
Grobi
France

9 avril 2004 à 22:55
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Je n’ai connu deux nuits au même endroit. Une constante migration, vers le Nord d’abord, l’Alaska, puis l’Ouest passant du continent américain aux zones insulaires des froides aléoutiennes, pour enfin assouvir mes appétits de vie aux lueurs de l’Asie. Une vie de voyage, dans son essence la plus vraie, mais aussi la plus dure. Tout au long de celle-ci j’ai suivi mes instincts, mes désirs, qualifier le comme vous le voudrez. Sans question ni pourquoi, je suivais ce qui devait être le fil de ma destinée. J’ai lutte pour vivre, pour survivre, pour avancer sur ce chemin qui s’éclaire peu a peu aux lueurs des expériences. Dans le sens du courant au début, puis… A l’inverse. Je suis aujourd’hui a contre-courant. Je rentre. J’ai parcouru avec la seule force de mes muscles quelques milliers de kilomètres, je suis maintenant à quelques centaines de mètres de la terre, des graviers qui m’ont vu naître. Quelques centaines de mètres. Mon but, enfin, je l’ai découvert il y a quelques semaines. Je l’ai ressenti plutôt, il s’est d’ailleurs impose a moi, simplement, sans doute, a l’instar de mon départ : Mon Retour. Apres une si longue route, un si long voyage… J’ai découvert que ma destination n’était autre que mon point de départ. L’ultime étape de ce a quoi je n’avais jamais réfléchi : Ma Vie. Splendide ou ironique ? A votre bon vouloir, ce sont des choses qui ne me concernent pas. Je ne suis de ceux qui pensent, je serais probablement considérer comme moins intelligent que la plupart des gens qui lisent ces lignes qui ne sont d’ailleurs pas les miennes pour la simple et bonne raison que je ne sais ni lire, ni écrire. Je suis simplement le témoin de ma propre existence et pourtant… Et pourtant. Je vous parle avec une certitude que, bien peut, voire probablement aucun d’entre vous ne possède. Je vous parle de ma vie. Je peux vous la faire partager aujourd’hui, sans risque d’erreur, bien que je n’y aie jamais réfléchi. Je n’y réfléchis pas plus maintenant d’ailleurs, mais je la vois plus clairement, dans son ensemble, pour la simple et bonne raison que je suis mourrant. A Quelques centaines de mètres du but donc. Je peux sentir cette odeur familière qui m’a berce pendant ma jeunesse et qui n’a jamais quitte ma mémoire au cours de ces années de voyage. Cette même odeur qui m’a servi, entre autres, a retrouvé mon chemin dans ce vaste monde. Mon regard se voile, j’ai de plus en plus de mal à respirer. Mes mouvements se font plus difficiles. Les minutes passent, tuant l’espoir. Elles se font les alliées d’un dénouement de plus en plus évident. L’inexorabilité de la situation me calme, m’envahie, dans une danse langoureuse, pénétrante, un ballet. Ballet qui a toujours fait partie de moi, mais dont on oublie volontiers la présence dans l’agitation de nos vies animales. Inspirer, expirer. Respirer une fois de plus devient respirer encore une fois. Un peu plus conscient de mes dernières respirations, la vie me gagne, au fur et a mesure qu’elle menace de me quitter. Le temps lui même semble s’allonger. La mort, je n’y avais pas songe, maintenant elle m’apparaît comme une évidence, ce qui devait arriver. Arrivera ce qui doit arriver… Etrange sentiment qui semble avoir gouverné ma vie, comme si le choix ne m’avait été donné, comme si mon destin était tracé. Acteur de ma propre fatalité, j’ai choisi de vivre, et c’est au fond le seul choix qui ne m’ait jamais été donné : La Vie. Ce souffle ardent qui jadis m’a bercé le voila aujourd’hui sur le point de m’abandonner. Mes forces s’amenuisent, épuisées par ce mois passé sans autre alimentation que l’espoir de revoir ma terre natale. La fatigue gagne mon corps meurtri, mes muscles encore vigoureux il y a quelques semaines semblent capituler devant ce retour si exigeant, contre courants et marées, sans nourriture, sans repos, cette dernière course contre le temps, mon horloge biologique m’ayant bien fait comprendre que la fin était dans l’air. ------- Voyager c'est demander d'un coup a la distance ce que le temps ne pourrait nous donner que peu a peu...
(Ce message a été modifié par Grobi le 9 avril 2004 à 23:10.)
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