
Joseph09
France

20 novembre 2005 à 3:57
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Le Pays Sherpa Ce texte fait partie, avec quelques diapos, d'un diaporama retraçant mon premier trek au Népal, dans le Khumbu, en novembre 1991. On peut aussi le considérer comme un Carnet de Voyage. ********** L'Aneto, toit des Pyrénées, point du rassemblement annuel d'un groupe de copains animés d'une passion commune pour la montagne. Une idée qui fait doucement son chemin : et si l'on se retrouvait un jour pour une ballade autour du toit du monde : l'Everest. Un guide devenu depuis un ami à qui il faut rendre hommage pour ses qualités humaines et professionnelles : Louis Audoubert. ********** Royaume hors du temps, blotti au pied des sommets sacrés du "Toit du Monde", le Népal est un extraordinaire brassage d'ethnies, de cultures et de langues. C'est à cette fascinante promenade que je vous convie à travers un circuit classique mais original dans sa forme, puisque une grande partie du voyage s'effectuera à pied, à la découverte du Pays Sherpa. On éprouve une certaine émotion en débarquant à l'aéroport de Katmandou qui ne se prend pas au sérieux : ô surprise, ici les douaniers sont souriants ! En ville vous vous sentirez chez vous dans les ruelles animées autour de Durbar Square ou à Thamel. Il y a toujours quelque chose à voir, à entendre… à sentir. C'est la ville idéale pour passer le temps, assis sur les marches d'un temple ; un lieu unique pour flâner, se laisser conduire par le hasard et découvrir une cour oubliée, un stupa inconnu… Et puis ce coté "cour des miracles" permanent ou se croisent, se frôlent sans se bousculer, les ethnies, les races les plus diverses. Ici Dupont-Durand, Smith et Hans côtoient les descendants des guerriers Mongols du grand Khan, les moines du Dalaï-lama, les fils des artistes Newars des plaines de l'Inde… Au Népal, les œuvres d'art sont dans la rue, au milieu des marchés aux légumes et des étals des bouchers. Katmandou déborde d'une activité constante, tout particulièrement les jours ou les paysans viennent vendre au marché leurs fruits et légumes, occasion rêvée pour les vaches sacrées qui traînent autour des étals temporaires dans l'espoir d'un repas. Ajoutez à cela la cacophonie des pousse-pousse et autres véhicules à moteur dont le klaxon semble être le facteur de propulsion le plus important. A l'écart des grandes artères, dans le réseau complexe des ruelles garnies de terrasses en surplomb, joailliers et orfèvres façonnent des bijoux aux motifs complexes. Au cœur des villes anciennes, à l'écart du monde contemporain, le train-train quotidien se perpétue, inchangé depuis des temps immémoriaux. Comme la plupart des habitations sont de dimensions modestes, le gros des activités a lieu en plein air, que ce soit dans les squares, sur l'esplanade des temples ou à même le trottoir. Le grain y est battu puis vanné, les vêtements lessivés, le dentiste et le barbier soignent leurs clients. On m'a coupé les cheveux avec la chaîne de l'Himalaya à l'horizon et ça a été un vrai moment de bonheur. Toutes ces activités sont menées joyeusement et avec une parfaite indifférence quant aux perturbations qu'elles peuvent susciter pour le commerce ou la circulation. Les façades sculptées des temples et les terrasses pittoresques des maisons de brique aux tonalités rougeoyantes constituent la toile de fond de ces activités incessantes. Un peu partout, le scintillement doré d'une toiture signale la présence d'un édifice religieux. Les deux principales religions de la vallée sont le bouddhisme et l'hindouisme. Cette dernière étant la religion de la couronne Népalaise ; on considère le Roi comme étant l'incarnation vivante du dieu Vishnou. D'après un dicton populaire, il y a autant de dieux que d'habitants dans la vallée, et autant de temples qu'il y a d'habitations. On n'est pas loin de la vérité si l'on songe que chaque demeure possède, juste au dessous du toit, son propre petit sanctuaire abritant le dieu du logis. Tous les palais de la vallée sont reconnaissables à leur style extravagant et à la complexité de leur structure. Ces palais allient le raffinement de l'architecture religieuse à la simplicité des monastères et des demeures particulières. De construction robuste sans pour autant ressembler à des forteresses, ils attestent tout simplement de la richesse artistique de la vallée de Katmandou. Patan, Bhaktapur, Pashupatinath… autant d'anciens sanctuaires qui sont les clés donnant accès aux mystères de cette ville. Le Stupa de Bodnath, le plus grand du Népal, de par sa taille monumentale et les couleurs blanche bleue et rouge des yeux peints, est vraiment impressionnant. Une véritable petite ville s'est construite autour de Bodnath, constituée de monastères, chapelles, boutiques, hôtels, fabriques de tapis tibétains… Voir Patan est un enchantement, on l'appelle la ville aux toits d'or, elle ne compte pas moins de cent trente six monastères bouddhistes, cinquante cinq temples majeurs aux multiples toits. C'est véritablement le berceau des arts et de l'architecture de la vallée. Des inscriptions datant du 5ème siècle font penser que Patan serait la plus ancienne cité bouddhique du monde. Le Roi Annanda Malla, fondateur légendaire de Bhaktapur, conçu la cité au 9ème siècle qui est devenue la capitale de toute la vallée entre les 14ème et 16ème siècles. Elle a conservé son indépendance et vit toujours de façon autarcique, ses habitants ayant préservé intactes toutes leurs traditions séculaires. On vient à Pashupatinath pour se purifier dans la rivière sacrée la Bagmati Khola et aussi pou incinérer les morts. Les singes m'escortent jusqu'au temple dédié à Shiva Pashupati dans l'espoir d'avoir une friandise ou de me piquer quelque chose… Ce qui serait sordide ailleurs, devient cocasse avec une pointe de surréalisme ; le fronton des temples peut devenir une sculpturale initiation à la débauche, une école permanente de l'érotisme, impensable sur les façades de nos cathédrales très catholiques… Mais, au dessus des toits des pagodes, au dessus des collines boisées, les sommets enneigés me rappellent que je suis venu aussi pour la montagne, l'Himalaya. Himalaya… utiliser de si courtes syllabes pour évoquer de telles montagnes, c'est déjà prononcer une incantation, dire un psaume. Une formule qui s'élève comme un cri et tire sa force de son pouvoir d'évoquer l'action millénaire des continents en dérive jusqu'à former ce que le monde a de plus haut. Derrière des sommets vertigineux aux neiges éternelles, la vérité des paysages et des émotions est infinie. L'Himalaya, en passant par le Ladakh et le Népal s'étire du Pakistan au Tibet et se prolonge jusqu'en Mongolie. Ce cœur de l'Asie est riche d'innombrables montagnes, vallées luxuriantes, oasis et déserts d'altitude ponctués de steppes alpines et de forêts. S'initier à ces contrées, à leurs beautés et aux riches traditions de leurs populations, c'est aussi vivre une aventure ou le temps prend une autre dimension. Peu de lieux himalayens sont aussi prestigieux que le Khumbu, ou Pays Sherpa : l'Everest, des paysages à couper le souffle, la sérénité et la gentillesse de son peuple. Imaginez une longue promenade autour des plus belles montagnes du monde. Imaginez faire un voyage dans l'espace, mais aussi une incursion dans le temps en découvrant un pays complètement fermé au monde jusqu'en 1950 ; découvrir le Moyen Age sans quitter le 20ème siècle, c'est en quelque sorte cela, de visiter le Népal en général, et le Khumbu en particulier. L'espace devient ici d'autant plus grand qu'il est parcouru à pied ; dans un tel milieu, un quelconque incident, le moindre éboulement qui peuvent contrarier un itinéraire ne sont qu'une juste épreuve car la montagne a ses lois… A suivre ------- Sur les sentiers... partir, revenir, partager... Voyager c'est demander d'un seul coup à la distance ce que le temps ne pourrait nous donner que peu à peu. Paul Morand
(Ce message a été modifié par Joseph09 le 20 novembre 2005 à 4:01.)
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