
Bortolotti
France
24 janvier 2007 à 10:09
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Bonjour Fayçal, C’est très volontiers que je peux vous donner des détails sur la création du village de Francis Garnier, qui a pris aujourd’hui le nom de Beni Hawa. Beni Hawa est à l’origine le nom du douar qui se situe sur la rive gauche de l’oued (Mentrach ? j’ai un doute sur le nom), juste en dessous du Marabout de Mama Binet. En 1910, le gouvernement français vendait en faisant des facilités des lots de cent hectares dans cette région. Trois familles ont alors décidé de tenter cette aventure : Monier, Bortolotti, et un troisième qui est reparti aussitôt. A cette époque, il n’existait aucune culture hormis les petits vergers autour du douar. Les populations vivaient très misérablement, comme l’atteste un écrit du Caïd en ma possession. Le lot de Monier se situait du côté de l’ancienne gendarmerie, celui de mon Grand-père à l’opposé, sur la route de Ténès, avant le pont dit « Du Caïd », où était installée la famille Mokrane. La route s’arrêtait à Dupleix, aujourd’hui Damous, et il fallait faire les derniers 17 Km à dos de mulet, ou à pied …. Les travaux de défrichement ont alors été entrepris, et les premières pièces de vigne ont été plantées. Mais dès après la première récolte, il y a eu la guerre de 14, et les travaux ont été suspendus. Puis, la route a été construite, et on pouvait atteindre ce lieu en carriole depuis cherchel (62 Km). Auparavant, toutes les marchandises arrivaient par la mer, et étaient débarquées sur la plage actuelle. D’autres familles sont alors venues s’installer, d’autant plus que la mine de fer de Brera, sise dans la montagne à une trentaine de km, commençait à se développer. On a construit une école, une église, et mon Grand-père a fait reconstruire le marabout de Mama Binet. Il sera détruit lors du premier tremblement de terre d’Orléanville, Al Asnam, et reconstruit encore comme l’atteste la dalle commémorative qui est à l’intérieur. Mais ce pays est très pauvre, il est difficile d’y faire pousser quelque chose, et le vignoble végétait. Après une étude, mon Grand-père a décidé d’essayer d’y faire pousser des figuiers ; un figuier particulier, qu’il avait ramené d’Italie, et qui produisait une petite figue blanche, la Kadota. La première pièce qui a été plantée se trouvait juste à la sortie du village à gauche, au lieu dit Chmata. L’essai fut concluant. Mais dans la montagne, le ravinement et l’érosion étaient tels, que les orages emportaient régulièrement les plantations. C’est alors, qu’avec un tracteur Caterpilar récupéré dans les ventes du matériel américain, que mon Grand-père fit faire les fameuses banquettes qui seront imitées partout par la direction de la restauration des sols. Ce qui faisait dire au Caïd Mokrane : « Là ou banquettes il y a, Bortolotti est passé par là… » La production de figues prenaient une belle ampleur, et pour les écouler, il fallu faire de la confiture, la fameuse « Karmoucette », dont le débouché était non seulement local dans le département, mais aussi international, les Anglais étant friands de ce produit. Les premières années, la confiture était élaborée dans la cave qui a aujourd’hui disparu, puis dans un grand bâtiment à côté, qui servait en 83 de station d’emballage pour divers produits, notamment des tomates. Il fallait fabriquer sa propre électricité, car le village ne fut équipé par l’E.G.A. qu’en 1956 ; cela peut paraître surprenant, mais on vivait avec des frigos à pétrole, des lampes à carbure, des bougies… que de souvenirs, pour nous les enfants qui vivions avec le confort modeerne de l’époque en ville… On peut dire, sans exagération, que cette activité faisait vivre toute la région. Ce que l’on appelle aujourd’hui « Le Port de Beni Hawa », s’appelait avant « Le Rocher de la Mine ». En effet, pour exporter leur minerai, les Mines de Breira avaient construit une ligne de wagonnets qui descendait de la mine jusqu’à ce fameux rocher en forme de pain de sucre. Le rocher avait été creusé en forme d’entonnoir, et servait à stocker le minerai. Au fond de l’entonnoir, il y avait un tapis roulant qui pouvait s’avancer d’une vingtaine de mètres au-dessus de la mer. Comme il y a beaucoup de fond à cet endroit là, le cargo qui venait charger n’avait besoin ni de quai, ni d’engin de manutention ; tout se faisait automatiquement, et le chargement était très rapide. Voilà en très bref, quelques notes sur la naissance de ce village ; mais il y en aurait encore tant à raconter…
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