
leflâneur
France

9 juin 2006 à 4:28
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Il y a un embouteillage... (Maroc)
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"...Il y a un embouteillage à l’entrée de l’agglomération. Deux camions, deux taxis, un pik-up et une voiture particulière sont bloqués par deux gendarmes. Plus haut, avant le pont, un Land-Rover d’un autre âge décharge hâtivement ses passagers. Les deux pandores ne voient rien de la scène. Ils auront quand-même leur bakchich. Le chauffeur d’un des camions devra payer pour son chargement illicite. Il récupérera ensuite une partie du coût de l’embrouille sur le dos de la quinzaine de moissonneurs, montagnards exilés le temps d’une récolte, descendus vendre leurs bras dans les contreforts de l’Atlas et la fournaise de la plaine. C’est mercredi, jour de marché. Jour des affaires. Pour tout le monde. C’est l’heure du grand remballage sur la place du souk. Bientôt les vendeurs ambulants ne pouvant présenter leur patente et leur ticket de paiement d’emplacement, n’auront plus qu’à payer l’amende, ou éviter le reçu trop cher … en serrant chaleureusement la main du brigadier. La gendarmerie installée depuis peu dans un bâtiment rutilant à l’entrée de Ouaouizerth faisait dire aux autochtones « la délinquance suivra bientôt … » Elle arrive en effet, tout doucement, , la « délinquance en col blanc ». Elle arrive, insidieuse, avec le tourisme qui se développe dans cette région jusque là oubliée des autorités et des guides touristiques. Cette région, au-delà de sa beauté sauvage, était unique au Maroc dans le sens où elle ne subissait pas les dégâts provoqués par le tourisme de masse développé aujourd’hui partout dans le pays. Je la connais depuis vingt ans maintenant. Certes quelques petits changements se sont produits, mais le cœur de ses montagnes est encore vivant, ouvert sur un ciel remercié, ou prié pour un peu plus de clémence, selon les circonstances. Ce tourisme de masse, s’il arrive un jour, et tout est fait pour, la voilà la vraie délinquance avec ses distributeurs, ambulants et automatiques, de stylos , de bonbons, de dirhams, de cacahuètes… mais non je me trompe, excusez-moi, ce ne sont pas des petits singes… trois photos et puis s’en vont… -T’as vu la nique sous le nez du gamin ? -Et ses chaussures ? Elle arrive la délinquance. Celle de certains voyagistes, de certaines agences de trek, de certains guides, vrais ou faux, de certains fonctionnaires véreux… Mais la gendarmerie ne peut rien contre cette délinquance là. Et comme il n’y en a pas d’autre, la gendarmerie s’ennuie. Les camions sont partis. Les deux taxis aussi. D’autres véhicules sont arrivés. Un simple salut à permis à certains de passer. Un taxi prend la queue derrière deux fourgonnettes. Un képi reste à l’ombre, l’autre s’intéresse au Bedford pendant que les voyageurs du taxi, six dans la 504 Peugeot disparue de nos routes depuis fort longtemps, mijotent patiemment dans leur jus. Une porte s’ouvre évitant l’asphyxie. Une charge de bois passe. La vieille femme pliée dessous. Les yeux baissés. Furtive. Personne ne la remarque. Trois énormes Patrols s’arrêtent à la station. Les gendarmes ne bronchent pas. On n’importune pas les touristes. Surtout ceux avec des gros véhicules. Cinq couples parlant français. Les femmes ne quittent pas les boites climatisées. Les hommes, la soixantaine et bien plus, cachée derrière des lunettes noires et le ridicule du chèche sur ces visages rougeauds, mais bien portée par un corps n’ayant visiblement manqué de rien depuis fort longtemps, trouvent qu’il fait plus chaud que là-haut… Mille cinq cent quatre-vingts dirhams. Une seule note pour les trois. Une somme pour le jeune pompiste plus habitué aux petites coupures. Il sent l’aubaine possible, sourit à pleines dents et demande un pourboire. J’observe la scène depuis mon olivier. Le coca est encore frais et mon voisin bavard m’a enfin laissé à mes écritures. J’achète une cigarette au petit détaillant. Le jeune pompiste s’est pris un juron en arabe. Sûr que l’auteur est un ancien coopérant nostalgique venu peut-être vanter les charmes de la région à d’éventuels investisseurs. Chaque année j’apprends que des roumis ont acheté telle ou telle parcelle sur les bords du lac. Trois projets touristiques sont en cours. L’un d’eux déjà bien avancé sur les terres Ayt Mazigh présente sa façade de béton criblée de fenêtres face au soleil levant. La délinquance arrive. Je paye mon Coca. Les roses du jardin de la station m’invitent encore à rester mais je suis invité chez une amie pour le thé et les pâtisseries du goûter. Je salue mon voisin. Il travaille à Maroc Télécom et possède une petite terre familiale au bord de Bin El Ouidanne. Il cherche un associé étranger pour un projet touristique. Je lui souhaite bonne chance…" Mai 2006 Maroc José Leflâneur
« Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… » Isabelle Eberhardt http://perso.wanadoo.fr/wihalane/
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