondre

21 et 22 Juillet 2007 : Khorog


Deux jours à tuer à Khorog en attendant de pouvoir s'enregistrer à la police. On a vu pire comme contrainte!

La ville n'a rien de charmants. Des blocs de béton longent la rue principal. Parfois, un bâtiment neuf : c'est une construction de la fondation Aga Khan, le lycée par exemple. A un bout de la rue se trouve la gare routière, avec ses taxis et ses vieilles camionnettes. C'est là que commence le marché. Rien de superflu ici : des pâtes, du riz, des fruits secs. J'ai passé quinze minutes à chercher un fromage. Sans succès. Je me suis rabattu sur une sorte de saucisse de fromage fumé. Quand le soleil tape trop fort, et c'est le cas bien avant midi, les rues se couvrent de bâches bleues. Cela fait de l'ombre mais il ne fait pas moins chaud.

Il y a quelques boui-bouis aussi. Des nappes cirés, trouées par les cigarettes des clients et couvertes d'une couche de graisse plus épaisse que la nappe elle même! Tout est de béton, le sol, les murs, le plafond, gris. Même les clients sont gris, je veux dire saouls.
Il y a deux khirgizes à la table d'à côté. Des chauffeurs venant de Murghab. Ils parlent, ils parlent, sans s'arrêter. Je ne comprends pas? Ils parlent plus fort! Je les ignorent? Ils se rapprochent! Un des mec est tellement bourré qu'il n'arrive même plus à fixer mon regard.

La ville est traversé par la rivière Gunt. On passe le pont et on traverse un quartier de HLM soviétiques. Les chats et les chiens fouillent les tas de détritus. Ca pue.

Il faut monter. A dix minute de cette ville un peu glauque se trouve des jardins, des vergers. Des ruisseaux traversent les chemins. De temps en temps, on croise une chèvre ou un mouton.

Il faut monter encore. Un petit canal d'irrigation entoure la ville. Des gamins s'y baignent. Ils construisent des petits barrages avec des branches et des cailloux. Ca me rappelle mes après midi d'été dans le vignoble alsacien. J'avais cru pouvoir faire déborder un ruisseau qui ne m'en avait pas laissé le temps. Dix fois il a emporté mon tas de pierre. Dix fois j'ai recommencé, toujours vaincu par ce petit filet d'eau.

Je continue à monter. C'est raide, c'est de la caillasse. je grimpe péniblement, presque à quatre pattes. Un rocher, tout en haut, me donne le cap. Je suis un lit de torrent. Là, quelques herbes poussent. Je m'y accroche. Je m'arrête tous les cinquante mètres, essoufflé. Je me retourne, contemple la vallée puis continue : la vue doit être plus belle de plus haut. Voilà, j'y suis à mon rocher noire. Celui que je vois depuis ma guesthouse. Il domine Khorog. Je m'assois, je suis ivre, seul et loin de l'agitation d'en bas. Pas un son ne me parvient de la ville que je vois à mes pieds.

Scéance de photos : à gauche, l'Afghanistan et à droite, la vallée de Gunt. Entre deux montagnes à pic, je devine l'entrée de la vallée de Chokh dara.
Je veux une image de moi ici. Cette manie, cette illusion de croir que l'on pourra retrouver cet instant de grâce en voyant une petite image.
Je pose l'appareil sur une pierre, je le cale avec un gilet. J'enclenche le retardateur, j'appuie, je cours, je glisse....clac. Belle image! on me voit à terre, les mains prêtes à amortir la chute.

La descente est toujours plus dure. C'est pentu et je ne veut pas rejoindre la ville en roulant dans ces pierres noires et coupantes. Impossible de marcher normalement. J'essaie en zig-zags, mais je ne suis pas un dahut.
Finalement, j'opte pour le ski : je me jette dans la pente, me laisse accélérer puis, quand ça va trop vite, je saute à pieds joints en me tournant de profil. Je fais des pas de trois mètres, c'est grisant!

Je contourne la ville en longeant le petit canal. Me voilà au dessus du Panj, qui coule entre le Tadjikistan et l'Afghanistan. En face, je devine un chemin de muletier. Je laisse mon regard flotter dans le ciel bleu. Je prends le temps de voir le mouvement des gros nuages blancs. Eux ne connaissent pas de frontières.

Dans une rue, je rencontre Koshif. Il m'offre le thé, des gâteaux sablés et de la confiture de framboise. Je la déguste à la petite cuillère. Lui la met dans son thé. Peu importe, c'est délicieux et même plus que ça. Son grand fils nous rejoint. Il met un CD mp3 spécialement pour moi dans son ordinateur. De la musique française... Et j'entends Alizée chanter "On m'appelle Lolita...". Je ri bien. C'est donc ça l'image de la culture française à l'étranger! Merde alors. Cela calmerait l'arrogance de certains de mes compatriotes! En Iran déjà, on me récitait des poèmes d'un poète français : Céline Dion.

Le plus jeune fils de Koshif se joint à nous. Il a 10 ans et parle très bien anglais. Il est à l'école Aga Khan et se trouve dans la classe "anglaise". Il y a trois classe par niveau : une en tadjik, une en russe et une en anglais. La fondation du guide spirituel ismaélien fait beaucoup de bien par ici, j'aurai l'occasion d'en parler plus longuement plus loin.

C'est bon aussi de s'asseoir devant la Pamir Lodge. Cette Guesthouose est tenu par un érudit, ancien professeur de philosophie et de théologie en Angleterre. Il est originaire du Pakistan mais a décidé de venir mourir ici. Il passe ses journées à méditer et à recevoir. Il est considéré comme un guide par la communauté. C'est chez lui que les gens viennent prier le soir. Il tente de les ouvrir au tourisme. Ici, on en est souvent resté aux traditions soviétiques : trop cher pour peu de qualité. Il semblerait qu'ils aient du mal à suivre le modèle pakistanais ou népalais.

Un soir, un groupe d'étudiant américain en farsi envahissent les lieux. Ne pouvant aller faire leur stage de langue en Iran, ils passent un mois à Dushanbe. En ce moment, ils profitent d'un long week-end pour visiter le Wakkhan en un jour. La couleur de la peau montre un grande diversité dans les origines des étudiants. Ca fait plaisir à voir! Je sympathise avec l'un d'eux. Est-ce parce qu'il ressemble à John Cage ou parce que il est le seul fumer de la bande ? C'est un passionné par la culture perse. Il est originaire de Californie mais vit à New York. Il parle tout doucement, me raconte ses rêves : bientôt, il veut parcourir le Wakkhan afghan. Il y a d'ailleurs à la Pamir Lodge un jeune humanitaire américain en congé qui a obtenu son visa afghan ce matin, en vingt minutes. Il vit avec sa famille au Kirghizistan et va passer demain de l'autre côté à Ichkachim. Un ami afghan l'attend de l'autre côté pour le guider. Parlant dari et kirghize, il voyagera avec des ânes. Décidément, il y a des vies passionnante!

On passe la soirée autour d'un melon et d'un thé, à discuter de voyages réels ou rêvés, ceux qui vont nous tenailler encore pendant un moment. On fait des itinéraires, certains racontent l'histoire de telle famille qui a traversé l'Afghanistan récemment en camping car. Celui en partance rappelle qu'un tel voyage se prépare et que ces temps-ci, il ne faut pas sous estimer le risque. Il peut ne rien arriver... Mais tout peut arriver aussi!



Khorog




sur les hauteurs de Khorog




marché Khorog


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Thaïlande
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