
struebi
France
Photo/image personnelle du membre struebi.
14 février 2008 à 16:42
Message 81 de 93
Consulté 553 fois
Signaler ce message aux modérateurs
Haut de la page
|
que voulez-vous, il y a des gens (dont je fais partie) qui ne peuvent se faire à l'horreur scandaleuse de la vie gâchée dans le travail absurde. on a beau essayer, ça regimbe ! Est-ce que ce n'est pas une vile et terrible horreur, toutes ces tâches inutiles qui font le quotidien des gens? L'imposture du travail salarié, dans les sociétés occidentales, c'est que trop souvent on achète le temps de vie contre la fourniture des moyens qui ancrent plus solidement l'aliénation. On jacasse bêtement depuis des décennies sur le retour au plein emploi et on assiste maintenant à une comédie navrante sur la valeur du travail: mais il faudrait examiner en quoi il consiste et s'il a de la valeur et du sens avant d'en faire la louange automatique et de l'imposer comme but premier! Fonctionnaires surnuméraires, consultants fumistes, contrôleurs et certificateurs de tout poils, armées de vendeurs de rêves standardisés, comptables et gestionnaires de l'inutile, concepteurs zélés des superfluités,, dans notre économie tertiaire qui n'a plus besoin des hommes pour produire les biens dont on a vraiment besoin, on invente l'activité pour que les salaires puissent être décernés comme récompenses d'un service rendu à la société mais c'est du grand guignol. Et si on marche dans la combine, c'est parce que "il faut bien vivre" ?? A la suite de Thoreau je pourrais poser cette question ravageuse: si on te payais le double de ce que tu gagnes aujourd'hui pour jeter des pierres par dessus un mur les jours pairs et les relancer de l'autre côté les jours impairs, est-ce que tu accepterais ?". On peut aisément imaginer que presque tous répondront que cela les insulterait violemment, et que bien sûr ils refuseraient; mais, quoique de façon moins caricaturale, que font-ils vraiment de leur vie? Je nomme cela l'horreur quotidienne: devoir rester à disposition, renoncer à la liberté d'aller et venir, pour ne répondre à aucun véritable besoin. Une permanence d'un demi-siècle. On est de garde à vie en attendant qu'elle se termine. Notre idéologie économique mène une guerre sans merci aux possibilités de vie des humains. Nous avons réussi à comprimer les travaux réellement nécessaires en un volume horaire minuscule, mais échoué à libérer la majorité des hommes des affres du travail, pour au contraire noyer et briser des générations dans la pantalonnade des activités artificielles avec son pendant de consommation stupide et de dégradation des conditions de l'établissement de toute vie. C'est à mon sens sur la base de cet examen lucide qu'il faut envisager la question de la participation au système . Considérant l'immense force morale qu'il faudrait pour s'arracher définitivement à toute cette misère, il me semble qu'il faut dans l'effort aller progressivement. Plutôt que de fuir ou ne vouloir "que du dessert" : vouloir et déguster parfois du dessert, faire des échappées, pas pour avoir l'illusion d'être libre, mais pour ne pas tout perdre, pour laisser une place et si elle est belle c'est le mieux, une place négociée âprement, au loisir, au bonheur, à la liberté. Ne pas tout concéder au système, ne pas prendre ses 5 semaines de congés payés comme une aumône et ramper 47 semaines par an, mais plutôt briser les convenances et reprendre un peu d'emprise sur son existence. Et le reste du temps, prendre des risques et faire preuve de courage et de fermeté pour trouver des ressources dans une activité qui soit moralement acceptable. Un défi, mais la récompense est belle. Struebi
|