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hialle
Pau, France



7 mars 2007 à 12:51

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Lettres du Cambodge Répondre

Ce lundi de février, on sort de notre grand hôtel type soviétique qui donne sur le Mékong à Kompong Cham pour reprendre notre route à bord d’une vieille « land cruiser ». Une roue est crevée, dommage. En riant, je me dis qu'une journée mal commencée finit toujours bien.
Les cambodgiens ont une technique très particulière pour réparer les crevaisons. Ils cherchent d'abord le trou de le chambre à air dans de l'eau (classique). Puis ils prennent un gros caoutchouc, l'appliquent au niveau du trou, mettent sous presse avec un petit godet dans lequel ils versent un liquide inflammable. Ils laissent brûler ensuite 1/4 d'heure, et ça y est, c'est fait. Zéro colle, juste de la chaleur. Ils sont remarquables, ils arrivent à réparer une roue de moto sans la démonter. J’en connais qui pourrait prendre quelques leçons de mécanique. On rechange la roue de secours et c'est reparti.
On remonte dans notre vieux 4x4 réparé. Direction Kampot à 350 Km, en comptant 50 Km/h de moyenne, on a le temps d’admirer le paysage. Une route un peu défoncée, les maisons en feuille de cocotier ou en bois, et sur pilotis tout le long, les rizières jaunies par le soleil. De temps en temps, on voit une cahute sous laquelle une vingtaine de batteries sont en train de se recharger pour donner un peu de clarté à l’unique néon qui éclairera chaque maison.
Petit détour au temple de Phnom Chisor. Près de 500 hautes marches que l’on gravit vaillamment en début d’après midi sous plus de 35 degrés, et en plein soleil. Une vue sur la plaine magnifique, mais écrasée par la chaleur. Une atmosphère magique règne dans ce temple. Il est presque en passe de s’effondrer, et quand on rentre à l’intérieur, protégé par un toit en tôle ondulée, on y découvre un petit buddha dans la fumée des bâton d’encens, avec une vielle femme Khmer, gardienne du temple. Ces lieux sont toujours emplis d’une grande sérénité et d’une grande spiritualité. Il s’y passe réellement quelque chose d’indéfinissable.
La descente des marches sera plus rapide. Sur la piste ocre et poussiéreuse du retour, il y a de nombreux artisans qui tissent la soie. Les métiers à tisser sont installés sous les maisons à pilotis, bien à l'ombre. On s'arrête dans une de ces maisons où vit toute une famille. On avance timidement, sans vouloir violer leur intimité, mais ils nous font signe d’avancer. Ces gens sont véritablement adorables, souriants et nous montrent comment ils font fonctionner leur métier à tisser. Sous cette maison, il y a 3 métiers sur lesquels sont tendus des mètres et des mètres de fils de trames de toutes les couleurs, des plus vives au plus chaudes. Cette famille est impressionnante. Tout le monde travaille. Une mamie toute ridée reprend la soie du rouet pour en faire les bobines qui iront dans les navettes en bois. Merci les vieilles roues de bicyclettes recyclées. Le gamin de 14 ans a une dextérité étonnante, et un sérieux de militaire. Avec les pieds, il actionne les pédales, avec la main droite il actionne une poulie qui lève ou baisse les fils impairs, et avec la main gauche, il actionne le peigne pour tasser la soie. La mère tisse avec les deux plus jeunes enfants sur les genoux. Le père, lui, démêle les fils de trame sur lesquels une poule avait tranquillement déféqué. Tout cela sur la terre battue, sous les maisons en pilotis, entre les animaux domestiques (vaches, poules ….) et en bord de piste. Et de ces conditions particulièrement "rustiques'', il en ressort un tissu d'une splendeur extraordinaire. Des mètres de soie sauvage, qui vont atterrir dans des boutiques de luxe, à des prix exorbitants.

Il se fait tard, on reprend la route. On a encore beaucoup de Km, ou plutôt, d'heures de route. Le soir arrive, la nuit tombe. Il faut imaginer une route de campagne, bordée de maisons, sans aucun éclairage ni lumière. Des hommes, des femmes, des gamins qui courent, des vélos, des motos avec des familles entière à califourchon, des vaches, des voitures, des taxis avec les galeries autant chargés de ballots que d’hommes et de femmes, des camions débordants de tous côtés. On se dit que c'est curieux qu'il n'y ait pas plus d'accident, mais Loran qui conduit le 4x4 est très doué pour slalomer entre tout le monde.
Heureusement qu'il y a le klaxonne qui permet de se faire un peu de place et surtout de se faire entendre des gamins.
Les heures passent. Il y a peu à peu moins de monde. La nuit est quasi noire.
Sur la route, on aperçoit un gros branchage au milieu de la chaussée derrière un camion. Au Cambodge, il n'y a pas de triangle ou de gilet jaune fluorescent pour prévenir. C'est ainsi qu'on signale un problème, avec une branche de bananier. Et des camions en panne, ce n'est pas ce qui manque. On double donc le camion, pensant qu'il a crevé. En fait, de l'autre côté, on distingue une énorme masse au milieu de la route. C'est un taxi collectif qui ayant perdu le contrôle en roulant trop vite a heurté le bord d'un pont pour faire un tonneau ensuite. Il y avait bien évidemment des gens qui voyageaient perchés sur le toit du bus. Ils ont été éjectés avec une grande violence. On découvre alors l'horreur absolue. Le taxi collectif est sur le côté, complètement esquinté, les vitres en morceau. Autour, le sol est jonché de corps dementibulés, désarticulés, ensanglantés. Indescriptible. Le drame à l'état pur. Six morts. On est d'une impuissance totale. Juste tenir quelques minutes la main d'une femme qui respire encore en lui caressant le visage doucement. Dans ses yeux, une expression de peur, d’angoisse, de douleur. Lui dire quelques mots dans une langue qu’elle ne connaît pas semble assez vain, et pourtant, c’est la seule chose qu’on puisse faire. Lui parler doucement.
Le plus surprenant, pas un cris, pas un gémissement, aucune panique, tout le monde reste calme. Le fatalisme total, beaucoup de dignité aussi. Juste une petite fille qui pleure. Il semble que le taxi ait essayé de l’éviter, d’où l’embardée sur ce pont.
Au bout de 3/4 d'heure, pas de secours, pas de médecin, pas de pompier ...... difficile d'imaginer semblable situation en France.
On apprend le lendemain que le chauffeur est vivant. Il a perdu un oeil et une jambe. Mais en plus, il a perdu son outil de travail, le taxi. Comme il est responsable de l'accident, il devra payer 2500 $ pour chaque mort, et les soins des blessés. Il a 6 morts sur la conscience, et la ruine devant lui. Il faudra qu'il paye, pas d'assurance.
Quant aux blessés graves, il y a peu de chance qu'ils arrivent vivants à l'hôpital.

Voila. Le Cambodge, c'est aussi ça. Une gamine qui joue sur un pont ….. et quelques minutes après, le drame.
Autre visage. On savait que ce pays nous procurerait quelques belles claques, mais on ne s’attendait pas à celle là.

Pascale.



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teamten
Au milieu des oliviers, France

Photo/image personnelle du membre teamten.

Description de la photo/image: Jeune femme réparant son bracelet, village du désert du Thar, Inde.


7 mars 2007 à 13:45

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Re: [hialle] Lettres du Cambodge [En réponse à] Répondre

Salut,
l'histoire d'un drame, tu fais bien de coucher cela sur le papier, des moments qui doivent hanter, j'en ais des frissons....
Souvent il arrive de voir un bus , un véhicule , cramé sur le bas-coté, sans jamais vouloir imaginer les moment d'horreur qui se sont déroulés... Le vivre en direct....
J'espère que tu évacuera rapidement cet instantanné de vie.
A+ Sourire


Alan
Nice Côte d'azur ..., France

7 mars 2007 à 14:04

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Re: [hialle] Lettres du Cambodge [En réponse à] Répondre

Le Cambodge c'est surtout celà dirais je plutôt ..... des accidents de la vie, certes terribles ici, mais qui arrivent chaque jour et auxquels nous autres touristes sommes rarement confrontés de plein fouet .... et surtout c'est l'annéantissement de toute une vie pour ces gens qui ne possédent déjà rien et surtout pas de couverture sociale .....

Y être confronté doit être quelquechose qui nous fait ressentir encore plus ce sentiment d'impuissance, et surtout aprés coup de " nantis " qui peut nous donner quelque honte à être là en spectateur de leur vie ......

C'est bien d'avoir retransmis celà ..... ce pays nous donne parfois une sacrée leçon de vie qui devrait nous faire réfléchir ....

Merci Pascale, et pense aussi aux sourires que tu as rencontré et aux émotions que tu as partagé ...... je te dirais là que c'est aussi ça le Cambodge ...... Sourire

Alan

Est ce que ce monde est sérieux ..... ?


rogerbarthas
entre france et cambodge, France



8 mars 2007 à 3:51

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Re: [Alan] Lettres du Cambodge [En réponse à] Répondre

C'est tellement cela que les khmers ne parlent pas vraiment de Taxi pour ces vehicules! Ils parlent de "saiid slap"(= demain t'es mort)...Ils ne se deplacent que pour un motif bien reel commerce ou fete/deuil familial...et au plus bas coup possible(donc entasse ,surcharge, dans l'insecurite)...Dans ce pays d'environ 14 millions d'habitants plus de 3000 morts tous les ans alors meme qu'il n'y a pas beaucoup de vehicules (mais la plupart dans des etats pitoyables) et des permis qui s'achetent plus qu'il se passe !...Dure realite et moments extremes qui jallonnent le quotidien au Cambodge ou la vie ne pese trop souvent que le poids de ses economies (souvent rien) !

Roger


marigeri
siem reap, Cambodge



8 mars 2007 à 10:14

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Re: [rogerbarthas] Lettres du Cambodge [En réponse à] Répondre

je repense a cette discussion ou l on parlait des problemes de securite routiere.
je suis furieuse d etre impuissante de pas avoir d idees pour leur faire comprendre,

mais mince au lieu de paier 2000 dollars pour faire taxi a l aeroport il devrait prendre des lecons de conduite.

je pense aussi a ces mecs qui vont se saouler enboite et qui rentre chaz eux znmotorbike ou voiture alors qu ils habitent a deux cent metre.
parceque il faut montrer qu on a de l argent

dans le square les fleurs poetisent


rogerbarthas
entre france et cambodge, France



8 mars 2007 à 10:58

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Re: [marigeri] Lettres du Cambodge [En réponse à] Répondre

EH oui Incertain ! C'est vrai que les nouveaux riches se la pete et que la jalousie est un sentiment assez commun !Je pense que c'est un manque de maturite lie à l'Histoire et à la trop faible recomposition du tissu social...Dejà quand tu es dans un taxi ,tu peux lui dire de ralentir qu'il ne t'impressione pas...ETC ...je sais ,c'est pas beaucoup!

Roger


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hialle
Pau, France



29 mars 2007 à 10:02

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Le Cambodge avec Indiana Jones (et maman) ... [En réponse à] Répondre

Comment avoir tous les avantages du voyage organisé (parce qu’il y en a quand même quelques uns), sans en avoir aucun inconvénients ? autrement dit, comment découvrir le cœur d’un pays, aller au détour des petits chemins perdus, faire des kilomètres de pistes sur lesquelles ne vont aucun transport en commun ; tout en n’ayant de voisins ni à droite ni à gauche, sans être obligé de prendre « la » photo pendant les 10 secondes réglementaires de l’arrêt, sans être obligé d’attendre avec impatience « la » pause « pipi » qui fait qu’on n’ose plus boire de thé pendant la journée, sans être obligé de rentrer à 10 personnes dans un petit resto ….. J’ai trouvé La Solution. Loran, qui connaît et aime ce pays, avec son 4x4 Land Cruiser comme il n’en existe plus depuis bien longtemps.


Au départ, je n’étais pas prête à me laisser guider par un inconnu et perdre cette chère liberté du voyage individuel. Surtout que lorsque j’en ai entendu parler la première fois, j’avais l’impression que c’était un personnage difficile à cerner. Etait il paysan, vivait-il du tourisme, avait-il une guesthouse, travaillait-il pour le cinéma ? Et cet homme avec un certain goût de l’aventure aurait-il envie de passer quelques jours avec une fille et sa mère, à les trimbaler dans la campagne Cambodgienne au volant de son 4x4 ?

Alors à tout hasard, j’envoie un premier mail. L’adresse déjà en dit long : au bout du monde …… et je lui demande s’il veut bien nous organiser un petit tour sur la côte cambodgienne en février pour deux jours. Rapidement, les choses se précisent. On sent assez vite le professionnel. Carré, organisé, précis. Et finalement, de deux jours, on passe à quatre jours. Regard rapide sur google pour voir à quoi ressemble un land Cruiser Toyota. Ouaaaah !!! Exactement ce qu’on n’aime pas en France, ces voitures qui se font crever les pneus sur les trottoirs parisiens. Mais pour le Cambodge, on peut bien mettre les principes dans la poche. Sous la chaleur et sur les pistes, on peut bien faire une exception.

Rendez vous est pris. Il viendra nous chercher le samedi à 9h à la Okay guesthouse à Phnom Penh. Petit coup de fil la veille : tout va bien, pas de lézard.

Avec maman, histoire de bien commencer, on veille à être prêtes à l’heure, et à 8h55, je jette un coup d’œil dans la rue. La seule chose que je vois dans un premier temps, c’est un gros véhicule 4x4, qui doit dater de bien avant les années noires, avec une sorte de cheminée noire, et qu’on imagine tout à fait au milieu du désert. Il ne ressemble pas du tout aux photos d’Internet, mais il me plait bien ce gros truc qui a l’air de rouler encore, même si je me pose quelques questions sur la cheminée. J’apprendrai plus tard qu’en fait, ce n’est pas pour chauffer, c’est pour aérer.


A première vue, ce véhicule est bien pour nous. Et en retournant à la guesthouse, je découvre Indiana Jones en personne, même si ce n’est pas tout à fait Harrisson Ford. Même tenue, même chapeau. Contact chaleureux, poignée de main solide et grand sourire, et c’est parti pour quatre jours. L’aération du véhicule est assurée par l’ensemble des fenêtres qui resteront ouvertes en permanence. J’avais un peu peur de l’air conditionné qui met comme un écran entre la vraie vie et nous. Là, pas de problème, avec les fenêtres ouvertes, le soleil nous chauffe avec délice directement le visage. A mes pieds une grande glacière avec des blocs de glace sous lesquels des bouteilles d’eau restent au frais toute la journée ou presque.



Direction Kampong Chnang et le village des potiers. Pour cela, on traverse de nouveau Phom Penh en suivant le quai Sisowath. Même si dans la journée il n’y a pas autant d’animation que le soir, il demeure toujours une certaine ambiance, un mélange de nonchalance et d’intense activité. Difficile à décrire.

Sorti de la capitale, on remonte le Tonle Sap le long de sa rive sud. J’imaginais qu’on ferait des kilomètres en silence, mais loin de là, les discussions étaient très animées. Et en tant que français vivant expatrié à l’autre bout du monde, il était curieux d’en savoir un peu plus sur l’actualité politique en France et d’échanger les points de vue (période électorale oblige).



Mais le sujet central restait le Cambodge. On avait déjà appris beaucoup de choses avec Kosal sur l’Indouisme et le Bouddhisme. Avec loran, c’était davantage sur la société cambodgienne d’aujourd’hui et son organisation, les pouvoirs politiques, les relations hommes-femmes, les relations Khmers-étrangers, la vie agricole, la corruption terrible. On a appris ce qu’on ne peut pas lire dans les livres, ce qu’un Khmer ne peut pas trop exprimer, ce qu’un expatrié qui vit depuis plus de 8 ans au Cambodge et qui y a fondé sa famille peut ressentir.

Pascale.



(Ce message a été modifié par hialle le 29 mars 2007 à 10:17.)


hialle
Pau, France



10 avril 2007 à 4:19

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Re: [hialle] Lettres du Cambodge [En réponse à] Répondre

Dernières nouvelles de l'accident :
"Il n'y a eu finalement que le chauffeur qui a survecu (avec un oeil en moins, des cotes cassees...), tous les autres (14 personnes et deux enfants) sont decedes soit sur le coup, soit au cours des transferts (tardifs) vers des hopitaux de Kampot ou PP. Ca n'empeche pas ses collegues de continuer à (sur) charger leurs minibus. C'est bien connu : les accidents n'arrivent qu'aux autres." Message envoyé par loran de Kampot.

Pascale.




hialle
Pau, France



18 juin 2007 à 19:37

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Cambodge : le sel et le poivre. [En réponse à] Répondre

Réveil difficile ce matin. On a la tête chargée des images de l’accident de la veille. La dure réalité qui nous a rappelé que ce pays, ce n’est pas que les sourires des Khmers, pas seulement les grimaces tordantes des enfants devant l’appareil photo … oui, le Cambodge nous charme très vite par ses paysages et ses habitants, oui effectivement c’est exotiques et on en prend plein les yeux. Mais derrière cette grâce tout à fait réelle, apparaît au détour d’une route d’autres facettes nettement moins séduisantes pour les catalogues touristiques. L’état des routes, l’état des véhicules de transports, l’accès aux soins, l’accès à l’eau potable et l’électricité, le travail des enfants … sans parler du nombre de personnes mutilées ou nées avec des malformations néonatales, c’est aussi la vérité de ce pays aujourd’hui.

Ce n’est donc pas très tôt que l’on décolle du gîte de loran. Ce bungalow tout en bois au milieu de la mangrove a un charme fou et on a une fois de plus le sentiment d’être de vrais privilégiés. Petit déjeuner sur la terrasse avec de la baguette fraîche, du beurre salé et du café … la vie peut être très belle aussi.

Notre 4x4 est un peu fatigué aujourd’hui, et surtout, il a soif. La première visite de la journée sera donc pour le garage, histoire que sa consommation soit quand même inférieure à la notre. Soif d’huile dans sa direction.

On est au milieu de la ville de Kampot, véritable ville de campagne, à taille très humaine. Pendant l’inspection du garagiste, on part à pied pour découvrir les lieux. Premier étonnement devant la construction d’un gigantesque rond point. Des bulldozers, des pelles mécaniques s’affairent à creuser et déplacer des tas de terre et de graviers. Etonnant de mettre autant d’argent pour faire ce beau carrefour alors que tant de routes ne sont que nids de poules, voire à l’état de pistes pour la plupart. Il y a certainement une bonne raison … que nous n’avons pas trouvée.

On arrive rapidement au marché de kampot. Ces lieux sont pour moi toujours les plus sympas, les plus typiques aussi. La vie de tous les jours est là (comme dans les transports en communs). Les gens vendent, achètent, papotent, mangent, jouent, attendent. Une vraie ruche. Kampot étant en bord de mer, c’est essentiellement du poisson qui est vendu. Mais des tonnes de poissons, des amoncellements de poissons, avec derrière chaque monticule une femme qui vend certainement la pêche de son homme. Au départ, on se demande à qui elles peuvent bien vendre autant de poissons. Mais on est un peu au « Rungis » local. Tous les gens des villages alentours viennent s’approvisionner, et beaucoup d’entre eux revendront eux aussi dans leur village respectif les poissons achetés. Le volume de poisson est impressionnant, mais la diversité des animaux l’est tout autant. Ils y en des gros, des longs, des larges, des gris brillants, des gris verts, des gris bleus. Je n’avais jamais vu une telle gamme de gris. Sans parler de la diversité des crabes et de coquillages. On pense même avoir reconnu ces fameuses petites étrilles que l’on pêche facilement en Normandie aux grandes marées.








Curieusement, ça sent très bon. Une douce odeur de marée. En fait, les poissons invendus en fin de journée ne peuvent être gardés au frais –pas de frigo, pas de congélateurs, juste des blocs de glace-. Ils sont donc séchés ou fumés pour se conserver plus longtemps, et dans un autre endroit du marché, c’est des dizaines d’étals qui vendent les poissons fumés. On trouve aussi de grands monticules de pâte rouge-bordeaux au goût hyper salé. C’est du prahok, de la pâte de poissons fermentée. J’imagine qu’avec un peu d’habitude, on doit finir par aimer.

Les cambodgiens sont vraiment souriants à notre passage. Manifestement, les touristes ne viennent pas très souvent dans ce lieu, et ils nous regardent avec le même intérêt que celui que nous leur portons. Curiosité, envie de comprendre celui qui est en face, rencontre entre deux mondes tellement différents par certains côtés, et si proches par d’autres. Nous ne sommes finalement qu’une mère et sa fille qui se promènent au marché. Quand on voyage à deux générations (parents–enfants) j’ai toujours eu l’impression que cela avait un côté rassurant pour les gens chez qui on arrivait. Les familles de part le monde ont beaucoup de points communs et l’accueil est toujours bien plus chaleureux et ouvert quand on voyage avec les enfants. Le petit problème, c’est que les enfants grandissent vite, et qu’ils finissent rapidement par partir de leur côté …. Gloups !!

Nous arrivons à trouver dans ce marché un hamac en tissu. Difficile de trouver ce genre de produit au milieu des poissons. Mais avec les mimes, en général on se fait bien comprendre. C’est un moyen de communication assez universel, et aussitôt le message passé, une jeune femme nous emmène à travers le dédale des allées, et on trouve exactement ce qu’on cherchait.

On retrouve loran et son 4x4 que le garagiste n’a pu réparer. C’est finalement pas très grave, on lui donnera juste régulièrement un peu d’huile à boire pour sa direction (au 4x4 évidemment). Ce qui est bien avec loran, c’est qu’il inspire une telle confiance qu’on ne se pose aucune question, et on remonte en voiture en toute quiétude.

On part vers Kep et la frontière vietnamienne. Le trajet que l’on va suivre nous mène sur les pas du tournage du film « Holy Lola », et loran a fait les repérages et travaillé pour Bertrand Tavernier. Il nous a parlé longuement des moments passés avec le réalisateur, de ceux passés avec les acteurs et les techniciens pendant la durée du tournage, d’Isabelle Carré qui est une femme adorable. Comme si on y était. J’avais adoré ce film. Je l’avais vu une première fois à sa sortie, et une seconde fois juste avant de partir pour ce voyage ; et de se retrouver sur des lieux du tournage procure une réelle émotion. C’est aussi pas très loin de cette côte que le film « L’empire du Tigre » de Gérard Marx avec Bernard Giraudeau a été tourné, et là aussi loran avait fait des repérages. On s’est retrouvé plongé dans ce milieu de l’Indochine, tout en espérant croiser Bernard Giraudeau au détour d’une route (rêve de jeunesse …). Mais on n’a vu ni l’un ni l’autre.

On arrive au bout de quelques kilomètres devant une carte postale : le Golfe du Siam avec son eau d’un bleu azur profond, du sable blanc, des cocotiers avec des hamacs accrochés par-ci par-là et quelques dormeurs, et en face de nous, l’île du lapin une véritable image de poster comme on peut en voir sur des pans de murs entiers dans certaines maisons des années 70.




Le plus étonnant, c’est qu’il n’y a absolument aucun touriste, mais vraiment pas un « blanc » à l’horizon. Le lieu est pourtant paradisiaque, mais il n’est pas sur les circuits touristiques.

Autre étonnement, c’est l’aspect « oublié » de ce littoral. De grandes maisons de style coloniales, manifestement superbes dans un autre temps, vides ou plutôt squattées, les fenêtres et portes arrachées. On peut facilement imaginer la splendeur des lieux à une autre époque, époque de domination …. Ce paysage a un petit côté irréel, un peu « Belle au Bois dormant ». C’est calme, un peu endormis et comme prêt à s’éveiller.

On retourne dans les terres, passe devant la maison où fut tournée une séquence de « Holy Lola »




… (vraiment, on est comme dans un film), et on arrive dans une plantation de poivre vert. C’est tout simplement des lianes qui montent le long de poteaux en bois, au lieu de monter le long des arbres comme elles le feraient dans la forêt vierge. Impressionnant de voir l’origine d’un produit que l’on utilise en permanence. Je ne m’étais jamais posé la question de la forme du végétal qui donne le grain de poivre, mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne pousse pas moulu dans une poivrière.




On continue notre route. Toujours le même plaisir à traverser la campagne Khmer et se retrouver au milieu de la vie de tous les jours des cambodgiens, avec les commentaires de loran sur tout ce que l’on voit mais que l’on ne comprend pas toujours.

Visite du « Puit de Lumière ». Pour y aller, il faut passer sous la montagne à travers un souterrain, et on se retrouve dans un petit cirque, entouré de parois rocheuses d’une vingtaine de mètres. Impressionnant !!! Des grottes partent du centre pour aller sous la montagne, et dans chacune d’entre elles, de multiples statuettes de Bouddhas de toutes tailles.






Presque aussi impressionnant que les lieux, la gentillesse des deux femmes et des gamines qui nous accompagnent. Les lieux sont sombres, elles ont pris leur torche, et elles font en sorte qu’il y en ait toujours une qui tient la main de maman pour l’aider à garder son équilibre et qu’une autre soit devant pour éclairer. On peut se dire que c’est leur travail … mais leur sourire et leur prévenance n’avaient pas de prix. Endroit magique, superbe, gens adorables, personne d’autres que nous … et en sortant, on boit un coup tranquille, en discutant avec ces femmes et loran qui fait le traducteur. Quel moment précieux !!!

C’est l’heure de rentrer. Sur le chemin du retour, petit crochet par la mer en traversant les marais salant.


[URL=http://imageshack.us]


Les Khmers sont au travail, pieds nus dans l’eau à faire des tas de sel. Le soleil descend. L’eau brille, et la piste ocre au milieu fait presque irréelle.

Un peu plus loin, la mer et un petit village de pêcheurs. Aussitôt descendu, une nuée d’enfants arrive pour être pris en photo. Et on se plie une fois de plus à ce petit jeu avec bonheur, en retrouvant toujours les différents tempéraments des enfants : les timides, les bagarreurs, les enjôleurs … et comme souvent, on fait notre distribution de petits savons que l’on récupère toute l’année dans les hôtels pour les emmener ensuite en voyage. Les gamins adorent ça. Ils les mettent sous leur nez en respirant l’odeur du savon à plein poumon, se frottent les joues et les bras avec, et repartent comme avec un trésor. Pendant ce temps, le soleil continue sa descente et met le feu à la mer. Oui, oui …. Je sais, ça fait un peu carte postale. J’y peux rien. C’était comme ça.




Une fois de plus, on est saisi par ce pays, par la beauté des paysages bien sûr, mais surtout pas les cambodgiens. Plus souriants ? plus sympas ? plus attachants ? difficile de trouver. Et loran nous a permis de découvrir ce pays comme si on pouvait un peu se regarder les yeux dans les yeux.





Dans quelques jours il faudra repartir et reprendre notre vie de tous les jours. Chaque tranche de vie est bien parce qu’elle permet de mieux apprécier la suivante … mais on sent qu’on commence déjà à avoir le blues de rentrer …et déjà impatients de revenir.

Pascale.



(Ce message a été modifié par hialle le 18 juin 2007 à 19:42.)


maruette
france, France

19 juin 2007 à 2:10

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Re: [hialle] Cambodge : le sel et le poivre. [En réponse à] Répondre

bonjour Pascale ,

je viens de faire un beau voyage en te lisant ! merci ..

A+


rogerbarthas
entre france et cambodge, France



26 octobre 2007 à 5:02

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Re: [maruette,hialle] Cambodge : histoire de sel [En réponse à] Répondre

Et histoire d'o... riant...
Kep.............>
+le parfum du pacifique



Connaissez vous l'histoire de cette statue ?

Et bien je vais vous la raconter : On dit que c'est une femme de navigateur de bateau marchand ...
Son mari est parti vendre toute une cargaison de sel avec son bateau ... Il n'est jamais revenu, elle l'attend toujours ... C'est une des légendes khmères qui explique pourquoi l'eau de mer est salé ...

Roger


hialle
Pau, France



26 octobre 2007 à 5:48

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Re: [rogerbarthas] Cambodge : histoire de sel [En réponse à] Répondre

Merci Roger ... c'est une belle légende. Et si ça se trouve, ce n'est peut-être pas qu'une légende ?Clin d'oeil

Pascale.




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rogerbarthas
entre france et cambodge, France



26 octobre 2007 à 6:15

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Re: [hialle] Cambodge : histoire de sel [En réponse à] Répondre

J'ai longtemps cru que c'était une sirène qui invitait les marins !...FâchéFâché Vas tu bien ? Amicalement.

Roger

 
 

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