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yangguizi
Shanghai, Chine

Description: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)

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14 mai 2006 à 6:04

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Ires, rires et sourires en Iran Répondre

1. Du rêve à la réalité

Je savais que je prenais un gros risque en allant passer deux semaines de vacances en Iran. On m'avait prévenu. J'allais faire une colossale ânerie, risquer bêtement ma vie, partir pour un pays totalitaire où je ne pourrais m'attirer que des problèmes, subir des bombardements américains ou les radiations d'un programme nucléaire totalement incontrôlé, ou pire, revenir avec un menton à la pilosité bien plus garnie qu'à mon arrivée.

Je savais bien entendu que ce n'étaient que des sornettes et que je ne risquais absolument rien de ce point de vue. Je ne me suis évidemment pas trompé. Mais le risque était ailleurs et je le savais avant même de partir. Je savais déjà que je laisserais une partie de moi là-bas, une partie de ma tête et de mon coeur. Quelques heures après en être revenu, il est certainement trop tôt pour dresser un bilan psychologique de l'auteur de ces lignes, mais je peux d'ores et déjà affirmer qu'il y aura toujours une petite part d'Iran en moi. C'est un pays qui ne déçoit pas et que l'on n'oublie pas.

Je suis allé en Iran avec un tas d'a priori positifs, certains justifiés, d'autres non. C'est bien le propre des a priori, même si on a tendance à affubler ce genre de sentiment bien banal d'une connotation trop souvent négative.

Cela faisait en effet très longtemps que je rêvais d'y aller, et plus longtemps encore que j'essayais vainement d'en apprendre la superbe langue, le farsi. Toutes mes tentatives s'étaient soldées par un échec, par manque de temps, d'aide et, avouons-le, de motivation et de talent. C'est en partie pour cela que je repoussais sans cesse mon départ. Je ne voulais pas rater ce voyage, et voulais donc mettre toutes les chances de mon côté. Quelle ânerie! Avec le recul, je ne comprends décidemment pas pourquoi j'ai tant attendu, ce pays ayant longtemps été en tête de mes priorités de voyage.

Et puis l'actualité internationale a fini par rattraper mes rêves. Les nuages menaçants de la guerre étaient encore loin, mais on pouvait déjà sentir les premières gouttes d'un malheur qui, je l'espère, restera à l'état de menace fantôme. Craignant le pire à moyen terme, j'ai donc décidé de mettre toutes mes mauvaises excuses en sourdine et de réserver un billet d'avion pour Téhéran, tant qu'il était encore temps. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait posé à l'Iran un ultimatum expirant le 29 avril. Mon avion était prévu pour atterrir le 30 au matin à Téhéran. Cela a fait grincer quelques dents autour de moi, mais il était hors de question de faire machine arrière.

(à suivre)

(Ce message a été modifié par yangguizi le 14 mai 2006 à 6:06.)

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yangguizi
Shanghai, Chine

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14 mai 2006 à 7:26

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

2. L'angoisse de la page blanche

Après avoir pris des renseignements à droite et à gauche, y compris sur ce forum, j'ai pris le parti d'essayer de profiter de la nouvelle politique iranienne d'attribution des visas, permettant aux français - entre autres - d'obtenir un visa directement à l'arrivée à l'aéroport, et ce sans aucune formalité préalable. C'est un progrès considérable quand on sait à quel point il peut être difficile d'obtenir le visa iranien par les ambassades. Cette possibilité récente semblait avérée, et le seul point d'interrogation - de taille - consistait dans la durée du visa ainsi obtenu (une ou deux semaines?) et dans le fait de savoir si celui-ci était ou non renouvelable. Un détail quoi!

J'avais prévu de repartir d'Iran 13 jours après mon arrivée, et c'est donc un visa de deux semaines qu'il me faudrait. L'obtiendrais-je ou non? Je n'en avais aucune idée, ayant entendu des sons de cloche contradictoires de part et d'autre.

C'est donc avec l'angoisse de la page blanche du passeport que j'ai embarqué sur un vol matinal Dubai - Téhéran. L'avion était aux deux tiers plein, et les passagers semblaient en majorité iraniens. Le reste, occidentaux, chinois, japonais et arabes formait toutefois un contingent important. Conformément à mon habitude, j'ai hérité d'un voisin de siège peu agréable. Une petite variante toutefois, puisque j'avais pris l'habitude depuis quelques mois de voyager à côté d'obèses ronfleurs, tandis que sur ce petit vol d'un peu moins de deux heures, j'allais me coltiner un papy ayant visiblement quelques difficultés à contrôler les spasmes de son sphyncter anal. Pour dire les choses plus crûment, il s'était chié dessus, et les lecteurs comprendront donc aisément que mon impatience de mettre les pieds en Iran n'était pas uniquement due à l'excitation du voyage.

Conformément à ce que l'on m'avait dit, toutes les passagères de l'avion, quelle que soit leur nationalité, ont recouvert leurs têtes peu avant d'atterrir. C'est la règle, les femmes doivent se couvrir la tête en public en territoire iranien, et je n'ai observé que de rarissimes exceptions lors de mon voyage.

Nous avons fini par atterrir à IKIA (Imam Khomeiny International Airport). Ce ne fut que le premier d'une très longue série de lieux portant le nom de l'Imam Khomeiny, Guide Suprême de la Révolution Iranienne. L'aéroport est tout récent et était quasiment vide lors de notre arrivée. La plupart des étrangers avaient déjà leur visa, et nous n'étions donc qu'une poignée à faire la queue au bureau des attributions de visa. Le fonctionnaire peu sympathique me tendit le formulaire: il fallait choisir entre visa de transit et visa touristique de sept jours. Merde!

Après avoir attendu une bonne vingtaine de minutes que le bonhomme de la banque daigne reprendre son dur labeur d'encaisser les paiements de 50 dollars, je lui ai demandé s'il prenait les euros. Oui, mais au taux de un contre un, ce qui était évidemment très peu intéressant pour moi. Heureusement, un passager bienveillant consentit à me changer des euros en dollars, et je m'en suis donc sorti sans trop de mal.

Je suis retourné voir le premier fonctionnaire en lui montrant mon billet d'avion: "puis-je avoir un visa de deux semaines?" demandais-je avec l'assurance d'un gamin timide bredouillant des excuses pour justifier une quelconque faute.

"ok, pas de problème" répondit-il. Je jubilais. Une belle victoire! Envolée l'angoisse de la page blanche, le joli visa de deux semaines qui allait garnir mon passeport vaudrait bien tous les poèmes de Hafez et de Ferdosi réunis.

Dans son bureau, la télévision diffusait une conférence de presse d'Ahmadinedjad. Je n'entendais rien et n'aurais de toute façon rien compris, mais je me doutais bien de quoi il parlait. J'ignore s'il y a eu un lien de cause à effet, mais une demi-heure plus tard, lorsque le brave fonctionnaire me rendit mon passeport, après m'être confondu en remerciements, j'ai fébrilement ouvert le précieux document pour découvrir le verdict: un visa d'une semaine NON renouvelable (les majuscules sont d'origine).

- mais vous m'aviez dit ok pour deux semaines?
- non, c'est juste une semaine.
- mais...
- les visas de 15 jours, on commencera à les donner dans deux ou trois semaines. Peut-être.
- mais je pourrai le renouveler ce visa d'une semaine?
- non, c'est écrit, c'est NON renouvelable!
- mais vous avez vu mon billet d'avion? Je ne peux pas changer la date retour, comment je vais faire?
- vous devez quitter le pays avant.
- mais...
- faites attention, faites très attention!
(dit-il sur un ton méchant)

J'étais le dernier à passer l'immigration, et c'est tout penaud et inquiet que j'ai mis les pieds sur le sol iranien. L'hôtel que j'avais réservé m'avait envoyé un taxi, et nous avons foncé sur la longue route en direction de Téhéran.

Normalement, lorsque je mets pour la première fois les pieds dans un pays, je dévore du regard tout ce qui se présente à moi: voitures, maisons, publicités, paysages, passants, tout y passe, je suis insatiable! Mais c'est la première fois de ma vie que je n'y avais pas goût. En fait mon regard était absorbé par ce funeste papier sur mon passeport, et mon esprit essayait de passer en revue toutes les solutions pour me sortir de ce guêpier, la plus probable étant un long et coûteux aller-retour pour Koweit ou Bahrein, qui me permettrait de revenir en Iran et de demander un nouveau visa.

L'angoisse de la page blanche avait laissé la place à la honte du zéro pointé.

La question que je n'ai pas osé poser: et ces annonces officielles sur les visas deux semaines? C'était un mensonge de votre gouvernement ou l'incompétence de vos services de presse?


(à suivre...)

(Ce message a été modifié par yangguizi le 14 mai 2006 à 10:40.)


pataugas
déménagement en cours pour l', Australie



14 mai 2006 à 8:21

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

en attendant de lire la suite! SourireSourireSourire
C'est un réel plaisir que de retrouver tes Carnets!

je penche donc j'essuie


Fabricia
Alpes Maritimes, France

Description: Amber Fort, Rajasthan, octobre 1994 : une belle indienne offre aux visiteurs un gobelet d'eau puisée dans sa cruche.

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14 mai 2006 à 8:28

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

Ravie de lire tes aventures persanes... et les galères et merveilles que tu nous distilles avec ton talent habituel...

Je surveille cette discussion en fidèle lectrice de tes écrits.

Fabricia -
Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)



yangguizi
Shanghai, Chine

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14 mai 2006 à 10:37

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

3. Un multi-millionnaire à Téhéran

Arrivé à l'hôtel, le gérant a tenté de me rassurer sur la possibilité d'étendre mon visa en province, mais je demeurais inquiet. Qu'à cela ne tienne, je n'étais quand même pas venu pour me lamenter, et je comptais bien profiter de l'après-midi pour me balader un peu dans Téhéran.

La priorité des priorités était de changer de l'argent. Je n'avais pas un seul rial sur moi, et ne risquais pas de pouvoir faire grand chose sans ces précieuses devises. J'avais choisi un hôtel très central et n'ai donc pas eu à marcher très loin (une vingtaine de minutes) pour trouver l'agence centrale de la Banque Melli, où je pouvais changer mes euros.

L'agence en question était énorme. Le personnel très sympathique m'a rapidement pris en charge, et pendant l'attente, je me suis fait aborder par mes premiers iraniens. Ce peuple n'a pas volé sa réputation, ils sont réellement d'une grande gentillesse et avides de contacts avec des étrangers. Je ne le mentionnerai évidemment pas tout au long de mon récit car ça n'aurait guère d'intérêt, mais je me suis fait aborder à de très très nombreuses reprises par ces iraniens qui voulaient pratiquer un peu leur anglais, ou tout simplement entamer un brin de conversation avec moi. Tous ces anonymes, avec qui je n'aurais la plupart du temps eu que de brefs échanges, auront certainement contribué à faire de ce séjour en Iran une expérience humaine passionnante.

Au bout d'une petite dizaine de minutes, un employé m'invita à me présenter à un autre comptoir. Mes rials étaient prêts. C'était en fait plusieurs piles de billets qui m'attendaient. Je crois que je n'avais jamais eu entre les mains autant de billets d'un seul coup. Devant mon air ahuri, un employé en railla un autre (je suppose) et quelques minutes plus tard, ce sont des billets de couleur différente qu'on me donna, en quantité certes moins importante, mais ça représentait toujours du volume.

Explication: le plus gros billet iranien est de 20.000 rials. Ca fait un peu moins de deux euros. Aussi, lorsqu'on pose quelques billets de 50 ou 100 euros sur la table, point besoin d'être un génie du calcul mental pour deviner qu'on aura énormément de papier monnaie iranien en échange.

Le visage du Guide Suprême de la Victorieuse Révolution Islamique Iranienne, l'Imam Khomeiny, apparait sur tous les billets de banque. De l'autre côté, des monuments ou paysages naturels du pays accompagnent les changements de couleur en fonction du montant.

Le rial est donc la monnaie officielle de la République Islamique d'Iran. Mais les gens ne comptent en général pas en rials mais en tomans. Un toman, ça fait dix rials. Les prix sont donc souvent annoncés dans cette unité de compte, et il faut toujours reconfirmer dans quelle unité sont annoncés les prix. Ce n'est déjà pas facile au début de jongler avec tous ces zéros, il faut en plus prendre le réflexe rial / toman dès que possible. Pour compliquer encore un peu les choses (après tout, ce serait trop facile d'en rester là), il existe encore bien d'autres façons d'annoncer les prix. On parle parfois en khomeinys, un khomeiny étant en fait un billet vert de 10.000 rials. Pourquoi celui-là et pas un autre, puisqu'après tout le Grand Homme apparait sur tous les billets? Mystère. Parfois aussi, on n'utilise aucune unité, et on se contente de donner le premier chiffre. Pour vous donner une idée du casse-tête, voilà toutes les combinaisons possibles pour un litre de jus de fruit valant 10.000 rials:
- 10.000 rials
- 1.000 tomans
- 10.000
- 1.000
- 1 khomeiny
- 10
- 1

Parfois encore, voyant qu'on est étranger, les iraniens s'expriment en dollars ou en euros (pour eux, c'est la même chose).

Tout cela veut dire la même chose, et il faut donc avoir une idée de l'ordre de grandeur de ce qu'on achète et un peu d'entrainement pour comprendre du premier coup.

Toujours est-il qu'en sortant de cette banque, j'avais acquis le statut enviable de multi-millionnaire (en rials), ce qui est une sensation ma foi plutôt agréable, malgré l'encombrante enveloppe pleine de liasses que cela suppose de conserver avec soi.

La question que je n'ai pas osé poser: ça ne vous dérange pas de donner le nom du Grand Leader Khomeiny à une unité de valeur équivalente à un vulgaire litre de jus de fruit?

(à suivre...)

(Ce message a été modifié par yangguizi le 26 mai 2006 à 6:47.)


yangguizi
Shanghai, Chine

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14 mai 2006 à 11:07

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

4. L'enfer fait ville

Téhéran a la réputation d'être une des villes les plus moches et les plus polluées au monde. C'est sans doute vraie. Cette mégapole de 15 millions d'habitants est un enfer urbain. On y respire mal, la circulation y est cauchemardesque, et les bâtiments sont d'une laideur et d'une uniformité quasiment chinoises. En fait Téhéran ressemble à bien des égardes à une ville chinoise, et ce n'est certainement pas à son honneur.

Traverser une rue est souvent une aventure risquée au cours de laquelle on risque parfois gros. D'ailleurs, après 30 ans d'existence, il aura fallu attendre mon premier jour à Téhéran pour me faire heurter par une voiture, lors d'une périlleuse traversée. Je crois que le chauffeur m'a engueulé mais comme je n'en suis pas sûr je l'ai engueulé aussi dans une langue qu'il ne comprenait pas, histoire de faire bonne mesure.

Je n'avais pas vraiment de but lors de cette première journée en ville. Marcher au hasard des rues et des carrefours est une manière de découvrir une ville que j'adopte souvent le premier jour dans un pays. C'est une sorte de manière de prendre le pouls, de "sentir" la ville, avant de réellement commencer les visites. J'avais bien repéré quelques musées et palais sur mon petit plan, mais ils étaient fermés lorsque j'y suis arrivé.

J'ai fait quelques brasses dans le bazar de Téhéran qui ne m'a pas vraiment emballé, ai rapidement traversé la Mosquée de l'Imam Khomeiny, puis suis ressorti respirer les gaz d'échappement de la ville. Un bon point malgré tout, en ce 30 avril, les montagnes de l'Albourz au nord de Téhéran étaient encore recouvertes de neige, ce qui donnait un certain charme au paysage urbain, et laisser envisager une prometteuse journée de ski pour le lendemain.

En fin de journée, je suis quand même allé jusqu'à la place Azadi (Liberté) et à la Tour du même nom. C'est un monument emblématique de Téhéran, bâti par le dernier Shah, et rebaptisé après la Révolution Victorieuse. Je l'imaginais un peu plus grand et espérais un parc plus agréable autour, une sorte de lieu de convivialité où les familles viendraient se reposer. Rien de tout cela et c'est assez déçu que je suis rentré à l'hôtel.

La question que je n'ai pas osé poser: pouvez-vous m'expliquer comment un peuple aussi civilisé que le votre peut devenir aussi barbare au volant d'une voiture?

(à suivre...)


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Anàssa
Gascogne, Italie

Photo/image personnelle du membre Anàssa.


14 mai 2006 à 12:27

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

La suite ... la suite...Sourire

Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.
A. Camus


catherineGil
Montpellier, France



14 mai 2006 à 12:48

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Re: [Fabricia] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre


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Ravie de lire tes aventures persanes... et les galères et merveilles que tu nous distilles avec ton talent habituel...

Je surveille cette discussion en fidèle lectrice de tes écrits.


Sourire Pareil !

Catherine
La seule manière de cultiver sa culture, c'est d'accepter de la mettre en danger.

http://www.catherinegil.over-blog.com
http://lucyinthesky2.uniterre.com/


chris06
NICE, France

Description: monastère au SIKKIM

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14 mai 2006 à 13:19

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

Super ton récit ; il me ramène exactement 1 an en arrière 27 mars au 11 avril 2005 ....souvenirs ...

chris06


teerak
toulon, France

14 mai 2006 à 17:56

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

Malinla question que j'ose te poser : pourquoi change-tu des euros et non pas en yuan chinois? en chine tu utilise les euros pour tes achats quotidien?
Ton récit est comme tous les autres c'est a dire génial ! merci et vivement la suite!!

anthony


yangguizi
Shanghai, Chine

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14 mai 2006 à 22:42

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Re: [teerak] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

Merci à tous pour vos encouragements! Je vais essayer d'écrire le reste le plus vite possible, tant que mes souvenirs sont encore clairs et précis.

teerak, les yuans chinois ne sont malheureusement pas convertibles hors de Chine, en tout cas pas officiellement, et n'ont donc aucune utilité en Iran. Ah si quand même, j'ai fait plaisir à un tas de gamins dans un restaurant, en leur donnant toutes les pièces de monnaie chinoises que j'avais en réserve.Sourire


ClemAlex
Paris-est, France



15 mai 2006 à 5:15

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

Bonjour,
Oui, oui, la suite. Je sens que je vais découvrir en vous lisant le voyage que j'aurai voulu faire. Je suis rentrée depuis un peu plus de 3 semaines d'un circuit de 4500 kms en Iran .....en groupe et en hôtel roulant. J'ai été époustoufflée d'avoir autant vu de sites et paysages en 13 jours même si le rythme était trop rapide. Avec xx regrets de ne pouvoir me poser plus longtemps dans certains lieux comme je le fais habituellement dans mes voyages en solo.
A votre clavier Yangguizi pour notre plus grand plaisir
ClemAlex


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elido
Paris, France

15 mai 2006 à 11:25

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

Bonjour,
Je commence à me renseigner sur l'Iran où j'ai très envie d'aller.
Mon projet (encore vague) serait de me déplacer entre Téhéran et Istamboul par les transports en commun, au jour le jour. Cela pourrait de passer entre le 15 juillet et la fin du mois d'août. Si vous en revenez dites moi si c'est faisable. Je suis une femme (pas jeune), seule, ne voulant pas de palaces tous les jours, cherchant à voir les plus belles choses et curieuse de rencontrer des gens du pays. Je crois que vous en revenez. Si vous avez des infos à me donner, merci de me répondre et je vous poserai peut-être des questions plus précises.
MERCI, cordialement,

ELIDO


yangguizi
Shanghai, Chine

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15 mai 2006 à 11:38

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

5. Un bon arien.

L'une des premières choses qui m'aient frappé dans la population iranienne est la surprenante ressemblance de nombre de ses représentants avec les européens. Cela est tout à fait normal étant données les origines communes des peuples dits indo-européens. La fameuse race arienne trouverait son origine dans les contrées iraniennes, le mot même d'Iran dérivant, dit-on, de l'historique peuple arien.

Beaucoup d'iraniens ressemblent donc à des européens, et pendant ces deux semaines, je me suis souvent surpris à dévisager des iraniens, en me demandant si c'étaient des locaux ou des étrangers. Il m'est souvent arrivé de me tromper, et de rigoler intérieurement en voyant ces gens d'apparence occidentale s'exprimer couramment en persan. Je préfère, pour mon ego, penser que c'étaient d'authentiques iraniens, et non des linguistes surdoués.

C'est ainsi que j'ai à plusieurs reprises été estomaqué de voir des occidentaux se promenant main dans la main avec des femmes en tchador, avant de comprendre qu'ils n'étaient pas du tout occidentaux. J'ai même vu à Qazvin une dame en tchador tenant la main à un bambin tout blond, qui serait passé totalement inaperçu dans une école suédoise. L'avait-elle kidnappé? Etait-ce un ami de la famille? Le bambin parlait persan, il devait probablement être son fils.

La conséquence logique de tout cela, vous l'aurez compris, est qu'un occidental peut facilement se faire passer pour un iranien... tant qu'il n'ouvre pas la bouche. M'habillant toujours de manière très neutre (pantalon et chemise), voyageant léger lorsque je me promène en ville (pas de sac à dos, appareil photo miniature dans la poche, et pas de guide à la main), j'étais donc a priori dans de bonnes dispositions pour me fondre dans la foule, d'autant que mon séjour au ski du deuxième jour m'a donné un teint bien plus foncé que la normale.

On me l'a d'ailleurs souvent fait remarquer, et il était parfois amusant, quand, présentant les signes extérieurs du touriste (dégainement de l'appareil photo, bredouillage de la langue farsi, ou consultation perplexe d'un plan), les gens me demandaient parfois en hésitant "êtes vous étranger?" On m'a d'ailleurs à plusieurs reprises indiqué que je ressemblais à un iranien. Je pense qu'à moins d'être très blond, ça pourrait être le cas de nombreux occidentaux. Un suisse blond rencontré plus tard n'avait pas, lui, le même atout/handicap (rayer la mention inutile), et il s'est avéré que ses rapports avec le peuple iranien étaient légèrement différents. Pour une raison que j'ignore encore, c'est surtout à Téhéran que cela arrivait, alors que dans le reste du pays, les gens identifiaient beaucoup plus facilement et rapidement mon statut d'étranger.

Cela a évidemment un revers: s'il est assez jouissif de se fondre dans la foule d'un pays si différent, cela limite d'une certaine manière les possibilités de contact spontané, les iraniens nous abordant très facilement lorsqu'ils nous identifient.

La question que je n'ai pas osé poser: L'antisémitisme de votre président a-t-il un lien quelconque avec le mythe de la race arienne?

(à suivre...)


yangguizi
Shanghai, Chine

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15 mai 2006 à 11:41

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Re: [elido] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

Bonjour,

C'est un très beau projet de voyage que vous avez là et il me tenterait beaucoup aussi. Malheureusement j'ai très peu vu le nord-ouest de l'Iran et ne connais que très peu la Turquie, je ne pourrais donc pas vous être d'une très grande aide pour les infos pratiques. Mais ce forum regorge de connaisseurs de ce parcours, et vous n'aurez aucun mal, je pense, à retrouver les discussions sur le sujet.


elido
Paris, France

15 mai 2006 à 11:45

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

MERCI

ELIDO


yangguizi
Shanghai, Chine

Description: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)

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15 mai 2006 à 12:07

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

6. Où sont les femmes?

L'une des agréables surprises de ce voyage fut la découverte de la beauté des femmes iraniennes. Bien que le régime politique iranien tente de dissimuler cette beauté sous des morceaux de tissu, celle-ci reste parfaitement visible. Chez la plupart des femmes, le visage est découvert et rares sont celles ne laissant apparaître que leurs yeux. A Téhéran, mais aussi ailleurs, les voiles ne recouvrent souvent qu'une partie de la chevelure, et les iraniennes savent très bien manier les limites de ce qu'on appelle là-bas la décence pour paraître séduisantes. Souvent très maquillées, avec des chevelures soigneusement travaillées, les jeunes, et souvent aussi les moins jeunes iraniennes, savent donc très bien se mettre en valeur, tout en respectant les préceptes de la Loi. Quelles sont d'ailleurs les limites de la tolérance? Personne ne le sait exactement. Il faut avoir quelque chose sur la tête, oui, mais le temps est bien loin où de redoutables milices religieuses faisaient la chasse aux mèches de cheveux qui dépassent. Le discret voile coloré semble en tout cas gagner du terrain sur l'austère tchador noir.

De ce point de vue, j'ai constaté que les iraniennes étaient bien plus "libérées" que les femmes d'autres pays musulmans que j'avais fréquentés, comme Oman ou le Pakistan pour ne citer qu'eux.

Les iraniennes sont très nombreuses dans les lieux publics, parfois presque autant que les hommes. Elles occupent en nombre des emplois de service, à la réception d'hôtels, dans des cybercafés, des banques, des agences de voyage, ou autres. Certes, il serait mensonger de prétendre qu'elles sont les égales des hommes, ce serait démagogique et complètement faux, mais leur condition est certainement plus enviable que dans nombre de pays voisins.

Il existe toutefois de nombreuses règles régissant une discrimination sociale très prononcée, mais le pays n'en est pas à un paradoxe près. Les rames du métro de Téhéran, par exemple, comportent à l'avant deux wagons réservés aux femmes. Mais les femmes ont tout à fait le droit de venir dans les autres wagons. Ignorant cette règle lors de mon premier voyage en métro, je me suis naturellement assis à l'avant du quai, en attendant l'arrivée du métro. Ce n'est qu'en ne voyant que des femmes s'asseoir autour de moi que j'ai senti que je n'étais pas à ma place, et me suis discrètement eclipsé avant que la rame n'entre en gare. Un voyageur espagnol rencontré un peu plus tard n'a pas eu, lui, la même présence d'esprit, et est monté dans le wagon des femmes pendant une station. D'après ses dires, l'expérience fut très plaisante en raison du nombre de gloussements et de regards complices que sa bévue avait suscitées.

Moi-même, il m'est arrivé à plusieurs reprises à Téhéran (mais plus rarement ailleurs) de croiser le regard d'iraniennes dont les sourires étaient, comment dire, très bienveillants. C'était en ce qui me concerne une expérience assez gênante, ne sachant pas du tout comment réagir, dans un pays où l'on dit que ce genre de comportement peut être très dangereux. Je me demande d'ailleurs si ces sourires étaient adressés à l'occidental que j'étais, ou à l'iranien qu'elles pensaient peut-être que j'étais. Mystère...

Toujours dans le registre des transports en commun, la discrimination semble absolue dans les bus urbains: hommes à l'avant et femmes à l'arrière. Apparemment aucune exception n'est tolérée. En revanche, il n'existe apparemment pas de règle dans les bus inter-urbains. Hommes et femmes étrangers les uns aux autres semblent pouvoir voyager côte à côte. Dans le bus de Téhéran à Qazvin, une jolie jeune fille est d'ailleurs spontanément venue s'asseoir à côté de moi. Nous n'avons malheureusement pas pu discuter, car elle a commencé à s'endormir dès le départ. J'ai fini par faire de même, ce qui peut me permettre de claironner que j'ai "dormi avec une iranienne". Sourire

La question que je n'ai pas osé poser: que diriez-vous d'une folle nuit d'amour avec moi, mademoiselle?

(à suivre...)


yangguizi
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Description: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)

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15 mai 2006 à 12:57

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7. Révolution, révolutionnaires, et politique

Outre la découverte d'un peuple et d'une culture millénaires, l'un des buts avoués de mon voyage était de causer un peu de politique avec ces iraniens que l'ont dit si loquaces à ce sujet. Ce fut l'une des déceptions du voyage: je n'ai pas eu une seule occasion de parler politique. J'avais pourtant lu un peu partout que les iraniens étaient friands de ce genre de conversation avec les étrangers, et m'attendais à être bombardé de questions. Il n'en fut rien, et si bien des iraniens m'ont effectivement abordé, les conversations s'orientaient plutôt vers nos vies respectives, la culture iranienne, parfois la religion, souvent le football, et presque toujours le sexe et l'alcool. Sur ces deux derniers points, la frustration des iraniens est réellement palpable, et il était parfois gênant de devoir parler de vie sexuelle à des gens qui n'en avaient pas, et de raconter ce qu'on ressent en buvant de l'alcool à des gens qui n'en ont jamais bu. A ce propos, on m'a très souvent demandé si je n'avais pas par hasard du whisky ou de la vodka avec moi! Mais je m'éloigne du sujet, la politique. Non, on ne m'en a jamais parlé, ce qui fut d'autant plus frustrant, que d'autres étrangers m'ont raconté être constamment sollicités sur ces questions. Mais conformément à mon habitude, je n'ai pas voulu prendre l'initiative de telles discussions. Et pourtant, il y en a des sujets que j'aurais aimé aborder:

la guerre en Irak, le programme nucléaire, l'antisémitisme, le tchador, les caricatures danoises, le président Ahmadinedjad, etc. Les sujets ne manquaient pas!

En revanche, l'amateur d'affiches de propagande et de cultes révolutionnaires que je suis fut très agréablement surpris par la débauche de propagande dans les rues de toutes les villes. L'Ayatollah Khomeiny (devenu Imam après sa mort) et l'Ayatollah Khameini sont partout: sur les affiches de propagande, à la télé, sur les billets de banque, en photo dans des hôtels, des restaurants, de simples magasins. Le culte de la personnalité de ces deux Guides Suprêmes de la Révolution prend des proportions bien plus importantes que je ne l'avais imaginé. De nombreuses affiches de propagande et slogans mettant en scène les deux Guides Suprêmes de la Révolution, des soldats, des martyrs et des drapeaux, étaient magnifiques et mon appareil photo s'est régalé. Je crois pouvoir dire sans exagérer qu'on trouve à peu près autant de portraits de Khomeiny et Khameini en Iran que de Kim Il Sung et Kim Jong Il en Corée du Nord. En plus des deux Leaders, de très nombreuses photos des martyrs de la Guerre Iran - Irak apparaissent sur des affiches un peu partout, parfois d'ailleurs en même tant que les Leaders bienveillants.

Comment différencier le Guide Suprême Khomeini du Guide Suprême Khameini? C'est très simple. Malgré la similarité de leurs barbes, de leurs coiffes, de leurs vêtements, et même de leurs noms, il y a deux détails qui permettent de les reconnaître: Khomeini ne portait pas de lunettes, tandis que son successeur, si. Khomeini ne souriait jamais, tandis que son successeur, si.

Les programmes télé accordent une place très large à de vieux discours de Khomeiny et à des tournées provinciales de Khameini et de très nombreux films et feuilletons iraniens traitent de la guerre Iran - Irak. En apparence tout du moins, la Révolution se maintient.

Sur les murs ou les grilles de nombreux bâtiments publics, des extraits du Coran et messages appelant à adopter ou à respecter l'Islam sont également visibles. Notons avec intérêt que ces messages sont souvent bilingues farsi - anglais.

La question que je n'ai pas osé poser: Pensez-vous que l'élection du président Ahmadinedjad fut une bonne chose pour le développement de l'arme nucléaire iranienne, et par voie de conséquence la lutte contre l'impérialisme américain en Irak, et, question subsidiaire, pensez-vous que les caricatures danoises puissent accélérer l'élaboration de cette même arme nucléaire?

(à suivre...)


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15 mai 2006 à 23:16

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Re: [yangguizi] Ires, rires et sourires en Iran [En réponse à] Répondre

8. Les bronzés font du ski en Iran

J'avais emporté avec moi mes gants et mes chaussettes de ski, au cas où. Les stations situées au nord de Téhéran ne sont pas toujours enneigées à cette période avancée de l'année, et je n'étais donc pas certain de pouvoir aller skier. Le gérant de l'hôtel m'a d'ailleurs ri au nez quand je lui ai demandé comment me rendre à Dizin, la station la plus connue. Et pourtant, il y en avait de la neige sur les sommets dominant Téhéran. Mais il fallait se dépêcher. Comme je l'avais pressenti, une bonne partie de la couche neigeuse avait disparu une dizaine de jours plus tard, lors de mon retour à Téhéran. Devant mon insistance donc, l'hôtelier a passé quelques coups de fil, et a eu la confirmation que la station était toujours ouverte, et qu'elle le serait même jusqu'à fin mai. Ca, j'en doute quand même très fort!

Malheureusement, il semble que le seul moyen de rejoindre Dizin était de louer un taxi pour la journée, ce qui laissait présager une facture salée. Elle le fut selon les critères iraniens, mais ça restait évidemment bien moins cher que l'équivalent en Europe. Le lendemain de mon arrivée, aux aurores, j'ai donc embarqué dans la voiture avec un chauffeur qui parlait un peu anglais, ce qui nous a permis de discuter un peu.

Après avoir traversé de superbes paysages de montagne, nous sommes arrivés deux bonnes heures plus tard à Dizin. Le bas des pistes était déjà vert, et il fallait donc rejoindre le deuxième tronçon pour pouvoir skier. Mais après avoir discuté avec quelques locaux, le chauffeur consterné me répéta sans cesse "closed, closed, closed!" Mais c'est pas possible! On m'avait assuré la veille que la station serait ouverte, et il y a manifestement assez de neige au sommet pour pouvoir skier. Non mais c'est pas possible! Faudrait-il aller tenter notre chance à Shemshak, la station voisine? J'ai fini par comprendre que ce qui était fermé n'était pas la station, mais l'intégralité des magasins de location de skis. Ce n'était guère mieux...

Mais comme en Iran, toutes les informations doivent être vérifiées et revérifiées plusieurs fois, il apparut au bout de quelques minutes que celle-ci n'était que presque vraie. Il y avait bel et bien un magasin de location ouvert (ou que l'on a ouvert pour moi, je n'ai pas compris). Pour une somme plutôt convenable, j'ai donc loué des chaussures, skis et bâtons de qualité tout à fait correcte. Il fallait ensuite se rendre à la caisse des remontées mécaniques. 6 euros le forfait journée! Ce n'est pas très cher, mais il s'est avéré que seuls deux télécabines fonctionnaient ce jour là. Direction ensuite le télécabine principal. A mi-hauteur, des skieurs et surfeurs matinaux avaient déjà fini leur première descente et faisaient la queue pour remonter. Je me suis joint à eux. Quasiement tous les skieurs étaient des étudiants de Téhéran venus passer un peu de bon temps, fuir la pollution et... les mollahs. Dizin est en effet connu pour être une vraie bouffée d'oxygène pour les jeunes en mal de liberté. Les garçons et les filles s'y fréquentent presque librement et prennent du bon temps sur les pistes, avant d'organiser des soirées dans les châlets. Nous avons donc engagé la conversation.

- que penses-tu de l'Iran et des iraniens?
- je viens d'arriver, mais j'ai pour l'instant une bonne impression. Les gens sont très sympas.
- hum, tu trouves?
- oui