
Loopkin
Lyon, France

26 janvier 2004 à 21:21
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Neige à Paris, ou de l'autre côté du miroir
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Ce titre n'a pas pour vocation à plagier Bergmann. Il est trois heures du mat. J'écris brut de fonderie, sans recopie, directement, suite à ce qui vient de se passer. Ce soir, il a neigé de folie à Paris. Ce genre d'évènements est suffisamment rares pour fédérer comme par magie tous les noctambules. Je rentrais du judo, via un bar où j'ai discuté avec d'anciens copains de promo (la fanfare de Centrale Lyon), en vélo, sous la neige. Il neigeait des cordes (ça se dit???), et la remontée de la butte jusqu'à chez moi fut des plus rudes. C'est transformé en demi bonhomme de neige (par l'avant) que je suis parvenu dans la cour de mon immeuble où j'ai garé mon vieux vélo. J'étais dans un état d'esprit euphorique, de ces états d'esprit quand on sort d'une séance d'entrainement de judo super éprouvante, et aussi de ces états d'esprits de quand il neige à Paris. La combinaison des deux fut explosive. J'ai décidé, encore couvert de sueur et de neige, de ne pas monter chez moi tout de suite, mais de continuer encore cent cinquante mètres jusqu'à l'esplanade du Sacré Coeur (une belle course, surtout par l'arête est, à faire en hivernale quand c'est en bonnes conditions). C'était magnifique, je n'avais jamais vu Paris comme ça, la Butte Montmartre encore moins, et j'ai hâte de voir ça demain au lever du jour (gloups, c'est dans pas longtemps, en fait, je crois que je dormirai). La baston générale n'a pas tardé à avoir lieu. Les boules de neige fusaient de toute part, les équipes se faisaient au gré des configurations spatiales des regroupements. Les voitures, surtout les taxis, et les parapluis étaient visés prioritairement. C'était très rigolo. Après largement plus d'une heure de batailles acharnées, j'ai entendu des polonais crier en trinquant "Senslivego Nowego Roku" (Bonne Année). J'ai répété en coeur, et j'ai été aussitôt invité à trinquer avec eux. C'était du champagne, et ils fétaient réellement la nouvelle année. Peut être étaient-ils un peu décalés. Ce fut fantastique. Nous avons commencé à parler en polonais. Puis un peu en anglais aussi (mon polonais est quand même très limité). Et finalement, je les ai invités chez moi (cent cinquante mètre - retour) à boire un peu de Zubrowka qu'il me restait. Ils ne se sont pas fait prier. Ils étaient 4. Trois femmes polonaises, et un ardéchois. Tous des chanteurs. Lui, parlait anglais avec elles. Il était l'organisateur d'un festival de chant et de musique traditionnelle polonaise dans son village en Ardèche. Je ne sais vraiment pas ce qu'ils foutaient sous cette pluie de boules de neiges à Paris, à Montmartre, mais ils étaient là. On a bu chez moi moultes toasts, et on a beaucoup parlé, dans toutes les langues étrangères que je connaissais, c'était super sympa. Je crois qu'ils ont été enchanté de cette rencontre, et moi, je me projetais en voyage, et je m'imaginais à leur place, dans une capitale européenne difficile, où les gens savent surtout klaxonner et s'engueuler d'une voiture à une autre, ne connaissant personne, et tombant par un hasard extraordinaire sur quelqu'un qui baragouine tant bien que mal ma langue, et qui m'invite chez lui boire un coup. Je me dis maintenant que le voyage commence définitivement à la porte de chez soi, il commence avec la rencontre de l'autre, des autres. Ce soir, j'ai voyagé même dans mon propre appart. J'étais dans le même état d'esprit de rencontre et d'ouverture aux autres que lorsque je voyage. Ce fut fantastique. Merci la vie, tout simplement. Ils viennent juste de partir, il est trois heures, et si je fais des fautes de frappe, c'est que ma bouteille n'était pas si vide que ça. Merci de votre attention et de votre patience (j'écris un peu trop dans cette rubrique, en ce moment, je sais). Je vous laisse, je vais cuver. Ciao. Do widzenia. Loopkin ------- Geantropie, Vivre l'espace http://geantropie.free.fr
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