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jl73
albertville, France



28 septembre 2008 à 7:08

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A la rencontre des Rickshaw Wallahs Répondre

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Dans quelques jours, départ pour Dhaka pour un voyage de 6 à 7 mois, à la rencontre des Rickshaw Wallahs au Bangladesh et en Inde ...

Tchao bye bye le Temps. Alors comm’ça tu vois, ds huit jours,.tes heures ne seront plus des heures, tes minutes ne seront plus des minutes, tes secondes ne seront plus des secondes. Explosé tout ça. Tu n’t’y retrouveras plus. J’embarque un réveil, histoire de t’rassurer, ou plutôt, histoire de te narguer. Parce que je n’sais trop au fond à quoi il t’servira, si ce n’est qu’à te rendre compte que tu n’auras plus d’emprise sur mon rythme de vie. Je te ferai "élastic".
De tes secondes, j’en ferai des heures quand il sera le Temps de regarder la Pluie, de regarder la Lune, le Temps de rencontrer des Hommes des Femmes, des Enfants aussi, quand il sera le temps pour des parfums et des couleurs sucrés, pour des lumières étincelantes. Il y aura des couchés de soleil, des soirées autour du feu, des silences.
De tes heures, j’en ferai des secondes quand il sera le Temps de la fatigue, de la fatigue physique, de la fatigue mentale aussi, quand il sera le Temps de voir les scènes noires , quand il sera le temps de se battre contre les bestioles, que ce soit moustique, virus ou parasite !.

Et ma mémoire « on failing disk » remettra à l’inconscient ce dont elle ne veut pas, ou ne peut pas se souvenir. Et tu te dissoudras alors.
Tout ça ne sera pas de ton registre, de tes repères à toi le Temps. T’y mettras pas ta griffe.
C’est comme ça dit-on le Voyage. Je ne te laisserai pas de prise.
Alors, Tchao bye bye le Temps, Tchao bye bye...

Budhbar, le rickshaw avec lequel j'ai pu m'entrainer pour préparer ce périple, avait un peu le blues le jour de sa dernière sortie :
« Tu leur diras comme elle était belle cette journée.
Tu leur diras comme le soleil est bon ici. Comme cet apm. Rien à voir avec cette chaleur parfois humide et étouffante que je connaissais là bas…et que d’ici peu tu vas rencontrer…. !
Accha…. !
Tu t’y feras. T’inquiètes pas. Parce que tu devras t’y faire. Ils s’y font bien les rickshaw wallahs de Dhaka ou Delhi. Tu n’avais qu’un 26-28° au mieux cet apm. Ils signeraient pour ça, tu sais…

Tu leur diras comme je prends plaisir à découvrir cette région. Comme il était chouette le Mont Blanc cet apm. Il resplendissait. Lumineux. Il semblait si proche.. A portée de rickshaw. Peut-être qu’un jour on ira le voir de plus près n’est ce pas.
Allez dis moi..

Tu leur diras aussi comme je prends plaisir d’être l’attention de tous ces regards. Comme cet apm. C’est bien loin de ces coups de bâtons reçus parfois dans les rues de Dhaka pour avoir obstrué je n’sais quel passage. Rien de tout ça ici. Non, des gens attentionnés, interpellé par l’exotisme, par l’ailleurs, par « l’autre » peut-être.
Et je t’écoute leur raconter ton projet. C’est magique..
Ils te suivront disent-ils. Combien tu vas en emmener dis moi sur ta banquette.
Et toi, tu me laisses là…

T’aurais pu prendre des photos cet apm de cette sortie en «condition voyage » . Vu que t’as passé « ta journée » à finaliser différents angles de vues. T’as rien pris. Tu leur montreras nos autres sorties alors n’est-ce pas ?.
Tu sais, à propos, pour les images, ça « sautera » sans doute davantage las bas. Les routes, las bas, c’est nids de poules sur nid de poules. Ou bien alors, c’est piste.
Enfin, tu verras….

T’as aussi un peu « galéré » aujourd’hui avec le vent n’est ce pas. Ca « soufflait ». Ok la capote était en position ouverture maxi. Merci, du reste, je suis si ravissant ainsi me dit-on.
Prise de vent maxi. Comme ça, ça t’entraîne. Après tout, t’as plus qu’un mois pour ça. A peine plus. Profites en donc de « galérer » ainsi… »

Je poserai ici de temps en temps mes billets d'humeur, histoire de partager, histoire peut être d'en "embarquer" quelques uns ou quelques une sur la banquette de mon rickshaw...

Jlouis
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wapiti74 (en ligne!)
Annecy & Thonon (74), France

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28 septembre 2008 à 7:13

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Re: [jl73] A la rencontre des Rickshaw Wallahs [En réponse à] Répondre

Tu as ta première fan, attentive au moindre mot que tu poseras par ici, Ami Rickshaw-Wallah !
Clin d'oeil
-------
"Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin, et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." Mauriac


Yogini
Québec (Canada)

28 septembre 2008 à 7:25

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Re: [jl73] A la rencontre des Rickshaw Wallahs [En réponse à] Répondre

Bon voyage au pays de Gandhi... j'y suis déjà aller et ce fut un voyage extraordinaire.........je suivrai ton périple.
Namasté .............Yogini


laptitmarie
Bierges,Bruxelles, Belgique

Photo/image personnelle du membre laptitmarie.


30 septembre 2008 à 5:46

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Re: [jl73] A la rencontre des Rickshaw Wallahs [En réponse à] Répondre

+ 1 !!

Fasses que tu ne nous laisses pas sans nouvelles !!
Je te suivrai pas à pas, enfin, roue à roue .....Tire la langue

Bon voyage
-------
Balades autour de la boule : Inde, Bangladesh, Turquie, Népal,..
Récit Bangladesh
Mon couchsurfing


pekoune
St Martin de Crau, France



2 octobre 2008 à 15:07

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Re: [jl73] A la rencontre des Rickshaw Wallahs [En réponse à] Répondre

cher JL,

j'ai suivi ta préparation grâce à ton blog, je serai aussi attentive dans ce carnet!

bon voyage
-------
don't dream your life,
live your dreams!!!!


Phil64
Pau, France

Photo/image personnelle du membre Phil64.

Description de la photo/image: Quand le crayon se fait rencontre... Portrait de Rup Chand au Murlidhar Krishna Mandir à Naggar - Himachal Pradesh - Inde. Une fois le portrait terminé, Rup laissera son témoignage en hindi, remplissant ainsi une page de plus du carnet, jusqu'à la prochaine rencontre ou le prochain croquis...


5 octobre 2008 à 19:04

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Re: [jl73] A la rencontre des Rickshaw Wallahs [En réponse à] Répondre

Shub yatra Jean-Louis ! Sourire
Que ton projet soit une belle réussite !
-------
Phil
Voyages du bout de mon crayon...


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jl73
albertville, France



29 octobre 2008 à 6:36

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Re: [jl73] A la rencontre des Rickshaw Wallahs [En réponse à] Répondre

A Dhaka

Tu m’as fait un croche patte, Dhaka, ou alors je me suis laissé séduire par toi. Je n’en sais rien au juste. Entre une histoire de « Je t’aime » et de « Je ne t’aime pas ». Déjà. Tu m’as pourtant griffé ces premières heures, et puis voilà, je suis toujours entre tes murs.
Je ne comprends pas. Tu me « fatigues » pourtant de ta circulation apocalyptique, de tes bruits incessants, de ton animation envahissante. Ce n’est rien de le dire. « Fatigué » de ne rien faire pourtant, « fatigué » de voir, de ne pas regarder, « fatigué » d’entendre, de ne pas écouter. Dis moi, t’en a « assommé » et t’en assommeras combien encore des touristes comme moi.
Pas même tu me laisses la place pour me frayer un chemin. A pied. Bouchon de rickshaw. Immobile. Mettre un pied devant l’autre. J’aimerai bien. Je ne peux pas. Il faut enjamber ci, enjamber ça, regarder devant, derrière. Un manque d’attention, et je suis bon pour me faire renverser, ou pour bousculer un de ces petits marchands de rues. Il y a la celui qui nettoie les oreilles, ou celui qui fait la couture. Il y a là celui qui vend son thé, ou qui vend son pan. Il y a là celui qui vend quelques cigarettes, ou trois ou quatre poissons qui agonisent en tournant en rond au fond d’une bassine d’eau noirâtre. Il y a là celui qui vend ses sept ou huit oranges, celle qui…Non. Il n’ y a pas « Celle ». Il n’ y a jamais « Celle » dans ces petits boulots. Ou très rarement. Reflet d’une société. Peut être. Je n’en sais rien.
Alors, c’est vrai que tu en abrites du monde dans tes rues. Que ce soit le jour, que ce soit la nuit.
J’ai vu ces gens la nuit prendre place sur des nattes à même le sol. Old Dhaka. Plein centre. Une jeune femme allongée au sol sur un tapis, tient dans ses bras son enfant. Autour d’eux quelques ustensiles. Elle dort. Ou semble dormir. Tromper le temps. Peut être. Autour d’eux, l’activité bat son plein. Comme si de rien n’était. Ce n’est rien.
Sur d’autres lieux, j’ai vu des familles dans des conditions aussi précaires. C’est à quelques centaines de mètres des centres commerciaux. Il y a là une bâche bleue attachée à quatre bouts de bois. Un mètre cinquante environ de haut. A coté, un foyer autour duquel bavardent femmes et enfants. Les hommes ne sont pas là, ou plus là. Je ne sais pas. Tout semble « du plus naturel ». L’activité de la rue est « fluide » en dépit de la scène. Signe du télescopage des différentes classes d’une société. Comme il en existe parfois chez nous aussi.
Je ne sais rien des nuits de ces gens là, de leurs journées non plus. Je ne sais rien de leur vie.

Tu m’as logé derrière l’embarcadère Dhaka, vers Sadar Ghat, à quelques mètres de Buriganga River, histoire que je vive davantage encore à ton rythme. L’animation y est totale c’est certain. C’est le lieu des entrepôts d’épices, de fruits et de légumes. J’ai ainsi goûté à tes parfums. De ces parfums indéfinissables au fond, où les odeurs s’entremêlent. Va donc faire le tri là dedans. J’en suis bien incapable. L’ensemble est excellent. Douceur olfactive, en dépit de quelques tas d’ordures qui ont oublié de se faire discret.

J’ai arrêté le temps et les activités de bon nombre de tes habitants en flânant dans tes rues. Combien d’attention tes ôtes me portent ! Je ne peux faire guère de pas sans que je sois interpellé par l’un d’entre eux. « Witch country ? » « May I help you ? ». Combien j’en ai entendu ces quelques jours. Je suis abordé sitôt que je semble chercher mon chemin ou autre chose.
Ils veulent savoir ci, veulent savoir ça. Curiosité. Gentillesse. Je vous retrouve là.
Et si bien même nos connaissances respectives en anglais et en bangla sont limitées, il nous reste les gestes et les sourires pour communiquer.

Je n’avais jusque là jamais trouvé autant de gens attentionnés. J’ai découvert ça chez toi ici. Et en dépit de ton rythme de vie qui tient du délire, je garderai de toi un excellent souvenir.

Jean Louis
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jl73
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29 octobre 2008 à 6:41

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Re: [jl73] A la rencontre des Rickshaw Wallahs [En réponse à] Répondre

Premières rencontres

Jeudi 16 octobre. Dhaka. Banlieue nord, du coté de l’aéroport. Quartier de Kolatori.
C’est fin d’après midi. Grégoire nous quitte. Il voulait voir mon rickshaw. Il m’a accompagné cet après midi chez Mustaffa. Il retourne maintenant sur Dhaka rejoindre Marie.
Mustaffa me conduit alors chez un de ses amis déposer mes bagages. Nous bavardons avec lui, buvons le thé. C’est tradition ici. Nous partons ensuite faire des emplettes.
Mustaffa me conduit à travers le marché du quartier. Les échoppes viennent d’ouvrir. Petites boutiques de rues. Il y a là le vendeur de légumes qui fait et refait ses étalages. Il les « soigne », en prend soin. Ce sont des présentations « pyramidales » d’oranges ou de citrons. Il y a là les vendeurs de noix de coco, de bananes. A coté le coiffeur-barbier. Un homme se fait rasé. Dans un filet, dans un grand panier d’osier, sept à huit poules blanches « attendent sagement que leur tour arrive ». Mustaffa me demande si j’aime le poulet. « Yes, I like »… Quelques mots échangés avec le vendeur, et je vois celui-ci plonger sa main dans le filet. Battement d’ailes. Instinct de survie. En vain. Il l’a attrapée, s’en retourne de quelques pas, et le couteau à la main, tranche le coup de la poule. Ce sera donc poule ce soir, au repas…
Mustaffa m’emmène voir le marché des épices. Je n’y connais rien. Dommage. Elles sont innombrables, dans les couleurs orangées ou brunâtres. Les senteurs sont exquises.
Après quelques thés offerts par les différents commerçants, Mustaffa m’invite à acheter lungi et sandales. C’est plus pratique pour conduire le rickshaw me dit-il. J’achète deux lungi, l’un bordeau, l’autre bleu. Il s’agit d’un drap de tissus qu’on s’enroule autour de la taille et qu’on laisse tomber le long de ses jambes. Ce sont surtout les rickshaw wallah qui les portent.
J’achète aussi sandales en plastique.
Il fait nuit maintenant. Nous rentrons. Je change mon pantalon pour mon « lungi ». Pas évident à faire tenir…

Nous pénétrons dans la maison du cuisiner de la Compagnie de rickshaw. C’est une cabane de tôle ondulé et de natte de bois. Nous prenons place sur le sommier. Face à moi, une tv et un vieux poste radio reposent sur une commode. Des malles, des sacs, des ustensiles de cuisine garnissent la pièce de façon anarchique.
Une coupure d’électricité nous plonge dans le noir pendant plusieurs minutes. Les rickshaw wallahs présents sortent leurs portables pour profiter de « l’éclairage » de ceux-ci. Une femme va chercher trois bougies et les allume. C’est plus « efficace » comme éclairage. Nous attendons le retour de l’électricité pour déjeuner.
Ce sera donc « chicken and rice » ce soir. Mustaffa est allé me chercher un coca et une nouvelle bouteille d’eau. Je viens de finir la mienne. Je suis l’invité ce soir. Je suis aux petits soins.
Nous passerons la soirée à « bavarder », à écouter la tv aussi, une tv que les rickshaw wallahs présents apprécient même s’ils n’en comprennent pas les paroles. La chaîne est indienne. Bollywood s’invite chez les rickshaw wallahs…

Nous avons terminé le repas. Je suis invité à aller me coucher dans le cabanon à l’entrée de la cour, sous le dortoir (1) des rickshaw wallahs. Il donne sur la rue. Un cabanon de tôle ondulé, de deux mètres par deux mètres. Il ne faut pas être grand pour entrer. Ca tombe bien. Je peux rentrer sans baisser la tête. Dans ce cabanon, un plateau de bois m’attend. Une couverture y est étendue, deux oreillers posés. Une moustiquaire a été installée. Mustaffa m’invite à entrer sous celle ci, puis la borde aux quatre coins du lit. Il prend soin de moi.
Un ventilateur et une lampe au plafond me tiennent compagnie ce début de nuit. Après quelques minutes, je finis par comprendre que Mustaffa est allé se coucher ailleurs. Sans doute « au dessus de ma tête » avec les autres rickshaw wallahs. Je peux éteindre.
Je m’endors « délicatement », entre la dureté du sommier et les aboiements des chiens. Il y a aussi les rickshaw wallahs qui poursuivent les discussions.

Je me lève tard. Bon nombres de rickshaw wallahs ont déjà quitté la Compagnie.
Mustaffa m’invite à faire ma toilette. « In side, is-it ok ? ». Il me montre un cabinet de toilette fermé. Je préfère faire ma toilette en « partie close ». Les autres rickshaw wallahs font leur toilette autour de la fontaine, dans un coin de la cour. Je ne suis encore pas très à l’aise avec mon « lungi » pour me laver « en public ». L’idée que je puisse le perdre reste en « suspend »…
Mustaffa me fournit seau d’eau et savon. Le rasage, ça attendra plus tard.
La toilette faite, Mustaffa m’invite à prendre le petit déjeuner. Nous partons au marché où nous étions hier soir. Nous entrons dans une de ces petites échoppes de rue. Les gens se poussent du banc et me font une place. Ce sera omelette avec nan, ces pains ronds cuits que l’on retrouve sur tout le sous-continent. C’est un enfant d’une dizaine d’année qui me sert. Je peux me dire que c’est vendredi, qu’il n’y a pas école…
Il fait chaud quand nous ressortons du « restaurant ». Le ciel est bleu limpide. Nous regagnons la Compagnie…

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jl73
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29 octobre 2008 à 6:45

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Re: [jl73] A la rencontre des Rickshaw Wallahs [En réponse à] Répondre

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Bangla cinema

Il pleut cette fin d’après midi sur Mymensingh. Nous nous rendons au cinéma Mustaffa et moi. Cinéma de quartier. Il est 18h00. Il fait nuit déjà.
Nous franchissons une grille métallique coulissante rouillée et entrons dans un vaste hall rectangulaire aux murs verts et au plafond rose. Suspendus au plafond, six ventilateurs. Ils ne fonctionnent pas. Entre ceux-ci, quatre carrés de bois vert de 1m par 1m environ agrémentent la décoration. Deux néons assurent l’éclairage. Des fils électriques pendent au plafond. Sans doute un troisième point lumineux. Défectueux celui-ci.
Sur la droite en entrant, le marchand de « chips » et d’autres coupe-faim. Derrière lui, cinq ou six petites affiches de cinéma sont collées au mur. Certaines d’entre elles sont déchirées. De plus grandes affiches de 1m50 par 2m environ reposent au sol à proximité. Visage d’acteurs et d’actrices de cinéma Bangla me précise Mustaffa.
Sur un banc face à l’entrée, adossé au mur, un policier assure les contrôles de sécurité. De façon nonchalante, il me demande d’ouvrir mes sacoches. Ce que je fais, ne trouve rien à redire.
Nous achetons les meilleures places. 30 takas la place Nous serons au deuxième étage, au plus haut. C’est 20 takas la place au rez de chaussée.
Nous attendons assis sur un banc que la séance précédente se termine. Autour de nous des adolescents essentiellement et quelques hommes plus âgés. Aucune femme, aucune famille, pas d’enfant.
Deux, trois, puis rapidement cinq, dix personnes s’approchent de moi. Elles restent là, à me regarder, à un mètre de moi. Elles ont toutes de grands yeux marrons, un regard lumineux et pétillant. Elles bavardent entre elles. Sourires échangés, quelques mots en bangla à mon attention.
? ! …
J’essaie de mon coté quelques mots en anglais. Nouveaux sourires.
« - Ami buzla na bangla ». Ils éclatent de rire. Ils s’adressent alors à Mustaffa pour en savoir plus sur le « sujet ».
Nouveaux sourires, nouveaux regards échangés, nouveau « patois bangla »…
Une sirène retentit. Nous sommes conviés à monter aux étages prendre place. Nous empruntons l’escalier. Au premier étage, un jeune homme nous demande nos billets, les déchire et nous les rend. D’un geste, il nous indique les escaliers à suivre.
Nous arrivons au deuxième étage. Je n’y vois pas grand-chose. La luminosité est « tamisée » par un manque de points d’éclairage. Nous redescendons quelques marches nous asseoir au rang du balcon. Nous avons une vue plongeante sur la salle dont la capacité avoisine les huit cents places. Je me penche au balcon. Nous devons être près de deux cents personnes dans la salle. Guère plus. La décoration est des plus sommaires. Quelques « bariolages » ici et là sur les murs. Rien de plus.
Nous prenons place sur nos bancs de bois repliable. Un jeune homme passe dans les rangs vendre « chips » et cacahuètes.
La projection commence, les éclairages s’éteignent. C’est la page « Publicité ». De la pub pour de la porcelaine et de la vaisselle. Trois ou quatre spots pour quelques produits alimentaires suivent. Pas de pub pour des parfums, des voitures, des vêtements… Autres consommations sans doute ici.
Sans même une bande annonce, la diffusion du film enchaîne. Je comprends rapidement qu’il s’agit d’un film de « bagarres ». Une bande de quelques hommes semble semer la terreur en s’en prenant à de petites gens. Sans doute sont-ils « les méchants ». Je comprends aussi qu’il y a le sympathique « fou » de service, un personnage atypique, qui semble être « le gentil ». Il combat ces méchants à l’occasion de rixes des plus grotesques et des plus cocasses. Les cascades des combats ne font pas dans la demi mesure. Un coup de poing, et le « gentil » fait « décoller » du sol son adversaire de 50 cms facilement, quand celui-ci ne va pas jusqu’à devoir faire un saut périlleux arrière. Les équipes de maquillage doivent sans doute travailler « au seau » pour assurer la quantité de « sang versé » à l’occasion de ces combats acharnés.
De temps à autres, des scènes de danse s’intercalent entre deux combats. On est loin du cinéma « boolywood ». Les danses sont approximatives, les costumes et les décors des plus banals. Parfois, des scènes au « coté sexy » suscitent les réactions du public. Succès garantis. Les cadrages mettent en valeur les formes généreuses de certaines femmes. Certaines d’entre elles se laissent caresser leur ventre dévêtu par des hommes visiblement en recherche de plaisir.
Le film est en noir et blanc. Le son est assourdissant et résonnant. De longs traits blancs verticaux parcourent l’écran de façon aléatoire. Les images sont parfois saccadées. A croire que les montages des bobines se font à la colle ou au scotch.
Subitement, la pellicule se noircit. Du « fondu-enchainé », le projectionniste a du oublier l’ « enchainé ». Le public commence à siffler, à crier. L’image revient. Le projectionniste peut souffler.
Une heure et demie s’est écoulée. C’est l’entracte. Mustaffa voulait partir il y a quelques minutes déjà. De mon coté, j’ai mon aperçu du cinéma bangla. Il vaut ce qu’il vaut. Nous décidons de rentrer à l’hôtel.
Nous descendons les escaliers, gagnons le hall. Un homme nous entrouvre la grille métallique coulissante de l’entrée. Juste de quoi nous faufiler. Il pleut encore. Trois vendeurs se tiennent là près de l’entrée, à l’abri d’une dépassée de balcon. Ils attendent la sortie des spectateurs. Deux d’entre eux vendent des œufs cuits posés sur un tabouret de bois. A coté des oeufs, quelques petits sachets de papier journal, remplis de cacahuètes. Le troisième vend le traditionnel pan.
Nous traversons la rue et courrons nous abriter dans une boutique depuis laquelle Mustaffa pourra interpeller plus facilement un rickshaw wallah. Nous attendons là quelques minutes. Les rickshaws sont peu nombreux à circuler. Il a plu toute la journée. Sans doute éreintés par les conditions atmosphériques, un grand nombre d’entre eux ont du arrêter leur job plus tôt. Avec un tel temps, ils sont davantage sollicités et enchaînent course sur course sans répit.
Nous quittons l’échoppe et nous nous résignons à marcher sous la pluie. Nous veillons à nos pas pour éviter flaques, excréments, et autres infortunes. Mustaffa arrête un rickshaw wallah. Quelques mots échangés, puis nous montons. Il nous tend un long plastique pour nous abriter de la pluie. Avec le vent, nous serions mouillés en dépit de la capote dépliée. Nous tenons le plastique à la main, couvrons nos jambes avec. Le rickshaw wallah quant à lui s’abrite de la pluie avec un long sac plastique bleu. Il l’a resserré avec une corde au niveau de son cou et de sa taille. Vêtement de fortune. Il s’élance. Un, deux, trois coups de pédale. Le rickshaw est lancé…

Jean-Louis
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