
Khaldoun Strasbourg, France

17 septembre 2007 à 6:25
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Quel impatient ! Ta prise de bec avec un moine de Xiahe que tu nous avais racontée à une époque m’avait bien fait rire et elle m’est restée en mémoire. Alors… Mon deuxième est: Les Moines Bouddhistes, que faut-il en penser ? S’il est une catégorie d’humains que l’on peut observer à loisir au Tibet, c’est bien celle des Moines Bouddhistes. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l’image commune d’ascètes discrets, modestes, humbles, entièrement dévoués à l’étude et à la méditation est quelque peu ternie lorsqu’on parcourt le Tibet en prenant son temps. Mon premier contact visuel avec les Lamas se situe dans un restaurant huppé de la ville de Xining. Alors que je m’apprête à goûter à une fondue chinoise dont le matériel et les ingrédients ont été éparpillés aux quatre coins de ma table, je constate avec ravissement que mes voisins sont une demi-douzaine de Moines de fort joyeuse humeur, faisant face à un copieux assortiment de viandes et de légumes, et occupés à broyer et à malaxer bruyamment, tout en émettant, de satisfaction, des rots sonores à intervalles réguliers. Ne serait leur accoutrement, on jurerait qu’il s’agit là d’une réunion de malfrats faisant bonne chère et échangeant des histoires salaces. L’un d’entre eux, plus âgé, semble d’ailleurs tenir le rôle de parrain, suscitant à chacune de ses interventions un silence, suivi quelques instants plus tard d’une explosion de rires. A un moment, une sonnerie retentit, et c’est cette éminence que je vois se saisir d’un téléphone portable dernier cri et se diriger vers la sortie. Ce même vénérable personnage me dissuadera à son retour par un regard foudroyant de les prendre en photo, lui et ses potes. Tout autre topo quelques jours plus tard : dans le bus qui m’emmène à Xiahe, un jeune Moine s’installe à côté de moi ! Tacitement, nous signons un pacte de silence et de respect absolu pour les 6 heures de trajet à venir. Le temps passant et la faim venant, alors que tous les passagers ont entamé leurs sachets de victuailles, mon voisin est le seul à s’abstenir de manger. Malaise… D’autant plus que, contrairement à ses collègues fêtards du restaurant de Xining, celui-ci ne donne pas franchement les signes d’une santé rayonnante. Maigre, immobile, les traits tirés, le teint pâle, le visage émacié, le regard fixe, il dégage la pénible impression de quelqu'un pour qui la souffrance est chose ordinaire. Lorsque je lui tend sans mot dire un morceau de banane, il y jette un regard interrogateur, s’en empare l'air absent et l’engloutit en une fournée. Lorsqu’une vendeuse monte dans le bus avec un plateau de pâtisseries, il tend le bras, se saisit prestement d’un gâteau et y plante voracement ses dents, le visage toujours inexpressif et en oubliant de payer. La vendeuse l’ignore superbement. Xiahe est la ville des Lamas ! Située en altitude, d'une superficie restreinte et cernée par les montagnes, c’est pourtant la plus forte concentration de monastères de toute la Chine. Ils sont près de 3000 Moines de tous âges à y couler des jours paisibles. Dans l’artère commerciale de Xiahe, le bordeaux (ou couleur lie-de-vin) est la couleur vestimentaire dominante à toutes heures de la journée. En soirée, lorsque les touristes d’une journée ont déguerpi, on y assiste à un festival de Lamas en promenade, s’offrant des moments de franche rigolade chez un artisan, au café ou au restaurant. Je dois reconnaître que, contrairement à notre ami Yangguizi, je n’ai pas vécu la moindre contrariété à leur proximité. Dit crûment, ce sont des gens qui vous fichent une paix royale et qui se montrent à votre égard d’une aimable indifférence à toute épreuve. Au cœur du Tibet, à Lhassa, Xighazé et Gyanzé, les Moines font la démonstration de leur "modernité". Ils se montrent aussi âpres à la récolte de l’argent que les plus arrivistes des laïcs. Dans un monastère donné, chaque Moine a son carré privatif. L’argent qui y est déposé en offrande (devant des Bouddhas généralement) lui revient. Il facture par ailleurs chacune de ses consultations. De pauvres hères ne manquent pas en effet de le solliciter pour obtenir réconfort et conseils en tous genres. Il n’est pas rare en visitant un monastère de passer devant un Moine assis en tailleur et savamment occupé à compter de grosses liasses de billets. Le Moine, homme d’affaires ? L’idée n’est pas saugrenue. D’autant plus que le sonnant n'est pas ce qui manque dans ces édifices célèbres et surpeuplés. Il suffit de se baisser pour en avoir pleins les mains. J’en ai fait l’expérience à Lhassa, dans le fameux Jokhang. Au milieu d'une cohue phénoménale, j’ai ramassé une poignée de billets de banque et les ai fourrés dans ma poche. J’ai poursuivi cahin-caha ma promenade en songeant distraitement à les remettre dehors à quelques-unes parmi les nombreuses mendiantes de la capitale, et je suis revenu en fin de compte les relâcher à leur place initiale. A l’occasion, les jeunes Moines font la chasse aux resquilleurs. A Xighazé, au Monastère de Tashi-Lhunpo, la meneuse d’un groupe de touristes chinois a l’idée de faire des économies en achetant un billet en moins. Franchissant crânement l’entrée de l’édifice, talonnée comme son ombre par un troupeau impressionnant, glapissant dans son haut-parleur, elle est interceptée par de jeunes Moines virulents qui lui arrachent les tickets des mains, les comptent et exposent au grand jour la supercherie. S’ensuit alors une vive altercation, des insultes pleuvent. La guide furieuse est forcée de rejoindre la file d’attente à l’entrée, sous les acclamations et les rires moqueurs d’une dizaine de jeunes Moines déchaînés. Spectacle burlesque et ahurissant ! Les Moines et l’hygiène, vaste sujet ! A Lhassa, je rends visite à un routard qui loge dans un dortoir d’une vingtaine de lits particulièrement malodorant. Gêné aux entournures, il m’explique que les mauvaises odeurs proviennent exclusivement d’un trio de Moines qui ne se lavent jamais. Il a observé, me confie-t-il, que les Lamas ignorent la douche, et ce sont leurs pieds qui empestent en premier lieu le dortoir. Il a l’intention, me dit-il en plaisantant à moitié, de leur apprendre à se laver, nom de Dieu ! Bizarre… Mes narines ne m'avaient rien signalé au contact de mes voisins du restaurant et du bus. Je puis attester seulement que dans les monastères, les w-c sont "naturels" et les douches effectivement inexistantes. Alors, les Moines font-ils toilette ou pas ? Question ouverte… Voilà pour les Moines Bouddhistes. Pas franchement homogènes, ces gars. On en trouve de toutes les factures: des riches et des pauvres, des timides et des farceurs, des humbles et des effrontés, des prieurs (en apparence) et des sécheurs. Ils ont l’instinct grégaire et se déplacent en bandes, ce qui ne laisse pas de surprendre. "Moine" signifie en effet "solitaire" en grec. Sont-ils croyants ? Qui le saurait ? Derrière l'abnégation apparente, peut-être le gîte et le couvert d’abord... Quelles sont au juste la teneur et la qualité de leur enseignement ? Des Moines cultivés, se peut-ce ? Hum… Exemple parmi d’autres, un Lama parlant anglais au Tibet est chose rarissime. L’impression qui domine chez eux est plutôt celle d’une indigence intellectuelle crasse. Les piliers de leur existence semblent tenir sur quelques mots : désoeuvrement et récitations abrutissantes tous azimuts. Personne, et surtout pas les visiteurs qui leur sourient béatement, ne les envie. Khaldoun
(Ce message a été modifié par Khaldoun le 16 décembre 2007 à 17:06.)
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