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Forum > Destinations > Afrique du Nord > Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie
 

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mokhtarkedda
francis - garnier ( beni - hao, Algérie

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2 août 2007 à 8:07

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Re: [PierreHenry] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

SourireBonjour Pierre Henry.
Si vous parliez de Kouero,le pecheur,il vit toujours et il habite beni haoua;il faisait partie de l'équipage de mon père,après l'indépendance,et mon père faisait partie de l'equipage de Pedro,le surnom de mon père était poulpo.
Son frère,amar le noir est mort,que dieu ait son ame.
Encore une fois,soyez le bien venu chez moi à Beni -haoua,actuellement j'habite au centre ville,au sud de la gendarmerie;avant nous habitions le port breira depuis les années 58.
Un inconditionnel de beni - haoua, et de ses sites merveilleux
mokhtar keddar

mokhtar keddar

Image attachée:

francisecolepostemairienb.jpg - Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie
Image postée par mokhtar keddar (membre mokhtarkedda) dans la discussion «Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie».

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fekarcha
kouba, Algérie

3 août 2007 à 7:56

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Re: [mokhtarkedda] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

BONJOUR MOKHTAR.moi aussi je suis un inconditionnel et admirateur de beni haoua.je voulais répondre àpierre henry à propos de son ami kouéro,mais comme je n'était pas sur qu'il s'agissait de la meme personne,j'ai préférais que ça soit quelqu'un de la région qu'il lui réponde.c'est chose faite maintenant et c'est pieer henry qui va etre content.A+

colombo et banel =renault


mokhtarkedda
francis - garnier ( beni - hao, Algérie

Photo/image personnelle du membre mokhtarkedda.


3 août 2007 à 10:12

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Re: [fekarcha] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Clin d'oeilSalut fekarcha.
Puisque vous etes un inconditionnel et admirateur de Beni-Haoua,rejoignez moi sur messenger msn.groups,pour enrichir le site que j'ai crée voilà plus de 5 mois.Ce site s'intitule "Les Amis de Francis-Garnier (Beni - Haoua).Mon e mail Keddarmokhtar@hotmail.com ,et faites inviter d'autres personnes pour enrichir ce site.A très bientot j'espère.Mokhtar

mokhtar keddar


montbissadz
Algérie

10 août 2007 à 11:38

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Re: [fekarcha] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Cher ami,
Je viens de decouvrir ton message.Je suis content que tu cherches les liens avec Beni-Haoua.C'est un endroit que je recommande à tous de visiter et de contribuer à son epanouissement car le village possede de grandes richesses.
Si tu es sur Alger , on pourra se voir.
Ton ami Mokrane A.E.K.


montbissadz
Algérie

11 août 2007 à 6:11

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Re: [Bortolotti] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre


 En réponse à 
Bonjour Fayçal,

C’est très volontiers que je peux vous donner des détails sur la création du village de Francis Garnier, qui a pris aujourd’hui le nom de Beni Hawa.
Beni Hawa est à l’origine le nom du douar qui se situe sur la rive gauche de l’oued (Mentrach ? j’ai un doute sur le nom), juste en dessous du Marabout de Mama Binet.

En 1910, le gouvernement français vendait en faisant des facilités des lots de cent hectares dans cette région.
Trois familles ont alors décidé de tenter cette aventure : Monier, Bortolotti, et un troisième qui est reparti aussitôt.
A cette époque, il n’existait aucune culture hormis les petits vergers autour du douar. Les populations vivaient très misérablement, comme l’atteste un écrit du Caïd en ma possession.

Le lot de Monier se situait du côté de l’ancienne gendarmerie, celui de mon Grand-père à l’opposé, sur la route de Ténès, avant le pont dit « Du Caïd », où était installée la famille Mokrane.
La route s’arrêtait à Dupleix, aujourd’hui Damous, et il fallait faire les derniers 17 Km à dos de mulet, ou à pied ….

Les travaux de défrichement ont alors été entrepris, et les premières pièces de vigne ont été plantées. Mais dès après la première récolte, il y a eu la guerre de 14, et les travaux ont été suspendus.

Puis, la route a été construite, et on pouvait atteindre ce lieu en carriole depuis cherchel (62 Km). Auparavant, toutes les marchandises arrivaient par la mer, et étaient débarquées sur la plage actuelle.
D’autres familles sont alors venues s’installer, d’autant plus que la mine de fer de Brera, sise dans la montagne à une trentaine de km, commençait à se développer.

On a construit une école, une église, et mon Grand-père a fait reconstruire le marabout de Mama Binet. Il sera détruit lors du premier tremblement de terre d’Orléanville, Al Asnam, et reconstruit encore comme l’atteste la dalle commémorative qui est à l’intérieur.

Mais ce pays est très pauvre, il est difficile d’y faire pousser quelque chose, et le vignoble végétait.
Après une étude, mon Grand-père a décidé d’essayer d’y faire pousser des figuiers ; un figuier particulier, qu’il avait ramené d’Italie, et qui produisait une petite figue blanche, la Kadota.

La première pièce qui a été plantée se trouvait juste à la sortie du village à gauche, au lieu dit Chmata.
L’essai fut concluant. Mais dans la montagne, le ravinement et l’érosion étaient tels, que les orages emportaient régulièrement les plantations.
C’est alors, qu’avec un tracteur Caterpilar récupéré dans les ventes du matériel américain, que mon Grand-père fit faire les fameuses banquettes qui seront imitées partout par la direction de la restauration des sols. Ce qui faisait dire au Caïd Mokrane : « Là ou banquettes il y a, Bortolotti est passé par là… »


La production de figues prenaient une belle ampleur, et pour les écouler, il fallu faire de la confiture, la fameuse « Karmoucette », dont le débouché était non seulement local dans le département, mais aussi international, les Anglais étant friands de ce produit.
Les premières années, la confiture était élaborée dans la cave qui a aujourd’hui disparu, puis dans un grand bâtiment à côté, qui servait en 83 de station d’emballage pour divers produits, notamment des tomates.
Il fallait fabriquer sa propre électricité, car le village ne fut équipé par l’E.G.A. qu’en 1956 ; cela peut paraître surprenant, mais on vivait avec des frigos à pétrole, des lampes à carbure, des bougies… que de souvenirs, pour nous les enfants qui vivions avec le confort modeerne de l’époque en ville…

On peut dire, sans exagération, que cette activité faisait vivre toute la région.


Ce que l’on appelle aujourd’hui « Le Port de Beni Hawa », s’appelait avant « Le Rocher de la Mine ».
En effet, pour exporter leur minerai, les Mines de Breira avaient construit une ligne de wagonnets qui descendait de la mine jusqu’à ce fameux rocher en forme de pain de sucre.
Le rocher avait été creusé en forme d’entonnoir, et servait à stocker le minerai.
Au fond de l’entonnoir, il y avait un tapis roulant qui pouvait s’avancer d’une vingtaine de mètres au-dessus de la mer. Comme il y a beaucoup de fond à cet endroit là, le cargo qui venait charger n’avait besoin ni de quai, ni d’engin de manutention ; tout se faisait automatiquement, et le chargement était très rapide.

Voilà en très bref, quelques notes sur la naissance de ce village ; mais il y en aurait encore tant à raconter…



montbissadz
Algérie

11 août 2007 à 6:51

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Re: [Bortolotti] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Bonjour Mr Bortoloti,
C'est un tres grand plaisir d'etre en mesure de communiquer de nos jours aussi facilement.J'aime bien entendre comment la vie etait difficile auparavant(surtout durant le temps de nos ancetres).
Je m'appelle Mokrane Abdelkader et je suis nè à Bèni-Haoua (Zeboudj Allel): 02 Septembre 1951.Mon père s'appelle Brahim (facteur du village) ,frere du Caid ( Hocine).
Mon père allait à vèlo delivrer du courrier jusqu'à Doumia , Oued Goussine,Marsa (port) et je crois meme Breira(à verifier).Mon père est toujours vivant (93 ans).Mon père me racontait pendant des heures et des heures sur la vie et surtout le travail serieux de votre père.
Personnellement , j'ai beaucoup d'admiration à tout ce que votre père a fait à Beni-haoua et aux alentours.Votre père s'est plantè avant de s'implanter et c'est très juste si on veut faire de l'histoire pour les generations à venir.
Il y'a tant de souvenirs que je voudrais raconter et c'est de notre devoir de preserver cette histoire et de la perseverer.
J'ai un fils (16 ans)qui s'appelle Kamil et mon père ètait fou de joie parceque votre père s'appellait aussi Cammille.La prononciation est la meme.Toujours , mon père ne cesse de me dire que votre fils sera comme Mr Bortoloti ( Inchallah :que Dieu veut).
Je me rappelle de ma première annèe primaire à Bèni-Haoua (1957).Je me rappelle de Madame Azzam et de la kermes de fin d'annèe et de la distribution des prix au foyer rural.Il y'avait deux de mes oncles (Mohamed :garde champetre et Hocine :Caid).Et comme j'etait le premier en classe j'ai eu le droit au premier prix.Il y'avait bien sur votre père Mr Bortoloti.J'ai ètè accompagnè par mon frere ainè Mohamed et il m'avait instruit de toucher la main aux Europeens et de faire la bise à mes oncles.Et voilà que je monte en scène pour recevoir le prix et je fais le contraire:c'est à dire j'embrasse tous les Europeens(Français) et je touche la main à mes oncles.Cette histoire est très fameuse chez notre famille , vu le lien qu'on avait et j'espère qu'on l'aura toujours.
C'est de très beaux souvenirs de la règion.
A bientot,


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fekarcha
kouba, Algérie

17 août 2007 à 16:47

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Re: [montbissadz] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Salut mon ami mokrane
très content d'avoir lu ton message, je suis toujours à alger et en contact avec benchaa djillali.Voici mon e_mail edeksse@yahoo.fr.àtrès bientot

colombo et banel =renault


LAOUAMERIA
PARIS, France

7 septembre 2007 à 11:28

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Re: [jeannnne] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

OUI MADAME IL FAUT QUIL SOIT INVITER POUR OBTENIR UN VISA C'EST PAREIL POUR UN ALGERIEN QUI VEUT VISTER LA FRANCE IL LUI FAUT UN HEBERGEMENT ET A SAVOIR S'IL OBTIEN UN VISA C DOMAGE C LA POLITIQUE VIS VERCA

FAIRE LA MIDITERANNE C'EST DECOUVRIR 20 SIECLE EN ARRIERE LA BEAUTE DE CE CITE ET ET PAREILLE DANS TOUTE CETTE GRANDE BAIE ET LES PAYSAGE DEFERENT QUI LAISSE LEUR VISTEUR EMERGE DANS LE BONHEUR ET LE VERTUEIL PASSE ROMAIN GREC BYZANCE BERBER ET BLEUR VESTIGE QUI TEMOIGNE


molock
austin, États-Unis

6 octobre 2007 à 12:46

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Re: [fekarcha] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

  bonjour

oui kader qui etait au CEG de BENOMAR cest bien mon frere

salutations


mentrache29
alger, Algérie

19 octobre 2007 à 7:13

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Re: [montbissadz] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

que c beau, ça Kder et ça donne des frissons. L'Histoire ne se fait pas subjectivement. Bien à toi mon cher ami. Triste

la vie est un voyage dont on ne connait ni le début ni la fin


mentrache29
alger, Algérie

21 octobre 2007 à 13:10

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Re: [mokhtarkedda] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Mr Mokhtar KEDDARI, si c'est bien toi le fils de celui que tu dis être ton père et à qui tu accoles le surnom de "poulpo", il est bon que tu apprennes (c'est triste de le rappeler à quelqu'un qui a bourlingué selon tes dires) que l'on doit un respect sans faille à ceux qui nous ont donné vie, nous ont élevés, éduqué aussi et sacifié la leur pour que l'on acquiert l'indispensable afin d'être un homme. Ton père avait pour nom Djeloul KEDARI, et non ce stupide et irrévérencieux "poulpo" que lui on accollé Pédro Sanchez et Cie. Tu aurais pu ajouter aussi les autres pitoyables surnoms avec lesquels ils affublaient leurs marins tels " le krick" ou "pipa" et j'en passe, pour les rabaisser. Ton père était un homme et avait sa dignité. Sais tu de lui ce jour de mars 1957 où il échappa de peu au sort tragique des treize de sidi Boudjemil et erra plusieurs semaines dans les montagnes pour sauver sa vie?. Sais tu de lui ce matin de mars 1950 lorsqu'il ramena de plus de 15 brasses le gouvernail lesté de cuivre du bateau d'André PIERRA, tombé à l'eau et ne remonta qu'après plusieurs minutes , les tympans éclatés, le nez et les orilles en sang ? Et j'en passe ... alors de grâce n'appelle plus ton père "poulpo" pour le présenter mais resprcte sa mémoir e et dis de lui " mon père était KEDDARI Djeloul, tout simplement, Djeloul, le frère de Brahim. Ils valent ans nos mémoires, nous les anciens, bien plus que tu ne le penses.
Certains dans ces débats parlent des bateaux qui venaient prendre le minerai au port. Sais tu que la vedette du pilote qui devait amarrer le navire était menée par les tiens, Brahim, Ahmed LAROUSSI, Djeloul et les GHOUBALIS. Mais aussi par PIERRA et PEDRO, à la seule différence que ces derniers restaient bien au calme et que c'était aux Brahim, Djeloul et autres à sauter sur les rochers depuis la vedette pour accrocher leamarres aux bites, ou pour les désamarrer, au risque de leurs vies aux jours de gros temps. Ils étaient payés à l'heure travaillée Par contre les patrons auxquels tu fais référence, come avec gratitude, étaient payés au mois tout au long de l'année, qu'il y ait bateau ou non et avaient logement et feu gratuit jusqu'à leur retraite.
Et aussi évite les confusions. "Omar le Noir" s'appelait HATHAT Amar et n'était pas le frère de ton père. Faut-il que tu sois bien lèger pour ne pas connaître tes oncles paternels. Peut on te pardonner ces légèretés ? Pour celà il faudrait que tu saches modestie garder. Bien à toi tout de même parceque tu es un Haouati. Fâché


mokhtarkedda
francis - garnier ( beni - hao, Algérie

Photo/image personnelle du membre mokhtarkedda.


23 octobre 2007 à 11:39

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Re: [mentrache29] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Tire la langueAvant toute chose,bonjour.
Poulpo etait le surnom de mon père et j'en suis fière;et dorénavant, je ne permet a quiconque de travestir mon nom de famille,c'est keddar et non keddari. Au lieu de vous cacher derrière un pseudo,ayez le courage de vous dévoiler;les gens de beni haoua sont des hommes et non des petites vermines.Et, sachez bien lire les messages avant deb répondre par des stupidités. A bon entendeur,salut...
PS/vous ne meritez pas le pseudo de mentrache

mokhtar keddar


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garagouz
alger, Algérie

24 novembre 2007 à 9:35

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Re: [jeannnne] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

 
Bonjour Mme Jeanne X.
Depuis ce jour de décembre 2005 et votre appel à assistance pour faire visiter Béni Haoua à votre époux ce site s’est animé et j’étais curieux de lire ce qui s’y disait ; du bon et du moins bon, comme dans tout débat. Accents circonflexes frétillants, tous les mâles de B H Francis Garnier branchés sur la toile s’offrirent à qui mieux mieux pour vous aider à connaître et visiter Béni Haoua ex FG et son Ima Binett devenue fonds de commerce. J’ai suivi donc ces « débats » lorsque, patatras, après qu’un malotru se fut permis de faire remontrance inappropriée à l’un des internautes, à ce sympathique Mokhtarkedda et que ce dernier lui eut servi une belle volée de bois vert, tout s’arrêtât et le site devint muet comme une carpe. Il est regrettable de n’avoir pas entendu Pierre HENRY parler encore de son père Mathias, l’un des meilleurs de Francis Garnier ( ils étaient deux qui n’appelaient ce village que par son nom Béni Haoua et non Francis Garnier). Un jour, Pierre je te conterai quelques exploits de ton père Mathias, du vécu et, au vrai, sa vie, lui, l’homme vrai, qui fut l’ami des simples et le passionné de pêche et de chasse, fut un roman dont la fin se déroula comme il l’avait souvent souhaité. Quant à vous chère Mme Jeanne X., n’ayant pas l’outrecuidance de vous offrir gîte et couvert, je vous propose en forme de ballade sans refrain, une balade sur la Nationale Onze, direction Francis Garnier :

« LA NATIONALE ONZE EN ETE
Les hommes avaient assigné à la nationale onze la longue et fatigante tâche de les mener d’Alger à Oran tout au long de la Méditerranée. Ils en firent une route côtière, discrète et bien accueillante.
Elle se laissa aller dès les premiers jours, trouvant sans doute trop pénible de supporter leur grossier charroi. Naturellement aventureuse, elle musarda et, indolente vagabonde, suivit son plaisir plus qu’à l’occasion tout au long de ses quatre cents kilomètres.
Assoiffée d’ombre aux jours de grande chaleur, elle s’élançait éperdument sous les arbres pour se rafraîchir à leur couvert. Prise d’un incoercible faible pour les eucalyptus aux fragiles écorces et les platanes à la force calme, elle se faufile entre leurs troncs massifs et impavides. Assommée de plaisir à l’ombre des grands chevelus, elle ronronne alors sans retenue en une longue et rectiligne course. Son cheminement se fait alors trot doucement régulier pour bercer son enchantement.
Lissé par le dur soleil et paresseusement bosselé, son bitume amolli lui fait aussi comme un prétexte à s’assoupir encore plus pendant les mois d’été. En se déroulant précieusement dans l’éclatante lumière de l’été, elle étale sa nonchalance entre pins maritimes et buissons de lentisques. Puis telle une discrète, sombre, mais riche parure, elle accompagne tout au long de sa rive l'incomparable Bleue dans leur jeu renouvelé chaque jour, d’amoureuses aux imprévisibles foucades.
Hautaine quelquefois, elle s'éloigne de sa compagne de voyage pour un semblant de bouderie, puis la languissant aussi vite, elle accourt près de la grève, comme pour s’abreuver au baiser de ses vagues.
Capricieuse à l'instant où on la croirait assagie, elle se risque soudain, en de téméraires et dangereux défis, sur les bords d'effrayantes falaises.
Elle quitte souvent la mer, et avec une élégante et naturelle paresse, elle se glisse au travers des somptueuses et odoriférantes collines. Etourdie par leurs suaves senteurs, toutes de pins, de lentisques et de genêts, elle ne distingue plus alors dans le céleste éblouissement, les bleus étincelants de sa vaste et fidèle compagne. Elle l’oublie, elle la néglige sans honte.
Offensée cruellement par l’égoïste distraction, la délaissée s’enveloppe fièrement de toutes ses nuances céruléennes, amoureusement enserrées en de longues caresses par de pâles et ondoyants doigts de fées. Impatiente de vengeance, aussitôt elle la guette au détour d’un bosquet et lui lance le charme de ses vastes plaines liquides d'émeraude et de turquoise, pour la ressaisir d’émerveillement...
Par les chaudes journées d’été, la Nationale Onze s’enveloppe dans d’ensorcelants effluves, faits du parfum iodé de la Grande Bleue, fondu dans les senteurs de pins et de bruyères des hautes collines du Tell. Certains voyageurs succombent à ce capiteux sortilège et s’arrêtent, captifs à l’ombre des arbres, face à la mer. Là, ils subissent l’antique envoûtement de la Méditerranée et succombent aux subtils parfums des pinèdes et du maquis écrasé de soleil…
Mais, en un inattendu sursaut de superbe, ils se libèrent et repartent malgré leur fierté à jamais enchantés par l’éternel merveilleux de la nature pour en ensoleiller les tristes jours des hivers citadins, tout de gris et d’humidité collante...
Au sortir de Cherchell les voyageurs de la nationale onze distinguent par beau temps le cap Ténés qui se découpe au loin sur le bleu du ciel. Il est comme un sombre et immense chapeau de gendarme posé sur la mer. Baromètre infaillible des pêcheurs, il met à leur intention sa capuche de nuages lorsqu’il sait que le temps va changer et que la pluie menace.
Puis la nationale onze se borde de platanes pour entreprendre ses longs parcours sans virages, entre d’étroits vignobles aux vins réputés. Indifférente, elle passe sur des ponts jetés pardessus les oueds desséchés et traverse rapidement bourgs et villages, leur accordant, comme à regret, de brefs arrêts.
A la vue du cap Ténés, elle a senti l’étape et se hâte par les flancs sinueux des hautes collines côtières, comme un cheval pressé par la fatigue. Ténés est encore loin, là-bas derrière son cap, et il y a tant de féeries à traverser encore.
Elle se dépêche alors, ombreuse et serpentine, vers la dernière halte réparatrice de Francis-Garnier. Au débouché des deux tunnels, elle accélère soudain sa course au ras de la falaise, entraînant dans un élan téméraire et empressé, ses passagers vers le clou du voyage.
Ainsi que s'ouvre un somptueux livre d’images, Francis-Garnier se découvre alors incrusté dans son décor de trois montagnes boisées, entre le vert tourmenté de la mer et le bleu limpide du ciel.
* *
*
L'envoûtement de la Méditerranée est irrésistible. Ce n'est pas une construction intellectuelle, ni une synthèse philosophique qu’elle inspire au voyageur ébloui par ses couleurs changeantes et son rivage envoûtant. C'est une conquête purement sensuelle qu'elle fait de son admirateur, comme d'un amant. Le voyageur fasciné s’immobilise, tel un voilier encalminé, son émerveillement épuisant en lui toute force et tout désir d'aller plus loin. Assis sur le rocher dominant la baie des Béni-Haouas, il contemple, fasciné après tant de beauté traversée, la sauvage splendeur méditerranéenne dans sa lumineuse et naturelle simplicité.
La longue plage déserte, à peine et si subtilement incurvée, flamboie dans la lumière de l’été. Encore vierge du poids des hommes, elle reçoit sur son sable la mer alanguie qui pénètre ses galets glissants avec le calme et la douceur des vieux amants aux disputes rentrées.
Ses deux termes limitent l’horizon de Francis-Garnier. Celui de l’est se termine par un colossal rocher qui protège un abri de mer, appelé pompeusement le port. A l’ouest de la baie, paisible et tutélaire gardien, le tombeau de Imma-Binet se tient perché sur sa courte falaise entre une dizaine de palmiers sauvages et d’immenses lentisques séculaires.
Chargée de mythes, ce côté de la plage élève à son extrémité, juste un peu plus loin, le rocher du pain de sucre, énorme dolmen d’apparence phallique qui semble avoir été posé là, les pieds dans l’eau bleue, par quelque facétieux dieu marin. Plein de mystères, il attire immanquablement les pêcheurs novices en quête de fabuleuses prises. Mais parfois d’autres pécheurs, amants de fortune aux innocentes mines de promeneurs du dimanche, se risquent vers lui, en se hâtant chacun de son côté, pour y abriter leurs ébats risqués sous quelque vieux et discret lentisque.
Cette extrémité, baptisée pointe du Caïd ou pointe de Ma Binett, s’élève vers un abrupt sommet de trois cents mètres. Tout en haut de cette apparence de montagne, le petit gourbi du sanctuaire de Sidi Abdelkader se terre au milieu des rochers, entre pins et lentisques, suppliciés ensemble par les vents d'hiver. Paré d'ocre et de somptueux verts, le djebel ventru remonte de là vers le mont du Bissa, pour revenir à l’est enfermer le village et s’échouer sur le port. Cet embrassement de montagnes chargées de pins et de maquis est comme un immense écrin, une conque colossale surgie de la plage dans l’intime creux de laquelle se blottit Francis-Garnier.

* *
*
Les habitations du village, peu nombreuses, pas plus qu’une bonne couvée d’œufs, s’alignent sagement tout au long de la Nationale onze. C’est un village rue, né des amours naturelles du djebel et de la mer.
Ses maisons se tiennent chacune dans un minuscule verger, toutes blanches et coiffées de rouge. Posées de chaque côté des petites rues tirées au cordeau, elles semblent de jolies demoiselles endimanchées au milieu de frêles et verts garçons dansant au vent léger. Tout alentour, les vignobles s’étalent jusqu’à la plage, en rangs serrés, pareils à de précieux et verts tapis protégés des sables par les massifs de lentisques et de tamaris.
Le voyageur, gavé de splendeurs, s’arrache difficilement à la magique vision pour reprendre sa route.
Mais parfois, par mégarde, son regard s’attarde sur le flanc du djebel, juste en face, par-delà les deux oueds desséchés. Il distingue alors, au sein de l’amas verdâtre des figuiers de barbarie, de petites bosses, brunes et rectangulaires. Croyant y avoir vu tout à l’heure des déformations de terrain, il reconnaît maintenant que ce sont bien des gourbis, des déchras sous les tonnes de terre desquelles vivent des hommes et leurs familles. Troublé parfois, il détourne bien vite les yeux, essuyant son regard au spectacle reposant du village de colonisation. La conscience sommairement allégée, il poursuit alors le merveilleux voyage.
La nationale onze le reprend et l’entraîne avec vivacité et d’un seul trait vers le village, comme honteuse d’avoir montré un peu des grandes misères qu’elle traverse aussi. Entrant à Francis-Garnier, après un double virage, elle salue au passage la première maison, celle des Ponts et Chaussées. Se penchant, elle semble lui dire sa gratitude pour le cantonnier qui la panse, lorsqu'il y songe, des blessures du temps et des hommes. Puis le village l’absorbe avec douceur.
En apercevant le café Verte-Rive, elle s’ébroue et devient pompeusement sa rue principale.


zoumouroud
paris, France

26 novembre 2007 à 16:56

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Re: [garagouz] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Bonsoir Garagouz

je tombe par hasard sur cette page
merci pour cette belle ballade sur la côte méditérranéenne, j'ai eu l'impression de refaire le voyage qui me mène d'alger où je suis née à tenes , ville de naissance de mes parents
En effet à chaque fois que je rentre en Algérie je ne peux me passer d'aller en pélerinage à tenés et donc de voir toutes le beautés qui sont décrites dans ce texte
mais pouvez vous m'en révéler l'auteur
bien à vous

Les mille et une nuits

Tout est un, la vague et la perle, la mer et la pierre, rien de cqui existe en ce monde n'est en dehors de toi.


garagouz
alger, Algérie

30 novembre 2007 à 12:26

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Re: [zoumouroud] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

                Bonjour Gouroumouz
Tout d’abord merci pour votre réponse. Votre signature (extrait des mille nuits et une nuit, sans doute…. ?) est empreinte d’un monisme qui ne ressort pas, du moins à mon humble avis, de la traduction de ces contes mythiques, celle du Dr Mardrus que j’ai lue et que je n’ai pas voulu tromper avec toutes celles qui en ont été faites, surtout parce qu’elle est tant chargée de rêverie poétique et de sensualité (auxquelles les mignonnes et tendres illustrations ajoutent tant de charmes)….
Vous désirez avoir l’auteur du texte. Je ne puis répondre à votre souhait, ne connaissant de lui qu’un nom, Qayouz, qu’il a griffonné un jour sur une marge de journal , distraitement, avec un Bic qui traînait sur la table basse sous le figuier ; c’était la seule fois où, lorsqu’il était avec moi, je l’ai vu faire autre chose que parler …. C’était un vieil homme dont l’existence a croisé et côtoyé la mienne tout un été, il y a de nombreuses années de cela. Durant de longues semaines, du début mai aux premiers jours de l’automne, il m’a conté l’histoire de la région et de ses gens, en remontant loin, très loin dans le temps pour une seule vie humaine. Et puis, un jour, il a disparu. Je reçois maintenant, de temps à autre et sous enveloppe, de nombreux feuillets dans lesquels il me continue ses narrations. Mais je ne retrouve jamais ses écrits malgré le soin que j’apporte à les bien classer ; ils disparaissent étrangement, comme il s’est évanoui lui-même un jour d’automne….
Quant à la Nationale Onze, elle n’existe plus. Les hommes l’ont anéantie. Ce n’est plus qu’un large ruban de bitume et de béton, immense et rectiligne ; disparus les gracieux ponts virevoltants sur leurs graciles arches au-dessus des oueds complices ; d’infâmes constructions titanesques aux prétentions d’artères vitales les ont remplacés… Les eucalyptus, les pins et les genêts, rasés à coup de bulldozers ont cédé leur place aux murs censés retenir une montagne qui, par vengeance, ne cesse de s’écouler sur ces nouvelles et vilaines voies qui ne méritent pas le nom de route…
Vous dites que vos parents sont originaires de Ténès. Voilà une ville dont l’Histoire est admirable et mérite d’être contée. Mon vieil homme m’a dit tant de choses sur cette ville où il aurait vécu (il m’a semblé être parfois un étrange Errant sans faute originelle à la recherche de l’absolu ; ne sommes nous pas tous, sinon pour un grand nombre d’entre nous les hommes, des Errants à l’inconsciente et stérile poursuite de la perfection ). Il m’a parlé de personnages pittoresques, les Bouboul, Zoèche, Gazogène, Pousse la Voiture et tant d’autres… de la partie de football qui opposa les locaux à une équipe de militaires anglais en 1943 et au cours de laquelle Tidda jouant pieds nus a brisé le pied d’un anglais dûment harnaché…. des américains conquérants qui se firent magistralement corriger par les jeunes de la ville excédés par leur morgue et leurs dépassements… et des aventures cocasses des cinq qui s’en allèrent en plein hiver de 1946 négocier leurs talents de footballeurs en France, à Méribel… et plein d’autres histoires qui rempliraient bien, sans nul doute, mille nuits et deux nuits…. Que ne se lève à Ténès un écrivain pour ce faire ! ! ! ! !
Bien cordialement à vous Garagouz


zoumouroud
paris, France

2 décembre 2007 à 17:15

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Re: [garagouz] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Bonsoir Garagouz

je vous remercie d'avoir pris le temps de me parler de la source de ce beau texte et si l'auteur l' a griffoné sur la page d'un journal , mon admiration ne peut être que plus grande.
certes beaucoup de belles choses ont été détruites et remplacées par du béton dans le paysage algérien, mais il nous reste notre imaginaire
Vous semblez vous même être un puits sans fond , rempli d'anecdotes qui ont traversé le temps
je pense comme vous, et ce depuis longtemps que Tenes mérite d'être racontée , dans cette petite ville les rues, les pierres, les arbres, semblent regorger d'histoires qui ne demandent qu'à être figées sur le papier
je vous envoie trés prochainement mon e-mail en courrier privé, nous pourrions partager des moments par l'écriture .........afin d'effacer les 2000 km qui nous séparent

bien à vous

Les mille et une nuits

Tout est un, la vague et la perle, la mer et la pierre, rien de cqui existe en ce monde n'est en dehors de toi.


garagouz
alger, Algérie

5 janvier 2008 à 8:03

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Re: [PierreHenry] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

Je ne vous dirai pas que je viens de lire votre message et que je souhaite y répondre ; Non. Je l’ai lu en son temps et j’ai aussi longtemps hésité à y répondre. J’ai choisi les premiers jours de la nouvelle année pour parler de Mathias HENRY, votre père. Hormis les anciens pêcheurs, il reste très peu de personnes qui se souviennent de lui ; cela fait deux générations qu’il a quitté Béni Haoua.
Il a fait partie des quelques hommes, deux ou trois, tout au plus, qui y laissèrent leur empreinte parce que, de ce village, de ce douar, au sens noble du mot, ils firent leur petite patrie, et lorsque vous témoignez qu’il a toujours dit Béni Haoua et jamais Francis Garnier, vous confirmez par là sa fière adoption. Il ne s’est jamais non plus exprimé qu’en langue arabe ou berbère, et sans aucun accent, en parlant avec ceux que l’on nommait les « indigènes ».
Vous laissez percer, avec une grande émotion, votre nostalgie en évoquant les parties de pêche que vous fîtes sans aucun doute en compagnie de Mathias (nous disions Mathias et non Monsieur Mathias ou Monsieur Henry et cela parce qu’il nous était socialement très proche). C’était un grand, très grand pêcheur, qui respectait la pêche en tant que noble activité d’homme, et pas une source de revenus ; il pêchait les dimanches, les jours fériés et aux vacances d’été, et donnait tout le produit de ses pêches à son ami Pierra auquel il offrit, vers 1947, un « pointu » de six mètres, payé 45. 000,00 francs de l’époque.
Il fit ses premières pêches au tout début des années quarante, utilisant d’abord une petite barque, puis un voilier que je vis chavirer une fois et qu’il abandonna pour utiliser par la suite le « pointu » de Pierra. Méticuleux et très sourcilleux quant au soin de son matériel, il avait fixé sur la caisse qui contenait ses équipements (fils, plombs, hameçons, appâts etc.) une plaque émaillée de l’EGA qui portait cette mention : « ne pas toucher même tombés à terre ». Pour pêcher à la traîne, il utilisait des sardines, choisies selon leur calibre commun, qu’il appareillait avec une telle minutie, je dirai de dentellière, que de l’appât on ne distinguait pas plus le perfide hameçon que le solide crin (le nylon est venu plus tard).
Je l’ai accompagné lors d’une partie de pêche à la traîne à la « pointe du caïd », ou passe de Ma Binet, et je l’ai vu sortir 40 gros brochets de près de 10 Kg chacun (ceux que l’on appelle barracudas maintenant) en moins d’une matinée.
Vous parlez aussi du rocher de Doumia ; est-ce celui auquel je pense ? C’est un rocher accessible de terre, pas à Doumia mais pas très loin de la passe aux îlots. Très peu de gens et même de pêcheurs le connaissent, peut-être deux, trois ; on l’appelle le rocher 114. Là, Mathias a sorti en quelques deux heures 114 sars de belle taille, plus du kilo cinq cents l’un. Son compagnon de pêche était Amar Hathat, frère aîné de votre copain d’enfance, celui que vous nommez du seul nom que vous lui connaissiez, « Kouéro » (Il est vrai que vous ne deviez pas savoir d’où lui venait ce surnom que j’abhorre. C’était pendant les années de misère de la seconde guerre mondiale où tout ce qui se mangeait et se tissait était réquisitionné pour être envoyé en Europe alimenter et habiller les armées de l’Axe et les civils de là-bas, dans les années quarante. Le jeune Hathat M’Hamed âgé de dix ans a suivi son frère pour venir au port afin d’y survivre et il a trouvé emploi chez un pêcheur. Il était nu, seulement couvert en plein hiver d’un semblant de chemise haillonneuse. Pressé par la fatigue et la faim, il dormait souvent sur la « manaïta » (un filet particulier) au milieu des sardines tout au fond de la barque. Il dut son surnom à la femme du pêcheur Sanchez Pedro, laquelle à l’aide des quelques mots de français qu’elle connaissait, l’appela « Cuero », cruel sobriquet pour dire « peau de cuir »)
Lorsqu’en hiver le vent d’ouest lançait ses fécondes vagues, les barques restaient sur le quai, aucun des deux pêcheur du port n’était assez téméraire pour affronter la mer. Par ces temps là, il y avait, souventes fois, un téméraire isolé qui la défiait, armé de son seul moulinet, allant et venant du droit des tamaris jusqu’à la hauteur de la ferme des Benteftifa (qu’on appelait ferme Navarro du nom du gérant de ces derniers), un pêcheur solitaire bataillant des heures durant contre d’énormes ombrines (de plus de 20 kg parfois). Il faudrait un Hemingway pour conter les prouesses de Mathias le Maître de la pêche. Il disait souvent que son vœu le plus cher était de quitter ce monde en pêchant. Et le Ciel l’a exaucé, comme il exauce les hommes véritables, bons et généreux.
Mais Mathias n’était pas seulement Grand-maître pêcheur, il était aussi un vaillant chasseur devant l’Eternel, le Nemrod de l’oued Ouettar, et ses compagnons étaient ceux-là même qu’il emmenait avec lui à la pêche, je ne parle pas de ses invités algérois, non, mais des marins pêcheurs du port.
Il avait aussi un grand cœur, Mathias. Les jours de paie à l’usine de crin, dans les années 20/30 alors que sa fortune n’était pas bien encore assise, il attendait sur la route les ouvriers et remettait à chacun, en cachette de Madame HENRY votre grand-mère, une somme d’argent sur sa propre caisse, pour compléter les maigres salaires qu’elle leur versait.
Vous rappelez Mme Sampol et situez sa venue en 1895. Il y a là une petite erreur de datation. La mine n’existait pas à cette date-là. Les premiers travaux ont commencé vers le milieu de la 1ère décade du siècle dernier et Mme Sampol ne tînt cantine et boulangerie que dans les années vingt/trente. Le pétrin était alors entraîné par un mulet qui tournait en rond comme pour une noria. Quelqu’un de mes proches y travailla. Mme Sampol est restée dans le souvenir des gens de Béni Haoua par l’un de ses ouvriers, un jeune homme d’une trentaine d’années, qui travaillait encore à la mine dans les années cinquante et était un vaillant joueur d’argent, et aussi par celui une aventure cocasse qui lui survint à cause d’une grande quantité de figues de barbarie qu’elle consomma sans retenue tant elles étaient succulentes, mais dont elle ignorait encore les « vertus » constrictives.
Mathias avait un atelier de tournage au Champ de Manœuvre/Belcourt et son Entreprise de transport ne prit corps qu’à la fin de la 2ème guerre mondiale, lorsqu’il acquit des camions Fiat que l’armée italienne en déroute avait abandonnés en Tunisie. S’il contribua un peu à faire la fortune du pêcheur Pierra, il fit assurément celle de Kadda, le premier chauffeur de Béni Haoua qu’il prît avec lui, lorsqu’en 1947 il lui tendit à l’improviste les clés et la carte grise d’un camion neuf qu’il lui offrait pour bons et loyaux services. C’était là, assurément, un geste de seigneur que seul Mathias était de taille à faire. Son garage, rue d’Amourah ?, fut repris les enfants de Kadda au début des années 60.
Vous dites : « mon père fit alors venir tous ses copains arabes de Francis Garnier et les employa ». Pour Mathias, que nous avons connu et aimé, ce n’étaient pas ses copains arabes mais ses amis qui travaillèrent avec lui. Vos mots venus de si loin, traînent encore en ce début du 21ème siècle des relents que nous avons cru dissipés depuis, et froissent péniblement l’affection que nous portions à votre père ainsi que le souvenir de l’homme véritable que nous gardons de lui, nous qui le connaissions. Je me permets de croire et d’espérer qu’un enfant de Mathias n’a fait là qu’un involontaire et incontrôlable écart de langage.
Vous exprimez le vœu de revenir un jour à Béni Haoua ; vous y serez, sans doute aucun, bien accueilli, mais vous n’y retrouverez pas votre maison, tout n’est plus que villas et affreux béton, vous n’y reverrez pas non plus les fontaines publiques, 5 dans tout le village, dont une face votre maison, ni l’abreuvoir et les puissants eucalyptus qui le bordaient. Francis Garnier n’est plus qu’un lointain souvenir pour les plus anciens, un souvenir entre les petites parenthèses de l’Histoire.
Bien à vous et acceptez cordialement mes meilleurs vœux pour la nouvelle année.

Je ne vous dirai pas que je viens de lire votre message et que je souhaite y répondre ; Non. Je l’ai lu en son temps et j’ai aussi longtemps hésité à y répondre. J’ai choisi les premiers jours de la nouvelle année pour parler de Mathias HENRY, votre père. Hormis les anciens pêcheurs, il reste très peu de personnes qui se souviennent de lui ; cela fait deux générations qu’il a quitté Béni Haoua.
Il a fait partie des quelques hommes, deux ou trois, tout au plus, qui y laissèrent leur empreinte parce que, de ce village, de ce douar, au sens noble du mot, ils firent leur petite patrie, et lorsque vous témoignez qu’il a toujours dit Béni Haoua et jamais Francis Garnier, vous confirmez par là sa fière adoption. Il ne s’est jamais non plus exprimé qu’en langue arabe ou berbère, et sans aucun accent, en parlant avec ceux que l’on nommait les « indigènes ».
Vous laissez percer, avec une grande émotion, votre nostalgie en évoquant les parties de pêche que vous fîtes sans aucun doute en compagnie de Mathias (nous disions Mathias et non Monsieur Mathias ou Monsieur Henry et cela parce qu’il nous était socialement très proche). C’était un grand, très grand pêcheur, qui respectait la pêche en tant que noble activité d’homme, et pas une source de revenus ; il pêchait les dimanches, les jours fériés et aux vacances d’été, et donnait tout le produit de ses pêches à son ami Pierra auquel il offrit, vers 1947, un « pointu » de six mètres, payé 45. 000,00 francs de l’époque.
Il fit ses premières pêches au tout début des années quarante, utilisant d’abord une petite barque, puis un voilier que je vis chavirer une fois et qu’il abandonna pour utiliser par la suite le « pointu » de Pierra. Méticuleux et très sourcilleux quant au soin de son matériel, il avait fixé sur la caisse qui contenait ses équipements (fils, plombs, hameçons, appâts etc.) une plaque émaillée de l’EGA qui portait cette mention : « ne pas toucher même tombés à terre ». Pour pêcher à la traîne, il utilisait des sardines, choisies selon leur calibre commun, qu’il appareillait avec une telle minutie, je dirai de dentellière, que de l’appât on ne distinguait pas plus le perfide hameçon que le solide crin (le nylon est venu plus tard).
Je l’ai accompagné lors d’une partie de pêche à la traîne à la « pointe du caïd », ou passe de Ma Binet, et je l’ai vu sortir 40 gros brochets de près de 10 Kg chacun (ceux que l’on appelle barracudas maintenant) en moins d’une matinée.
Vous parlez aussi du rocher de Doumia ; est-ce celui auquel je pense ? C’est un rocher accessible de terre, pas à Doumia mais pas très loin de la passe aux îlots. Très peu de gens et même de pêcheurs le connaissent, peut-être deux, trois ; on l’appelle le rocher 114. Là, Mathias a sorti en quelques deux heures 114 sars de belle taille, plus du kilo cinq cents l’un. Son compagnon de pêche était Amar Hathat, frère aîné de votre copain d’enfance, celui que vous nommez du seul nom que vous lui connaissiez, « Kouéro » (Il est vrai que vous ne deviez pas savoir d’où lui venait ce surnom que j’abhorre. C’était pendant les années de misère de la seconde guerre mondiale où tout ce qui se mangeait et se tissait était réquisitionné pour être envoyé en Europe alimenter et habiller les armées de l’Axe et les civils de là-bas, dans les années quarante. Le jeune Hathat M’Hamed âgé de dix ans a suivi son frère pour venir au port afin d’y survivre et il a trouvé emploi chez un pêcheur. Il était nu, seulement couvert en plein hiver d’un semblant de chemise haillonneuse. Pressé par la fatigue et la faim, il dormait souvent sur la « manaïta » (un filet particulier) au milieu des sardines tout au fond de la barque. Il dut son surnom à la femme du pêcheur Sanchez Pedro, laquelle à l’aide des quelques mots de français qu’elle connaissait, l’appela « Cuero », cruel sobriquet pour dire « peau de cuir »)
Lorsqu’en hiver le vent d’ouest lançait ses fécondes vagues, les barques restaient sur le quai, aucun des deux pêcheur du port n’était assez téméraire pour affronter la mer. Par ces temps là, il y avait, souventes fois, un téméraire isolé qui la défiait, armé de son seul moulinet, allant et venant du droit des tamaris jusqu’à la hauteur de la ferme des Benteftifa (qu’on appelait ferme Navarro du nom du gérant de ces derniers), un pêcheur solitaire bataillant des heures durant contre d’énormes ombrines (de plus de 20 kg parfois). Il faudrait un Hemingway pour conter les prouesses de Mathias le Maître de la pêche. Il disait souvent que son vœu le plus cher était de quitter ce monde en pêchant. Et le Ciel l’a exaucé, comme il exauce les hommes véritables, bons et généreux.
Mais Mathias n’était pas seulement Grand-maître pêcheur, il était aussi un vaillant chasseur devant l’Eternel, le Nemrod de l’oued Ouettar, et ses compagnons étaient ceux-là même qu’il emmenait avec lui à la pêche, je ne parle pas de ses invités algérois, non, mais des marins pêcheurs du port.
Il avait aussi un grand cœur, Mathias. Les jours de paie à l’usine de crin, dans les années 20/30 alors que sa fortune n’était pas bien encore assise, il attendait sur la route les ouvriers et remettait à chacun, en cachette de Madame HENRY votre grand-mère, une somme d’argent sur sa propre caisse, pour compléter les maigres salaires qu’elle leur versait.
Vous rappelez Mme Sampol et situez sa venue en 1895. Il y a là une petite erreur de datation. La mine n’existait pas à cette date-là. Les premiers travaux ont commencé vers le milieu de la 1ère décade du siècle dernier et Mme Sampol ne tînt cantine et boulangerie que dans les années vingt/trente. Le pétrin était alors entraîné par un mulet qui tournait en rond comme pour une noria. Quelqu’un de mes proches y travailla. Mme Sampol est restée dans le souvenir des gens de Béni Haoua par l’un de ses ouvriers, un jeune homme d’une trentaine d’années, qui travaillait encore à la mine dans les années cinquante et était un vaillant joueur d’argent, et aussi par celui une aventure cocasse qui lui survint à cause d’une grande quantité de figues de barbarie qu’elle consomma sans retenue tant elles étaient succulentes, mais dont elle ignorait encore les « vertus » constrictives.
Mathias avait un atelier de tournage au Champ de Manœuvre/Belcourt et son Entreprise de transport ne prit corps qu’à la fin de la 2ème guerre mondiale, lorsqu’il acquit des camions Fiat que l’armée italienne en déroute avait abandonnés en Tunisie. S’il contribua un peu à faire la fortune du pêcheur Pierra, il fit assurément celle de Kadda, le premier chauffeur de Béni Haoua qu’il prît avec lui, lorsqu’en 1947 il lui tendit à l’improviste les clés et la carte grise d’un camion neuf qu’il lui offrait pour bons et loyaux services. C’était là, assurément, un geste de seigneur que seul Mathias était de taille à faire. Son garage, rue d’Amourah ?, fut repris les enfants de Kadda au début des années 60.
Vous dites : « mon père fit alors venir tous ses copains arabes de Francis Garnier et les employa ». Pour Mathias, que nous avons connu et aimé, ce n’étaient pas ses copains arabes mais ses amis qui travaillèrent avec lui. Vos mots venus de si loin, traînent encore en ce début du 21ème siècle des relents que nous avons cru dissipés depuis, et froissent péniblement l’affection que nous portions à votre père ainsi que le souvenir de l’homme véritable que nous gardons de lui, nous qui le connaissions. Je me permets de croire et d’espérer qu’un enfant de Mathias n’a fait là qu’un involontaire et incontrôlable écart de langage.
Vous exprimez le vœu de revenir un jour à Béni Haoua ; vous y serez, sans doute aucun, bien accueilli, mais vous n’y retrouverez pas votre maison, tout n’est plus que villas et affreux béton, vous n’y reverrez pas non plus les fontaines publiques, 5 dans tout le village, dont une face votre maison, ni l’abreuvoir et les puissants eucalyptus qui le bordaient. Francis Garnier n’est plus qu’un lointain souvenir pour les plus anciens, un souvenir entre les petites parenthèses de l’Histoire.
Bien à vous et acceptez cordialement mes meilleurs vœux pour la nouvelle année.


cielouvert
OUAGADOUGOU, Burkina-Faso

Photo/image personnelle du membre cielouvert.


5 janvier 2008 à 8:22

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Re: [jeannnne] Francis Garnier aujourd'hui Beni Haoua en Algérie [En réponse à] Répondre

c'estunebonne ideé