
rivotril
France
18 mai 2004 à 9:26
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Japonais en Inde : Le choc des cultures : histoire vécue à la gare de Old Delhi
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Vous qui avez sillonné sans répit les routes du mondes, vous les avez déjà rencontrés… Ils parcours également les 4 coins du globes, souriants et l’air candide… Il suffit qu’ils entrent dans une boutique pour que votre présence ne soit plus qu’un vague souvenir pour le vendeur qui s’évertuait à vous convaincre de donner un dernier coup de grâce à votre portefeuille. Il nous ressemble à nous autres occidentaux car nous partageons un fond de culture commune basée sur la consommation, mais ils sont tellement différent. Je veux bien évidemment parlé des Japonais. J’ai une profonde admiration pour la culture japonaise. Ce sentiment se confond intensément avec le mystère de cette société. Je ne veux pas parler du mystère qu’évoque les paysages de la baie d’Ha long terrestres sur lesquelles se serait posé un dragon il y a quelques siècles. Non, Je veux parler d’inconnue ou d’incompréhension au sens propre. La culture japonaise évoque pour moi le contraste le plus fort qui soit. Contraste entre la violence extrême de cette société et les usages les plus policés qui puissent exister. Contraste entre les codes de la guerre qui furent en usage et la mièvrerie des sentiments. Contraste entre la tenue des cadres citadins et la mode disco punk outrancière de certain jeunes… Tout cela reste bien mystérieux. N’ayant pas les moyens de m’offrir un voyage dans ce pays, je prend toujours soin d’observer les jeunes japonais qui partent nombreux sur les routes du monde une fois leurs études terminées et avant d’affronter les dizaines d’année de travail acharné qui les attends. Notre première rencontre avec le japonais en vacance eut lieu en Inde à la gare centrale d’Old Delhi. A vrai dire nous sommes allés en Inde de façon candide. Après un rapide tour d’horizon du prix des billets d’avion, la seule destination lointaine qui s’offrait à nous était l’Inde. Nous préparions notre voyage en nous gavant l’imaginaire des récits merveilleux du Rajasthan. Oubliant presque que le sous-continent indien avait évoluée. Arrivés à Delhi, il nous fallut quelques jours pour émerger et nous défaire de nos réflexes fondamentaux, afin de pouvoir affronter notre voyage. Passé 2 jours dans la mégalopole, nous mettons le cap vers Jaipour. Nous devons nous rendre à la gare de Old Delhi pour prendre le train de 6h du matin. 4 heure, notre réveil sonne. Nous nous réveillons dans cette petite chambre triste aux murs sales. Il nous faut trouver un Rickshaw pour nous conduire à la gare. Il fait nuit noire dans cette rue défoncée. Ca et là des personnes dorment à même le sol ou sur le plateau des chariots qu’ils tirent durant la journée. Nous réveillons un chauffeur qui dormait dans sont tricycle à moteur. Il se frotte les yeux et nous fait signe de monter. Nous lui proposons un prix, il incline la tête de droite à gauche (j’ai encore du mal à comprendre que cela veut dire oui), nous montons. La traversée de la ville se fait sans un mot. L’angoisse me tord le cou. C’est un dédale de petites rues crasseuses que la nuit recouvre de mystères et de fantasmes. Les kilomètres de trottoirs sont occupés par les gens endormis. Des enfants s’activent à lessiver les tables des restaurants de rue. Je ne sais plus quoi pensé je suis perdu. Le travail des enfants, la misère, dormir sur le trottoir… Que faire ? Rien… je regarde et je m’étouffe des odeurs nauséabondes refoulées par les cours d’eau dans lesquelles pourrissent les ordure de plus de 10 millions de personnes. La peur ne me quitte pas depuis la veille. Ce triporteur n’offre aucune sécurité. Nous devons avoir environ 500 francs en liquide, plusieurs mois de salaire pour cet homme. Il serait tellement simple de nous conduire vers nulle part pour nous dévaliser. Moi-même, pour nourrir mes enfants, je n’hésiterais certainement pas longtemps. Et ce serait probablement justice. Mais il y a peu de violence physique contre les étrangers en Indes. Nous arrivons à bon port comme nous y arriverons toujours au cours de ce voyage. La gare de Old Delhi se dresse devant nous. C’est un cafarnaum comme je n’en ai encore jamais vu. Hommes, femmes, enfants, valides, estropiés, mendiants, moines, chèvres, vaches, tous se pressent autour de ce centre névralgique de la vielle ville. Dans toutes les positions, assis, debout ou allongés, habillés ou nus, c’est presque toutes l’inde qui nous attends. Ce petit Rickshaw qui incarnait encore mes angoisses il y a 30 secondes me semble maintenant le seul lien avec notre petite chambre d’hôtel qui était mon unique reperd. Il s’en va. Nous restons. Nous nous sentons comme ce spationaute de 2001 l’odyssée de l’espace dont le cordon avec l’humanité a été rompu et qui est condamnée à dériver dans le grand vide de l’univers, vers une mort certaine. Nous sommes bousculés et finissons par accéder au Hall central. Des centaines de personnes sont allongées le long des murs et dorment paisiblement. Des estropiés, des indigents, mais aussi des familles qui attendent leur trains, des travailleurs en costume 3 pièces et attaché-case. Nous trouvons notre chemin entre les corps assoupis pour nous rapprocher du tableau des départs. Notre train n’est pas encore annoncé. Devant les dizaines de guichets vides, nous renonçons à prendre un billet. Nous tenterons de le prendre directement auprès du contrôleur. Il nous faut reprendre notre souffle. Nous trouvons un recoin où poser nos fesses. Nous regardons le spectacle incroyable de cette immense gare indienne à 5 heure du matin, en tentant de nous rendre invisibles. Là arrivent 3 touristes japonais d’une vingtaine d’année. Mini-disc dernier cri à la ceinture, et appareils photo autour du cou. Ils avancent, têtes en l’air, la mine un rien perdue. Ils s’arrêtent en plein milieu du Hall et ouvrent leur sac pour en sortir un guide. Echangent quelques mots…. Tournent sur eux-même tentant certainement de trouver un uniforme ou une silhouette rassurante qui pourra leur ouvrir la voie. Mais rien… J’imagine qu’ils se rendent dans la même ville que nous, premier stop obligé pour un tour du Rajasthan. Je me lève et vais à leur rencontre. Leur anglais est light et le mien bien rouillé. Je comprend tout de même qu’ils vont à Jaipour. Je leur indique que le train sera indiqué sur cet immense tableau devant eux au dessus de leurs têtes. Ils n’ont pas vus le tableau et avance en direction de mon doigt. Je ne comprend pas. Ils s’arrêtent devant la vitre d’un petit guichet et approchent leur nez de ce qui doit certainement être une petite note de service collée là il y a 20 ans. C’est écrit en Hindi. Là le doute m’étreint. Comment ces gars peuvent s’imaginer que les quais sont indiqués sur un vieux bout de papier scotché sur une vitre que la crasse rend presque opaque. Je regarde autour de moi. Il doit y avoir plus de 500 affichette différentes collées de cette façon dans ce Hall. Je me rapproche d’eux pour leur indiquer à nouveau le panneau. Ils me sourient et me remercie. Jettent un œil au tableau d’affichage et partent vers le quai. Je les arrête pour leur demander où ils vont. Ils ne savent pas bien. Je leur explique que le quai n’est pas encore indiqué. Ils me remercient une nouvelle fois et vont s’assoire dans un coin. Une fois le quai annoncé, je leur fait signe de nous suivre. Nous traversons les voies ferrées au milieu de la foule sur un pont en poutrelles métalliques qui desserre les différents quais. Le jour commence à poindre. Enfin. Le nombre des futurs passagers rend difficile l’accès au quai. Nous nous faufilons pour tenter de gagner l’autre extrémité, moins surpeuplée. Nous attendons le train au milieu de la cohue nous demandant si nous allons pouvoir monter dedans. Un femme transportant un petit autel portatif nous propose de nous asperger de fumée d’encens et de nous dessiner un point au milieu du front moyennant finance. Nous refusons poliment. Elle n’insiste pas car nos 3 amis font une bien meilleurs cibles qu’elle s’empresse de solliciter. Ils n’ont pas compris ce quelle leur dit. Pour cause, elle ne parle pas anglais. Ils se regardent interdits alors qu’elle plonge sont doigt dans son petit pot de poudre coloré, et avant qu’ils n’aient pu dire un mot, ils se retrouvent tous avec la trace de son pouce au milieu du front. Ils se regardent à nouveau et explosent de rire en se voyant affublés de ce nouvel attribut typiquement indien. Ils remercient celle qui leur a joué ce drôle de tour. Mais elle ne bouge pas et tend la main au premier. Son pote lui fait comprendre qu’elle veut des sous. Ahh ! ! ! Ils cherchent frénétiquement dans leurs poches, mais pas une pièce. Ils haussent les épaules d’un air dépité, tentant de faire comprendre qu’ils n’ont pas de monnaie. Elle pointe alors du doigt un sac à dos. L’un de nos amis l’ouvre et en sort un portefeuille. Il cherche les roupies qu’il a du planquer derrière la centaine de dollars qui sort de la poche à billet. Là je m’étrangle ! Ce type est en train d’ouvrir son portefeuille au milieu d’un quai bondé et passe en revue tout son pognon à la recherche de quelque roupies. Il fini par trouver un petit billet qu’il donne à cette femme en lui faisant signe qu’il paye pour les 3. Mais comme c’est un jeune homme poli, il lui demande si elle est d’accord. Et comme elle, est une vieille femme futée, elle ne l’est pas… d’accord. Il faut que chacun paye et farfouille dans sa poche à billet pour faire une offrande. Je suis pété de rire. Elle a dû toucher l’équivalent de 2 semaines…. Trop forte la vieille ! Le train fini par arriver. Il n’est pas vide. Il a voyagé toute la nuit. Les portes s’ouvrent, l’odeur qui s’en échappe est intenable. Des hommes, des femmes, des enfants, mais aussi des animaux sortent des wagons. Ma copine m’attrape par la manche en me disant qu’elle veut impérativement monter en première. Nous finissons par trouver une place. Nous payons notre billet au contrôleur et nous nous endormons. Arrivé à notre hôtel nous prenons une douche puis je sort sur le pas de la porte fumer une cigarette, en repensant à cette matinée. Cela fait bien 45 min. que nous somme là, quant arrivent, complètement liquéfiés, nos 3 amis japonais. Ils dessinent un large sourire en me voyant. Ca ne fait que quelques jours qu’il sont en Indes… Courage les gars !
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