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A la fontaine Espérance, j'ai fait un voeu

1 novembre 2005 à 10:42
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Ca fait une éternité que je suis revenue du Japon et pourtant j'y pense souvent...en voyant les textes de tous ces voyageurs j'ai envi de poser ma petite pierre...c'était il y a 3 ans, j'ai écrit ces qq mots dans l'avion. "Le temps a glissé sur moi, je ne l'ai pas vu passer. Je me donne l'illusion d'être Schéhérazade...Il faut écrire, vite, pour ne rien perdre. J'ai visité un temple shinto, plusieurs même mais c'est celui là qui m'a bouleversé. Son nom s'est perdu, il est proche de Kanuma je crois. Si proche de moi soudain. Il a fallu monter, monter ses marches de pierre antique, s'élever jusqu'à lui comme une prière lachée dans le vent. J'étais seule avec ma famille japonaise, j'avais même été dépossédé de ma langue. Montée vers le ciel. C'est beau soudain de voir apparaître les toits, les dorures. Le silence. Le bruit est une chose dérisoire face à la noblesse sans nom d'un silence léger. Je me suis laissé guidée, comme un pantin dans les doigts d'une foi qui m'était étrangère. L'encens s'échappe de mes mains malhabiles. Les arbres me couvrent, protègent un lieu qui est pur, je le sais, je le sens. Je m'agenouille, je m'abaisse, je regarde. Je noue un papier blanc à une branche d'arbre, je tremble, il tombera vite. A la fontaine Espérance j'ai fait un voeu. C'est comme cela que je l'ai appelé, la fontaine Espérance. Ce nom est apparu, je ne peux plus rien changer. C'est inutile de se battre contre les mots. Chaque instant de ma vie je cherche la beauté du langage et c'est la première fois qu'il s'impose à moi, sans discussion, sans hésitations. J'ai bu son eau sacrée. A la fontaine Espérance j'ai fait un voeu. On m'arrache de sa pureté pour m'emmener sur les tombes des enfants mort-nés...je ne savais plus rien. Ma mère japonaise me demande de m'incliner, pour mon avenir, pour ma fécondité. Elle me demande de faire comme elle devant ces petites statues de pierre nue. J'ai eu un frisson, un tremblement intérieur. Je ne peux pas parler, le silence m'enveloppe alors que je perds tous mes mots, tous mes balbutiements. C'est fou à quel point je suis marquée par ce souvenir, comme un avant goût de ma détresse future. Je ne crains plus rien dans la vie, à la fontaine Espérance j'ai fait un voeu. Tokyo la nuit c'est un corps sombre illuminé. Du haut de la Tour on se perd, on regarde les lumières d'une ville qui s'éveille au son de la nuit qui descend. Mes yeux ne demandent rien d'autre que de suivre pour l'éternité les chemins qure les éclaboussures des lampes ont crées. Je regarde l'or du soir qui tombe. La ville se couvre de joyaux scintillants comme une courtisane belle. Bleu, vert, rouge, jaune. Il le voir pour comprendre à quel point c'est beau et émouvant. Ville de lumière je n'oublierais jamais ton parfum cher de fumée et de macadam, musc urbain qui me grise. Tokyo la nuit c'est un corps de femme illuminé et adoré, que je regarde comme un tableau, son rouge à lèvre c'est la multitude de néons tandis que ceux qui vascillent et qui grésillent sont le trouble de ses yeux. Un mot encore, celui qui me hante : éclaboussures de couleurs argentés. Le froissement du yukata sur mon corps nu Le glouglou du thé vert Le sourire des tombeaux Les flash des néons Mon français qui fascille et qui cherche ses mots Les baguettes que l'on casse devant du riz odorant La Fontaine Espérance Le poème muet du moine mendiant Je n'oublierai rien " |  |  |  |  |  | "le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard" Aragon |  |
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Madame, vous m'interpellez. Je me suis mis aussi à rêver. Mais, je n'ai jamais su être concis. J'ose vous faire part de mes délires, en vous assurant que je ne veux pas vous voler votre fil. Nippon, dare imasu ka ? Figurines de mon enfance Lunettes et baillonnettes, De Minamata, les tremblements, Horreur suprême d'Hiroshima. Adulte, des films pour voyager, Balade de Narayama, Version colorée et naturaliste Version relatée par mon amour. Famille yen et ironique Black rain au tendre tragique. Au hasard d'un voyage, Agentes de bord et Narita Oiseau gracieux aux ailes de soleil Gentillesse exquise, thé vert et laitue de mer. A ChangMai, désemparé, Une rencontre improbable . Et j'ose m'imposer De la suivre jusqu'aux portes du Milieu. Séduction d'un voile, Admiration du dos bien élevé, Rigueur de ne jamais se plaindre de celles-ci, Alcool et fous rires, quand les miens resteraient cois. L'improbable est éphémère. Et maintenant, en moi le rêve de Japon est inscrit. Au nord de la Californie, Une ville sans rien, une ville qui cherche, Comme son nom le veut, j'y trouve, Nihongo ! Mais je ne suis pas nu ! Et puis, j'y suis. Modernité exubérante Tirée de l'eau pour prendre l'air ! Le douanier ébahi qu'on aborde un pays si unique sans guide et sans groupe. Réplique d'un optimisme peu coutumier « Je suis persuadé que les japonais sont accueillants ! » Puis me revient le souvenir d'un reproche, « Pleaaase, ne critique jamais le service ! » Moi je ne veux que comprendre ce qui ne va pas, J'ai l'impression de garder mon calme Malgré la perspective d'avoir gaspillé 725 $ La préposée du rail qui s'abime en excuses Finalement, je comprend et m'exécute Et compatie, et m'excuse de l'avoir acculée aux excuses ! Le malaise disparaît. Première leçon. Est-ce nuit, est-ce jour ? Je dodeline, je sombre. Une main sur mon genou, Entre mes paupières, une femme me parle : « Osaka eki ! Tsugi wa, anata no eki desu ! » Je m'entend "T'es donc gentille !" Comment a-t-elle su ? Un gaijin dans un train, Il pose le doigt sur le plan, Il compte les stations, Il faut lui éviter de se perdre ! Attentive gratuité, élégance de l'âme ! Deuxième leçon. Business hôtel, pièce minuscule, Tatami, futon, yukata. Peinture surréaliste, De tant avoir couru, Les chaises ont les jambes rompues ! Bien au chaud, le riz attend. Gohan, riz; gohan, repas. Petit matin, au train la foule va. Dans cette artère, comme un anticorps Je heurte les globules au flot incompréhensible. Pourtant, hors moi, tout s'écoule sans heurts En un flux dont j'ignore le rythme. Fonds-toi, coules paisiblement Vas ton chemin, souplement. C'est ça. Je m'écoule aux battements du pays. Troisième leçon.
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Ville impériale, les pèlerins montent. Sous leur chapeaux coniques, Des surplis blancs maculés de leurs prières. Grand-mère-sama enseigne à petite-fille Le balancement de la corde pour sonner les Dieux. Deux fois, tes mains tendues frappera au moment des à-Dieu. Secoue bien la boîte que sortent les tiges-augures ! Petit-fils, démontre ta virilité, soulève la tige d'acier ! Pèlerin de tous les âges, va à la source. Kyo-misu ! Une gare, un midi La porte ouvre dès qu'on l'approche, Pitié pour le gaijin, Gracieusement, sa tâche l'on quitte, On lui fait apprivoiser l'omniprésente distributrice ! Il peut maintenant se sustenter. On mange en musique : Aspirations des sobas, reniflements, Entre les « hirashaimase » pour chaque arrivée, On se lance des cris culinaires. Kyushu, déjà, et désargenté. Ma logistique semble manquer de logique. Du moins, le guichet n'a pas bouffé ma carte, Comme il arrive parfois aux allemands dans les films. Personne ne peut trouver l'anguille sous ma roche. Mais, elle a pitié de moi dans le train. Le voyageur aguerri doit savoir multiplier pour reconnaître ses limites ! Postes de Kumamoto. Merci petite anguille ! Il est déjà tard quand je cherche où me jucher. Première tentative, mon japonais est vraiment insuffisant. J'aurais du étudier mieux, comme ils disent souvent. Voilà, j'ai une chambre, on vient me chercher. Passé le dépôt de sandales, Sur qui veille un hérisson bienveillant, Jolieko m'accueille là où pend la barre d'antan Thé vert et biscuit pour l'arrivant. Vers le centre je vais, plus de trams, mais des paysans. Il me faut un gîte au pied du sommet fumant. L'informante s'informe des origines. Québec, ça ne dit rien, Sauf à la passante étiquetée Air France. Ratourure. Il faut rester au musée. Pour excès de fumées, Le sommet est bloqué. De la colline buissonnante j'entend une sirène La foule s'approche du gouffre multicolore et mouvant. Coup de main pour le souvenir de la famille qui visite le travailleur immigrant. Rien qu'un petit « sawatdee » a suffit à toucher ces gens. Tiens, la rose de Picardie. Comme partout, il est étroit le chemin des touristes ! Le voyageur est attentif aux techniques de son quotidien. Un arbre semblable aux nôtres, ils élaguent, ils éduquent. Intérêt véritable, mais personnel. Sur cela je l'admet, les aussies ne battent pas les Routard ! Mais, le temps passe, on m'attend pour souper, eeeee, diner. Quand les villes défilent au gré des jours, On est confus quant au temps... et aux distances. Le bus ne s'arrêtera pas ici. Faire du stop, est-ce folie ? Je n'y crois plus. On dit le japonais organisé, inséré dans un système bien réglé. Surprise, une famille s'arrête. Je fais de mon mieux pour m'adapter, Je demande pardon, humblement. Reconnaissants, pour moi, ils s'éloignent de leur chemin. Je serai à temps au restaurant, Le seul de cette ville, Pourtant, de magasins d'alcool bien garnie. Agréable « diner » à côté de japonaises rieuses Avec leurs élégants sacs à main curieusement agrémentés d'enfantines figurines. En souvenir, pour Paris, une sucrerie qui, chaque printemps, redonne vie aux p'tits vieux de mon pays. Dans la ville des onsens, une guide avisée, S'émeut que j'admire son accent. « J'aurais du étudier, mais j'écoutais la TV ! » Un petit sourire allonge le soleil levant de ses lèvres, La tête penchée, Son iris fait mine de se cacher derrière son voile Alors même que sa pupille me fait "coucou" Charme nippon. L'eau monte, puis redescend. Des femmes en kimono blanc manient des pelles végétales. Avec soin, elles sculptent des oreillers, En rangs bien droits, elles mettent le sable en attente. Je m'y glisse, j'y suis enfoui, Délicatement. Puis, poser le parasol, judicieusement. La chaleur monte, Même si, appuyée sur moi, Elle descend. Un ange passe... Sur la côte, de grands quadrupèdes pyramidaux s'enlacent. Beaucoup plus tard, je comprendrai Combien ces membres de ciment Ont manqué à la Thaïlande et au Ceylan
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La ville de la Honte. Au musée, une bouteille fondue, Granuleuse du fossile d'une main... Malgré, de Nankin l'aveu, Quelle réponse valable à « Pourquoi deux ? » Ville d'ouverture. Sur la colline des hollandais, Les trottoirs me mènent, Étroitement étreints par les maisons. Je pense à ma Québec aimée, « Quand on vient d'la basse ville, on vient pas d'la haute-ville ! » Il faut savoir tenir son rang. Est-ce pour cela que, des photos d'hier, Des visages furent extraits ? Après la deuxième, la première. L'horreur, en ration consécutive, c'est trop. Sur une île, des cerfs attendent pour m'apaiser. Sur les quais, un mariage. Élue en blanc, Compagnes colorées. Élégance. Protégée par un toit, Une relique, Preuve végétale des cycles de la vie Et de tous, la destinée, Quelque colosses qu'ils aient été. Je m'éloigne des boutiques aux murs ployant sous la tradition. Près du sentier, je m'arrête pour manger. J'ai oublié quoi. Avec le temps... Il ne reste que la satisfaction Et l'étonnement, en payant D'y voir un vieillard maniant un boulier. Je monte, il fait chaud. Les touristes s'encouragent : « Plus que 30 minutes ! » J'y suis presque et croise un père Attendant ses enfants Invités à cache-cache Par les blocs géants. Kirei ! Tout autour, La mer mord au vert des montagnes, Affirmant la victoire de la vie sur la mort. Au retour, La mer s'est retirée dans ses terres. Entourant un Otori aux pieds boueux, Des japonais se courbent Tout absorbés Dans les gestes du passé. Petit matin, si j'y vais, c'est maintenant. Trop récente stèle aux travailleurs coréens. Un film me revient, une école, une fillette dont on se moque, Parce qu'elle n'a pas le bon sang. Près de l'autel au commerce, Aujourd'hui associé au souvenir funeste, Un homme confronte le bois et le fer En harmonies qui irradient. Il s'arrête, Je m'incline, Il me rend mon salut Sans attendre plus. Beauté gratuite. Je ressors du Temple qui interpelle tous les hommes. Ses questions sont pour moi aussi. Mes taches de rousseur, Mon mètre 85, Je sens bien que je suis d'Amérique. Présence importune. En marchant, je baisse les yeux. Un homme me sourit Que je ne suis pas coupable.
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Venant d'un pays, Où l'on fait vieillir les gens Pour remplir les hospices, Jamais je n'ai vu tant de vieillards travailler. Je ne sais cependant Où nous cachons ceux Qui marchent le tronc incliné À 45 degrés... Sur le quai très primaire D'une gare secondaire, Une vieille me parle. Je ne saisis que bribes, Et qu'elle est bien contente Que j'aime ses bonbons. Comment ais-je compris Que les kanas dans son chapeau Disent le chemin pour sa maison ? Ise me confronte à ma pingrerie. Mon sac ne vaut rien. Dans le train, penché, j'essaie de le réparer. Le vieillard n'a pas noté mon étrangeté. Il s'assoit, inconscient. Je relève la tête, c'est l'horreur. Paniqué, il peine à se relever. Ma grand-mère, À un noir confrontée, Aurait-elle fait autrement ?
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Mandoo, j'ai admis ne pas avoir votre concision Merci Bluebird. Malheureusement, je ne connais pas le livre dont vous parlez. Je me suis un peu enivré en écrivant au milieu de la nuit, d'où le délire. Quelques clés géographiques, tout de même : la première page : souvenirs du Japon, la ville de Californie, c'est Eureka, l'arrivée au Japon à l'aéroport Kansai d'Osaka, où une préposée me dit que mon JRPass n'est pas valide deuxième page, la ville impériale, c'est évidemment Kyoto. Puis je descend à Kyushu. Au centre, c'est le volcan Aso. La ville des onsen, Beppu. Les quadrupèdes pyramidaux, le vrai terme m'échappe, c'étaient de gros blocs de ciments entrelacés, probablement pour casser les vagues de tsunami, enfin quand celles-ci ne sont pas trop monstrueuses. troisième page, Nagasaki, avec la honte de la seconde bombe atomique, historiquement ville ouverte aux voyageurs occidentaux. La première, c'est Hiroshima. L'île, Miyajima. Les gestes du passé, des japonais qui recueillent des crustacés autour de la grande porte "Otori". Le temple qui interpelle, le musée de la bombe à Hiroshima. Quatrième page, des vieux que j'ai rencontré. Je ne me souviens sincèrement pas comment j'ai compris, mais la vieille était vraisemblablement affectée d'alzeimer et son adresse était inscrite dans son chapeau...
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