
lucbertrand Lyon, France
23 mars 2007 à 14:27
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Le voyage en solitaire est pour moi toujours associé à grosse activité physique, c'est pour cela que seul je pars toujours pour un périple à pied, avec bien sûr généralement mise en place par moyen mécanique . Cependant il m'arrive aussi de partir directement de chez moi à pied, mais je n'y suis pas encore revenu.Le voyage seul, c'est avant tout trouver le rythme de mon corps face à la nature, sentir naître et grandir l'adaptaion, peut-être retrouver les racines animales qui sont en nous. Débarquer sur un quai de gare dans la tourmente et vite m'abriter en me demandant ce que je fais là, puis à la première petite accalmie me faire avaler par la tempête et tout surpris, de constater que je n'y suis pas si mal et parcourir les trente premiers kilomètres. C'est aussi la vigilance exacacerbée dans les endroits dangereux, mais paradoxalement situation moins stressante que lorsque je ne suis pas seul. De caractère inquiet, je me fais plus de mauvais sang pour autrui que pour moi, sans doute étant un peu fataliste. C'est aussi les grandes émotions vécues lors des bivouacs solitaires. Au cours d'une insomnie à plus de deux mille mètres ne pouvant lire pour cause de mal aux yeux contempler le ciel en sortant la tête de la tente et voir apparaître au somment de la montagne pyramidale qui me fait face, juste au sommet, une étoile filante et encore plus incroyable ou étrange la voir surffer sur l'un des côtés de la pyramide. Autre souvenir amplifié par la solitude, bivouaquer loin de tout au pied d'un monastère à l'abandon après une journée éreintante dans le mauvais temps, et alors que tout est redevenu calme et qu'il n'y a plus un souffle, entendre des bruits étranges en provenance de la ruine, comme si les moines des siècles passés revenaient , et s'endormir malgré tout. C'est aussi les rencontres improbables en particulier avec des solitaires.Trois mots échangés un regard et chacun repart sur son chemin. La possibilité de s'exprimer en plusieurs langues m'apporte une grande émotion. Souvent des Britanniques, comme celui qui venait de se faire quasiment noyé au cours d'une nuit particulièrement hostile sur la HRP du côté du Val d'Aran et qui me racontait cela avec son flegme bien british en quelques minutes avant de continuer son chemin tranquillement . C'est aussi ce vieil Allemand croisé lors d'une erreur d'itinéraire et qui voyageait à pied en faisant voeu de pauvreté, quelques mots échangés, toute la puissance de l'adjectif sparsam(écomome) et du mot Sparsamkeit (économie). Si je n'avais pas été seul je ne pense pas qu'il se serait livré avec la même intensité. J'ai presque eu honte de me tolérer le restaurant et même au sacrilège une chambre à l'hôtel. C'est aussi la possibilité de changer d'avis sur une sensation. Arriver à l'étape ne pas la sentir et bien qu'étant fatigué remobiliser ses force pour accomplir vingt kilomètres de plus en essayant de prendre la nuit de vitesse alors que l'orage menace. C'est le dialogue solitaire et être tellement absorbé par son voyage intérieur, qu'après m'être arrêté pour faire une photo, alors que le temps est très beau je repars sur mes pas et ne m'en aperçois qu'après un kilomètre bien qu'ayant ressenti une drôle de sensation. Cette semaine je viens de vivre une belle expérience , parti lundi 19 mars de Port la Nouvelle j'ai fait un peu plus de cent kilomètres sur le chemin cathare en quatre jours. Le temps était particulièrement hostile, giboulées voire chutes de neige avec un vent contraire très violent tout le long du chemin ; hors des agglomérations personne sinon les vignerons arqueboutés sur leurs ceps de vigne dans les Corbières. A plusieurs reprises le vent m'a bloqué et refoulé en sens inverse et l'adaptaion à ces conditions adverses m'a procuré un profond bien être.Une immense émotion m'a été donnée de me retrouver totalement seul dans le château de Quéribus au cours d'un déchaînement des éléments. Phénomène surprenant, avant de franchir la porte du château un vent extrêmement violent m'a forcé à quasiment ramper dans les escaliers pour pouvoir entrer, et sitôt franchi le seuil un souffle puissant m'a projeté vers le haut, sensation forte. Cependant, phénomène bien évidemment inverse à la sortie donc particulièrement dangereux avec expulsion vers le bas dans les escaliers verglacés et partiellement enneigés. Et puis le voyage en solitaire cela me permet d'être d'une extrême patience lorque je ne voyage pas seul. Mais aussi le voyage seul c'est souvent la difficulté de partir car c'est toujours le premier pas qui coûte le plus.
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