
yangguizi Shanghai, Chine
14 mai 2006 à 7:26
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2. L'angoisse de la page blanche Après avoir pris des renseignements à droite et à gauche, y compris sur ce forum, j'ai pris le parti d'essayer de profiter de la nouvelle politique iranienne d'attribution des visas, permettant aux français - entre autres - d'obtenir un visa directement à l'arrivée à l'aéroport, et ce sans aucune formalité préalable. C'est un progrès considérable quand on sait à quel point il peut être difficile d'obtenir le visa iranien par les ambassades. Cette possibilité récente semblait avérée, et le seul point d'interrogation - de taille - consistait dans la durée du visa ainsi obtenu (une ou deux semaines?) et dans le fait de savoir si celui-ci était ou non renouvelable. Un détail quoi! J'avais prévu de repartir d'Iran 13 jours après mon arrivée, et c'est donc un visa de deux semaines qu'il me faudrait. L'obtiendrais-je ou non? Je n'en avais aucune idée, ayant entendu des sons de cloche contradictoires de part et d'autre. C'est donc avec l'angoisse de la page blanche du passeport que j'ai embarqué sur un vol matinal Dubai - Téhéran. L'avion était aux deux tiers plein, et les passagers semblaient en majorité iraniens. Le reste, occidentaux, chinois, japonais et arabes formait toutefois un contingent important. Conformément à mon habitude, j'ai hérité d'un voisin de siège peu agréable. Une petite variante toutefois, puisque j'avais pris l'habitude depuis quelques mois de voyager à côté d'obèses ronfleurs, tandis que sur ce petit vol d'un peu moins de deux heures, j'allais me coltiner un papy ayant visiblement quelques difficultés à contrôler les spasmes de son sphyncter anal. Pour dire les choses plus crûment, il s'était chié dessus, et les lecteurs comprendront donc aisément que mon impatience de mettre les pieds en Iran n'était pas uniquement due à l'excitation du voyage. Conformément à ce que l'on m'avait dit, toutes les passagères de l'avion, quelle que soit leur nationalité, ont recouvert leurs têtes peu avant d'atterrir. C'est la règle, les femmes doivent se couvrir la tête en public en territoire iranien, et je n'ai observé que de rarissimes exceptions lors de mon voyage. Nous avons fini par atterrir à IKIA (Imam Khomeiny International Airport). Ce ne fut que le premier d'une très longue série de lieux portant le nom de l'Imam Khomeiny, Guide Suprême de la Révolution Iranienne. L'aéroport est tout récent et était quasiment vide lors de notre arrivée. La plupart des étrangers avaient déjà leur visa, et nous n'étions donc qu'une poignée à faire la queue au bureau des attributions de visa. Le fonctionnaire peu sympathique me tendit le formulaire: il fallait choisir entre visa de transit et visa touristique de sept jours. Merde! Après avoir attendu une bonne vingtaine de minutes que le bonhomme de la banque daigne reprendre son dur labeur d'encaisser les paiements de 50 dollars, je lui ai demandé s'il prenait les euros. Oui, mais au taux de un contre un, ce qui était évidemment très peu intéressant pour moi. Heureusement, un passager bienveillant consentit à me changer des euros en dollars, et je m'en suis donc sorti sans trop de mal. Je suis retourné voir le premier fonctionnaire en lui montrant mon billet d'avion: "puis-je avoir un visa de deux semaines?" demandais-je avec l'assurance d'un gamin timide bredouillant des excuses pour justifier une quelconque faute. "ok, pas de problème" répondit-il. Je jubilais. Une belle victoire! Envolée l'angoisse de la page blanche, le joli visa de deux semaines qui allait garnir mon passeport vaudrait bien tous les poèmes de Hafez et de Ferdosi réunis. Dans son bureau, la télévision diffusait une conférence de presse d'Ahmadinedjad. Je n'entendais rien et n'aurais de toute façon rien compris, mais je me doutais bien de quoi il parlait. J'ignore s'il y a eu un lien de cause à effet, mais une demi-heure plus tard, lorsque le brave fonctionnaire me rendit mon passeport, après m'être confondu en remerciements, j'ai fébrilement ouvert le précieux document pour découvrir le verdict: un visa d'une semaine NON renouvelable (les majuscules sont d'origine). - mais vous m'aviez dit ok pour deux semaines? - non, c'est juste une semaine. - mais... - les visas de 15 jours, on commencera à les donner dans deux ou trois semaines. Peut-être. - mais je pourrai le renouveler ce visa d'une semaine? - non, c'est écrit, c'est NON renouvelable! - mais vous avez vu mon billet d'avion? Je ne peux pas changer la date retour, comment je vais faire? - vous devez quitter le pays avant. - mais... - faites attention, faites très attention! (dit-il sur un ton méchant) J'étais le dernier à passer l'immigration, et c'est tout penaud et inquiet que j'ai mis les pieds sur le sol iranien. L'hôtel que j'avais réservé m'avait envoyé un taxi, et nous avons foncé sur la longue route en direction de Téhéran. Normalement, lorsque je mets pour la première fois les pieds dans un pays, je dévore du regard tout ce qui se présente à moi: voitures, maisons, publicités, paysages, passants, tout y passe, je suis insatiable! Mais c'est la première fois de ma vie que je n'y avais pas goût. En fait mon regard était absorbé par ce funeste papier sur mon passeport, et mon esprit essayait de passer en revue toutes les solutions pour me sortir de ce guêpier, la plus probable étant un long et coûteux aller-retour pour Koweit ou Bahrein, qui me permettrait de revenir en Iran et de demander un nouveau visa. L'angoisse de la page blanche avait laissé la place à la honte du zéro pointé. La question que je n'ai pas osé poser: et ces annonces officielles sur les visas deux semaines? C'était un mensonge de votre gouvernement ou l'incompétence de vos services de presse? (à suivre...)
(Ce message a été modifié par yangguizi le 14 mai 2006 à 10:40.)
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