
sapho Bruxelles, Belgique
6 avril 2008 à 5:45
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Un soir à Orcchia (village du Madhya Pradesh)
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La piété des indiens est-elle sincère? La ferveur de leurs rituels est-elle seulement une affaire de traditions, de conformité aux coutumes d'une société où la religion est complètement intégrée au quotidien? Spiritualité ou superstition? Sans doute un doux mélange pimenté par un goût immodéré pour un cérémonial aussi théâtralisé et exubérant que la vie amoureuse, sexuelle et guerrière de leurs divinités. Chants, danses, musique, strass et paillettes, encens, offrandes, immersions, pélerinages, processions...une infinie palette de signes extérieurs de ferveur à la mesure de la profusion de leurs dieux et déesses, les plus importants étant naturellement Brahma, le dieu suprême un peu distant et Shiva marié et père de famille, bien plus proche d'eux. C'est à Orcchia, village du Madhya Pradesh au pied de trois palais jadis fastueux...c'est à Orcchia que j'ai assisté aux manifestations de piété les plus spectaculaires. Cela commence vers sept heures du soir à la nuit tombée, autour du seul temple d'Orcchia encore fréquenté par les fidèles, au centre du village. La place est couverte d'hommes, de femmes et d'enfants assis sur le sol, comme en attente d'un mystérieux événement. On mange, on bavarde, on s'interpelle dans une atmosphère bruyante mais paisible. La chaleur est tombée, il fait respirable. Les marchands vendent fruits et gâteaux. Les poudres sacrées étincellent dans le soir de toutes leurs couleurs. Les saddus sous les arbres ombreux de la place mijotent leur cuisine dans leurs casseroles en fer blanc et attendent les roupies qui amélioreront leur frugal repas de riz et de quelques légumes. Un mouvement de foule se forme peu à peu, des gens arrivent de tous côtés : femmes aux saris cossus ou modestes, errants, pouilleux, hommes habillés indifféremment de loques ou bien à l'occidentale, infirmes...J'ai vu une créature pitoyable au visage quasi inexistant et aux jambes inertes se hisser sur des marches par la tension de ses bras malingres, s'efforçant de garder levée sa tête chétive, comme réduite. Le parcours de la foule est précis. Il s'agit de faire plusieurs fois le tour du temple avant d'y entrer. Ce parcours est entrecoupé de prosternations face contre terre, attitude d'humilité des pieux de toutes religions. Certains se collent un instant, les bras levés, contre le mur du temple, puis reprennent leur course. Ces gestes s'accomplissent avec rapidité jusqu'à la porte du temple où ils sont encore répétés plusieurs fois. Un rituel permettant d'être digne d'y entrer. Progressivement la foule est engloutie dans le temple. On peut imaginer le nombre de fidèles qui s'y pressent, coagulés en un seul corps à têtes et à respirations multiples. A aucun moment, un silence ne s'est installé pendant l'accomplissement de ce rituel, mais une sorte de ferveur bruyante est restée constante. Ferveur ou conformité aux traditions?
Eve-Sapho
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