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maesjl
Bouyon, France

15 février 2005 à 3:58

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Éthiopie Répondre

Rentrant d’Ethiopie, où je vais à peu près deux fois par an depuis six ans, je ne résiste pas à l’envie de partager mon enthousiasme.

D’abord, il faut savoir qu’il s’agit d’une « République Fédérale » et que ce nom n’est pas usurpé. En effet, ce sont des pays bien différents. En ne prenant que les quatre points cardinaux, on a :

LE NORD : le berceau du christianisme en Afrique. C’est le pays des monuments (églises enterrées de Lalibela, églises troglodytes vers Chelekot, monastères dans les îles du lac Tana, Axum la cité antique avec ses tombeaux, stèles, l’enceinte royale, Gondar avec le Campement Impérial) plus le Nil Bleu, les montagnes du Simien. Les amateurs d’histoire et de vieilles pierres se régaleront. Il faut ajouter les somptueuses fêtes de Noël et du Jour de l’An (calendrier julien) et, bien sûr, Timkat.



L’OUEST : Une nature exubérante, une succession de panorama superbes et, au bout du chemin, deux ethnies aux rites séculaires : les Nuer et les Anuak.

Installés vers Gog et le lac Tatta, les Anuak sont des agriculteurs sédentaires. Leurs villages sont disséminés dans la forêt. Passer d'un village à l'autre, sous des arbres immenses, découvrir leurs cases, leur mode de vie, est un réel plaisir. Un système de type féodal, toujours en vigueur, régit leur existence.

On découvre les Nuer dans les environs d’Itang. Ces hommes et femmes aux allures élancées sont immenses. Ils vivent dans des zones inondables et doivent donc déplacer leurs cases à chaque période de crues. Ils sont avant tout éleveurs, le soin qu'ils apportent aux troupeaux rythme leurs activités quotidiennes. Leurs traditions, leurs rites, dont celui de l'initiation des jeunes hommes, restent aussi vivants que ceux des Anuak.

Gambela sert de base pour partir à la découverte de ces peuples. Le retour par Bedele permet d'approcher la région de Kafa, ses plantations de café, ses forêts immenses puis, en passant par Jimma, de traverser le pays Gouragué.



L’EST : deux grandes directions : la dépression du Danakil (le site de Lucy) et Harar.

Aller vers le Danakil, c’est emprunter la très belle route Addis-Kombolcha. C’est ensuite bifurquer pour aller vers la Mer Rouge par une des routes les plus spectaculaires d’Ethiopie. C’est aussi visiter quelques marchés dont (le lundi) celui de Bati (41 km. de Kombolcha) le plus important d’Ethiopie après le « Merkato » d’Addis, lieu de rencontre des Afars, Oromos, Amaras,… C’est enfin le désert du Danakil et les fouilles de Hadar (3-4 millions d’années).

Sur le retour, en empruntant la route qui suit la vallée de l’Awash, on peut rejoindre la deuxième direction.

Allant vers Harar, on rencontre le parc national d’Awash, d’une superficie de 827 km.2, c’est le plus ancien et le mieux entretenu d’Ethiopie. Autrefois territoire de chasse de l’Empereur Hailé Sélassié, il abrite près de 50 espèces de mammifères (oryx, petits et grands koudou, bubales, gazelles…).

Puis la route d’Awash à Harar longe d’abord la voie de chemin de fer. A partir de Mieso, elle grimpe dans la montagne et suit pratiquement les crêtes, découvrant de magnifiques panoramas.

Flâner dans Harar, la quatrième ville sainte de l'Islam, c'est découvrir les maisons harari, leur cour intérieure, leur petit jardin et l'accueil de leurs habitants. Au détour d'une ruelle : la maison de Rimbaud, un peu plus loin : un marché très coloré et très achalandé. Cette ville mérite, à elle seule, quelques jours de visite.

Vous êtes dans le pays des Afars. Ils vivent dans une région désertique où la température peut atteindre 50 °. C’est l'un des déserts les plus inhospitaliers mais aussi des plus étranges : lacs saumâtres, eau sulfureuse, laves incandescentes, fumerolles,…

Dans cet environnement les Afars essaient de survivre avec leurs chameaux et leurs troupeaux, en perpétuelle recherche d'eau, de nourriture, de pâturages.

Tous se parent avec soin, les hommes portent le"gilé", impressionnant grand couteau courbe. Les femmes portent des coiffures complexes, tressées et décorées de perles multicolores ainsi que des vêtements chamarrés.



LE SUD : coupé en deux par la vallée du Rift, la région des grands lacs.

A l’est, touchant la Somalie, au sud d’Harar, l’Ogaden ressemble à l’image que certains ont de l’Ethiopie : un désert, le pays des grandes famines.

Mais entre cette région et le Rift, la route qui va vers le Kenya traverse la partie probablement la plus riche d’Ethiopie. En passant et selon la saison, on peut y acheter à peu près tous les fruits locaux (ananas, mangues, papayes, bananes, pastèques,…), des légumes et, bien entendu le célèbre café de Sidamo (origine du Moka).

A environ 150 km., entre la route principale et l’Ogaden, les montagnes de Bale sont le paradis des ornithologues. On y trouve des centaines d’espèces différentes dont certaines n’existent nulle part ailleurs.

A l’ouest, c’est principalement la vallée de l’Omo, qui alimente le lac Turkana. Christian Bader, dans « Les Guerriers nus », donne une bonne idée de cette région :

« Il est en Afrique une région presque aussi vaste que la France que les grandes villes et vieilles civilisations du continent n'ont fait qu'effleurer, que les expéditions dépêchées par les colonisateurs européens se sont contentées de traverser, et que les différents Etats dont elle relève aujourd'hui ne gouvernent encore que de loin. Cette région, dont les cartes les plus récentes n'offrent pour l'instant qu'une couverture approximative, comprend le sud-est du Soudan, le nord-est de l'Ouganda, le nord-ouest du Kenya et le sud-ouest de l'Ethiopie.

Dans ces lointains confins, où le temps semble s'être arrêté, coexistent près d'une quarantaine de groupes ethniques, certains fort nombreux, d'autres réduits à quelques familles, certains établis sur d'immenses territoires où ils nomadisent avec leurs troupeaux, d'autres confinés dans quelque vallée isolée où ils subsistent de chasse et d'agriculture sur brûlis. C'est sans aucun doute dans le sud-ouest de l'Ethiopie que se trouve l'une des plus prodigieuse concentration de ces peuples qui, à l'aube du XXIe siècle, continuent de donner l'impression de surgir tout droit des premiers matins du monde. »

Qu’ajouter à cela sinon que c’est la région dont je suis tombé amoureux, que parmi ces peuples (Karo, Dassanecht, Konso, Mursi, etc.) les Hamer m’ont séduit, que c’est chez eux que j’ai ma « maison » et qu’il ne faut pas me demander trop d’objectivité à leur sujet.

Bien sûr, je suis prêt à partager mes petites connaissances avec tous ceux qui envisagent de partir dans ce pays

Voyager c'est rencontrer plus que voir.

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lepiaf
Nantes, France



15 février 2005 à 4:52

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Re: [maesjl] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Présentation synthétique très intéressante, on aimerait maintenant en savoir plus.

C'est fascinant de constater comment on peut tomber amoureux d'un pays ou d'une culture, comme si on se sentait chez soi, comme s'il y avait l'écho d'une vie antérieure.


maesjl
Bouyon, France

15 février 2005 à 5:17

Message 3 de 20
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Re: [lepiaf] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Merci de ton compliment.

Si tu veux en savoir plus, pose tes questions, j'y répondrai dans la limite de mes (trés incomplêtes) connaissances.

Voyager c'est rencontrer plus que voir.


yangguizi
Shanghai, Chine

Photo/image personnelle du membre yangguizi.

Description de la photo/image: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)


15 février 2005 à 12:31

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Re: [maesjl] Ethiopie [En réponse à] Répondre

En tout cas ca ne fait que confirmer que c'est bien un des pays que je dois absolument visiter un jour. Je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose qui m'attire la bas. Peut etre les origines de l'Homme...


titania
France

17 février 2005 à 6:39

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Re: [maesjl] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Un message sur l'Ethiopie ... une perle rare !!!

Je vais réfléchir à toutes mes questions et revenir à la charge.

Merci

Elle était débout la ville !!!


maesjl
Bouyon, France

17 février 2005 à 12:08

Message 6 de 20
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Re: [shanghaipat] Ethiopie [En réponse à] Répondre

A ta disposition pour répondre à toute question (dans la limite de mes connaissances)

@+

Voyager c'est rencontrer plus que voir.


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maesjl
Bouyon, France

17 février 2005 à 12:09

Message 7 de 20
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Re: [titania] Ethiopie [En réponse à] Répondre

J'attends...

mais ne te fais pas d'illusions, mes connaissances sont limitées (mais à ta disposition).

@+

Voyager c'est rencontrer plus que voir.


lepiaf
Nantes, France



18 février 2005 à 2:02

Message 8 de 20
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Re: [maesjl] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Bon, puisque tu attends, je vais te poser des questions.
Je suis amateur de musique et l'Ethiopie m'intéresse à deux titres.
Premièrement, le rock éthiopien des années 60 et 70 est très riche.
Connais-tu un peu ? Mahmoud Ahmed est le plus connu, mais il paraît qu'il y a plein d'autres artistes. Cette musique est-elle toujours vivante ?

Deuxièmement, le mouvement rasta a adopté le Negus Haïlé Selassié comme Dieu. Il parait qu'en retour, des terres ont été offertes à des Jamaïcains qui ont émigré en Ethiopie pour y fonder des communautés rastas.
En as-tu entendu parler et sais-tu où se trouvent ces communautés ?
Récemment, on a fêté Bob Marley en Ethiopie et de nombreux artistes internationaux s'y sont produits. C'est à cette occasion que j'ai appris l'existence de ces communautés rastas.


Bertrand2
Metz, France

20 mars 2005 à 11:22

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Re: [lepiaf] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Je dois ajouter que ni Hailé Selassié ni les Ethiopiens ne sont à l'origine du mouvement rasta et que le Négus se sentait totalement étranger à cela. En visite en Jamaïque, à la fin des années 60, il a été accueilli à l'aéroport de Kingston par 30 000 Rastas prosternés. Effrayé il est reparti aussitôt. Il a bien offert des terres près de Shashemene, dans la vallée du Rift, à ceux qui voulaient s'y installer, mais c'était dans le contexte du retour en Afrique des descendants d'esclaves, rastas ou pas. Plus près de nous les Ethiopiens n'ont rien vu du concert reggae d'Addis Abeba en l'honneur du grand Bob Marley. Un produit marketé à l'occidentale, bien trop cher pour eux, en plus ce n'est pas leur genre de musique. Ne mélangeons donc pas tout...

Bertrand

http://www.dear-ethiopia.com
carnets de voyages dans ce pays sans pareil


leeyah
planete terre, Angleterre

29 avril 2005 à 18:54

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Re: [Bertrand2] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Bonjour,



Bertrand 2 excuse moi de te contredire mais il se trouve que j'etais en Ethiopie durant les celebrations du mois de Fevrier et ma vision des choses est completement differente.

Premierement le concert etait gratuit (a part pour la zone VIP ) et enormement de gens y ont assiste. La place Meskel etait remplie du matin au soir... Le plus grand evenement musical d'Afrique de L'Est.

Deuxiemement, Haile Selassie ne se sentait pas completement etranger au mouvement Rasta. Il a meme discute avec, et rencontre des leaders de ce mouvement lors de son voyage en Jamaique. La bague que Bob Marley porte sur la pochette de l'album Legend je crois, une bague avec une tete de Lion, cette bague etait la bague de Haile Selassie. Demande toi comment elle est entree en possession de Bob Marley...De meme sa petite fille a recemmnet ecrit une these sur ce mouvement et rencontre Rita Marley ainsi que des aines Rastas. Certains de ses fils et petit fils entrtiennent des relations etroites avec l'une des plus grandes congregations ( ou maisons) Rastas, les douzes tribus d'Israel.

Les celebrations, "Africa Unite" n'etaien pas uniquement sur le theme des Rastas mais aussi et plutot sur L'Unite Africaine. Les celebrations ont dure un mois et au programme il y a eu des conferences, debats, films, expos, etc...

Les Ethiopiens etaient en general tres heureux d'etres les hotes de ces celebrations. N'oublions pas non plus que Addis Ababa est "la capitale de l'Afrique" (OUA, ONU, UNICEF). Beaucoup de touristes et participants venus d'ailleurs ont booste l'economie. Il n'y a eu aucun incident durant le concert et les celebrations. Des representants de beaucoup de pays africains etaient presents et l'atmosphere etait tres bonne.

Les celebrations ont aussi servies a financer un centre pour jeunes defavorises ainsi qu'a apporter de l'aide aux victimes du Tsunami en Somalie.

Le maire de Addis Ababa a ouvert les ceremonies en presence du chef de L'eglise Orthodoxe Ethiopienne et de Rita Marley ainsi que d'autres dignitaires Ethiopiens, africains et noirs issus de la diaspora (Danny Glover...).

La pluspart des expos, concerts etc... etaient gratuits et libres d'access, seul un banquet de charite etait payant.

Les debats etaient pour la pluspart reserves aux representants officiels, journalistes et personalites.

Pour finir, les ethiopiens ne connaissent pas bien la culture Rasta mais ils n'y semblent pas du tout hostile. Il y a meme une petite communaute de Rastas Ethiopiens et quelques chanteurs de reggae Ethiopiens qui sont des vrais stars la bas.

Voila, Sourire.

Merci


lary
Paris, France

17 mai 2005 à 12:40

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Re: [leeyah] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Bonjour,

J'ai moi aussi passé quelques semaines en Ethiopie en début d'année. Je ne saurais trop conseillé à ceux qui veulent y aller de sauter le pas - moi, j'ai mis 5 ans. Les Rastas en Ethiopie? Pour faire court et synthétique:

Oui, le récit que relate Bertrand 2 est arrivé. Par contre, je n'ai jamais lu ou entendu dire que le négus avait un attachement profond pour les rastas (le message d'après). Je crois qu'il a été sensible à l'intérêt porté par les jamaïcains en donnant les terres de Shashemané, mais c'est tout.

Oui, leeyah, le concert était assez terrible - une connaissance choriste m'en a raconté quelques bribes, je n'y étais pas -, ouvert à la population et les ethiopiens ne sont pas "hostiles".

Mais si les jeunes générations s'ouvrent au reggae, c'est parce qu'à l'étranger ils jouissent d'une reconnaissance grace au mouvement rasta - j'ai un ami éthiopien, étudiant en Europe, avec des dreads, je te raconte pas le tabac qu'il fait ! Il est vrai que dans un boui boui à Addis tu peux entendre très facilement un morceau de bob ou de morgan heritage. Et qu'il y a quelques chanteurs (pas terribles)... Mais dans le fond, rien à voir. Les Ethiopiens sont très religieux et la religion rasta est pour eux une sombre utopie (cf. "le guide du rastaman"). Elle n'est qu'un patchwork d'interprétation (souvent) douteuses de la religion chrétienne. Tu l'auras compris, je n'y crois pas une seconde. Les Ethiopiens non plus. Par contre ils cultivent, à Addis essentiellement, ce côté. Pour vendre de l'herbe ou des chapeaux aux touristes blancs ou black avec des dreads en "pélerinage". Moi-même, dans la rue, mal rasé, on me hélait "rasta, rasta!"...

J'ai abordé plusieurs fois la question rasta là-bas. On oscille entre sourire - ah, les sacrés foncedés -, indifférence ou étiquette bad boys ("ne vas pas à shashemané, les gens sont aggressifs là-bas"). Ce qui est de l'autre du fait, et non de l'interpréation, est que les familles qui sont partis s'installer là-bas ont cru dur comme fer à leur rêves, et ce, avec beaucoup de courage. La réalité est que le retour à Zion a été très difficile. Le changement d'environnement, de vie, de voisins - et là pour le coup pas si peace que cela - a eu raison de nombreuses familles. Le profond respect d'une partie du peuple ethiopien pour le negus explique, encore aujourd'hui, l'acceptation de ces familles.

Aujourd'hui, il ne reste plus grand monde. Quelques dizaines de familles. Sur le site des "Nouvelles d'Addis" - seul magazine papier et en ligne français spécialisé sur le pays -, tu trouveras des papiers intéressants d'une étudiante dont c'était le sujet de mémoire. Elle n'en parle pas avec mon recul, mais de façon plus engagée et flatteuse.

En espérant avoir fait avancer le bâteau... Amicalement.


Runisland
France

13 septembre 2005 à 7:02

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Juste pour completer ! [En réponse à] Répondre

Shashamane, terre rasta en Ethiopie
Une communauté pas très appréciée par la population.

En 1948, l’Empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier a offert une concession territoriale à toute la diaspora noire à Shashamane (200 km d’Addis Abeba). Mais ce sont surtout les Rastas, adeptes du retour vers la « Terre-Mère », qui se sont sentis concernés par l’offre du Négus. Toutefois, la population locale ne voit pas toujours d’un bon œil la présence de cette communauté, installée depuis 1963...

Par Sandrine Desroses

En 1948, l’Empereur Haïlé Sélassié Ier fait don à toute la diaspora noire d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et des Caraïbes de 500 hectares sur la « Terre-Mère » éthiopienne à Shashamane, dans la vallée de Goba, à 200 km au Sud d’Addis Abeba. Si Shashamane rime aujourd’hui avec « rastaman », conformément à l’idée reçue largement relayée, cette concession territoriale ne s’adressait pas aux seuls Rastas, mais bel et bien à toute la diaspora noire. La donation traduit la reconnaissance du Négus pour l’engagement de la communauté noire auprès des troupes éthiopiennes lors de l’invasion du pays par les troupes mussoliniennes entre 1935 et 1941. À Shashamane, village perché sur une colline à 600 mètres d’altitude, les descendants d’esclaves bénéficient désormais d’une terre fertile pour s’installer dans le « Zion » et retrouver la terre de leurs ancêtres pour y mener leur « livity », mode de vie conforme à la philosophie rasta. Pourtant les Ethiopiens ne les accueillent pas vraiment à bras ouverts.

Descendant du roi Salomon et de la reine de Saba

Quels sont exactement les liens particuliers qui lient les rastas à l’Ethiopie ? Pour les Rastas du monde entier, l’Empereur Haïlé Selassié incarne la figure du Rédempteur. Né Ras Tafari Makonnen, son nom a inspiré celui du mouvement Rasta(fari). En 1927, Marcus « Mosiah » Garvey, ancien journaliste et prêtre évangéliste jamaïcain, fervent défenseur de la « black supremacy », annonce en ces termes la venue d’un roi noir : « Regardez vers l’Afrique où un roi noir doit être couronné. Il sera le Rédempteur ». Trois ans plus tard, Haïlé Selassié (« la Puissance de la Trinité » en amharique), chef tribal méconnu, accédait au trône d’Éthiopie en se proclamant « l’Élu du Seigneur, le Roi des Rois et le Lion conquérant de la Tribu de Juda » (Juda, un des douze fils de Jacob, ndlr).

Les défenseurs de la Suprématie noire ont alors entamé des recherches sur ce jeune roi (37 ans à l’époque) et ont découvert son ascendance royale : il est le 25ème descendant de l’union entre le roi Salomon et la reine de Saba. Ainsi, la prophétie de Marcus Garvey venait de s’accomplir. Cet épisode explique le fort lien culturel entre la diaspora et l’Ethiopie. Le royaume abyssin représente pour les adeptes du Rastafari la seule nation d’Afrique libérée du joug de l’oppresseur qu’ils désignent par le terme « Babylone ». Seulement, le pays se trouve envahi par l’armée italienne en 1896, puis à nouveau en 1935, contraignant l’Empereur éthiopien à l’exil. Cette situation éveille un sentiment pro-éthiopien parmi les membres de la diaspora africaine qui vient alors soutenir les troupes éthiopiennes.

Une terre en donation

« L’Ancien Testament, ouvrage de référence des Rastas, mentionne le mot « Ethiopie » à plus de trente reprises, ce qui permet d’établir un lien biblique avec ce pays synonyme de paradis sur terre. La Genèse évoque le ‘Jardin d’Eden’ que les Rastas associent avec l’Ethiopie », explique Brother Karl, président de la Jamaican Rastafarian Development Community of Shashamane (JRDC), organisation rasta basée à Washington. Et de poursuivre : « L’Ethiopie est le premier pays à avoir reçu l’Ancien Testament, et les Ethiopiens sont les premiers fidèles du Christ ».

« Repatriation is a must » (le rapatriement est une nécessité), thème récurrent dans les chansons de roots reggae, le rapatriement en Ethiopie constitue une problématique au cœur de la culture Rastafari. En effet, les Rastas voient en l’Ethiopie, qu’ils surnomment « Zion » ou encore la « nouvelle Jérusalem », un lieu de pèlerinage, la Terre Promise qui a vu naître leurs ancêtres.

Un rapatriement en masse, un soutien pour les Éthiopiens...

C’est ainsi qu’une dizaine de familles venues de la Caraïbe et des États-Unis se sont installées en 1960 à Shashamane, une soixantaine dans les années 80. Les premiers à avoir accepté le cadeau du Négus et à s’être déplacés en masse en direction de la « Terre Promise » sont les Rastafaris, se considérant comme les principaux intéressés de cette offre. « Mais seuls les plus fervents ont pu économiser suffisamment pour financer leur rapatriement », nous confie Brother Karl. En 2001, on comptait plus de 200 familles rapatriées dans le « Zion ».
L’intention qui sous-tend le besoin de rapatriement de la diaspora africaine en Ethiopie est avant tout de fuir « Babylone », le monde occidental synonyme d’oppression, pour venir soutenir le développement d’une terre sacrée dont le peuple est affaibli par la faim. « Nos frères ont voulu quitter Babylone, ce monde de violence et de sang, pour participer au développement de Mama Africa (l’Ethiopie). Ils y ont trouvé les bases leur permettant de mener une vie meilleure. C’est précisément au moment où nos frères éthiopiens sont dans le besoin que nous devons être présents », nous explique Brother Karl.

...mais aussi une difficile cohabitation

Sur les 500 hectares de terrain offerts par l’Empereur, seuls 50 sont concrètement revenus aux rapatriés de la diaspora. En effet, en 1974, le Négus entreprend la nationalisation d’une grande partie des terres d’Ethiopie, du fait des tensions naissants entre les familles rapatriées et la population locale. Par ailleurs, les Éthiopiens ne se sont pas montrés très favorables à l’arrivée massive de ceux que le « Lion conquérant » avait pourtant désignés comme ses « frères de sang », lors de sa visite en Jamaïque en 1966. « Certains Ethiopiens considèrent que leur terre a été donnée à des étrangers, des gens venus d’ailleurs, ce qui marginalise les populations ayant accepté l’offre introduite par la Land Grant (loi de concession territoriale). Cette situation a suscité chez certains l’envie et la jalousie envers les rapatriés. Car l’Éthiopie demeure un pays sous-développé qui accueille des populations bien loties en Occident. Et puis la population est jeune : 60 à 70% de la population a moins de 20 ans, et le plein emploi n’est pas encore d’actualité », explique Brother Karl. Ainsi, les descendants d’esclaves rapatriés en Ethiopie sont confrontés à la pression permanente de leurs pairs.

C’est pourquoi les immigrés de la diaspora tentent de « prouver qu’ils méritent la terre que l’héritier désigné de la lignée royale des Salomonides leur a offert. C’est là tout le travail de la JRDC qui entreprend, à Shashamene, divers projets et initiatives tels que la construction d’une école, l’enseignement de l’anglais... Nombreux sont ceux qui rêvent de venir en Ethiopie pour participer à sa reconstruction, et ces frères méritent que la terre qu’on nous a offerte leur soit restituée. Donné c’est donné ! », conclut Brother Karl.

« Un melting-pot »

La communauté de Shashamane compte différentes mouvances du mouvement Rastafari chapeautées par la Fédération Mondiale Ethiopienne : les Nyahbinghi, les Bobo Ashanti, les Douze Tribus d’Israël, ainsi que tous les Rastas « indépendants ». « C’est un véritable melting-pot », commente Brother Levi, organisateur des cérémonies de commémoration du 60ème anniversaire de la naissance de Bob Marley (6 février) à Addis Abeba pendant tout le mois de février 2005. Et de poursuivre « A Shashamane, les Jamaïcains représentent la majorité des rapatriés, mais on trouve aussi des Rastas venus de la Martinique, d’Allemagne, de Suède et même du Japon ! ». Une population qui demeure en attente de la citoyenneté éthiopienne...

La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.(Gandhi)


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JYJO
region parisienne, France

26 décembre 2005 à 14:22

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Re: [maesjl] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Nous partons dans moins d'une semaine en Ethiopie mais je suis tjs interessée par toute information concernant notamment l'est. J'entends par là la route qui en revenant du marché de Bati mène à Mille puis à Awash (via Gewane) pour ensuite aller à Harar.
Quels sont les moyens de transports dont vous avez fait l'expérience si par chance vous avez fait ce trajet ?
J'ai l'impression que les bus en provenance de Mille ne circulent pas tous les jours (2 fois par semaine) et qu'il faille faire étape à Gewane, donc minimum 2 jours pour atteindre Awash. Mais j'espère me tromper, car j'aimerais atteindre Harar rapidement en venant de Bati. Nous n'avons pas les moyens de nous payer un véhicule et un chauffeur. Les trucks vont ils directement à Awash en venant de Mille et en combien de temps ?
Si vous avez le temps de me répondre ce serait super dans la mesure où vous connaissez cette région bien sûr.
Merci
Cordialement

PS Nous rejoignons un groupe d'amis ensuite à Addis pour un mois mais cette fois dans le Sud, l'ouest et le Nord.
Pour Kombolcha et Harar nous serons seules.

La vie n'est pas un long fleuve tranquille


chris06
NICE, France

Photo/image personnelle du membre chris06.

Description de la photo/image: Lac MAYCHEW ethiopie pays Wolo ...octobre 2007


26 décembre 2005 à 15:31

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Re: [JYJO] Ethiopie [En réponse à] Répondre

salut Josette

Ne manque pas de nous faire un petit post à ton retour
Pour nous l' Ethiopie c'est en 2006 !

chris06


maesjl
Bouyon, France

27 décembre 2005 à 7:47

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Re: [JYJO] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Je ne connais pas bien la fréquence des bus. Ce que je sais, c'est qu'il y a une liaison Kombolcha - route de mile à Awash.
Au carrefour où la piste en provenance de Kombolcvha - Bati rencontre la route Addis - Djibouti, il y a moyen de trouver du stop en camion. De ce carrefour à Awash il faut environ une demi journée.
D'Awash à Harar il y a des bus et des camions. Il y avait aussi le train, mais, à mes dernières nouvelles, la liaison était suspendue.
Ceci est probablement notre dernier échange pour un moment. Je pars le 5 janvier et je serai dans le sud (à côté de Turmi) du 7 au 28:29 janvier.
@+

Voyager c'est rencontrer plus que voir.


ounagha
essaouira, Maroc

9 janvier 2006 à 17:53

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Re: [maesjl] Ethiopie [En réponse à] Répondre

Ma decouverte de l'ethiopie remonte à 1970. Je faisais presque tous les mois un weekend rallongé à Harar.Je crois que le dresseur de hyènes de l'époque s"est fait bouffé par ses charmants animaux.J'avais fait un perriple qui m'avait beaucoup plu: Djibouti- Dire Dawa dans la jeep sur la plate forme du train. Harar- Addis Abbeba en Jeep sur 2 jours. Gorges du nil bleu. Lac Tana. chutes de ? La libella.etc Je ne sais pas comment c'est maintenant mais à cette époque il fallait etre gonflé mais quand on est jeune.....Raconte un peu + ton périple.


djembefola
France

21 novembre 2006 à 13:23

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Re: [maesjl] Éthiopie [En réponse à] Répondre

Salut l'ami,
Moi c'est Vincent,
Je connais bien l'Afrique de l'ouest notamment le Burkina, le Mali, Bénin, Togo et j'en passe.
Je pars pour Addis-Abeba le 8 janvier 2007, à la "roots".
Pas d'adresse, rien, juste un AR en avion.
As tu des conseils de base pour mon premier pas là bas, hotels sympa (et petit budget), bref, des infos pratiques quoi?
Merci et à plus


jfpe02
bretagne, France

25 novembre 2006 à 10:17

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Re: [djembefola] Éthiopie [En réponse à] Répondre

a addis, tu as l'hotel lido(l-planet) qui est calme, personnel sympa pour 140birh la nuit avec pt-dej.
j'y étais en avril.
tu peux trouver moins cher, hotel taitu ds un quartier plus animé la nuit(piazza).
byby, jf

jf


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Lukasks
Bangalore, Inde

Photo/image personnelle du membre Lukasks.


25 novembre 2006 à 13:12

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Re: [maesjl] Éthiopie [En réponse à] Répondre

Merci pour ton texte très intéressant.
Je ne connais pas très bien l'Ethiopie mais je meurs d'envie d'y retourner!

Lukas


thomas4
France

22 février 2007 à 18:08

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a [En réponse à] Répondre

Je suis pas sur que c est ici que je dois écrire ma question mais j espere que j aurais quand meme une réponsse.
J' ai 17 ans et je prévois de partir l'année prochaine de Addis-Abeba pour traverser l 'Ethiopie jusqu au kenya et, inchallah, jusqu en Tanzanie.
Je voudrai partir seule, avec un sac a dos et une tente...
Toi qui a l'aire de bien connaitre ce pays, pense tu que ce voyage est réalisable et a tu des conseils a me donner?
Merci beaucoup.
Thomas
thomas_d_89@hotmail.com

 
 

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