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Kookoo les kopains ! Après un printemps passé à traverser le Sultanat d'Oman en vélo (le carnet de bord est ici), j'ai passé ce printemps 2009 à découvrir quelques "perles arabes" de la région : le Musandam d'abord, cette région omanaise au sud du détroit d'Ormuz ; les Emirats Arabes Unis, superbe voisin d'Oman d'une richesse inattendue ; Qatar, Bahreïn et le Koweït lors d'un voyage assez magnifique et, enfin, le Dhofar, région au sud du Sultanat qui fut explorée fin juillet au moment de la mousson (si je puis dire). Comme d'habitude, je copie/colle les écrits qui sont à l'origine mis en ligne sur mon blog. C'est un détail, mais avec la petite manipulation les légendes des photos (se dévoilant grâce au curseur de la souris) n'apparaissent plus. Pardon pour cette erreur technique qui mine de rien enlève une bonne partie de l'intérêt (je m'applique, sur ces légendes !!). J'espère que ces compte rendus de voyage vous plairont ! L'aventure continue, en attendant, avec cet été 2009 un voyage de retour vers l'Europe qui s'annonce fort appétissant : Yémen, Arabie Saoudite, Palestine et Turquie. Pour ceux que cela intéresse, le récit est ici !
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Escapade dans le nord Ce premier de mes weekends omanais à pied a débuté dans un grand vacarme aussi drôle que grotesque. D’abord il fut envisagé de se rendre au Musandam en voiture, avec un kopain français, avant que l’option du bateau Musqat – Khasab soit adoptée (éviter les frontières et la fatigue du conducteur). Avant que je propose à Maxime d’y aller seul, le vélo sur le bateau. Avant que je renonce à l’ambitieux projet pour acheter des billets d’avion. En avion, donc. L’autre joyeuseté c’est d’abord l’avion manqué jeudi 30 avril dans la matinée, parce qu’arrivé comme une fleur à l’aéroport une demi-heure avant le décollage (pas suffisant, en fait). Le lendemain ai-je fini par partir, en ayant pris soin de laisser mes clés sur le cadenas de mon vélo. Enfin, dans le même ordre d’idées, j’ai déchiré mon -irremplaçable- pantalon noir, celui du voyage automne 2008, peu avant mon retour à Musqat. Mais enfin ces faits divers, dans le fond importent peu et il convient d’attaquer le récit sans plus attendre.
Arriver par avion fut plutôt inspiré, en fait, tant l’évolution du paysage, depuis les airs, rappelle la particularité géographique de ce petit territoire qui, curieusement, appartient au Sultanat d’Oman : au Musandam situe-t-on le début de la chaîne de montagnes qui marque de la même manière le paysage omanais et contraste tant avec l’aridité et le désert environnant. Avec le délai de 24h que je m’étais offert, j’arrivais à midi pile, un vendredi, au plus mauvais moment donc pour se repérer (puisque tout le monde va à la mosquée pour la prière jami’a, principale). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle mon premier chauffeur, arrêté sur le bord de la route liant le petit aéroport à la ville même de Khasab, me déposait sur une place en me souhaitant bonne chance. Un peu plus loin, en fin de compte, un jeune omanais, le portable à la main, m’emmenait 5km plus loin où les boutres sont entassés pour faire faire des tours aux touristes. Il y a deux attractions principales, au Musandam : le tour en « dhow » (les bateaux trads, cf. Sur), avec les dauphins en bonus track inshallah, et l’arrière pays offrant quelques jolies vues en montagnes. J’ai fait ce que j’espérais, ce vendredi après midi puisque parvenu à négocier un tour en bateau avec des types étranges au sujet desquels il convient de faire un point. Au nord du Musandam existent plusieurs îles où vivent quelques villageois qui le plus souvent sont approvisionnés en eau et nourriture par les autorités, en hélicoptère. Kumzar, 300 habitants, est la plus célèbre, peuplée et ancienne d’entre elles et les invasions perses et portugaises expliquent l’invention d’une langue propre au bled, le kumzari, mêlant fârsi, arabe et, donc, portugais. Les compères qui vinrent à ma rencontre, tout juste débarqué sur le petit quai où sont amarrés les nombreux dhows, étaient ainsi deux kumzaris, la plupart du temps hilares et que mon timide fârsi rendait un peu plus hystériques. L’expérience fut d’un point de vue culturel assez intéressante et nous convînmes de me trouver un bateau de pêche dans la soirée, après le tour-dauphins, histoire de visiter par moi même Kumzar. Le weekend démarrait joliment.
L’après midi fut donc passée sur ce long bateau, avec un beau temps et de la musique iranienne (le detroit d’Hormuz, sur sa partie est, n’est pas plus large que 50km). Alors concrètement il s’agit de « khors », « fjords », masses rocheuses qui se jettent dans la mer et que l’isolement comme la majesté rendent assez charmants. Nous avons navigué dans ces eaux, en compagnie d’egyptiens, de malaysiennes (dont la jolie Rahma), d’indiens et même de jeunes allemands, faisant quelques points d’informations sur tel ou tel village, telle île, etc. Il y eut cet heureux arrêt, nous invitant à nager un peu histoire de découvrir les jolis poissons ou les jolis coraux ; pas vraiment adepte du masque-tuba, ayant fui mes responsabilités à Aqaba en octobre 2008, je me mettais tout de même finalement apwal pour goûter à un plaisir assez ravissant, assez proportionnel à mon inculture du monde aquatique. Une expérience très « club med » je crois, avec des vues comme dans les pubs pour des destinations exotiques, barrière de coraux, poissons clowns etc. C’était très sympathique de faire cela pour de vrai, en fait. Et puis un peu plus tard il y aurait cette chasse aux dauphins, nos amis les mammifères repoussant longtemps le moment où ils se mettraient à nager de part et d’autre du boutre, comme dans les films une nouvelle fois. L’hystérie, à bord, a fini par laisser place à une douce fatigue, le retour se faisant dans la jolie lumière orange de fin de journée. Il faisait bon.
Les kopains kumzaris m’ont dit qu’il serait compliqué de me rendre ce vendredi soir sur l’île alors j’ai rejoint le centre de Khasab. J’ai vagabondé quelque peu dans la ville, le temps de tirer de mon observation les enseignements qui importent : tout d’abord le renversement ici de la proportion omanais/expatriés, les indiens, pakistanais et, de manière beaucoup plus marquée que dans le reste du Sultanat, philippins/malaysiens se taillant une part majoritaire dans la population du petit territoire. Ce doit être « l’effet émirats », me dîs-je. Les omanais, en outre, ne sont pas si différents du reste du pays que ce que j’avais lu ou entendu, et la proximité du paysage renforce donc cette impression d’être bel et bien en terre omanaise, les quelques khanjars (poignards, emblèmes du pays) semblant vouloir rappeler qu’ici aussi le patron c’est le Sultan. Well, un dîner dans un coffeeshop (bondé) plus tard avais-je trouvé ma planque, un grand immeuble en construction. La pire nuit de l’année pouvait commencer. J’ai pris l’heureuse habitude de dormir dans des bicoques inachevées en décembre 2008, lorsque le froid des nuits hivernales rendait impossible tout sommeil à la belle étoile. A mesure que les températures, diurnes mais surtout nocturnes, grimpaient ces derniers mois n’ai-je pas renoncé à cette technique traditionnelle, surtout pratique pour des raisons de sécurité je crois, ne risquant certes pas de me faire violer-dépouiller ou, plus sérieusement, de choquer les autochtones, si je suis planqué sur un chantier ou dans une cabane. J’avais entrepris de m’endormir, ce vendredi 1er mai au soir, le visage recouvert par mon sheish histoire de me protéger des insectes… quand j’ai réalisé que la chaleur n’était pas vraiment tombé avec le jour. Impossible de dormir, le visage couvert, avec une température pareille ! Le petit manège avec sheish / sans sheish (les moustiques contre-attaquent) a duré 4 ou 5h, ma foi, et j’ai dû dormir, en fin de compte cette nuit là, trois heures. De quoi compliquer la randonnée qui m’attendait.
Car cette deuxième journée devait être consacrée à l’arrière-pays, les montagnes, la longue marche et les jolies vues sur la région, les émirats pas loin et le detroit. Un programme fort ambitieux attaqué la mort dans l’âme, les yeux ne répondant qu’à moitié et le corps, globalement, dans le cirage. Curieusement, la rencontre en route d’Amr, jeune palestinien en vacances dans le coin et nos discussions m’ont donné un élan et une énergie certains : dans la matinée avais-je bien quitté Khasab et, grâce à quelques chauffeurs (dont un pakistanais.. de Peshawar ! me disant que le paysage n’était pas si différent que celui d’ici – rencontre assez superbe), j’attîns Khor an Najd sans encombre. Ce premier joli point d’arrêt, une sorte de crique accessible en passant au dessus de la montagne et qui donne directement sur l’eau, s’est néanmoins révélé physiquement coûteux et je me suis étonné, malgré la chaleur qui gagnait en intensité certes, de mes difficultés à reprendre le trajet. J’avais dans l’idée de poursuivre jusqu’au bout de cette sorte de vallée dans laquelle je m’étais engagée avec la promesse d’une forêt d’acacias où j’aurais pu manger ; mais je manquais d’eau comme de force et le court sommeil de la veille semblait soudainement révéler ses effets. Des indiens qui bossaient, m’a-t-on dit, sur une énorme résidence pour le Sultan, ont eu pitié de moi et m’ont ramené en pickup à l’entrée de cette gorge, d’où je pourrais reprendre la route principale, vers le sud du Musandam (et les émirats), qui grimpe fort et vite. Il était midi à peine et un nouveau souci est venu s’ajouter à mes difficultés physiques : la levée soudaine d’une sorte de brouillard nuisant terriblement à la visibilité et à la lumière des environs. Il apparut suicidaire, alors, d’attaquer à pied une route dont les vues pourraient être gâchées par cette évolution du temps, sans parler de l’absence de garantie de trouver une voiture pour me dépanner. De fait, déjeunant tout de même avant de prendre une décision définitive, quasiment aucun pickup ne prendrait cette route dans le même sens que le mien, rendant la suite des opérations bien trop compliquées. Dormant à moitié, le visage brûlant et les yeux lourds, je me suis calé à l’arrière d’une benne d’un camion qui m’a ramené à Khasab. J’abandonnais.
J’ai erré quelque peu, comme un zombie, dans Khasab déserte (les villes du Golfe sont comme ça : il n’est pas bon s’y promener entre 10h et 16h avec la chaleur!). Et ai trouvé refuge dans un coffeeshop dont les bienveillants patrons m’ont laissé somnoler pendant 4 ou 5h, comme un autiste magnifique. Je suis quelque peu sorti de ma léthargie avec le coucher du soleil, la reprise de l’activité sociale et les commerces rouvrant. Et ai retrouvé la même lieu pour la nuit. Sauf que cette fois, comme assommé par la fatigue, je me suis si vite endormi. Un long sommeil à peine interrompu et auquel je ne mettais un terme que vers 5h30, ce dimanche 3 mai.
Avec l’avion à midi (c’est le même qui part de Musqat, un par jour bah voui !), je pouvais passer cette dernière matinée au port de Khasab (côté commerces et pas côté touristes cette fois) réputé pour son fameux trafic de chèvres. Il faut dire que le Sultan ferme sympathiquement les yeux sur les cargaisons bovines en provenance de la République Islamique alors que de l’autre côté, les autorités iraniennes vivent mal cet exode injuste il est vrai. C’est par dizaines, ainsi, que de modestes bateaux de pêcheurs avec petit moteur quittent les rives persanes, alors qu’il fait encore nuit, pour renflouer les stocks des paysans omanais. Il me tardait de découvrir ce petit manège, plutôt excitant, mais hélas ! n’ai-je jamais pu prendre la photo que je voulais : la barque pleine de chèvres arrivant après le voyage mouvementé (70 bornes en pleine mer, tout de même) à quai. J’ai tout de même assisté à ce joyeux bordel, surtout animé par des indiens qui, à mon incrédulité, parlaient fârsi, et se tapent décidément toutes les basses besognes dans le Golfe. Plutôt satisfait du spectacle, j’ai conclu ces dernières heures au Musandam par une visite au joli fort municipal et au charmant musée que ce dernier accueille. Marchant vers l’aéroport, en fin de matinée, le sac sur les épaules pour me protéger de la chaleur, j’étais tout de même ravi de cette joyeuse excursion, à la fois si proche du reste du Sultanat mais si lointain dans sa ruralité, le sacre de sa nature et sa proximité concrète avec l’Iran. Comme joliment sonné par un riche weekend à la campagne.
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Mes voisins les émiriens Il fut très plaisant, ce weekend aux Emirats. Ce fut même l’un des plus beaux voyages que j’ai entrepris depuis l’odyssée musulmane, à l’automne dernier, et je me suis en quasi-permanence enchanté d’une succession miraculeuse de bons moments, me rappelant au bon souvenir du long voyage déjà cité dont le déroulement s’était avéré assez incroyablement heureux. Il s’agissait de découvrir la fédération des 7 émirats, unifiés depuis 1971, à travers la visite des 7 capitales. A commencer par l’ouest et le patron, Abu Dhabi, avant de bifurquer vers Sharjah, Ajman, Um al Quwain, Ras al Khaimah et, si le temps le permettrait, Fujairah (le seul situé du côté du golfe omanais ; aperçu en avion lors du weekend Musandam).
A 6h30 suis-je monté à bord d’un bus quasiment vide se rendant comme chaque jour à Dubaï. Ce voyage, sans histoires, fut tout de même, déjà, rythmé par quelques surprises et se déroula dans une ambiance très sympathique. D’abord l’omanais noir (d’origine africaine ; ces “zanzibaris”, plus ou moins intégrés à la société, descendent des esclaves de la côte kenyane jusqu’où s’étendait l’Empire omanais il y a quelques siècles), conducteur fou d’un bus qui a mis à peine 3h à atteindre la frontière, 400km plus loin. House et musique bédouine, alternativement, en joli fond sonore, jusqu’à ce qu’un militaire demande à deux indiens, un arabe et à moi-même de descendre à la frontière. Je me suis rappelé l’arrivée à Dubaï, ce 19 novembre 2008, et la fouille complète… mais ai gardé mes vêtements cette fois, seul dans une petite pièce pleine de conserves. Le type a fouillé mon sac. J’ai ouvert le dialogue en arabe lorsque sa main a approché des photocopies du bouquin pour apprendre l’hébreu que j’avais très sérieusement prises avec moi et il n’y eut, finalement, qu’une sueur froide. Ce sympathique épisode passé, nous avons repris la route et, curieusement, la conduite du zanzibari a gagné en folie à mesure que nous nous approchions de Dubaï (non sans provoquer chez moi une certaine hilarité au vu du slalom entre les berlines). Atteindre la ville par la route, cette fois, fut particulièrement intéressant : puissant désert que l’on longe durablement, et puis d’un coup les lignes d’autoroute qui se multiplient, le traffic gagne en densité et la ville, terrible, immense, apparaît. Cet immense ensemble urbain au milieu du vide est tout de même frappant. Je m’étais à peine remis de ces émotions qu’un bus m’emmenait pour Abu Dhabi, 200km et 2h plus loin. Assis par hasard au fond du véhicule, je me suis régalé de cette sortie de Dubaï par l’avenue principale, bordée de gratte ciels et que je pris à loisir en photos. “Inqualifiable”, me suis-je alors répété. Le voyage commençait bien.
On m’a posé au coeur d’Abu Dhabi vers 15h et j’ai passé le reste de la journée à traverser à pied cette grande ville, dont l’ordre, le sérieux et les hauts immeubles rappellent assez New York. En apparence seulement évidemment, puisqu’entre les grands axes perpendiculaires se cachent de petites rues occupées par de modestes boutiques indiennes, pakistanaises, arabes… c’est d’ailleurs par un restaurant libanais que je débutais la visite, n’ayant rien mangé depuis le départ de Musqat. Et ce fut bon ! Et je me réjouis de croiser quelques joli(e)s popstars. Une ville très sérieuse Abu Dhabi, ainsi, plutôt propre, massive par ces hauts immeubles mais qui ne donnent pas l’impression d’être tout juste sortis de terre, n’importe comment comme à Dubaï. Et tant de mosquées ! De chaque coin de rue ou presque, vraiment, surgit un minaret. Volonté personnelle du feu Sheikh Zayid, me dira-t-on ultérieurement. Je me suis rendu au fort d’Abu Dhabi, construit fin XVIIIè et où siégeait le pouvoir jusqu’à 1966, dont il reste une tour, un mur en rénovations. Pas loin, la « Fondation culturelle » avec une bibliothèque, des expositions, des programmes artistiques… On sait que les Emirats font l’effort culturel, les trois plus grands en tout cas (Abu Dhabi, Dubaï, Sharjah). La capitale a donc ce vaste bâtiment témoignant d’une bonne volonté louable et que je me plu à traverser. Le passage par la bibliothèque fut particulièrement intéressant, m’étonnant des vêtements très “liberal” de la jeunesse émiratie ; les jeunes hommes particulièrement, en jean taille basse. L’occident n’est pas loin, ainsi, et j’imagine fort que les bougres prennent la voiture le jeudi soir pour aller chauffer les dancefloors dubaïotes voisins. Ayant retrouvé l’air libre, j’ai rejoint la mer et, par là, la Corniche. Celle-ci, très large, a fait l’objet de soins assez remarquables et je me ravissais de ce qui fait office d’espace public, chose rare dans la région, quasi-inexistante à Musqat, nombreux habitants venant courir, faire du vélo ou marcher en famille au bord de l’eau. Il faisait chaud, tout de même, et ma longue traversée de la Corniche a constitué, mine de rien, un petit exploit sportif dont je m’acquittais en deux sympathiques heures passées à observer les badauds sur la plage, croiser les familles et observer la skyline, très régulière, très sérieuse une fois encore. Quand je suis arrivé au Palais du Sheikh le jour tombait, et j’ai achevé cette jolie après-midi par une visite du populaire “village traditionnel” d’Abu Dhabi. Il s’agissait en fait, dans un petit parc, de consacrer un espace à la vie des émiriens avant le pétrole, le développement économique et tout le reste. Les perles, ainsi, la vie de bédouin et les chèvres, les chameaux. La classe tout de même ! Il y avait dans cette dernière visite une sorte d’explosion de plaisir, l’impressionnante capitale ne manquant que de ce remarquable rapport à l’histoire et à la culture pour parfaire mon arrêt à Abu Dhabi. La journée s’est terminée en compagnie des kopains Pierre et Anne Gaelle, le premier nerd collègue sur “VF” (voyageforum.com) ; expatriés, enseignants primaires dans une école franco-libanaise, et dont les innombrables voyages ces derniers temps (open Moyen Orient - Asie) alimentèrent nos sympathiques discussions jusqu’à tard, ce mercredi 13 mai. Il faisait bon parler de la vie arabe avec des français, et je me couchai fort comblé par une jolie première journée.
J’avais annoncé que je n’accorderais plus de mon temps à Dubaï, visitée en surface lors de mon transit omano-iranien. En surface ! Et il fallut se rendre à l’évidence, avec un guide papier qui ne cessait de venter les mérites d’une ville-vitrine bling bling dont j’avais conservé une vision plutôt positive, sucrée, comme une bulle de savon un petit peu : je devais découvrir Dubaï pour de vrai. C’est ainsi l’entière seconde journée du voyage qui fut consacrée à la capitale de l’émirat du même nom, qui brille tant qu’on la croit capitale de l’Etat fédéral. Un point concret d’abord : Dubaï itself c’est d’abord sa crique, vieux quartier s’étendant d’environ 5km de part et d’autre de l’eau. Avec les pétrodollars a émergé le boulevard Sheikh Zayid, avenue principale prise la veille et le long de laquelle sont entassés (hauts) immeubles et centres commerciaux. Cette partie, d’environ 10km et un chouilla séparée du vieux Dubaï (par un quartier de transition, mettons), s’étend vers le désert au point de bientôt atteindre le port industriel, à 30 bornes de la crique. Les trois parties, distinctes, sont en passe de ne former qu’une seule espèce de monstre urbain assez impressionnant. J’ai commencé ma journée par le vieux Dubaï, donc. Et, ça et là, une myriade de bâtiments historiques, musées et maisons traditionnelles bien planqués dont, pour être honnête, je n’imaginais pas l’existence. Aux côtés du tourisme « de luxe » existe donc bel et bien un paquet d’infrastructures misant sur le culturel, la vie à Dubaï avant les années 1970 etc. Et c’est, dans l’ensemble, joli et très intéressant ! Dans la veine du village visité avec enchantement la veille, j’ai vu un « musée national » très bien foutu, parcouru un très charmant quartier complètement dévoué au Dubaï traditionnel (« Bastakia »), découvert une des premières écoles du pays… on revient souvent aux mêmes choses, certes, et je réalisais le risque d’overdose après 3-4h dans cette ambiance. Heureusement la traversée de la crique et de ses environs m’a-t-elle permis de gagner le cœur de Dubaï, les rues marchandes, le bordel, le bruit, le business ! Et de réaliser que la ville que l’on vend comme le paradis duty-free est avant tout un carrefour régional de petit commerce, aujourd’hui surtout géré par les pakistanais, et qu’il règne en ses murs une ambiance tendue, qu’il y a ici une énergie, une puissance propre aux villes qui font l’histoire, brassent les peuples, construisent. Le Caire ! J’y pense aujourd’hui en écrivant, c’est assez flatteur ; mais Dubaï a vraiment cette vie cachée dans l’ombre des gratte-ciels, et que l’incessant ballet des dhows passant d’une rive à l’autre de la crique illustre avec une beauté certaine.
Après un après midi très sérieuse, ainsi, il était temps de se beaufiser. C’est le Mall des Emirates que j’ai choisi, parmi la dizaine de centres commerciaux que compte Dubaï, pour découvrir cette face célèbre de la ville. Je comptais, même !, acheter des pompes au vu de l’état de celles qui ont fait le voyage musulman de l’automne 2008. J’ai pris un bus, plein d’expatriés asiatiques, et le long voyage jusqu’à destination (environ 20km de la crique, une bonne heure) m’a surtout permis de passer par la banlieue où l’on entasse les ouvriers surtout indiens et pakistanais. J’ai lu, j’ai vu. Les Emirats Arabes Unis sont une curieuse exception à l’indignation traditionnelle et bien pensante de l’Occident au sujet des Droits de l’Homme dans le monde. On a inventé, à propos de la situation ici, le terme d’ « esclavage moderne ». Et il est vrai qu’avec l’obligation, pour les travailleurs immigrés, d’avoir un « sponsor » qui leur confisque le passeport à leur arrivée, la liberté s’envole vite. Pas besoin de mentionner l’absence de liberté de la presse ou d’organisations non gouvernementales en ces contrées autoritaires ; Dubaï c’est le paradis du shopping, et l’on a écrasé par terre les ouvriers asiatiques, ceux qui ont bâti la ville de rêve. Ce n’est pourtant pas dans un état d’indignation avancé que je pénétrais finalement le deuxième plus grand centre commercial du pays, vers 17h. Epuisé, ayant longtemps marché sous le soleil depuis le lointain arrêt de bus, j’ai erré dans un état second au vu de ce monde artificiel tout en couleur, climatisé et offrant la possibilité de regarder à travers la baie vitrée les badauds faisant du ski jusqu’à côté. Jeunes femmes expatriés, habillées comme en Occident, jeunes branchés, plus généralement, quelques familles et surtout cette odeur d’argent, ces boutiques. Echoué sur une table d’un Pizza Hut (sic), je réalisais que mon trop plein de réflexion me poussait progressivement vers des positions extrêmes, assez simplement terroristes. Il y a quelque chose de fondamentalement malsain dans cette vitrine du capitalisme moderne et le bon sens, donc, me poussait à regretter de ne pas pouvoir me faire sauter là, seule mesure véritablement significative pour marquer son opposition à un système économique qui, globalement, ne va pas dans le bon sens. India akbar, boum. Tout de même frappé par la soudaine radicalisation de mes réflexions, je me fis force d’adopter un point de vue plus léger, apte à me laisser une vision de Dubaï un chouilla moins terrible. Irresponsable, donc. Je me suis ressaisi, ainsi, et ai arpenté avec un regard beaucoup moins sévère les allées d’un centre commercial finalement pas si massif que cela. Aux joies des défilés de mode que constitue les va-et-vient des clients a laissé place mon étonnement quant aux prix, dans l’ensemble les mêmes qu’à Paris. Il n’était plus question d’acheter de chaussures, n’ayant pas vraiment prévu de claquer 50 ou 100€ de shopping, et j’ai achevé cette soirée très culturelle par un retour en taxi, faute de bus (pas si chers les taxis d’ailleurs). C’était un peu Vélizy, finalement, et le caractère exceptionnel du shopping à Dubaï tient surtout dans les origines même de la ville, un centre urbain au milieu du désert. Ah ça, qu’on ne me dise plus qu’il est bon plan de faire ses courses à Dubaï. A moins que ce soit pour la frime.
Quitter Dubaï, ce 15 mai matin, s’est fait joliment dans le silence traditionnel des villes arabes, le vendredi. Je voulais consacrer ma journée aux quatre Emirats de la côte ouest, du plus au nord (Ras al Khaimah) vers Sharjah, le dernier, où je passerais probablement ma dernière nuit. L’impossibilité de joindre directement Khaimah m’a surtout permis de faire le petit trajet Dubaï – Sharjah, très instructif : ou comment le désert qui sépare les deux capitales est de plus en plus rogné par les constructions si bien que la transition est quasi-inexistante. Sharjah la visiterais-je plus tard, alors j’ai trouvé le bus que je souhaitais et ai pris plein nord. J’ai mis deux heures pour atteindre Ras al Khaimah, capitale d’un petit Emirat qui fut le dernier à joindre ses kopains et qui a une profondeur historique assez remarquable, au point de se distinguer assez significativement sur ce plan là de ses voisins : la vieille ville de Julfar, devenue Khaimah, a longtemps fait le lien entre les civilisations de Mésopotamie et de l’Indus ; au VIIè faisait-elle office de poste avancé pour l’Empire perse. Concrètement aujourd’hui, « la plage » (al Ras) est surtout une crique où amarrent quelques bateaux, des rues un peu tristes et de sympathiques souqs. J’ai visité un très joli musée, également, isolé, vide. C’est frappant, l’absence de culture historique dans le Golfe (d’une manière plus générale), chez les autochtones comme le reste du monde, expliquant qu’un lieu comme le « musée national de Ras al Khaimah » suscite plus le petit sourire ou l’indifférence que l’intérêt. Quelque peu pensif, j’ai quitté les lieux vers 10h. Direction Um al Quwain.
La seconde capitale d’émirat visitée dans la journée a cette particularité d’être située en marge, à l’ouest, de la route principale traçant d’Abu Dhabi au Musandam. C’est une presqu’île, en fait. Il fallut se taper les 15km, en stop et en taxi, de « ville moderne » avec quelques immeubles neufs, pas très hauts cependant, témoignant des subventions lâchées par le gouvernement fédéral au plus pauvre des 7 émirats. Une fois au bout de la route, en effet, quelle misère ! De petites routes, un parc complètement abandonné, un petite crique délaissée, deux mosquées, un bâtiment en construction… le vide, rien ou presque, la pauvreté et la saleté. Je regrette ne pas avoir pris plus de photos de cet Um al Quwain là, mes clichés ne témoignant guère de ce délaissement flagrant, et qu’une immense mosquée au pied de la route principale rend assez incompréhensible, choquant. Je suis arrivé, de plus, peu après midi dans le village même d’Um al Quwain et la foule de musulmans, d’abord pakistanais, se rendant à la mosquée a eu un effet assez saisissant. Difficile de se croire si près de Dubaï. Ajman, 20km plus au sud, est moins en peine ; je l’ai rejointe grâce à un chauffeur de taxi pakistanais dont les manières ont rendu le trajet fort sympathique. La ville témoigne d’un développement économique autant plus important qu’à Um al Quwain avec l’édification de grands immeubles, des grandes routes, un centre-ville… Cependant du point de vue purement touristique n’est-ce pas moins la misère avec un seul « musée national », fermé le vendredi, à visiter. J’ai traîné mes guêtres à la recherche d’un introuvable souq iranien, me retrouvant au milieu d’un marché aux fleurs, délaissé au bord de l’eau, et dont plusieurs des commerçants pakistanais sont venus me parler. Très vite, j’étais assis au milieu d’une baraque croulante, mangeant entouré par huit compères vivant dans cette misère, avec coupures d’électricité (donc d’air conditionné) fréquentes. Mon fârsi fut quelque peu compatible avec leur urdu, et nous avons passé une heure comme cela, gentiment. Juste pour me signifier que les pakistanais, plus nombreux que les indiens aux Emirats (contrairement au Sultanat), ont au moins autant la classe que leur voisin. Al Hamdulila.
J’avais bien entrepris la traversée du pays ce vendredi matin parce que tout est fermé dans le coin, les jours saints. La matinée avait été fort réussie, ainsi, mais il était à peine 14h30 et les bâtiments culturels de Sharjah n’ouvriraient qu’après 17h. Que faire ! Il fallut finir par accepter le destin : j’avais repéré l’existence d’un « parc du désert », sur la route vers la côte est, à 30 bornes de Sharjah, et celui-ci était ouvert toute la journée. Je suis donc débarqué, en plein désert, déposé par un taxi, dans cet espèce de grand complexe à l’air libre abritant un « musée d’histoire naturel » et un zoo, ghetto. Le premier fut ravissant, me rappelant beaucoup la Géode par sa pédagogie, son appel au respect de la nature etc. Un gros bras d’honneur à Dubaï, j’imagine, mais cette sensibilité semble-t-il sincère me plût assez tant les petits ateliers, frises et autres vidéos de dinosaures étaient sympathiques. Un peu plus loin, le zoo se révéla assez rigolo lui aussi, après avoir flirté avec des gazelles et des oryx planqués sous des parasols géants. Des serpents, des oiseaux et même des fauves dans un bordel plutôt bon enfant et avec de jolies familles émiriennes, indiennes. 16h30, et en moi sentais-je l’appel de la côte est, Fujairah et donc le grand shelem, les 7 Emirats. Allez, encore un peu de désert, me dis-je, et bientôt un pakistanais (ne comprenant rien à ce que je disais, même en fârsi ; lui même était un peu fou je crois) m’emmenait plein est. Les montagnes ont progressivement apparu mais à mesure que le temps passait, je réalisais ma fatigue et surtout l’impossible retour à Sharjah avant la soirée : il faudrait visiter la voisine de Dubaï demain matin, rendant la dernière journée compliquée sur le plan timing. L’arrivée à Fujairah fut quelque peu poussive, ainsi.
Il ne faisait plus trop chaud, avec la journée bien avancée. Et j’aperçus le rassemblement que j’espérais possible malgré l’été : des combats de taureaux ! Ce « sport », très pratiqué dans la Batinah omanaise (la région bordant la mer qui s’étend de Musqat à Sohar), a fait des émules à Fujairah, il est vrai plus près de la frontière avec le Sultanat que des tours dubaïotes. Alors on prend deux grosses bêtes, qu’on amène en courant l’une à l’autre jusqu’à l’opposition frontale, avec les cornes. Et les deux poussent. Et celle qui lâche, recule ou tombe, a perdu. Pas de violence dans ces « combats », donc, qui réunissent une foule compacte, arabe comme asiatique (sur la côte est, le rapport indiens/pakistanais s’équilibre : un autre signe de l’influence omanaise, si je puis dire). Il y a un petit groupe de vieux dignitaires arabes assis en première ligne, un type qui hurle d’incompréhensibles choses en arabe dans son mégaphone, et les spectateurs réagissent assez vivement aux combats qui durent rarement plus de 2 ou 3 minutes. Je mettais un terme à cette magnifique petite récréation tant le temps coulait et il y avait encore à faire ici avant la nuit. 18h15, je pris la corniche, un peu large et sans vie mais que de nombreuses pelouses accompagnent sur le côté et où se rendent les badauds, en fin de semaine par exemple. Des rassemblements, des gens qui viennent juste passer un peu de temps en famille ou avec des kopains. Un peu plus loin, des indiens jouant au cricket. C’est bon, ces espaces publics qui manquent tant sur la côte ouest ! A mesure que j’accélérais le pas, mon enthousiasme gagnait en vigueur et le bouquet final en probabilité : je pris un taxi qui me déposa à l’autre bout de Fujairah, où repose un superbe fort construit au début du XVIè siècle. Tellement bien rénové, jonchant du haut de sa petite colline toute la vallée, le monument vint clore cette magnifique et si rapide visite de la ville. Idéalement situé, je pris des photos du port industriel de l’émirat, situé au loin au creux des montagnes ; et de la nouvelle ville, dont la ligne d’immeubles marque l’axe principal. Assez euphorique, je rentrai en minibus avec de la house hindoue à fond la caisse. La vie était belle.
J’avais prévu de rentrer à Musqat en passant la frontière à Al Ain, une oasis appartenant à Abu Dhabi à environ 200 bornes au sud-ouest de Sohar. J’étais arrivé par la côte à l’aller, ce serait davantage la route intérieure pour le retour. Un long trajet en voiture m’attendant, donc, c’est à un rythme soutenu que j’ai visité Sharjah, redoutant de ne retrouver Musqat que trop tard le soir même. Sans vouloir expédier les choses non plus, il s’entend. Un mot sur la veille au soir, tout de même, puisque j’ai couché dans un petit hôtel miteux situé près de la Place Rolla, sorte de Timesquare pakistanais où tous les kopains se rassemblent, discutent de tout et de rien, se retrouvent au restaurant ou font la queue pour des taxis. J’ai mangé pakistanais, à nouveau, et une dizaine d’autochtones m’entouraient un peu plus tard lorsque je leur avouais mes problèmes de réseau et de carte sim : on me dit d’attendre, puis on me fila un téléphone portable fonctionnant et je pus rassurer Musqat que tout allait bien et que je rentrerais bien le lendemain. Ce joli service rendu, tous me sourirent avant de me tourner le dos, pas question de leur donner quoi que ce soit contre ce dépannage. Je rentrai seul à mon hôtel, le sourire gratuit aux lèvres. Ils sont cools, ces pakistanais. Sharjah, donc, samedi 16 mai matin. Ma petite visite a commencé avec les marchés ; le marché moderne (boutiques de fringues, de montres, de high tech etc) joliment restauré, traversé tout vide, et les marchés plus académiques aux poissons et aux légumes, à chaque fois presque dénué de toute présence arabe. J’ai marché un peu plus loin pour atteindre le cœur de la capitale : Sharjah a misé sur le culturel depuis le début des années 90 et, outre sa biennale d’art contemporain jouissant d’une très respectable réputation, elle a également bâti un quartier traditionnel, un peu comme le récent et joli Bastakia à Dubaï. Ce dernier fut d’abord bien traversé mais ne laissa pas de forte impression ; à la fois parce qu’il est large et qu’on s’y perd, qu’il est moins soigné que Bastakia et qu’il paraît absolument désert. Bon. Je me suis ensuite rendu dans le « quartier artistique » avec l’optimisme de rigueur et, après avoir longtemps lutté pour repérer le QG de la biennale entre les petites rues pleines de boutiques asiatiques, je suis parvenu au « Musée d’Art de Sharjah », hôte, avec un paquet de jolis bâtiments adjacents, de la manifestation culturelle déjà citée et qui, al hamdulila, se finissait ce même jour. J’ai donc visité, quasiment tout seul, les nombreuses expositions d’art moderne. Assez ravissantes, dont quelques œuvres sont vraiment superbes, et qui joue avec les supports (photos, peinture, sculpture, vidéo…) de manière assez remarquable. Je me posais tout de même pas mal de questions au sujet de cette magnifique bouffée d’air frais, me demandant surtout pour qui était-elle destinée et si les autorités ne brassaient-elles pas grand chose avec ces efforts culturels dans une région où l’art n’a pas vraiment sa place, dans un pays peuplé par 2/3 d’ouvriers asiatiques formant une sorte de prolétariat peu sensible, je crois, à l’art moderne (sic). Bref, un très joli ensemble d’œuvres mais dont l’exposition, ici, avait de quoi surprendre. C’est un peu triste, même. Si bien que la jeune Sharjah, la petite sœur de Dubaï que le voisin énerve, cette Sharjah m’a laissé une impression finalement mitigée. A côté, Fujairah c’est de la bombe atomique, me dis-je. Un bus m’emmena à Al Ain, à 200km au sud est.
Je suis arrivé à 14h passées à Al Ain et, avec les 4 ou 5 heures de voiture qui m’attendaient jusqu’à Musqat, il s’agissait de ne pas traîner. Alors j’ai parcouru en long et en large la palmeraie d’Al Ain, véritable oasis planté au milieu d’un désert que le bus avait longé pendant 2h. Petit miracle de la nature, grâce à un wadi qui a donné son nom à la ville, et qui se traverse joliment à l’ombre des dattiers. J’ai boudé le « musée national » pour me rendre au « Musée-Palais Sheikh Zayid ». Demeure familiale où est né et a grandi Zayid, Sheikh d’Abu Dhabi et co-fondateur des Emirats Arabes Unis en 1971 dont il resta à la tête jusqu’à sa mort en 2004, la maison est devenue un lieu public en 2001 sans aucun aménagement. Et c’est une tuerie, le musée de l’année, un monument de classe internationale qui est tellement bien venu me rappeler, au moment où j’allais quitter le pays, que le patron, en définitive, c’est bien « le père » (Abu) « de la gazelle » (Dhabi). Les grands jardins, bien entretenus, sont magnifiques, et cette baraque a une allure folle, jouissive. Nombre de ses pièces sont ouvertes au public, donnant aussi un aperçu de la vie domestique : chambre des gamins, salon pour accueillir les invités, cuisine etc. De la pure balle, passez moi l’expression, et j’étais ravi d’une telle conclusion au point de vouloir rédiger un cantique à la mémoire de Sheikh Zayid, sage homme qui a tout de même un physique d’une pureté arabe phénoménale et que les nombreux tableaux viennent rappeler. Le culte de la personnalité, parfois, ça fait plaisir.
J’ai passé à pied la frontière entre les Emirats et Oman ; il y a quelques années encore y avait-il seulement un grand village, divisé en deux parties par une frontière informelle. Revoir Oman fut très plaisant, d’ailleurs, puisqu’à peine quelques centaines de mètres parcourues retrouvais-je quelques sympathiques éléments propres au Sultanat : les bâtiments ne dépassant pas les 3 étages, les pickups, la majorité indienne. Je me suis fait prendre en stop mais c’est finalement en taxi que j’ai rejoint la capitale, tard le soir en compagnie d’une expatriée philippine. J’avais entre temps fait la connaissance d’un allemand, d’origine turc, ne parlant pas l’arabe et pour qui je faisais les traductions dans un mélange des langues d’Hegel, Locke et Qabous bin Saïd. Ce fut rigolo. Plus loin, à mesure que la route pénétrait les montagnes omanaises, je me suis endormi, épuisé par tant de marche sous un soleil tout de même terrible, par un voyage qui m’avait permis de renouer avec le plus beau, je crois, de ce que la vie peut offrir : ultime liberté, découverte des villes et des pays, approche des peuples. Je suis rentré à Musqat avec le délicieux vertige qu’offre l’exploration des contrées inconnues.
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Perles du Golfe Kuwaït, Bahraïn et Qatar ont en commun petites tailles et capitales villes-Etats. Isolées, dans l’ombre des géants saoudien, iranien et irakien, les trois places m’ont donné foule de plaisirs durant ce petit voyage de 5 jours rythmé par les sauts de puce aériens. Au bout du Golfe, je réalisais tout de même être plus proche de Jérusalem que de Musqat.
J’ai pris l’avion mardi 3 juin au soir et, une escale à Abu Dhabi plus tard, j’attîns Doha vers 3h du matin. Cette arrivée tardive me permît surtout de découvrir les joies du sommeil dans les aéroports, la recherche des sièges planqués etc. C’est plutôt sonné par une courte nuit que j’attaquais la découverte de la capitale qatarie.
Un petit tour en taxi et une carte m’ont vite permis d’avoir une vue d’ensemble sur Doha : une longue corniche, d’environ 10 bornes, qui part approximativement du Musée d’art islamique (MAI) et effectue un “C” jusqu’au centre-ville, les gratte-ciels etc. Il y a bien sûr, dans l’arrière pays, de la ville, des quartiers, de la vie, mais l’essentiel des intérêts se concentrent sur cette portion. Un constat qui laisse songeur puisqu’il peut s’étendre à l’ensemble du Qatar, mine de rien, île assez large mais dont “l’essentiel des intérêts…” donc. La corniche en question a le mérite d’être bien foutue, large et assez sympathique comme à Abu Dhabi ; je la pris avec enthousiasme vers 9h, attaquant la journée par un souq aux poissons improvisé sur le bord de l’eau et des oeufs mangés en compagnie de vieux qataris dans un coffeeshop indien. Il faisait chaud, mais pas comme ce que je craignais, l’air n’étant pas chargé d’humidité. J’ai vite atteint le MAI, fierté du Qatar et inauguré en grande pompe à l’automne 2008. On a vu qu’aux Emirats, Sharjah a montré la voie dans le domaine des investissements artistiques : le Qatar a dégainé le deuxième avec ce prestigieux musée dont le bâtiment imaginé par I. M. Pei (les pyramides du Louvre) est sublime. Nous y reviendrons puisqu’il était trop tôt pour visiter l’ensemble et que je quittais la corniche pour explorer la ville elle-même. Si le “vieux souq”, complètement retapé il y a quelques années, sent quelque peu l’industriel, il a le mérite d’être plus arabe qu’indien et ses couleurs, ses bruits me rappelèrent joliment la Syrie, le Liban. Mon oeil, cependant, fut vite attiré par un large bâtiment d’où s’élevait un large minaret, au-dessus de toute la ville. Un centre pour la découverte de l’Islam, en fait. Si les omanais ne se distinguent pas par un prosélytisme particulièrement prononcé, j’avais croisé une semblable demeure à Dubaï, dont la visite s’était achevée par la remise de documents (en français!) sur l’Islam, le Livre etc. L’esprit, plutôt sympathiquement pédagogique, était assez le même ici, et je visitais quelques des “oeuvres” exposées jusqu’à qu’un homme vienne m’aborder. J’ai finalement passé près de 2h avec Dominic, britannique s’étant rendu au Qatar pour effectuer ce travail encadré par le Ministère des Affaires Religieuses de l’Emirat, et son radicalisme théologique (soumission totale à la parole divine à travers le Qoran, réfutant ainsi ma rationalisation de la pratique religieuse) ne l’empêchait, dans une heureuse trahison de son éducation occidentale, de maintenir un dialogue ouvert et souriant donc forcément sympathique. Je lui ai tout de même demandé si un tel travail, dans un tel environnement, ne le frustrait pas, mais l’homme m’a assuré rencontrer de nombreux non-musulmans avec qui de longs dialogues, souvent, s’engageaient, et se réjouir des réflexions qu’il pouvait faire naître en eux. Je l’ai quitté joyeux, en désaccord sur de nombreux points mais avec des réflexions qui étaient nées en moi.
Il était midi passé, mine de rien, mais je m’étais autorisé cette longue étape imprévue parce qu’il n’y aurait, dans le fond, le Musée passé, plus que la corniche à parcourir et vraisemblablement que le centre-ville à explorer. C’était l’heure de la visite tant attendue. J’ouvre la chronique de ces deux longues heures par la critique du bâtiment, d’une beauté extraordinaire. Le musée a été bâti sur une petite île qu’une rangée de palmiers relie à la Corniche. Quelque peu surélevé, il présente un aspect extérieur assez magnifique que je ne commenterai davantage, les photos suffisant je crois à cet objet. La surprise, en fait, vient de l’intérieur du bâtiment et de la même incroyable qualité esthétique. Je ne reviendrai pas sur les recherches de l’architecte, des innombrables mosquées qu’il a traversées en quête de l’essence architecturale islamique ; ni même sur la mosquée Ibn Thulud, du Caire, que j’avais visitée quasiment-seul à l’automne dernier et dont l’architecte chinois dit s’être inspiré (allez quand même, je ne résiste pas au plaisir de renvoyer au voyage égyptien). Il n’y a plus que des sentiments lorsque l’on lève la tête, une fois au cœur du musée, et lorsque l’on parcourt les salles sombres. Et comme ils sont beaux, comme ils sont forts ces sentiments ! L’incroyable beauté des murs est telle qu’on parvient difficilement à cacher sa déception quant à la collection exposée, contenant quelques sublimes oeuvres (et d’une remarquable diversité surtout : céramique, calligraphie, instruments scientifiques, sculptures.. et des put4in de portes !) mais dans l’ensemble assez inégale. Les commentaires du guide audio s’allongent et la visite perd en intensité… mais dès que le visiteur passe d’une galerie à une autre, l’effet du bâtiment joue à nouveau, à fond la caisse. C’est peut être un peu court pour la prise de leadership artistique dans la région, mais tout de même, ce bâtiment ! Une tuerie, comme disent les voyous.
Les étoiles dans les yeux ont bien aidé à accomplir la longue marche nécessaire pour rejoindre le cœur de Doha, au bout de la Corniche. Il faisait si bon, aussi, et je ne me rappelle pas vraiment combien de temps ai-je dormi, à mi-parcours à l’ombre des palmiers. Ce fut même un régal après 17h et de nombreux badauds sont venus me rejoindre, comme à Abu Dhabi, souvent pour taper le jogging. Je me suis arrêté à un restaurant libanais pour déjeuner (ou dîner, je ne sais - je chantais avec Fayruz quand je reconnaissais les chansons de la belle) et, le jour tombé, ai glissé parmi les tours du centre-ville. On construit beaucoup, là où place reste, et Doha donne bien l’impression d’être sortie du sable il y a 20 ans. Les tours sont neuves, la ville propre et cette santé défie le reste du Golfe, le pays détenant d’immenses réserves de gaz. L’après pétrole ne fait peur à pas grand monde, ainsi. La ballade fut achevée par la visite du plus grand centre commercial du pays (de la ville donc du pays, effectivement) ; un poil plus coordonné que celui des Emirats à Dubaï, pas vraiment différent non plus. Les jolis garçons sont entre jolis garçons, les jolies filles entre jolies filles. Des jeans, tshirts et débardeurs quelque peu mais la plupart sont en ishdashas/abayas. Un kopain indien m’a emmené en taxi jusqu’à l’aéroport et, sans histoires, j’ai quitté l’Emirat vers 23h30. Sympathique Doha.
Déposé comme une fleur à l’aéroport international de Bahreïn peu après minuit, j’ai trouvé une bonne planque dans la salle-à-bagages et c’est tout à fait décomplexé que j’ai étendu mes jambes histoire de trouver le sommeil plus facilement que la veille (assis, c’est compliqué). Comme un clodo, ainsi, et la nuit fut plutôt bonne, à peine interrompue par le bruit de quelques voyageurs me jetant de tendres regards en attendant les valises. L’occasion de faire une petite présentation du Royaume de Bahreïn, île d’environ 20km sur 60 dont le tiers nord-est est occupé par Manama, sa capitale. Curieusement, il y a plus à faire en dehors de la capitale qu’à Qatar (malgré le petit territoire : le circuit international de F1 est au sud de l’île par exemple) et l’on verra que je me suis offert une petite excursion hors des murs. En attendant il était 7h et, l’aéroport n’étant pas si isolé que cela ai-je attaqué la deuxième journée à pied. Il s’est d’abord agi de traverser l’île de Muharraq, reliée à Manama par un pont et où atterrissent les navions ; il y a ici un petit paquet de monde (près de 100.000), immigré d’Asie du sud ouest surtout, et cette vie là tranchait déjà avec Doha si photogénique, propre etc. Il y eut même quelques jolies mosquées, une baraque traditionnelle et j’avais bien passé 2h lorsque je pris le pont pour rejoindre la capitale du Royaume.
Pas aussi bien organisée que sa voisine, Manama s’étend aussi largement, un peu dans tous les sens. Pas de corniche ici, on traverse le cœur de la ville, entre les immeubles qui longent certes la mer, en direction de tel musée, telle maison trad. Un peu comme le début de la visite à Abu Dhabi, sans que l’ensemble ait l’air si ordonné. Bref l’impression que la ville existe depuis un bout de temps supérieur à Doha et qu’il y a ici plus que des vitrines à admirer mais une ville à explorer, des blocs à parcourir, etc. La visite du Musée nationale a donné un indice supplémentaire de ce qui apparaîtra finalement comme une sorte de maturité qu’a Manama : superbe bâtiment moderne, blanc, tranquillement posé à l’entrée de la ville. A l’intérieur, un piano qui joue quelque chose occidental de joli. Dedans, les premières traces du glorieux passé de l’île ; Dilmun, une terre sur la route entre la Mésopotamie et la vallée de l’Indus (2-3000 ans avant JC, bon). Bahreïn, plus tard, assira sa réputation régionale grâce au commerce des perles. Si d’autres signes de ce riche passé se feront longtemps attendre, la traversée de Manama porte tout de même à croire que ces hauts immeubles, ce centre-ville sont là depuis un bon bout de temps déjà, je veux dire plus 50 piges que 15 ans comme à Doha. J’ai manqué un musée des perles qui aurait bien représenté, j’imagine, et il n’y a en fait qu’une « maison du Qoran » que j’ai visité durant cette matinée, après le Musée national. Sur les coups de midi, assez fatigué et ne sachant pas vraiment où me rendre, je me suis arrêté pour manger et reprendre quelques forces.
Une bonne partie des activités à Manama réalisées le matin même, je suis donc sorti de la capitale en compagnie d’un chauffeur de taxi bahreïnien. Nous avons bien discuté, ma foi, faisant route jusqu’à l’immense pont qui relie l’île au Royaume saoudien. De la réputation peu glorieuse de Manama surtout, qui passe pour le « bordel du Golfe » où viennent se restaurer les wahabbites, le weekend, si je puis dire. J’ai fait donc part de mon étonnement à Mohammed (c’est original) : où sont les prostituées dont on parle tant ? Il a fallu manifester un intérêt significatif pour un « massage » en « fin de journée, ce soir » pour que les langues se libèrent, et oui les hôtels de la capitale sont bien pleins de jeunes femmes offrant des services personnalisés à caractère non-platonique. Il y a même, le plus souvent, un étage réservé aux filles en question. Ah ! J’en ai appris davantage sur les détails (il faut payer pour une chambre ET une compagne ; les forfaits sont de 3h en général) et, constatant comme moi qu’une passe revenait super cher (un peu plus de 150€ environ ; « si vous n’insistez pas pour une marocaine, qui coûte plus cher », thaïlandaises et philippines sinon), mon chauffeur a conclu dans un élan poétique : autant faire ça à la main. Ah ça ! Je n’avais certes pas réalisé qu’en ce jeudi après midi, la circulation devenait pénible à cause des flots de saoudiens venant juste pour une nuit (« claquer 1000$ », selon Mo). Bon. Nous avons pris une bonne partie du pont, jusqu’à la frontière avec le royaume, et mon kopain a hoché en souriant lorsque, montrant Dammam dont on devinait les tours à l’horizon, j’ai dit que ça ne devait plus rigoler du tout de l’autre côté de la mer. L’impressionnante voie de 25km, dont la construction fut achevée en 1995, devrait prendre un coup de vieux d’ici quelques années avec l’établissement du « paix de l’amitié » de 40 bornes entre le Qatar et Bahreïn…
Le petit tour en voiture, mine de rien, a bien duré une heure et c’est vers 15h que l’ami me déposa au Qala’at al Bahraïn, à 5 bornes nord-ouest de Manama itself. Le « fort de Bahreïn », superbement restauré, bien massif, et surtout site archéologique témoignant d’une présence humaine en ces contrées remontant jusqu’au 3è millénaire avant Jezuz. Il y a un joli musée qui fut traversé avant d’attaquer le fort, et l’ensemble de la visite se fit avec un petit appareil audio, comme au MAI la veille, avec des français racontant les fouilles qui avancent depuis les années 60. J’ai ici passé une heure passionnante, émerveillé par la richesse historique des lieux si merveilleusement révélée par la démarche pédagogique. Et n’ai pu de m’empêcher de penser à Palmyre ou Petra : hep les kopains, les choses deviennent super intéressantes lorsque l’on les met dans le contexte. Il tapait assez fort, mais j’étais tout seul sur le superbe site qui rendait l’hommage que Bahreïn mérite au vu de son grand passé. Si j’ai quitté les lieux de très bonne humeur, ravi par la visite, je m’étonnais tout de même qu’il faille tant sortir de Manama pour prendre conscience de cette puissance historique là ; étrange que l’on n’insiste pas davantage là dessus. J’ai rejoint Manama à pied, la transition campagne-banlieue-ville se faisant assez rapidement, d’ailleurs, et j’ai atteint le plus grand centre commercial du pays. C’était l’heure de l’étude sociologique.
Je tue le suspens tout de suite puisque le travail fut vite interrompu : il était 18h et, avec un avion à 23h30 (donc présence à l’aéroport à 22h), je me vis mal passer 3h dans le Mall. Je suis allé au cinéma, ainsi. Pas grand chose à dire sur le public familial, le bruit et tout. Cependant, au sortir de la séance, il était 20h et jeudi 20h, dans le plus gros centre commercial du pays c’est l’équivalent d’Odéon, samedi 22h pour le Golfe. Le défilé fut plutôt sympathique et je notais un chouilla plus de diversité dans les vêtements, plus de couleurs notamment. Pas de quoi faire passer Doha pour conservatrice tout de même, et je conclus ma séance d’amour avec les yeux vers 20h. J’aurais pu rester plus longtemps, remarquer que c’est toujours aussi cher et croiser d’autres jeunes gens avant de prendre un taxi pour l’aéroport, mais curieusement avais-je l’envie de me taper ces 10 bornes à pied. Dans le noir, sur le bord de l’autoroute, atteignant puis dépassant Manama. Ce qui fut fait en deux bonnes heures, finalement, ayant couru une bonne partie du trajet d’ailleurs sur la fin. C’était étrange, très plaisant, il faisait bon et j’étais heureux lorsque mon avion s’envola pour la ville de Kuwaït. Je quittais Manama, plus timide et complexe que sa réputation me l’avait suggéré.
J’ai un kopain au Kuwaït qui, ayant laissé les clés de son appartement chez lui ce weekend là, m’offrait le logement. Magnifique. Cependant, le petit retard et les soucis de visa (on veut plus d’informations ici qu’au Qatar ou à Manama) ne m’ont rendu libre qu’à 1h30 passé, et je me suis mal vu réveiller le gardien de l’immeuble du Julian en question. Jamais deux sans trois, donc, et j’étais parti pour une nuit tranquille dans le terminal lorsqu’une vingtaine de libanais, en partance pour Beyrouth en pleine nuit, m’ont rappelé au bon souvenir du Pays du Cèdre. L’accent, les bises et la beauté des hommes, des femmes surtout, ont bien repoussé le sommeil et j’ai fini par dormir quelque peu. Quand j’ai quitté l’aéroport, ne trouvant pas de taxi, je me suis mis à marcher dans le désert (parce que l’aéroport est un peu au milieu du désert en fait) jusqu’à ce qu’une voiture vienne à mon secours ; Amir Ahmad et sa femme, égyptiens. L’ami me fera sortir de la zone, atteindre la capitale et me déposera même dans le quartier de Julian, comme désolé de me quitter si vite. Ah l’Egypte, les égyptiens ! La classe ! J’ai dormi, ce matin là, m’autorisant un break de 2-3h (une douche !) avant d’attaquer la visite de la ville.
Ce vendredi après midi fut curieusement occupé, mon état physique comme le jour saint limitant sérieusement les possibilités touristiques. J’ai bien marché, attaquant la longue, longue corniche de la ville qui s’étend sur 15km environ comme un accent circonflexe (je débutais à l’est toute). J’ai pris quelques photos et me suis traîné jusqu’au « centre de la découverte », sorte de Villette bédouine expliquant aux enfants où se trouve le pétrole, comment l’extracte-t-on, à quoi sert-il etc. Il y avait un aquarium et un petit zoo aussi, c’était assez drôle et j’ai même fini par aller voir un très joli film sur Ibn Battuta se rendant à la Mecque, le premier des voyages du marocain (qui ira jusqu’en Chine, ndlr. XIVè siècle). Premières surprises, au contact des familles kuweïtiennes : un peu plus d’affection, les mains qui se lient, et j’ai même vu un mari tendrement poser sa main sur l’épaule de sa femme en burka alors que leur deux gamins jouaient un peu plus loin. Beaucoup de nourrices philippines, quelques indiens seulement. Mon appareil photo m’a lâché dans l’après midi ; je suis rentré tôt à la maison, dormir longuement pour pleinement vivre le lendemain.
J’ai senti dès le réveil, ce samedi 6 juin, que la lumière avait changé. Ouverture des volets, stupeur : le brouillard. Le sable du désert, si proche, avait gagné la ville et il allait falloir visiter Kuwaït avec cette luminosité là. Heureusement avais-je pris quelques photos de la Corniche la veille, me dis-je. Un taxi m’a déposé à l’ouest-toute de celle-ci, près du port industriel où j’ai passé 30 minutes à chercher un musée sur l’invasion iraqienne en 1990. En vain ! Et je m’étonnais de ce vide entre les immeubles, quartier un peu glauque pourtant si proche du centre-ville. J’ai abandonné mes recherches, histoire de ne pas trop me frustrer, et ai commencé à marcher vers la ville jusqu’à ce qu’un pakistanais, conduisant un bus vide, m’emmène. Si vite, le centre. Il n’y eut de véritable rupture entre la zone industrielle-portuaire un peu crade et les petites boutiques, les immeubles entre les tours : j’étais au centre de Kuwaït et frappé par ces gratte-ciels quasiment tous construits dans les années 80, au vu du design, comme abandonnés et dont les seules formes que laissait voir ce brouillard de sable procuraient d’étranges sentiments. On aurait dit que la ville, en plein boom, s’était arrêtée de vivre depuis 20 ans et que le sable, bientôt, reprendrait ces terres que l’homme s’était approprié. Il y a un peu de vrai dans cela, tant l’invasion des troupes d’Hussein a traumatisé le pays qui s’en est à peine remis. Il y a, dans ce vaste espace urbain, quelque chose de vraiment bizarre que renforçaient les conditions météorologiques, comme témoignant d’une fièvre industrielle passée, maintenant laissée à elle même bien que parfois, plus tard dans la journée, d’immenses chantiers divisent des quartiers en deux. Une image un petit peu post-apocalyptique, je crois, qui donne matière à réflexion sur ce à quoi pourront ressembler ces cité-Etats du Golfe dans 30, 50, 150 ans.
En attendant, malgré le choc esthétique, j’avais un programme dense car la ville offre de nombreux intérêts culturels à commencer par le souq trad, bien arabe, bien confus et qui établit par la-même un joli lien entre le Proche Orient et la Péninsule. Une « grande Mosquée » que je ne pus visiter, un Palais de l’Emir, une maison anglaise rendant curieusement hommage aux amis britanniques (le pays fut le premier de la région à obtenir son indépendance en 1960)… il y avait plusieurs petites choses intéressantes, mais le retour perpétuel à la marche dans le brouillard rendait cette exploration étrange, comme hors du temps. Et ce n’était point prêt de se lever, comme je pus le constater du haut des Tours nationales, au sommet de la corniche. J’ai pris un taxi pour retourner au sud-ouest : avec l’inévitable pause entre midi et 16h je n’avais vu qu’une partie des jolies choses durant la matinée, et il fallait manger et attendre que les musées ouvrent à nouveau. J’ai trouvé un restaurant typiquement koweïtien, semble-t-il, et le déjeuner m’inspira un rapprochement douteux entre le plat que je dégustais, d’une allure peu amène mais finalement fort bon, et le pays que je découvrais. Je suis même parti du restau sous les applaudissements de la foule, ayant bien discuté avec les serveurs au sujet de ce fameux musée Iraq-Koweït. Cela fut sympathique et me motiva grandement, ma foi.
Après une petite ballade le long de la corniche, ayant croisé quelques couples décidément « libérés » et la jolie Assemblée nationale (presse libre, élections législatives, femmes députés : c’est un peu la fête ici), j’ai atterri dans une petite mosquée où il fut bon se reposer, à l’abri de la chaleur. J’ai assisté à l’appel et à la prière sans y participer, et deux sympathiques arabes sont venus me dire, après coup, qu’il n’y avait pas de problème et qu’avec une chaleur pareille on me comprenait. Merci les kopains. 16h et j’étais à l’entrée du Musée national, autrefois merveilleux paraît-il et mis à sac par les irakiens en 1990. Ces immenses bâtiments, aujourd’hui vides en bonne partie, laissent une impression semblable au centre-ville, comme si la vie qu’il y avait eue ici hier avait disparu. Timides collections pour un musée national, ainsi, et il y eut tout de même un sympathique film dans un planetorium (en principe pour gamins mais que j’occupais seul, alors), narrant l’origine du monde selon un point de vue bien scientifique, rationnel. Je m’étonnais de cette nouvelle ouverture d’esprit et, selon les indications que m’avaient données les kopains du restaurant, à midi, attîns l’isolé « Musée pour ne pas oublier les crimes du régime de Saddam Hussein ». Visite très intéressante, petit musée bien foutu avec des petites figurines soldats, des images télévision etc. Je suivis le trajet précis comme il se devait et eus le droit à la familière galerie photos de gamins éventrés, femmes assassinées dans la rue etc. J’ai pensé à Téhéran. Quand je suis sorti, plutôt content, le jour tombait et j’ai achevé cette journée par une longue ballade, de parcs en parcs où s’entassaient les familles. La corniche déserte, l’après midi, était cette fois bien occupée par des djeunz, également, consacrant une bonne fois pour toutes le souffle libéral propre au pays. Il n’y eut plus grand chose à dire si ce n’est la rencontre avec Sher Azam, magnifique pakistanais m’ayant conduit jusqu’à la maison ; ces yeux sombres, la fine barbe et le rire si facile. Je lui avouai mon impatience de me rendre au Pays des Purs, l’été prochain. La jolie journée s’achevait.
Il y avait un dernier musée à visiter avant mon départ, ce dimanche matin. Bien isolé lui aussi, de manière plus surprenante puisque jouissant d’une très bonne réputation, le Musée Tariq Rajab m’a offert l’un des plus beaux moments de ce voyage tant la collection de l’ancien Ministre des antiquités (et de sa femme anglaise) est somptueuse. Vêtements, instruments de musique, bijoux, céramique et mosaïques : si les galeries donnent parfois un peu l’impression d’entasser à la va-vite les trop nombreuses pièces exposées, l’intérêt global est supérieur au Musée d’Art Islamique de Doha ! Difficile de comprendre comment une collection d’une telle qualité peut rester si planquée, dans le sous sol d’une maison isolée de la ville de Kuwaït. C’est peut être aussi parce que c’est bien cela qui sauva les œuvres lors de l’invasion irakienne, les responsables étant parvenus à cacher les trésors aux « barbares ». Cette dernière visite me laissa songeur, ainsi, nouvelle illustration de cette étrange âme koweïtienne, mûrie à sa manière dans l’ombre du terrible voisin baasiste, faisant sous de nombreux aspects figure de Beyrouth du Golfe (toutes proportions gardées par ailleurs, évidemment) et dont le développement semble s’être dramatiquement arrêté après 1991. Que faire aujourd’hui, comment avancer ? La construction de la ville moderne de Kuwaït s’est faite dans une troublante anarchie qui lui donne aujourd’hui ses airs de monstre urbain, étranges témoins d’une richesse culturelle que le pays est bien le seul à avoir dans la région.
J’ai attendu quelque peu à Bahreïn, l’avion Kuwaït-Musqat y faisant escale comme de nombreux autres. Et ai repensé à la propreté de Doha, la vitrine qu’elle se donne les moyens d’être. A Manama, qui n’assume qu’à moitié sa fabuleuse histoire. Difficile de sonder des villes-Etats que l’on traverse si rapidement, à la mesure des intérêts que ces drôles de pays offrent. Et pourtant la satisfaction de m’y être rendu, d’avoir vu. Jolis visages du Golfe.
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Le Dhofar sans mousson (ou presque) J’ai souvent repensé aux mots que j’avais eus pour qualifier le premier voyage de l’année 2009 jusqu’à Sohar et Ibri. Je suis parti 4 jours au Dhofar, région au sud du pays touchée par la mousson indienne entre juin et septembre et qui, du coup, accueille un paquet de touristes du Golfe l’été. Et cet ultime voyage omanais est complètement parti en vrille, reléguant ma « grande boucle » loin derrière en termes d’imprévu et de grand n’importe quoi. Voyons cela.
Les 1000 bornes qui séparent Musqat de Dhofar et sa capitale Salalah peuvent se faire en avion, évidemment, mais le trajet en bus est à la fois sympathique (voyage à échelle humaine) et pratique (vélo dans le coffre). La journée de ce jeudi 16 juillet 2009 fut donc passée sur la route, dans un bus plutôt confortable et plein. Il y a beaucoup de choses à dire : déjà la soudaine forte présence de pakistanais, pourtant bien moins nombreux à l’échelle du pays que les indiens ; aussi ma drôle de position, plutôt à l’avant du bus, calé entre les deux seules familles omanaises dont toutes les femmes portaient le niqab. Un petit coin arabe, très joli et dont l’observation fut un enchantement assez permanent tant je suis tombé amoureux de cette culture là, de ces habitants là. J’ai repensé à cette soirée iranienne, entre Téhéran et Qom, et le sourire béat que j’arborais sans raison particulière, si ce n’est celle de se sentir proche de frères que la langue, les us et l’humanité rendent si aimables. Adhel, un jeune mari, est même venu discuter un peu, lors d’un break ; de Salalah, me proposant de m’emmener faire un tour plus tard dans sa région si je le souhaitais. Nous avons échangé nos numéros. Il y avait à ma droite un pakistanais qui ne parlait qu’urdu et comprenait à peine le fârsi ; le chauffeur, un peu plus loin, a roulé avec cette musique pakistanaise, pop assez lyrique qui emprunte si joliment au Golfe et à l’Inde. Tout le monde dormait et, entre deux leçons d’hébreu et de turc, je jetais un regard assez amoureux sur les frères. Dehors, un incroyable vide. Pas le désert « khali », vide mais que les montagnes de sable rendent si majestueux ; un vide, une steppe sans relief, sans vie, aride, vide. Après 300km vers le sud, plus rien donc. Assez impressionnant. Et puis tout d’un coup, la nuit tombée, les collègues se sont réveillés et nous avons abordé les montagnes qui cadrent la région du Dhofar. La pluie, la brume soudainement. Et une longue et lente descente vers Salalah, tâtonnant comme des français qui partent faire du ski en Autriche et craignent le verglas. Nous étions en pleine « khareef » (mousson), et avons fini par atteindre Salalah vers minuit. Là, au dehors, délicieusement rafraîchi par la bruine qui tombait (le gros nuage de la mousson, que nous avions traversé, est resté en altitude et au sol pleuvait-il à peine), j’ai gagné l’antenne Salalah du CFO dont on m’avait donné les clés. J’ai dormi confortablement, dérogeant quelque peu aux traditionnelles coutumes nocturnes de mes voyages ghettos. Il faisait bon.
Avec un bus le dimanche à 18h, j’avais dans l’intention de passer une journée à l’ouest de Salalah, le samedi à l’est et, je vous le donne dans le mille, le dernier jour au nord. Cap sur Mughsail, à 50km de la ville donc, et que j’ai atteint assez poussivement. Il faisait un peu lourd, moins chaud qu’à Musqat bien évidemment mais il ne pleuvait guère plus et j’étais bien peu en jambe, multipliant les arrêts et finissant même par me faire embarquer dans un pickup par deux jeunes omanais se rendant au Yémen. Les kopains m’ont déposé à un endroit assez populaire où la mer vient se fracasser contre les parois rocheuses dans un effet Fantasia, un petit peu. Sur place c’était le délire, donc, les familles arabes et indiennes plantées là avec un grand sourire et les gamins courant de jeysers en jeysers. J’ai moi même pris quelques photos de l’endroit, pendant que des gamins faisaient des tours avec mon vélo, et je suis allé un petit peu plus loin déjeuner, jetant de temps en temps un coup d’œil angoissé aux montagnes qu’il allait falloir attaquer.
Les montagnes russes n’ont pas duré longtemps, en fait, et après à peine une heure de labeur ai-je décidé de laisser le deux roues dans un wadi et de poursuivre à pied ; il y avait simplement un mont dont je voulais atteindre le sommet et il serait plus simple, crus-je, de me faire embarquer en auto-stop sans vélo. Les autorités divines n’ont pas tardé et, quelques minutes plus tard étais-je tranquillement installé à l’avant d’une petite voiture, conversant en franco-arabe (surtout français quand même) avec Sleiman, marocain devenu hollandais (Hollande encore plus raciste que la France, m’a-t-il confirmé ; n’est-ce pas merveilleux) et qui avait la ferme intention de se rendre à la frontière yéménite, 100 bornes plus loin, juste pour montrer le tampon à la famille (faute de temps). J’ai hésité à suivre le sympathique bonhomme, tant l’affaire aurait fait scandale si elle avait été sue à l’ambassade et tant le projet semblait incertain, surtout ; je me suis finalement laissé convaincre et nous avons pris la route ensemble. Le début de la fin.
La conclusion du dernier paragraphe se voulait grossièrement effrayante et, faut-il tout de suite le mettre par écrit, il ne s’est rien passé de particulièrement traumatisant cet après midi là. Au contraire même puisque chemin faisant, les dromadaires sauvages (ou laissés bien libres par les proprios) prenaient de plus en plus la pose et le paysage gagnait en beauté. La mousson était elle aussi bien plus présente, donnant un côté un petit peu mystique à la traversée de ces contrées bien abandonnées et si proches de la terrible, dangereuse, terroriste République du Yémen que nous avons fini par atteindre après 3 bonnes heures tout de même (ça monte et ça descend). Il y avait eu quelques jolies photos et le voyage fut sympathique mais, sur place, notre petite entreprise s’est joliment écroulée puisque le coup du visa à la frontière ne passe pas, encore moins pour deux rigolos souhaitant se rendre seulement au village du coin avant de revenir une heure plus tard. Concrètement, ainsi, une expédition bien foirée et qui ne s’est achevée que tard dans la nuit, rentrant sur Salalah avec un yéménite à l’arrière (tant qu’à faire) vers 23h. Pourtant une première et sublime bouffée d’un pays que je visiterai très prochainement : une pauvreté criante d’abord, le poste-frontière yéménite étant à moitié abandonné, sale ; l’incroyable physique des yéménites, si distincts de leurs voisins omanais, pourtant. Le noir, sombre de leur visage contrastait incroyablement avec les sympathiques bouilles du Sultanat ; un peuple des montagnes, m’a soufflé l’Ambassadrice quand je lui ai fait part de ces quelques réflexions. Les pakistanais ont une puissance physique assez équivalente, d’ailleurs. Bref un avant-goût du Yémen, de ces montagnes et de ces villages qu’il me tarde de découvrir en profondeur. Et puis dans le bureau, tentant de corrompre les kopains en chemise (haut) et serviette (nouée à la hanche, bas), tout sourires ; se droguant au qat (sorte d’herbe euphorisante que l’on mâche continuellement) et se tapant dans la main à la sortie. Bien tenté l’ami, casse toi maintenant ! Fin de la sympathique introduction yéménite.
Les fidèles se souviendront de mon voyage à Musqat et sa banlieue, en janvier dernier, que j’avais conclu par un passage au Musqat Festival et, notamment, le stand iranien, une sympathique famille et, forcément, une jolie jeune femme. Afsaneh, avec qui contact fut conservé, m’a appris que toute la confrérie se rendrait à Salalah pour le Festival Dhofar qui se tient chaque année durant la khareef. Masha Allah. Assez épuisé par mon expédition yéménite plutôt frustrante, tout de même, je suis juste parti à la recherche de mon iranienne. Rencontre très brève, gêne avec les parents pas loin et à demain insha Allah. Heureusement que dans les allées du festival, des bengalis qui me connaissaient pour avoir travaillé avec eux dans le cadre de l’Ambassade m’ont arrêté et, ce faisant, invité à manger, discuter etc. Les joyeux kopains m’ont même ramené à la maison.
Parce qu’au retour du Yémen, ce vendredi soir, Sleiman et moi même avions convenu de repasser le lendemain matin récupérer le deux roues. L’expédition quelque peu poussive de la veille s’est donc poursuivie ce samedi matin puisqu’une fois sur place il fut réalisé que le vélo ne pourrait être casé dans le coffre de la twingo. Qu’à cela ne tienne, j’ai trouvé deux omanais bien ruraux (arabe rigolo) dont le pickup à moitié en panne nous a traîné jusqu’aux abords de Salalah, après la quinzaine d’arrêts tous les trois kilomètres. Il était bien 13h et j’attaquais à peine cette deuxième journée, devant rejoindre la ville puis la traverser, longue de 20km qu’elle est, avant d’attaquer l’est de la région. Quelle plaie ! Et pourtant j’avais un vent assez doux dans mon dos, comme pour me dire de repartir. Alors je suis reparti. Et j’ai traversé Salalah, que le temps si particulier (ciel couvert, toujours pas de pluie) rendait plutôt triste. Et après un déjeuner indien ai-je fini par prendre la route. Il faisait bon, alors, et je retrouvais quelque peu le moral après tant de temps perdu ; mais malgré le bon rythme je perdais de mon souffle après une heure à peine. Sur, Nizwa sont bien loin ! Après une trentaine de kilomètres à peine ai-je atteint l’entrée du Wadi Darbat, aussi réputé qu’éprouvant dans son tracé et dont il convînt de n’aborder que l’introduction. Il y aurait du, là, avoir la réponse arabe aux chutes du niagara puisque l’eau de la mousson se concentre régulièrement dans ces montagnes avant de se jeter dans le wadi en question. Il n’y avait rien, hélas, et pourtant le paysage avait quelque chose de très impressionnant dans sa végétation, ces montagnes vertes pourtant si proches du désert. Je n’eus pas trop de regret à rebrousser chemin dès après : il était déjà 18h et j’avais vu ce que je voulais voir.
J’étais curieusement à bout de forces après ces 50km, à peine, et dans ma tête il convenait tout à fait de mettre le pied à terre en attendant qu’un pick-up me récupère. L’attente fut très longue ! J’ai marché pendant une bonne heure, croisant beaucoup de familles dont le véhicule était plein ou, parfois aussi, des omanais qui ne souhaitaient simplement pas s’arrêter. Un chouilla désespéré, réalisant qu’il allait sûrement falloir se taper le retour en selle, m’obligeant à rentrer à Salalah aussi tard qu’épuisé, je me suis donné une sorte d’ultime chance, arrêtant de marcher avec le vélo et attendant, simplement. Un kopain dans les dix minutes ou je me résous à me débrouiller tout seul. Evidemment, comme dans les films, c’est au dernier moment qu’un omanais a arrêté son camion et m’a prié de le joindre. C’est très sympathique comme ce genre de situations a tendance à se produire fréquemment dans ma petite vie, renforçant ma modeste foi à chaque reprise d’ailleurs. L’ami, dhofari dont les traits me firent d’abord croire qu’il était indien, m’a déposé parfaitement, au cœur de Salalah, à la grande nouvelle mosquée que j’avais aperçue à mon arrivée et que je comptais bien voir de l’intérieur. Le timing était presque parfait, mais le temps de se purifier (traditionnelles ablutions avant la prière) et les frères avaient fini la prière Maghrib (peu après le coucher de soleil). Tant pis, me dis je, et je suis allé prier tout seul. Quand j’ai terminé mes bêtises, plusieurs types sont venus vers moi avec un grand sourire ; chose qui aurait pu être bien flippante en quelqu’autre endroit, d’ailleurs. Un égyptien parlant un petit peu français, quelques omanais et surtout le Muezzin et Imam de la Mosquée (celui qui appelle à la prière puis la dirige). Il m’a vite pris la main, Musallami, et tout le monde semblait particulièrement joyeux de me voir en ces lieux, multipliant les « mahraban » - « ahlan » (« bienvenue »). Le religieux m’a fait faire le tour du bâtiment et nous avons longuement discuté, l’homme prônant un Islam très ouvert, de manière étonnante d’ailleurs. Beaucoup des musulmans pratiquants ont souvent ce sourire lorsqu’ils expliquent à un novice ou à un non-croyant l’effet que leur fait la prière, cette sorte d’apaisement, pureté que leur apporte la pratique religieuse et qu’ils résument souvent en fermant les yeux, montant les mains jusqu’au cœur et les dégageant vers l’extérieur. Nous sommes retournés à la salle des prières, la main dans la main comme deux gros pédays (très arabe ; les pakistanais et les indiens le font beaucoup aussi) et, devant moi, l’ami a appelé à la prière. Les notes de cette sublime musique ont longtemps résonné en moi et, à vrai dire, cette petite expérience là fut bien plus belle que la prosternation collective, première pour moi pourtant. J’ai quitté ces lieux avec des étoiles dans les yeux.
Il était 21h et il faisait plutôt bon dehors, j’ai roulé jusqu’au Salalah Festival où j’ai pris le temps de traîner un petit peu avant de retrouver Afsaneh. Je me suis ravi de cette décision, après avoir quelque peu dénigré l’ensemble la veille (pareil qu’à Musqat, m’étais je dit), tant quelques jolis épisodes eurent alors lieu. Il est d’abord, en ce grand parc, une sorte de théâtre social d’une grande force et il était ravissant d’observer ces familles, ces jeunes et ces femmes, surtout, complètement couvertes (niqab). Il n’est dans le Golfe que de trop rares lieux publics et avoir la possibilité d’assister à un tel petit manège (représentation sociale, cohabitation) fut très aimable. Les autres réjouissances furent les animations elles-même : des émiratis tapant chant et danse traditionnels, et surtout, plus loin, une célébration assez magnifique regroupant cinq couples de danseurs (des femmes, dansant ! haram, interdit dans le texte) et une compagnie de musiciens mettant une ambiance bien superbe. J’ai filmé quelque peu, et je suis assez heureux de pouvoir partager ce joli moment ; j’avoue ma stupeur après avoir réalisé que j’étais le seul membre du public à exprimer ma joie ou l’envie de danser que cette joyeuse démo m’inspirait : on distingue au fond l’armée de femmes complètement voilées ou, sur les côtés, les hommes qui parfois se parlent entre eux, souvent gardent le silence. Impassibles. Surpris et heureux de l’épisode, je me suis rendu à l’espèce de grande foire artisanale où j’ai retrouvé mon amoureuse, pas moins gênée que la veille mais qui m’urgeait de la revoir le lendemain, à une autre exposition où, disait-elle, elle serait plus libre. J’ai fait un sourire un peu triste et, malgré l’échange de numéros et le je t’aime fârsi que je lui lançai, j’avais compris, avec le bus que je prendrais le lendemain à 18h, que notre brève idylle s’était conclue. Alors nous avons mangé et rigolé avec les kopains bengalis et je suis rentré dans la nuit, en vélo cette fois. D’une heureuse fatigue.
Ce dimanche 19 juillet devait être tout logiquement consacré au nord du pays où se trouve notamment la tombe de Job, le prophète, carrément. Je comptais me rendre à ce seul « site historique » de la région, à environ 40 bornes de la capitale et qui a le mérite d’être plus ou moins entouré par des wadis, des grottes enfin ce genre de choses bucoliques que la mousson est supposée rendre attractives. Quelle lutte, ce matin ! Un peu de vent, un peu de chaud et c’était parti pour la passion du Christ, dix kilomètres par heure avec l’impression de ne pas avancer et très vite l’idée que je ne pousserai pas plus loin que l’Ein Zajij, petit coin naturel avec des piscines qu’il me tardait de goûter. C’est donc bien épuisé que je suis arrivé, vers midi, à ce petit site complètement sec, faute de khareef évidemment et qui du coup provoquait toujours un peu de peine visible sur les visages des jolies familles du Golfe qui venaient en visite. J’ai mangé, je me suis assoupi un peu aussi. Et puis j’ai reçu un message d’Afsaneh m’invitant à me débrouiller pour la rejoindre le soir même… Il était 14h et, conscient que je ne pourrais pousser vraiment plus loin au vu de ma douleur pour parvenir jusqu’à l’Ein, j’ai attaqué le retour en croyant à nouveau possible l’au revoir amoureux dont je rêvais avec mon iranienne.
Comme quelque peu réveillé par cette nouvelle perspective, je suis reparti avec un rythme plutôt honorable, me permettant en outre de réaliser ô combien avais-je traîné à l’aller. J’étais à peine à 15h à la maison et ai poussé le sérieux jusqu’à prendre une douche, trouver des fringues propres etc. C’était rigolo d’en faire autant pour la belle, tout de même, et vers 16h un taxi me déposait, le vélo dans le coffre, à l’arrêt de bus. Là, je parvenais à négocier le décalage d’une heure de mon départ, pour 19h finalement et, comme super excité par la succession d’heureux événements semblant former une persane voie royale (sic), j’ai rejoint les frères à l’appel du muezzin du quartier, as Salat al ‘asr (prière de l’après midi). Il était 17h quand j’ai atteint l’autre site du Salalah Festival où m’attendaient Afsaneh et sa sympathique sœur, mariée un gamin dans la poussette, qui traduisait de temps en temps quand mon fârsi ne suffisait pas (j’ai de bons restes tout de même ; quelle superbe langue). Nous avons marché tous les quatre sous la pluie, un petit peu, avant de me retrouver seul avec la belle.. En fârsi on dit mi khaham to râ mi bousam, j’ai envie de te faire un bisou. Ce qui fut dit, après avoir longuement discuté de nos vies et nos pays, mais l’amoureuse s’est longtemps refusée à s’abandonner à un type que, dans le fond, elle ne connaissait pas vraiment ; on la comprend. Je me suis résolu à l’idée qu’il n’y aurait de baiser iranien, non sans lui expliquer que c’était l’ensemble des sublimes femmes perses que je souhaitais embrasser ou prendre dans mes bras à travers elle, tant leur beauté avait illuminé mon voyage iranien l’automne dernier… et puis la belle m’a pris la main, sans rien dire. Nous avons marché en silence, moi avec un sourire de type très amoureux, et je finis par avoir le droit aux calin-bisous tant attendus, réalisant par la même un fantasme assez grandiose (après des amoureuses libanaise et indienne, cette année en Oman). Nous nous quittâmes. Dans le bus, un peu plus tard, avec de la musique iranienne à fond dans les oreilles, je ressentais une joie immense, un bonheur qui me fit quelque peu fondre en larmes. La dernière fois que j’avais pleuré de bonheur en voyage, c’était au-dessus de Téhéran, dans ma télécabine après une matinée passée à skier. Ce pays a tout de même quelque chose d’immensément puissant, et je crois que je n’insisterai jamais assez sur son extraordinaire beauté.
Un voyage persan, dans le Dhofar ?! Dans le bus plutôt bien ghetto comparé au véhicule de l’aller, les joyeusetés ont même bien tourné à l’indo-pakistanais avec les deux très sympathiques chauffeurs dont j’essayais de saisir l’urdu, et bientôt un film hindi incroyablement bon et beau dont je repris jusqu’à tard dans la nuit le thème principal en chantant, pour le plus grand plaisir de mes très aimables voisins égyptiens en vacances au Sultanat. J’avais écrit, au sujet de mon premier voyage omanais 2009, que s’il devait donner la couleur de l’année alors celle-ci devrait bien partir en c**illes. Ce petit séjour dans le sud du pays, s’il n’a pas tenu toutes ses promesses (à cause du temps surtout), s’est révélé tout de même fort riche en plaisirs baroudeurs et, à la veille d’un grand voyage dans la lignée de celui de l’automne dernier et qui s’annonce fort sublime, il fut également une aimable introduction au peuple yéménite. Allez, dans les starting blocks.
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