
eversmile France
13 septembre 2006 à 3:51
Message 1 de 8
Consulté 892 fois
Signaler ce message aux modérateurs
Haut de la page
|
Juillet 2006 Quelle balade! La meilleure depuis le début. J'ai commencé dans les montagnes pour descendre sur la côte sud. Magnifique. La jungle, puis le littoral. Coup de coeur pour l'endroit et les gens. J'ai rencontré des gens super. Ca change vraiment tout de pouvoir baragouiner trois mots de bahasa indonesia. Je crois que je vais retourner dans un de ces villages, toujours à pied mais par un autre chemin, moins escarpé. Mes chaussures ne vont pas tarder à rendre grâce. Eux, ils marchent souvent pieds nus; c'est impressionnant avec quelle agilité, même en portant de lourdes charges. J'adore les contacts que me procurent la marche à pied. Marcher a pied permet des contacts complètement différents avec les gens. Et de me rendre dans des coins inaccessibles autrement. L'autre jour, j'ai marché en compagnie de quatre enfants qui sont allés rendre visite à leur père dans un autre village. Nous avons marché ensemble pratiquement toute la journée et le soir j'ai dormi dans leur famille. Les gens ont des notions des distances et du temps très approximatives. Par exemple, en chemin, on nous a annoncé que le village où nous nous rendions était à 3 kms, soit deux heures de marche. Quand t'entend ca, sachant que le chemin longe le bord de mer et que c'est plat...tu comprends qu'il y a quelque chose qui ne colle pas, mais quoi?... J'ai été surprise par le dénuement à l'est: du tapioca, des patates douces, essentiellement. Parfois du maïs. Du riz bien sûr mais il vient de l'ouest de l'ile et encore; je crois qu'il provient d'autres provinces d'Indonésie. Et puis, dans certains villages du littoral, ce ne sont pas des pêcheurs: ce sont des gens des montagnes qui sont descendus s'installer sur la côte; donc il n'y a pas de poisson à table alors que l'océan est devant eux. En conséquence, leur régime alimentaire est pauvre et monotone. Alors que le climat semble idéal pour les cultures, ce n'est l'abondance nulle part. Même à Kalabahi. Sur les marchés de la ville, on trouve quelques tomates, des bananes, des clémentines. Mais pas en très grosses quantités, et pour les clémentines, même pas tous les jours. Il est rare de voir un ananas parmi les étalages, et encore, c'est bien souvent le seul du marché. Ca manque cruellement de variété. Quand je passe la nuit chez des gens; j'amène toujours quelque chose. Ils mâchent beaucoup de noix de bétel et c'est le cadeau usuel, mais je préfère donner autre chose. Quand tu vois les enfants qui mâchent du bétel et fument déjà à douze ans, ça fait mal au coeur. J'évite aussi d'offrir des cigarettes pour la même raison. Il me reste le choix entre du thé, du café, ou du sucre. Le kilo de sucre est assez cher pour eux. Les enfants travaillent très tôt, et les mariages ont lieu assez jeunes. Il n'est pas rare de rencontrer un femme de 23 ans qui a déjà trois enfants. Parfois j'ai eu l'impression d'être en Afrique, meme si c'est un continent que je ne connais pas. Tant par les traits du visage et les coiffures que par la sècheresse de certains paysages, comme entre Kiralela et Koilela. On aurait dit de la savane, avec de hautes herbes jaunes et seches, quelques eucalyptus pelés. Et puis d'un coup, on tombe sur une mangrove, et au détour d'un rocher, soudain apparaît la mer. Des rochers, une plage de sable noir succède à une plage de sable blanc. Et il n'y a personne. Tu peux marcher pendant des kilometres sans croiser personne. Ils sont tres étonnés de me voir voyager seule; et marcher à pied, encore plus. Parfois, je sens qu'ils vivent mon arrivée davantage comme une "apparition". Qu'ils ne comprennent pas bien ce que je fais là, comment j'ai pu atteindre cet endroit sans être accompagnée. Voire même qu'ils se demandent si je suis bien un être humain? Il y a beaucoup de superstitions. Les croyances animistes sont très fortes. Par exemple, tu ne dois pas dire:"je m'en vais" , quand tu quittes un lieu; c'est sensé porter malheur. Même si tu as l'intention de ne jamais y revenir, il faut dire: "je reviens", ou "je reviendrais". Il y a des moments vraiment hors du temps. Hier, pendant une longue marche sans rencontrer quiconque; j'ai croisé des hommes avec leurs arcs et leurs flèches. Ils m'ont salué d'un signe de tête, sans un mot, avec un air de défiance. Comme s'ils n'étaient pas bien sûre que je sois réelle. Je venais de quitter le bas-côté du chemin où je n'avais même pas pris la peine de me cacher, pour faire pipi. Etant donné le peu d'affluence dans les parages; je ne risquais pas grand chose; au pire le coup d'oeil innocent d'un oiseau. Enfin, c'est ce que je croyais! Moins de deux minutes plus tard, j'ai croisé les chasseurs. J'ai réalisé qu'à deux minutes près, la situation aurait pu être un peu plus critique. Non pas tant pour l'embarras d'être vue les fesses à l'air, mais simplement si j'avais émergé du fourré au moment où ils approchaient et qu'ils s'étaient sentis surpris; je me serais peut-être pris une flèche! Plus haut dans les montagnes, une femme qui arrivait seule en sens inverse, est partie en courant quand je lui ai dit bonjour et elle ne s'est pas retournée. A-t'elle crû voir un fantôme? Je ne le saurais jamais, mais quand j'ai raconté ça au village suivant où ils m'avaient invité à faire une halte, ils ont tous rigolé. J'aime beaucoup dormir dans les villages, c'est convivial...et ça change tous les jours! Un soir dans une famille musulmane, le lendemain chez des chrétiens... L'autre soir, à Buraga, j'ai été invitée a dormir dans une famille chrétienne; la grand mère venait de décéder. Ils m'ont emmenés à la veillée funèbre dans une maison voisine; des jeunes gens fabriquaient le cercueil dans la cour, j'étais assez gênée et intimidée, mais pour eux, ma présence semblait allait de soi... après quelques minutes de recueillement, le silence s'est brisé, on s'est tous assis sous le porche, quelqu'un a empoigné une guitare, et ils chantaient tous, battaient le rythme avec les mains...
|
|