
Khaldoun
Strasbourg, France
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5 décembre 2007 à 11:04
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Le procès qui oppose le club des Grabataires à Mademoiselle Julie Zérouin se poursuit. Pour rappel, le club reproche à la jeune femme des termes injurieux utilisés à l’encontre des voyageurs qui applaudissent dans les avions à l’atterrissage. Dans une tribune, elle avait traité les claqueurs de «lourds, horripilants, et de super beaufs ». Les Grabataires exigent une sanction. Cet après-midi, la parole est à la défense. Le Greffier : (solennel) le Tribunal appelle Mademoiselle Kikyn Une jeune femme séduisante arborant une robe légère froufrouteuse s’avance le visage caché par ses mains. Le Juge : Mademoiselle, nous vous écoutons. Mademoiselle Kikyn (le visage toujours masqué) : « J’ai honte, Monsieur le Juge ! Je suis canadienne et mes compatriotes me font gerber ! A chaque fois que je prends l’avion, leurs applaudissements à l’arrivée me plongent dans une profonde affliction. Je me prends la tête dans les mains, comme je le fais devant vous, tellement j’ai envie d’aller me cacher. Quels nazes ! Le Canada, pays industrialisé et moderne? Mon oeil ! Un pays de mongoles, oui ! » Le Juge : Remettez-vous, Madame ! Mademoiselle Kikyn : (qui dévoile son minois et qui lance un cri) : Ils me désespèrent ! C’est d’ailleurs tout simple. (Elle dénude son épaule). Vous voyez ce maillot à fleurs sous ma robe ? Je fiche le camp bientôt. Marre de ces compatriotes à la cervelle de moineau. J’émigre à Hawaï. Le Juge : En somme, vous apportez un soutien total et indéfectible à Mademoiselle Julie Zérouin dans cette affaire ? La Cour en prend note et vous remercie. Le Greffier : la Cour appelle Madame Garnemez Une jeune femme au physique avantageux arrive à la barre. Le Juge : Madame, nous vous écoutons. Madame Garnemez : je suis allemande, Monsieur le Juge. Mes compatriotes sont d’un austère, d’un ennui mortel dans les avions. Dans cette affaire, je viens vous parler d’une autre peuplade que je connais sur le bout des doigts : les Marocains. Ah ! Ceux-là ! Impayables ! De véritables gamins ! Lorsque l’avion atterrit, Monsieur le juge, c’est l’extase. On applaudit à tout rompre, on s’embrasse, on se congratule, on loue Allah. Le voyage au Maroc commence toujours par cette exubérance des gestes et cette lueur de gaieté folle dans les pupilles de chaque Marocain qui atterrit. Le Juge : Vous expliquez ça comment, vous, Madame ? Madame Garnemez : Trivial, Monsieur le Juge ! Ils en sont encore chez eux à se balader à dos d’âne. Alors, forcément l’avion… !!! Vous imaginez la psyché d’un Marocain ? Passer du bourricot à l’avion et de l’avion au bourricot ? Il y a de quoi avoir les boulons qui sautent. Dans chaque avion de la RAM, un psy devrait être toujours prêt à intervenir. Le Juge : Quelle appréciation apportez-vous sur les propos de l’accusée ? Madame Garnemez : elle fait montre d’intolérance en traitant les Marocains de beaufs. Mais les Marocains, magnanimes et pacifiques, lui pardonnent volontiers. Voilà le message que je voulais faire passer. Le Juge : La Cour vous remercie. A propos de psy, nous allons être bientôt éclairés. Le Greffier : la Cour appelle le Professeur Dounkhal Un bel homme au teint halé et à l’élégance feutrée s’avance d’un pas assuré. Le Juge : Professeur, vous vous êtes penché sur la psychologie des claqueurs à l’atterrissage. Quelles sont vos conclusions ? Le Professeur Dounkhal (un sourire affable aux lèvres) : Je rentre tout juste du Vénézuéla à bord d’un vol de la Lufthansa, Monsieur le Juge, et je confirme tout à fait cette rigidité des Allemands dans les avions. Makache les applaudissements ! (Sérieux tout à coup) S’agissant des claqueurs, les applaudissements sont les signes d’une vulnérabilité, d’une faiblesse primitive devant le massif, le clinquant, le sensationnel. L’homme est minuscule et il prend la mesure de son infinitésimalité dans ce joyau de la technologie moderne qu’est l’avion. Dans un 747 qui décolle par un froid polaire et atterrit sous une canicule, l’émotion est à l’arrivée à son paroxysme. Les applaudissements soulagent et libèrent. Le Juge : Diriez-vous que les claqueurs sont …euh… (Petite hésitation) des beaufs comme le soutient l’accusée ? Le Professeur Dounkhal : Ils sont vulnérables, expressifs. Ils sont un peu ploucs, un peu sots, peut-être. Mais ce sont aussi les plus authentiques ! Car les autres, les voyageurs qui restent muets et droits dans leurs bottes en apparence sont aussi sensibles au miracle avion. Tous, sans exception, ont une pensée pour le pilote à l’atterrissage : un sentiment mêlé d’admiration, de reconnaissance et de satisfaction devant le travail bien fait. Ils ne le montrent pas, voilà la différence. Beaucoup applaudissent intérieurement. Le Juge : La Cour vous remercie. Le Greffier : la Cour appelle le Clan des Belges Un petit groupe de joyeux lurons, un sourire vissé aux lèvres, se présente. Le Juge : Messieurs, nous vous écoutons. Un Belge : Nous aimons les bonnes blagues, Monsieur le Juge. Avec Julie, nous étions pliés, écroulés de rire. Nous sommes conquis et nous disons aux français haut et fort : « Gardez votre Johnny et donnez nous Julie ! » Eclat de rire dans l’assistance ! Le Juge (qui tambourine) : Silence dans la salle ! (Se tournant vers les témoins) Les Belges, pensez-vous que l’accusée a tenu des propos répréhensibles à propos des claqueurs ? Un Belge : Vous êtes un marrant, vous aussi, Monsieur le Juge. Cette gamine a les défauts de sa jeunesse : naïve, spontanée, maladroite… Elle apporte de la fraîcheur et de la candeur au débat. Voilà pourquoi les Grabataires s’acharnent sur elle. Ces grincheux devraient aller à la pêche à la ligne ou apprendre le tricot au lieu d’embêter notre Julie, une fois. Un autre Belge : Tout à fait, deux fois. Un troisième : Tout à fait, trois fois. Le Juge : ça va, ça va… la Cour en prend note et vous remercie. (Un coup d’œil vers le greffier) Plus de témoins ? La Cour se retire pour délibérer. Séance suspendue ». Khaldoun
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