
Oublieuse
Yeghegnadzor/Yerevan, Arménie

15 février 2008 à 8:32
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Bonjour KelEssuf, Oui je comprends que mon parti-pris (et peut-être ai-je tort, mais pour l'instant c'est ce que je pense), puisse sembler mettre de côté toute une catégorie de personnes. Mais ça n'est pas ce que je veux dire. J'ai le sentiment que la société dans laquelle nous vivons, dite de consommation, conditionne ses consommateurs à vouloir toujours plus, à obéir au chef même si ce qu'il demande est au-dessus de nos forces (sous prétexte que les chômeurs attendent tous devant la porte pour avoir ce job), à reproduire le schéma qui est présenté comme étant LA vie: un boulot, une famille, une maison. Attention, je ne dis pas que ce schéma est forcément mauvais. Il ne l'est pas à mon sens, à condition qu'on le choisisse. Le problème, c'est que la plupart du temps, on ne nous apprend pas à choisir. Que ce soit l'éducation parentale ou scolaire ou de l'entourage, on nous présente le schéma que j'ai cité comme étant le seul existant. Et on y ajoute la peur du chômage, on conditionne les rêves (LE rêve étant de partir loin dans un hôtel 5 étoiles), etc... Je ne suis pas en train de dire "s'il n'ont pas pu c'est qu'ils n'ont pas voulu", je suis en train de dire que "s'il n'ont pas voulu, c'est qu'ils n'ont pas su". Ils n'ont pas su qu'il existait autre chose, et qu'être heureux ne veut pas dire avoir beaucoup d'euros sur son compte. Quant aux emplois précaires, aux bas salaires, on peut en faire un atout, mais c'est encore un autre sujet. Ensuite il existe de très nombreux métiers bien payés, très bien payés même, où il n'y a quasiment pas de chômage, et où on ne vous demande pas un haut niveau d'études. Pour beaucoup, ces métiers sont des métiers manuels. Les formations sont non seulement payées par l'Etat, mais aussi rémunérées. Alors pourquoi personne n'en veut? Parce qu'on a mis dans la tête de tout le monde qu'un CAP, c'est pour les nuls, les neuneus, les cancres, et qu'un BAC S fera de toi quelqu'un et que tu échapperas au chômage. Eh ben c'est raté, parce qu'aujourd'hui tout le monde sort avec un bac S, même certains qui détestent les maths. Encore une fois, les choix que l'on fait ne sont pas libres, ils sont conditionnés. Moi qui ai fait un bac L, et ai mis 5 ans à me rendre compte que je n'aimais pas étudier, je me dis qu'un CAP couture, si ça se trouve, m'aurait plu beaucoup plus, qui sait? Quant à ceux "qui n'ont pas les moyens de partir en congés, c'est souvent que leurs rêves ne sont pas adaptés à leur moyens", je ne comprends pas trop ta pensée : veux-tu dire que les rêves doivent être conditionnés par les moyens? Donc non, je ne dis pas ça. Je dis que d'une part, nos rêves sont conditionnés par la consommation, et donc nous font rêver de quelque chose d'inaccessible, c'est pratique, comme ça on va bosser des années durant en fermant sa gueule pour y arriver. Je suis persuadée qu'il ne s'agit pas d'une question d'argent en ce qui concerne les vacances et le voyage. En Serbie comme en Arménie, je n'ai jamais vu autant de gens avec des téléphones portables dernier cri, ordinateurs portables, etc... pourtant ils sont sensés ne pas avoir d'argent! Avec ce même argent, ils pourraient partir en vacances à l'étranger, mais ils ne peuvent pas parce qu'ils sont enfermés chez eux, pour obtenir un visa c'est une vraie galère. Alors ne me dites pas qu'en France on a pas les moyens de partir. Je ne parle pas là de la misère, mais de tout un chacun. Les situations de misère sont à part, car il y a souvent un facteur psychologique qui entre en jeu, la misère n'est pas seulement un fait matériel. Du moins je crois. Je pense que les gens présents ici sur ce forum, font partie de la classe moyenne, et donc appartiennent à une catégorie de gens qui peuvent avoir le choix de partir ou non. Mais en général c'est le discours de ceux qui ont pu choisir... Beaucoup d'entreprises ferment en août, raison pour laquelle les gens qui partent le font... en août. Où est la possibilité de choisir? (si ce n'est chercher un autre job où cette contrainte n'existe pas) Exactement, le choix c'est d'avoir un job où il n'y aurait pas cette contrainte, ou d'avoir un autre mode de vie. A partir du moment où on a accepté ce job, on savait qu'on ne pourrait partir qu'en Août. Si ça nous convient, eh bien tant mieux. Aucun problème. Mais si ça ne convient pas, pourquoi aller culpabiliser ceux qui ont fait un autre choix? C'est ça que je ne comprends pas. Sous prétexte que l'on a fait un choix qui ne nous satisfait pas tout à fait, on se dit "obligé", et on discrédite ceux qui ont fait un autre choix, en disant qu'ils ont "pu" choisir! Bon, encore mille excuses d'avoir prolongé ce hors-sujet. Mais juste ça m'agace un peu cette bien-pensance. Pour ma part je prévois en rentrant en France de faire un service civil volontaire. Le dédommagement est de 600 euros par mois, ce qui est peu, si on voit que le salaire minimum est de 970 euros net. Mais jamais je n'irai me plaindre de ce choix, ou juger les autres parce qu'ils en ont fait un autre. Si je ne suis pas contente je peux faire autre chose.
"Plus on a de culture, moins on mange de confiture" Carnets de route -- SVE en Arménie (carnet)
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