
lalla
Torre Orsina (Ombria), Italie
Photo/image personnelle du membre lalla.
10 septembre 2005 à 8:31
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Voici quelques éléments de ma critique envers ce livre. L’auteur base sa réflexion sur une étude ethnographique et sur ces consultations. On tombe très vite dans une analyse strictement psychanalytique. La population sur laquelle est basée son observation est erronée dès le départ. Il la définit instable et hétéroclite, comme étant composée de jeunes en dérive, de toxicomanes, de prostitués, de sortants de prison ou d’hôpitaux psychiatriques. Il en oublie les demandeurs d’asiles, les mineurs, les expulsés (logement), les retraités (eux aussi expulsés des maisons de retraites), les travailleurs immigrés (autorisés sur le territoire administrativement), mais surtout ces nombreux salariés (emplois précaires) n’ayant pas de logement. Il définit le clochard, comme un être dans l’urgence, ivre, alcoolisé, hagard de rage, vociférant et dans l’urgence. Dans son constat sur l’évolution du centre de Nanterre (c’est peut-être ce qui m’a le plus choqué), il détermine deux populations distinctes : celles des clochards dit « classiques » et celle (majoritaire) de jeunes, apparemment en bonne santé, parasitant ce lieu. Ceux-ci n’auraient pas leur place. Il parle de « colonisation » des dortoirs. Pour être reconnu et déterminé clochard, faut-il être nécessairement « puant », sale, alcoolisé, envahi de parasites divers ? L’auteur semble oublier, qu’aujourd’hui sur Paris, de nombreux dispositifs ont été mis en place, permettant aux personnes vivant dans la rue, d’accéder aux soins d’hygiènes et médicaux ainsi qu’à leurs besoins alimentaires et vestimentaires (en autre, malgré qu’ils soient discontinus). De plus, pourquoi cette population de « colonisateurs » n’aurait-elle pas sa place ? Elle est aussi paupérisée, dans l’urgence. Peut-être moindre (si l’on doit établir une hiérarchie de l’urgence). Doit-on attendre qu’elle atteigne elle-même le seuil le plus bas ? La quasi-totalité de son observation n’est basée que sur ses consultations psychiatriques et médicales (une énumération infinie d’extraits d’entretiens) et sur ses quelques incursions en tant qu’« hébergé » au centre de Nanterre. Son champ et cadre d’observation est plus que restreint. La population des clochards de Paris se limite-t-elle seulement en ce lieu? Les personnes venant en consultation ou tout simplement en centre d’hébergement ont gardé un lien avec la réalité, avec le monde qui les entoure. Si l’on reste dans le champ strict de la taxinomie et l’on se base sur la définition du clochard, définit par l’auteur, pourquoi n’avoir pas alors basé son observation sur ces personnes refusant toute aide (financière, morale, alimentaire, accès aux soins), tout contact, tout rapport à l’autre, qui vivent « planqués » le long du périphérique, dans des squattes, qui nous sont quasi-invisibles. Il réduit le Samu Social à un simple « taxi social », ayant pour unique fonction le transport des hébergés vers les centres. Malgré ma vision négative et pessimiste de cette institution, il en oubli quelque peu la mise à l’abri (décompensation, hypothermie, urgence médicale) mais surtout le lien. Il faudra certaines fois des semaines, des mois, voire des années pour établir un contact avec certaines personnes (ceux dans le refus cités plus haut), ne serais ce que d’accepter tout simplement la présence de l’autre. Je pense que ce livre n’apporte pas une vision globale de la population clochardisée de Paris de par son cadre restrictif et de par son choix d’individus. Me l’ayant demandé, je te répondrai que ma critique est basée sur deux années passées au Samu Social en autre à marauder dans Paris et de l’échange que j’ai pu avoir avec de nombreux partenaires comme les hôpitaux de Paris, les urgences psychiatriques, les centres hébergement, diverses associations, les centres médicalisés, les pompiers, les commissariats et les citoyens parisiens. Ce n'est bien sùr qu'une vision personnelle. A+
(Ce message a été modifié par lalla le 10 septembre 2005 à 9:29.)
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