Cette nuit, nous discutions une jeune collègue et moi et nous lamentions de travailler pour le réveillon et le soir de Noël. Nous décidions les équipes de la nuit de nous organiser un Noël gourmand dans un étage, tous ensemble pour une heure. Chacun établit le menu et chacun choisit ce qu’il apporte. Et nous parlions des maisons où trône un sapin odorant pour les uns, en plastique pour les autres, et de la crèche. Ma collègue S. me dit qu’elle a trouvé des santons à Carrouf et que sa crèche est très jolie. « Tu as fait une crèche ? » Mais tu es musulmane ! » « Ouais, mais on a le même Dieu et ça peut pas faire du mal de l’honorer un jour de plus dans l’année » « Et j’ai même trouvé des bergers avec les moutons comme chez nous, c'est juste un el aïd décalé » « T’as mis aussi Jésus ? » « Ah oui, c’est un bébé, alors.. » J’ai beaucoup aimé sa réplique. A l’heure où l’on agite l’éventail des terreurs de l’islam, une très jeune femme musulmane choisit d’élire un Dieu unique quand croire lui fait du bien. Quand on parle d’intégration, quand on parle de valeurs, quand on parle d’adaptation, prendre et donner ce que chacun croit bon pour lui dans la culture de l’autre, c’est sympa non ? Pour ce réveillon où nous nous rassemblons, lors que chacun doit strictement rester dans l’endroit où il bosse, nous allons bloquer les portes des services en position ouverte, festoyer avec du foie gras hallal (une première), croquer des crevettes fraîches, mordre dans la bûche. Dommage pas de bon vin, mais il ne faut pas trop pousser… Le temps d’une nuit particulière, nous serons ensemble.. P. le malgache, S. l’algérienne, M. la savoyarde, E. l’aveyronnaise, H. le grenoblois et moi. Six pour une heure de p’tit bonheur au parfum d’interdit. Ce que l’on peut faire un soir, pourquoi ne serait-il pas possible de le faire toute la vie ? Dom.
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