
leflâneur
France

28 avril 2006 à 9:30
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Il y a longtemps, nous avions avec 3 comparses belfortains le vague projet d’une traversée à skis de rando et raquettes de la partie centrale du Haut-Atlas. Un article paru dans la revue mensuelle du Club Alpin Français vantait à l’époque les charmes d’une aventure montagnarde hors du commun et des sentiers battus de l’époque. Le projet resta dans le tablettes. Les quatre amis vécurent des destinées différentes jusqu’au jour où je tombai par hasard sur le très beau livre de Philippe Laffont « Haut-Atlas - Exil de pierres » légendé par Tahar Ben Jelloun. La décision ne tarda pas : je passerais mes prochaines vacances dans l’Atlas marocain… « Le vieux bus s’était garé à même le coté de ce qui semblait être la rue principale. Il n’y avait pas de gare routière. En quelques minutes les quelques vingt voyageurs qui occupaient les sièges défoncés et inconfortables du Berliet sans âge avaient récupéré leurs bagages et s’en étaient allés chacun vers leur destinée. La rue qui me faisait face s’ouvrait à moins de vingt mètres sur une esplanade qui semblait concentrer l’animation ordinaire et locale d’un milieu de matinée ensoleillée. Je m’y suis dirigé. A en juger par les détritus qui jonchaient le sol et une tente de marchand de fruits et légumes, posée là, seule, presque incongrue, à peine à l’écart des vieilles Mercedes, Peugeot 504 et autres R12 break empestant l’atmosphère des fumées de gas-oil de leurs interminables préchauffages, le lieu s’avérait être, d’un coté parc des taxis interurbains, de l’autre, place de souk le jour venu. A ma vue, le courtier lança haut et fort l’annonce des destinations des taxis restants à compléter. Par un geste négatif de la tête et mon meilleur langage des signes, je lui fît comprendre que j’étais arrivé au terme de mon voyage. Profitant de ce premier rapport établi, je lui montrai les quelques lignes écrites en arabe par Lahcen Fouzal avant mon départ belfortain. Après lecture, le courtier confia le papier à un gamin et le chargea d’une commission que je supposai être la recherche du premier fils Fouzal. Il me fît signe de patienter à l’ombre, à coté de la cabane en tôle et cartons où un vieux monsieur vendait au détail quelques friandises, cigarettes, feuilles à rouler, stylos bille et diverses petites fournitures courantes. J’en profitai pour faire fonctionner le commerce local et achetai trois Malboro, une boite d’allumettes en cire, un rasoir jetable et un paquet de chewing-gum. En guise de bienvenue, je me vis offrir un verre de thé à la menthe sorti de sous le comptoir du petit kiosque où je n’avais pas encore remarqué la présence du camping gaz et du petit nécessaire à la préparation du breuvage. Le peu d’ombre dont je jouissais sur le coté du cabanon avait disparu depuis longtemps. J’avais fumé mes trois cigarettes, bu une théière avec le papy vendeur, partagé une orange et son sibsi, quand arriva un petit monsieur moustachu, à l’air pâle et malingre, licencié en lettres et philosophie, chômeur de son état et connu dans cette bourgade. sous le nom de Mohamed Fouzal. » C’est ainsi qu’au siècle dernier débuta à Ouaouizerth une longue et forte relation avec les familles Fouzal et Agoujil, avec la vallée d’Anergui d’où elle sont originaires, avec la population de cette région charnière entre le haut et le moyen Atlas et, plus largement, avec l’Atlas et les Berbères. Au début était l’envie d’aller encore plus loin dans son « intimité », d’approfondir ma connaissance de ce milieu, de découvrir et mieux comprendre encore ces hommes et femmes qui, dès ce premier voyage, avaient si profondément imprimé mon esprit, qu’aujourd’hui encore je ne peux me passer d’un voyage annuel dans leurs montagnes. Partout où me conduirent par la suite mes randonnées atlastiques, mais plus particulièrement dans la vallée d’Anergui, et ses environs, où j’ai déjà si longuement séjourné, l’accueil et les égards prodigués par ces montagnards furent sans restriction aucune, au point que je me sens toujours aujourd’hui redevable envers beaucoup d'entre eux de beaucoup de respect et d’amitié. J’ai déjà eu l’occasion de laisser sur VF quelques morceaux choisis de mes carnets noircis sans autre prétention que de laisser quelques témoignages nécessaires à la stimulation de la mémoire. Ces notes, à la syntaxe aussi personnelle qu’approximative, et les photos qui les illustrent, me permettent, le moment souhaité… ou nécessaire, de revivre, ces tranches de destinée partagée, de retrouver des visages, de réveiller des odeurs, des parfums et bruits à peine enfouis à la lisière du souvenir. J’y repars dès lundi. Portez vous bien. José allias Leflâneur ------- « Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… » Isabelle Eberhardt http://perso.wanadoo.fr/wihalane/
(Ce message a été modifié par leflâneur le 28 avril 2006 à 9:31.)
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