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Kapoue
Bangkok, Thaïlande



28 mars 2005 à 3:22

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Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? Répondre

Ami(e)s voyageurs d'Amérique Centrale, voici un article intéressant qui peut faire réfléchir / hésiter sur ce que doit devenir le tourisme dans un pays qui s'ouvre comme le Guatemala... Un nouveau Machu Pichu avec tout ce que cela suppose ou pas ?

Vos réactions ?

Mano

Le tourisme menace le berceau maya


Guatemala : Anne Vigna
[28 mars 2005]



Selon Richard Hansen, un complexe touristique permettrait d'assurer des revenus pour restaurer le site, endiguer le pillage archéologique et préserver les ressources naturelles.

Le site du Mirador, l'une des plus importantes cités mayas encore enfouies au Guatemala, est-il menacé par un important projet touristique ? La question ravive les rapports conflictuels qu'entretiennent l'archéologie et le tourisme, et relance dans ce pays la demande des descendants des Indiens à gérer leur patrimoine culturel.

L'histoire, qui divise autant qu'elle passionne les Guatémaltèques, se déroule au Petén, région du Nord qui abrite la plus importante aire protégée d'Amérique centrale, la réserve biosphère maya (RBM) et plusieurs centres mayas d'envergure dont celui de Tikal.


L'archéologue américain Richard Hansen travaille depuis 25 ans sur le site du Mirador qui regroupe 26 cités mayas, datant de la période préclassique et antérieures de 1 000 à 1 800 ans aux autres sites mayas les plus prestigieux tels que ceux de Tikal, Copan (Honduras) et Palenque (Mexique). «Il s'agit des plus hautes pyramides jamais construites en Méso-Amérique, jusqu'à 147 mètres de haut, et encore enfouies. La cité du Mirador peut être considérée comme le berceau de la civilisation maya. Nous avons ici une combinaison unique de forêt tropicale et de sites archéologiques d'une valeur inestimable, qui créent un potentiel touristique énorme», affirme Richard Hansen. Selon l'archéologue, un complexe touristique permettrait d'assurer des revenus pour à la fois restaurer le site, endiguer le pillage archéologique et préserver les ressources naturelles.


Ce projet, qui a reçu l'appui du président Oscar Berger et de son prédécesseur, est âprement combattu par les ONG et les communautés locales : initialement, le projet prévoyait un aéroport et une route pour acheminer les touristes dans une zone de la RBM encore préservée, grâce à sa difficulté d'accès. «Aujourd'hui ces infrastructures ont disparu pour l'idée d'un train et un héliport suite au tollé général. Mais M. Hansen n'a encore fourni aucune étude d'impact ni posé la question de l'eau. Or il sait que cette cité a sûrement été abandonnée par manque d'eau, s'emporte Claudia Sanchez, membre de l'ONG Tropico verde. Pour les fouilles actuelles, l'eau est amenée par voie aérienne. Vous imaginez combien il en faudra pour les touristes !»


L'impact économique du complexe est également contesté : Richard Hansen table sur 120 000 touristes par an, ou encore annonce dans la presse locale des bénéfices de l'ordre de 600 millions de dollars par an à partir de 2010. «Des chiffres fantaisistes. Le site récemment restauré de Yaxha, d'un accès beaucoup plus facile et d'une richesse culturelle comparable, est un échec touristique», explique Véronique Breuil, archéologue rattachée au Cemca et qui travaille depuis douze ans au Guatemala.


«Le problème est que nous ne voulons pas 120 000 touristes. C'est le contraire du développement bien orienté pour lequel nous luttons depuis des années. Et, s'il a lieu, à qui va vraiment profiter cette arrivée ?», demande Fredy Molina de l'organisation Acofop, qui regroupe 22 communautés forestières à l'intérieur de la RBM. Même analyse chez les Mayas Itza, pour qui le projet est vécu comme un affront : «Nous avons appris ce projet par la presse alors que nous avons toujours conservé ce patrimoine bien avant l'arrivée de Richard Hansen. C'est devenu son «bébé» et bientôt un produit commercial», affirme Reginaldo Huex, représentant des Mayas Itza.


La question de la privatisation des sites archéologiques est bien d'actualité au Guatemala où l'Institut d'anthropologie et d'histoire a déjà réalisé plusieurs études sur le sujet. Ce petit pays d'Amérique centrale a sur son territoire plus de 3 000 sites archéologiques répertoriés. Pour donner une autre idée du phénomène, sur les 331 communes, seules trois ne disposent d'aucun site archéologique. Si aujourd'hui le projet du Mirador attire nombre de convoitises privées, il est vu également dans la sphère publique comme un moyen de gérer un patrimoine coûteux. D'après un diagnostic réalisé par Véronique Breuil à Tikal à la demande du Guatemala, «après cinquante ans d'exposition, la pierre devient friable et se pulvérise. En outre, malgré sa renommée, ce site ne s'autofinance toujours pas. Pour le Mirador le dilemme est encore plus complexe puisqu'il s'agit de structures stuquées qu'on ne sait pas conserver».


En dépit de ces difficultés – restauration impérative du site, opposition locale, manque d'eau –, financeurs (Banque interaméricaine de développement) et fondations privées (National Geography Society, Global Heritage Fund, Counterpart International, etc.) ont déjà répondu à l'appel de Richard Hansen et le gouvernement va présenter prochainement le Mirador pour un classement auprès de l'Unesco. Interrogé, le bureau de l'Unesco au Guatemala n'a pas souhaité s'exprimer sur la question du projet touristique. Mais sur son site Internet, l'institution insiste déjà dans ses nouvelles directives concernant le «développement du tourisme pour financer les sites classés Patrimoine de l'Humanité».


Site du projet de Richard Hansen : www.miradorbasin.com Site de l'association opposée : www.acofop.org
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Mano

"Faites que vos rêves dévorent votre vie avant que votre vie ne dévore vos rêves" Saint Exupéry

(Ce message a été modifié par Kapoue le 28 mars 2005 à 3:37.)


Philippe2003
Genève, Suisse

28 mars 2005 à 9:32

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Re: [Kapoue] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Salut,

Thème intéressant à plusieurs égards.

Tout d'abord, la privatisation du site archéologique. Cela me fait penser aux connaissances des guérisseurs qui sont volées par les laboratoires pharmaceutiques et donc privatisées elles aussi. Les peuples qui ont repéré, testé , élaboré des médicaments à bases de plantes et de minéraux de leur environnement s'en voient dépossédés. Il se passe la même chose avec ce site archéologique. Ce qui appartenait à ces mayas descendants des habitant originels de ces sites va leur être enlevé pour appartenir à un investisseur qui ne voit certainement que des bénéfices à réaliser sans prendre en compte les gens, leur culture, etc. Bref, j'ai bien peur qu'il en fasse une sorte de Disneyland archéologique.

Ensuite, si ce scénario prend vie, il y a les gens qui seront attirés par ce Disneyland archéologique. Où ira l'argent ? Certainement pas vers ceux qui en ont besoin pour avoir un toit, de la nourriture pour leur famille, des soins, de l'éducation, etc. Les bénéfices iront hors du Guatémala.

C'est d'ailleurs un des points qui distigue le touriste du voyageur. L'argent du touriste reste dans son pays d'origine car la compagnie aérienne, l'hôtel, le restaurant etc., appartiennent à d'autres personnes que les natifs du lieu visité. L'argent du voyageur reste en partie dans le pays car nous utilisons de petits hôtels, des restaurants, des transports locaux, etc.

Philippe
-------
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28 mars 2005 à 11:25

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Re: [Philippe2003] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Le problème de la privatisation est plus complexe car si ce genre de site doit être aménagé pour le tourisme, l'état n'est pas en mesure de fournir les infrastructures d'accueuil, les fonds nécessaires à l'entretient du site et au développement des voies d'accés pour les visiteurs. Donc, il faut faire appel à la privatisation pour pouvoir mettre en place les différents éléments nécessaires à cet accueil ou sinon se contenter d'infrastructures de base qui ne seront, de toute façon, jamais rentables. Donc, si un profit veut être retiré de l'exploitation de ce type de site, il faut privatiser (précision : on est dans le contexte du Guatémala, contexte que l'on pourrait étendre à de nombreux pays d'Amérique Latine). Il est sûr que la privatisation va spolier les populations locales mais, de toute façon, elles en dégageront des retombés financières quoiqu'il en soit : formation et emploi de guides, mise en place de petits hôtels, de petits restaurants, de petits magasins,...L'élément le plus à craindre dans ce genre de situation n'est pas de savoir si les populations locales en retireront un bénéfice ou non, mais bien au contraire c'est le risque de les asservir à un revenu facile partie prenante d'un processus de décultartion.

Je ne suis pas d'accord quand vous parlez de Disneyland archéologique. Ce type de site forestier ne devient jamais un "disneyland archéologique", ce n'est pas Chichen Itza ou Tikal ; El Mirador a la chance de ne pas être à "proximité" d'un axe routier guatémaltèque. Pour reprendre les propos de Véronique Breuil : Le site récemment restauré de Yaxha, d'un accès beaucoup plus facile et d'une richesse culturelle comparable, est un échec touristique. Il y a donc fort à parier qu'il en sera de même, voire pire, pour El Mirador.

Le problème de là où va l'argent est important mais, là aussi, les populations locales et l'état guatémaltèque auront des retombés. Ce qui est toujours mieux que zéro retombé dans le cas d'infrastructures d'état non adaptées, non entretenues et succintes (surtout si elles sont gérées par les populations locales aux quelles l'état ne fournira jamais les fonds nécessaires à l'entretient du site et des infrastructures) qui en plus génèreront des déficits. Après, bien entendu, je met de côté toutes les malversations possibles qui ont, hélas, généralement lieu dans ce genre de situation.

Le véritable problème que soulève l'article est en fait tout autre que les points que vous soulignez, bien qu'il soit nécessaire de les dégager comme vous l'avez fait.

La question est de savoir si l'on doit créer un contexte idéal pour la visite de ce type de site, contexte privée ou d'état. Développer un contexte facilitant l'accés au site, aux structures qui le composent et facilitant la permanence des touristes sur place entrainera irrémédiablement un processus accéléré d'altération et de dégradation du site. Nous sommes donc bien en face d'un problème de conservation. Un exemple tout récent illustre à merveille cette notion, il s'agit du Machu Picchu au Pérou. Ne vaudrait-il mieux pas laisser le site ouvert aux visites sans développer d'infrastructures qui en faciliteraient l'accés, ceci dans un soucis de conservation? De plus, dans ce cas, les populations locales en dégageront un bénéfice (succint soit, mais présent et géré par leurs soins) ainsi que l'état qui est toujours en mesure de faire payer l'entrée (bien que cela soit difficilement réalisable quand on voit l'étendu et la disséminiation de ce type de site).

Reste à savoir qui financera les fouilles et la restauration. Pour ce qui est des fouilles, c'est généralement un financement partagé (ex. : état guatémaltèque + institutions étrangères, tels que les centres de recherches étrangers si ces dernières prennent part aux fouilles bien entendu). Pour la restauration et l'entretient du site, le rôle doit être joué par l'état guatémaltèque mais aussi les institutions telles que l'UNESCO (dans ce cas), les ONG, mais aussi les financiers et les fondations privées.

Le nerf de la guerre, c'est l'argent. Il en faut pour la recherche et celle-ci est dénuée d'intérêt (hum, hum, du moins sur le papier). En revanche, les états veulent des retombés financières et, en cela, le tourisme est un moteur de développement économique. Doit-on mettre en péril un passé, une histoire, un patrimoine pour aider au développement économique contemporain d'un pays* ; développement qui est tout à fait relatif à la vue du peu de possibilité de rentabilité de ce type de site? Ne vaudrait-il mieux pas, dans ce cas, laisser le site ouvert aux visites sans développer d'infrastructures qui en faciliteraient l'accés? Ne serait-ce pas là un compromis correct?

Je profite de ce post pour rappeler à chacun que notre comportement sur les sites archéologiques doit être exemplaire car c'est aussi au travers de celui-ci que l'on montre notre respect aux peuples visités, à leur culture et à leur histoire. De plus, au travers de ce comportement, nous avons aussi la possibilité d'être acteur de la conservation du patrimoine et nous inscrire ainsi dans la marche de l'histoire en participant à sa conservation. Finalement, cet article met aussi en relief ce problème car si les touristes étaient plus responsables, ces difficultés de conservation seraient considérablement réduites.

*Je n'ai pas de réponse tranchée à cette question, mais l'histoire, et ses témoignages, est ce qui crée la spécificité de chacun.
-------
El Chachapoyano


Philippe2003
Genève, Suisse

28 mars 2005 à 14:02

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Re: [Chachapoya] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Bonjour Chachapoya,

Je te trouve bien optimiste.

Il y a de nombreux sites, archéologiques ou non, qui sont de vrais appels d'air pour le tourisme. Quand tu dis que les poplations locales

 Citation 
elles en dégageront des retombés financières quoiqu'il en soit : formation et emploi de guides, mise en place de petits hôtels, de petits restaurants, de petits magasins,...L'élément le plus à craindre dans ce genre de situation n'est pas de savoir si les populations locales en retireront un bénéfice ou non, mais bien au contraire c'est le risque de les asservir à un revenu facile partie prenante d'un processus de décultartion


, il y a de très nombreux contre exemples, avec de véritables villages touristiques comprenant en plus des hôtels, des restaurants, des boutiques et des guides non locaux qui parlent la langue des touristes. Pour les locaux, il ne reste plus que les emplois les moins bien payés : femmes de chambre et garçons de cuisine. Avec la déculturation en plus de la spoliation.
Il est vrai que le site que tu décris n'est pas Chichen Itza, j'ajouterai pas encore. Qu'en sera-t-il dans 20 ou 30 ans?
L'Etat guatémaltèque aura peu de retonbées financières. Tous les Etats d'Amérique centrale ont mis au point des lois d'investissements étrangers qui permettent à l'investisseur de ne pas payer d'impôts pendant 5 ou 10 ans, et d'exporter ses profits.
Les seules retombées seront anexes, sur les dépenses de consommation des ménages. Il y a de nombreuses ONG qui critiquent cet état de fait.
Comme partout, c'est la course politique au nivellement par le bas.

Philippe
-------
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Zitoune
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28 mars 2005 à 14:30

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Re: [Philippe2003] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Salut Philippe, il est sûr que des infrastructures appartenant à des sociétés étrangères pourront bénéficier de rentrés financières pouvant être importantes. Mais les locaux eux aussi pourront accéder à cette manne financière qu'est le tourisme, même à moindre échelle : vendeurs ambulants, tiendas,...La question n'est pas de savoir qui récoltera le plus car cela nous le savons, les dés sont pipés dès le départ. C'est une injustice en soit mais c'est ainsi, d'où peut être la solution de ne pas aménager ce type de site pour que les locaux puissent retirer et gérer eux mêmes les bénéfices issus du tourisme.

"Qu'en sera-t-il dans 20 ou 30 ans? " C'est le contre-argument classique. Le problème n'est pas de savoir ce qu'il en sera dans 20 ou 30 ans au niveau du tourisme sur le site d'El Mirador car on ne peut pas présager s'il se développera au tourisme ou non, même avec les infrastructures. De nombreux autres sites archéologiques au Guatémala ou autres ont été aménagés pour le tourisme et cela n'a pas forcément était une réussite. Les sites archéologiques n'attirent pas toujours les foules, même en plein coeur de la forêt du Péten. Ce peut être un échec comme une réussite même avec de grosses campagnes de promotions. L'unique chose dont nous sommes sûr c'est que si le site est aménagé pour le tourisme, dans 20 ou 30 ans il aura déjà entamé un processus de dégradation irréversible, même avec peu de visiteurs. De cela nous sommes sûr, c'est donc sur ce point qu'il faut agir.


"L'Etat guatémaltèque aura peu de retonbées financières. Tous les Etats d'Amérique centrale ont mis au point des lois d'investissements étrangers qui permettent à l'investisseur de ne pas payer d'impôts pendant 5 ou 10 ans, et d'exporter ses profits.
Les seules retombées seront anexes, sur les dépenses de consommation des ménages. Il y a de nombreuses ONG qui critiquent cet état de fait.
Comme partout, c'est la course politique au nivellement par le bas. "

Oui, mais la visite d'un site archéologique, même totalement privatisé (ce qui est quand même plus que rare et qui, je pense ne serait pas le cas pour El Mirador), fait fonctionner l'économie locale et donc nationale : utilisation de taxis, de bus, achats de nourritures, d'eau, .....Je suis d'accord avec toi, c'est minime mais, comme dis ci-dessus, les dés sont déjà pipés.

Je persiste quand même à dire, comme dans mon premier post, que la question est de savoir si l'on doit créer un contexte idéal pour la visite de ce type de site, contexte privée ou d'état.

Quoiqu'il en soit, je ne suis pas non plus pour la privatisation du patrimoine, j'essaye juste de comprendre certains fonctionnements et prenant en compte les différents arguments ; cela ne signifie pas que je les accepte.

A bientôt
-------
El Chachapoyano


trans
France

28 mars 2005 à 14:39

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Re: [Kapoue] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Est-ce qu'on se pose ce genre de question face à l'exploitation touristique des châteaux de la Loire ou des arênes de Nîmes ?
-------
Le pire des risques c'est de n'en prendre aucun.


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Kapoue
Bangkok, Thaïlande



28 mars 2005 à 20:56

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Re: [trans] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Non, car le contexte économique et social n'est pas le même. Ni même le climat qui joue un importance capitale dans la conservation du site. Et si on ne se pose pas la question en France, c'est que la France est un pays riche, qui finance la conservation de ses sites par des fonds publics. Contrairement à l'exemple cité pour el Mirador au Guatemala, en France ce ne sont pas des entreprises privées qui viennent financer ce genre de projets. Et donc l'idée de faire du profit sur la visite du site ne rentre pas en compte. Ce qui n'empêche pas à beaucoup de personnes de vivre grâce à ses monuments (hotels, restaurants, etc...)

La France peut se payer le luxe de financer l'entretient et la sauvegarde de ses monuments sans faire appel à qui que ce soit.

A part ça je trouve que chacun des avis exprimés par Philippe 2003 et Chachapoya sont pertinents et expriment des inquiétudes bien réelles.

J'adhère complètement à l'idée qui a été exprimée sur le comportement que doit adopter les visiteurs quand ils visitent ces sites. La plupart du temps (voire à chaque fois) que j'ai visité un site archéologique au Mexique ou au Guatemala, j'ai tout fait pour arriver le premier le matin sur le site. On rencontre qqs autres voyageurs qui avaient la même envie. On est en totale harmonie avec l'environnement qui nous entoure, on prend le temps de visiter, on n'est pas pressé par le fait qu'il y a deux personnes qui sortent tout droit du club med d'à côté qui sont là derrière vous à attendre que vous dégagiez pour prendre THE photo. A 10h, voilà que le site se transforme en usine ! Les cars arrivent, ça crit, ça coure, ça mange n'importe où, ça jette n'importe où, c'est le boxon général et on voit des choses qui vous font monter la moutarde au nez.

Le problème est que toutes ces agressions, que ce soit celles qui sont dues à ma simple présence sur un site ou celles beaucoup plus condamnables qui sont comportementales, ne peuvent être endiguées faute d'argent dans ces pays. Déjà que ça coute cher de restaurer un site, alors s'attarder sur ce genre de problème qui paraît secondaire est bien le cadet des soucis des personnes qui dirigent le site. L'argent est encore une fois le nerf de la guerre.

C'est là que le problème de l'éducation du voyageur / touriste se pose. La plupart d'entre eux y vont comme dans un parc d'attraction... sans vraiment peser ce que leur comportement peut générer comme dégâts sur des dizaines d'années. Malheureusement, on ne peut pas mettre un site comme Tikal sous verre comme c'est le cas pour la Joconde. On peut prendre aussi l'exemple de la grotte de Lascaud qui a été reproduit à l'identique pour éviter que la "vraie" grotte se dégrade à vitesse grand V ! Mais cela n'est pas possible avec les sites archéologiques dont on parle.

Ce qui est possible : c'est limité l'accès à ses sites (quotas de visiteurs quotidiens) et éduquer les visiteurs.

Un des problèmes soulevés par l'article est la potentielle détérioration non seulement du site, mais aussi de tout l'environnement écologique qu'il y a autour. La réserve biosphère maya est pour l'instant vierge de toute agression et je pense qu'elle doit le rester. Des routes, une voie ferrée, un héliport, des constructions urbaines viendraient anéantir tout cela. Le Peten et sa forêt vierge reste encore relativement préserver, mais avec ce genre de projet, Quid ?
-------
Mano

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Philippe2003
Genève, Suisse

29 mars 2005 à 1:26

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Re: [Kapoue] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Bonjour,
Je partage l'avis de Kapoue. Quand je parlais d'ONG qui critiquent les dégâts causés par le tourisme irresponsable, je pensais à des ONG promouvant le tourisme durable. Il ne peut passer qu'avec l'éducation des touristes.
Quand Kapoue parle du comportement de nombreux touristes, comme dans un centre d'attraction, je partage son avis, d'où mon mot *Disneyland archéologique".
Arriver dans un site archéologique tôt le matin est merveilleux. Je me souviens de Tikal et de son lever de soleil depuis le sommet du temple numéro 5 et du Taj Mahal avant l'arrivée des cars de touristes à 08h00.
Au sujet des "retombées financières" sur la population locale, j'avais en tête St Domingue. Une de mes soeurs y est allée dernièrement. Elle m'a décrit l'usine à touristes, les séjours sont tout inclus (vols, hôtels, restaurants). Il est possible de ne pas sortir de l'hôtel durant tout le séjour. Précédemment, ce n'était pas ainsi, les restaurants locaux fonctionnaient avec les touristes. Maintenant, avec le tout inclu, c'est la ruine, la misère pour la population avec tout ce que cela implique ; explosion du nombre de taxis, magouilles, prostitution.
Que pouvons-nous faire ?
Philippe
-------
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trans
France

29 mars 2005 à 1:35

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Re: [Philippe2003] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Rassurez-vous le site d'el Mirador ne sera jamais un site touristique à la dominicaine. D'abord il n'y a pas la mer ! et en plus il n'y a aucune station balnéaire à une distance raisonnable. Donc on n'a pas vraiment à craindre un tourisme de masse.

D'autre part je ne suis pas certain que le tourisme massif entraîne la dégradation des sites. J'ai connu Tulum et Tikal, par exemple, à une époque où c'était des sites ouverts sans aucun contrôle. A cette époque les visiteurs grimpaient n'importe où sans grand respect des lieux, alors que maintenant les monuments sont protégés et surveillés.
-------
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Zitoune
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29 mars 2005 à 4:26

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Re: [trans] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Si, le tourisme massif entraîne la dégradation des sites ; la pierre a une durée de vie et s'use, les glyphes (dans ce cas) s'altèrent et disparraissent au final si au cours des ans elles subissent les innombrables pas et touchés des touristes. Il en est de même pour les escaliers, les murs, les différentes structures d'habitat sur lesquels les gens s'appuient pour prendre des photos, ce qui exerce à terme des pressions sur le système de construction, pressions non prévues à l'origine et qui affaiblissent la structure,...Un site archéologique n'est pas immortel surtout si, en plus des dégradations naturelles (infiltration d'eau, racines des arbres,...), les dégradations anthropiques anormales s'accumulent au cours des ans en accueuillant un nombre de personnes superieur à celui prévu à l'origine. D'où la nécessité de la conservation et restauration. Je cite à nouveau l'exemple du Machu Picchu car il est significatif : ce site à l'origine n'était pas prévu pour accueuillir 2000 personnes par jour quand les Incas l'ont construit. Bilan : il est en péril. Ce n'est pas visible pour le néophyte, mais les terrasses de soutenement s'affaissent sous le poid continu du flot des touristes, les pierres de constructions s'altèrent à une vitesse anormale,...et je ne parle pas des mégots de cigarettes qui polluent l'écosystème et des piolets de randonnés à pointe en fer utilisés par les touristes et qui dégradent énormément la pierre. Bien sûr, tout cela n'est pas visible à l'oeil nu mais la dégradation accélérée et anormale est bien présente.

C'est justement parce que tout le monde faisait n'importe quoi à Tikal et Tulum que les gouvernements respectifs en ont règlementé les parcours de visite. De plus, l'affluence sur ces sites il y a 10 ou 20 ans était bien moins importante qu'aujourd'hui. Quoiqu'il en soit, je suis aussi d'accord pour dire que El Mirador présente une situation qui le protège d'où la nécessité de préserver cette situation en évitant d'en aménager l'accés.

"Est-ce qu'on se pose ce genre de question face à l'exploitation touristique des châteaux de la Loire ou des arênes de Nîmes ? "

Bien entendu, et le problème est aussi de taille entre les municipalités qui exploitent ces sites et les diférentes structures de conservation nationale. Mais les moyens dont dispose la France sont tout autres que ceux du Guatémala. Certains châteaux de la Loire peuvent fermer pour restauration et les visites sont interdites. De plus, il n'est pas rare que le nombre de visiteurs soit limité dans une salle, justement pour éviter d'abimer les parrquets (par exemple) ; ou que le flash soit interdit (et il y a d'inombrables exemples dans ce style). Tikal (par exemple) ne sera jamais fermé au tourisme (même pour une courte durée) pour restauration car il y a un trop gros manque à gagner pour l'état guatémaltèque. De plus, les fonds et les techniques que peut investir le gouvernement français pour restaurer et conserver un site sont incomparables à ceux investis pour restaurer et conserver un site dans ces régions du globe.

Pour ce qui est des arènes de Nîmes, mis à part pour la feria et quelques concerts, on ne peut pas comparer car l'affluence journalière des simples visites n'est en rien proprotionel à l'afflunece d'un site comme Tikal ou Machu Picchu. De plus, les restaurations sur les arènes de Nîmes sont légions (rien que pour entretenir la façade exterieure qui s'altère avec les dégazages des pots d'échappement), tel que les ravalements de façade. De plus, elles accueuillient (sauf en cas de concert où il y a aussi un public important dans l'arène même (c'est-à-dire là où il y a le sable) ) un nombre de personne proportionel à leurs capacités d'origine ce qui n'est pas le cas pour les sites dont nous parlons.
Et là est un des problèmes majeurs de ces sites : ils ne sont pas adaptés de part leurs caractéristiques constructives d'origine à recevoir une telle affluence.
-------
El Chachapoyano

(Ce message a été modifié par Chachapoya le 29 mars 2005 à 4:33.)


Kapoue
Bangkok, Thaïlande



29 mars 2005 à 20:18

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Re: [Philippe2003] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

J'ai le même souvenir que toi à Tikal, le levé du soleil sur ce site est cette nature seul en haut du temple IV. Fabuleux ! D'où l'image de mon avatar ci-contre.

Sinon, pour l'exemple cité à propose de St Domingue, je partage ta vision. On pourrait citer celui de la Riviera Maya qui n'a de maya que le nom et qui est envahit et posséder par les américains. Mais j'avoue qu'à St Domingue, c'est encore plus spectaculaire. D'ailleurs le raccourcit est tout fait avec ce que subit l'Amérique Latine depuis des lustres : un pillage en règle de ses ressources et une exploitation de ses habitants par bon nombres de pays étrangers et de multinationales, qui rapatrient ensuite tous les capitaux chez eux... Exemple du caoutchou, des mines, dernièrement l'exemple flagrant de l'argentine, qui s'est trouvé en banqueroute et notamment ses banques car tous les capitaux étrangers avaient fuis !
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Mano

"Faites que vos rêves dévorent votre vie avant que votre vie ne dévore vos rêves" Saint Exupéry


annevigna
Mexico, Mexique

29 mars 2005 à 22:36

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Re: [Kapoue] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Bonjour à tous,



En tant qu’auteur du papier, je me permets juste d’ajouter quelques éléments à vos réflexions que je trouve très justes en particulier sur le comportement des touristes. Simplement ajouter mais l’article n’en parle pas, que le comportement des touristes est en effet une des clefs. Car il est possible d’aller au Mirador avec les locaux qui sont déjà formés comme guides et à qui tout l’argent revient. Voir pour cela, le site de l’organisation EchoWay (www.echoway.org) qui promeut les projets locaux de tourisme solidaire et/ou écologique dans le monde mais surtout dans cette région http://www.echoway.org/fr\preparez\contenu\Am_latine\parcours.htm





Le site du Mirador risque malheureusement d’être relié à une route d’ici quelques années car il s’articule avec le projet Mundo Maya dont l’objectif est de relier les sites les plus prestigieux d’Amérique centrale pour que les touristes aillent toujours plus vite pendant leurs vacances. En ce qui concerne la privatisation, la question est de savoir pourquoi l’UNESCO et les fondations privées ne concentreraient pas leurs efforts pour que ce soient les populations locales qui en tirent profit et non Accor et les autres ? C’est d’ailleurs le sens du travail d’Acofop aujourd’hui, de proposer un projet alternatif pour le Mirador où les populations les plus proches du site en seraient les acteurs. Ce n’est évidemment pas le souhait d’Hansen qui cherche à monter un petit groupe de locaux qui ne représente en rien les communautés pour s’opposer au travail communautaire, en leur faisant miroiter du travail et des bénéfices.



Que peut-on faire nous voyageurs ? D’abord appuyer les projets locaux et il y en a beaucoup dans la région qui ne reçoivent presque personne (voir encore le site d’EchoWay pour cela). Ensuite refuser d’entrer dans ces logiques où pour les dollars des touristes, on va créer une infrastructure polluante et destructrice (routes, héliport, hôtels). La RBM n’en tirera pas de bénéfices, c’est assez évident quand on connaît la situation dans la région. Car je rappelle qu’il s’agit d’un projet de luxe et qu’il n’est même pas évident qu’il y aura des petits hôtels, des petites boutiques tenues par les locaux. Hansen me l’a dit clairement, il ne veut pas de voyageurs sac au dos mais des touristes qui arrivent pour une nuit de Cancun, qui consomment beaucoup (en particulier de l’eau) et cher : le tourisme le plus classique et le plus polluant comme on espérait ne plus en voir avec la prise de conscience actuelle sur le tourisme responsable mais qui est bien d’actualité au Guatemala, Mexique et Honduras.



Anne Vigna
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Anne Vigna


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Kapoue
Bangkok, Thaïlande



30 mars 2005 à 1:27

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Re: [annevigna] Le tourisme menace-t-il le berceau Maya ? [En réponse à] Répondre

Quelle chance ! je pensais pas tomber sur l'auteur de l'article. Je suis très heureux qu'une telle coincidence soit arrivée. Merci pour ce que vous faite, votre rôle d'information est capital.

Un grand merci pour cette réponse et pour ces informations très intéressante. Enfin une bonne nouvelle : je peux mettre un nom sur une association qui partage la même vision que moi. Le site d'Echoway figure dorénavant dans mes favoris.

@dios y suerte

Mano
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Mano

"Faites que vos rêves dévorent votre vie avant que votre vie ne dévore vos rêves" Saint Exupéry

(Ce message a été modifié par Kapoue le 30 mars 2005 à 1:38.)

 
 

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