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Forum > Entre deux voyages > Carnets de voyage, textes de voyageurs > Méharée (sud du Maroc)
 

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scourtoi
Sologne, France

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13 juin 2007 à 15:52

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Méharée (sud du Maroc) Répondre

Ce n'est que quelques mois plus tard que les mots ont vraiment trouvé leur place. La voilà. Après des jours de marche entre Tagounite et Chigaga, en passant par Foum La'lag, Iriki, Erg Yehoudi, etc...

Bonne lecture, hum... Bon courage plutôt. C'est un peu long.

El baraka Allah ou fikoum.

Cool

********************

ERG YEHOUDI

I

De Zagora à Tagounite, à peine deux heures de taxi. Bientôt, Anega, un dernier col à franchir. Au-delà, le désert. Il fait déjà nuit, et la 4L s’ébroue sur le chemin. Les ensablements se succèdent. Il faut souvent descendre pour pousser. Et puis le campement se détache. Silhouette aplatie des tentes sous le poudroiement des étoiles. Trois verres de thé sur les tapis. Une bougie dans un coin, et le sommeil qui vient très vite.

Le vent souffle très fort. Le sable me remplit les yeux. J’aime sentir cette chaleur, cette aridité des bourrasques, cette lueur ténue à l’horizon, dans les nuées sablonneuses évaporées par le vent. Au loin, une kasbah isolée s’endort. Je me nourri de cette absence. Je quitte par instants l’existence, pour entrer dans le vent et la lumière.

II

Un halo de pastels s’est glissé sous la tente. D’où vient le sable qui me recouvre ? L’Erg Yehoudi s’éveille dans la pénombre. Le vent s’est tu, le sable coloré, le ciel illuminé. Jaune, ocre et orangé.

Le sable est encore frais. Dur et compact par endroits. Ailleurs tendre et léger. Et le silence. Quel silence ! Je n’entends que lui. C’est le silence de la terre, quand plus rien ne la peuple. Le silence des berbères, patiemment burinés. Les mots lâchés sont lents. Je me retrouve en eux. En leur pays aride. En l’infini qui nous regarde, et en la nonchalance des jours.

III

Les verres que l’on dépose font des ronds sur le sable. Les grains agglutinés par le thé roulent en bas de la pente.

Le jour s’apaise enfin. Lentement. Comme le reste. Les dromadaires entravés s’éloignent vers la source en sautillant. Les dunes étirent leurs ombres, jaunes, orangées, multicolores. Le soleil rougeoyant a disparu derrière les crêtes. Les ombres élastiques se fondent maintenant dans leur masse. Le vent s’est tu. Le silence règne. Et le reflux du sable a laissé derrière lui des cailloux et des traces. Celles de Brahim s’éloignent encore en direction de la montagne. Sa silhouette enténébrée se perdra bientôt dans la nuit.

Le murmure du thé dans les verres, et Mohamed qui veut me voir écrire. Raconter son pays. Je n’en sais pas grand-chose. Le vent, le sable, et puis rien d’autre. De la chaleur un peu, et le pas lourd des dromadaires. Eux aussi disparaîtront bientôt, dans les ténèbres d’une nuit sans lune.

Les yeux levés vers le ciel, j’attends déjà les étoiles. Ils n’ont pas dû se satisfaire de rien, pour vouloir se perdre encore dans le vide.

********************

MEHAREE

I

Tôt ce matin, départ des dunes de Mzoueria. Nous gagnons rapidement la hamada, où la marche est aisée, les cailloux fins, le sable volatile.

La plaine qui nous attend est vaste. Jusqu’au-delà de l’horizon, des cailloux, des cailloux, des cailloux. Le plus souvent noirs, sur un tapis de sable clair.

Nous avons laissé les derniers buissons derrière nous. La marche se fait en ligne droite. Un repère dans le lointain suffit à maintenir le cap. Nous contournons un petit erg orangé. La sensualité des dunes contraste avec la violence des pierres noires.

Un puits. Eau claire et bienfaisante. Tout juste un peu saumâtre. Il n’y a personne. Un âne esseulé nous observe.

Nous marchons encore et encore. La chaleur m’étourdit. L’horizon, brûlant, tremble dans le lointain. Mes pieds, mes yeux, mes mains s’assèchent. Il faut marcher encore. Et puis enfin, au loin, se dessine la silhouette ocre d’un erg. Un puits, profond, et un arbre. Le bois est compté aujourd’hui.

Les petits riens sont tant de choses. Un rien de bois, d’ombre, de feu, de riz, de dattes et de thé suffisent à me requinquer. Tout devient à la fois simple et essentiel. L’esprit du méhariste, soumis à de telles austérités, s’épure.

La fatigue me rattrape. Je tire la natte à l’écart, et m’endors. La nuit sans lune est peuplée de milliards d’étoiles. D’araignées, de scorpions, de gerbilles et de poissons.

II

Point de vie,
Le puits rassemble.
Hommes et animaux.
Certains puisent,
D’autres boivent.
Piétinement des dromadaires,
Et puis rafraîchissement.
Verse m'en sur la tête
Et dans le creux des mains.
Je bois à pleines gorgées
La fraîcheur de la terre.
Celle qui nous est comptée
Pour la vie de nos âmes.
Demain, un autre puits,
Quand sera épuisée
La guerba de peau molle
Que nous gardons au frais
Sous l'ombre d'un palmier.

III

Dieu a créé le désert pour que les hommes se réjouissent à la vue des arbres. Je me souviens de cet adage Touareg. Après trois jours de dunes, de regs et d’oueds, nous atteignons Foum La’lag. L’oasis sacrée. En pas moins de sept heures de marche, nous avons rejoint les palmiers. Quelques jardins autour d’une source, où des femmes lavent des gandouras bleues en silence. Des enfants jouent autour des hommes que nous saluons durablement. L’un après l’autre, ils s’enquièrent de l’état des puits, de la situation des campements, des familles, des troupeaux. Nous partageons le thé et une poignée de dattes.

Pour la nuit, nous resterons à l’écart du village. Les dix palmiers qui nous abritent sont un monument végétal. Architecture de la terre. Il ne faut rien y ajouter, ni rien en retirer. Ici, chaque chose est à sa place.

IV

Le soleil encore rasant, et le dromadaire qui piétine. Un peu de bois est rassemblé pour le thé. Il reste du riz de la veille. Et puis des dattes. Toujours des dattes.

Nous quittons l’oued, et rejoignons les cailloux du grand reg. Des cailloux noirs, sinistres. Je commence à les aimer, à les connaître un peu. Aucuns ne se ressemblent. Ils sont comme nous. Différents, indifférents.

Nous cueillons l’eelk, sève desséchée, coulant des artères de cédras. Jeté dans l’eu bouillante, il donne au thé un doux parfum de caramel.

Plus loin sur le reg, quelques touffes asséchées indiquent la présence d’un oued. Nous le longeons jusqu’à la source. La source des marabouts. Posées sur l’horizon, les dunes arrondies me regardent. Silhouettes approximatives dans les nuées crépusculaires.

V

La source des marabouts.
Dans le creux des collines.
Entre l'erg et le reg.
Entre les cailloux et le sable.
Quelques palmiers,
Le chant d'un oiseau,
Une source,
Et puis rien.
Le soleil et le vent.
Douceur du crépuscule
Lorsque la chaleur n'est plus
Une lourdeur en nos mains.

VI

Au-delà du muret, un jardin. Un jardin sec. Un jardin sec et seul. Immensité close, pour trois fois rien. Les plantes aussi cherchent l’espace. Elles voient venir au loin les dunes de Chigaga. Les dunes qui progressent à pas de grains infimes. Patience de la terre, et patience du jardin. Qui enseigne aux hommes libres la nonchalance des braises. Au-delà du muret, j’entends le thé qu’on verse. Le thé au fond des verres, en attendant après.

Et puis le pain. Chaque jour. De la farine à la pâte en l’alchimie de l’eau claire, des gestes ancestraux. Chaque jour. D’abord allumer le feu, jusqu’au rougeoiement des braises. Tout juste avant qu’elles ne meurent. Chaque jour. Déposer une galette fraîche et molle entre le sable et les tisons. Et puis attendre. Chaque jour attendre. Alors le thé. Alors le vent. Lorsque le pain est cuit, cesse le thé, cesse le vent. Les doigts trempés dans l’huile d’olive, et le pain chaud craque sous les dents. Le sable craque avec le pain.

Il n’y a maintenant plus d’huile pour le pain, plus de lueur à l’horizon, plus de feu pour le thé, plus d’oiseaux pour le silence. Nous tirons notre natte et notre couverture à l’écart. Une pluie d’étoiles nous éblouit.

VII

Je me réveille le premier ce matin. Le jour se lève aussi. Le soleil est encore derrière les crêtes. La fraîcheur est douce et légère. Je rassemble un peu de bois sec, et allume le feu pour une première théière.

Omar se réveille à son tour. Et déjà s’en va au loin, au-delà des collines. Hier, le dromadaire était resté introuvable. L’air inquiet, Omar n’avait plus mangé depuis. Sa précieuse monture s’était égarée à une heure du campement, sans doute attirée par quelque succulent arbrisseau. Pendant que les méharistes se privent, le dromadaire, lui, donne souvent libre cours à son immense gourmandise.

Le thé chauffe, je me rince les mains, la bouche et le visage. Je plie ma couverture, et verse de l’huile d’olive près du pain préparé la veille.

Moha se réveille à son tour. Pas très matinal aujourd’hui. Le thé est prêt. Un peu de sucre, je verse et je mélange, sans en mettre une goutte à coté. Il est amer et sucré. Tel qu’on le fait par ici. Omar apprécie.

Il ne nous reste qu’à charger le chouari, que l’on harnache sur la bosse poilue et molle du dromadaire. Il se plaint. Nous devons le retenir quand il s’agite. Car en plus d’être gourmand, le dromadaire est plutôt râleur. Il faut le tirer pour partir. Devant nous, une journée de soleil, de marche, de vent, de cailloux et de sable. Inch Allah.

La marche est aisée. Nous franchissons les uns après les autres de petits cordons de dunes. Le sable est encore frais. Je marche pieds nus. Il est de la couleur de nos plages. Jaune pâle teinté de gris, fin et volatile. Et déjà, devant nous, se dessinent les dunes immenses de l’erg Chigaga.

Le sable devient ocre, orangé, parfois tirant sur le rouge. Le vent du sud-ouest souffle très fort. Les ergs se succèdent, de plus en plus difficiles à franchir. Le dromadaire peine. Il n’est pas à l’aise dans les dunes. Ses pas s’enfoncent dans le sable. Il faut sans arrêt le pousser. Nous contournons les pentes les plus raides, nous dirigeant vers un point sombre du paysage. Rapidement, nous parvenons à l’arbre sec, à l’arbre seul. De nouveau, nous déballons quelques affaires, le temps de laisser passer l’heure la plus chaude du jour.

VIII

Enfin seul.
Il me regarde,
Et je m'incline.
Son âge oblige.
Probablement centenaire.
Sa douce présence
Trahit des années de souffrances.
Sous les assauts du vent,
Des rayons du soleil.
On ne lui a pas donné beaucoup,
Et lui, sans rien attendre,
Aujourd'hui tant me donne.
Je l'ai désiré,
Il est venu.
Je l'ai vu de si loin
Sans le perdre des yeux.
Je l'ai frôlé doucement,
Et puis me suis assis,
Humble et silencieux,
Sous l'arbre seul.

IX

La première chose à faire est de rassembler quelques branches. Le thé, unique remontant, chauffe. Puis étaler la couverture, couper deux tomates et un oignon. Ce sont nos derniers légumes. Un peu de pain, des sardines en boite et de l’huile. Et puis du thé. La sieste est difficile. Le vent souffle vraiment très fort. Le sable s’immisce en chaque recoin de mon chèche. Les monuments de sable m’attirent. Je ne peux rester là, à les regarder. Je veux les piétiner, sentir cette poudre orange entre mes doigts, sentir la brûlure du désert.

Le soleil est au zénith. J’ajuste mon turban. Mes pieds s’enfoncent dans le sable brûlant. Le vent souffle, dans un assourdissant silence. Cet océan de poussière ocre me fait perdre la tête. Rapidement les repères disparaissent. J’ai le vertige.

Le vent nous chasse. Nous devons retrouver les cailloux. La tempête menace. Nous trouverons un puits, en marchant vers le nord ouest. Le pas est franc. Les petites dunes se succèdent. Quelques arbres timides font des taches vertes, sur l’immensité bleue du ciel. Etourdissante perfection, harmonie des couleurs et des formes, dans la fureur des éléments. Nous marchons encore. Le dromadaire peine. Mes jambes sont lourdes.

Enfin, le puits. Déchargement du chouari, collecte du bois, préparation du thé. Rituel instinctif. Moha et moi, les poches remplies de dattes, nous perchons sur la branche d’un arbre. Nous grignotons nos sucreries, comme deux enfants loin des regards. Complicité silencieuse. Nous attendons, muets, que les ombres du soir, féeriques, s’étirent sur le sable des dunes.

Le soleil rougeoie, le vent fraîchit. Je me suis enfin habitué au rythme de marche quotidien. Aujourd’hui, cinquante kilomètres. Je ne suis pas fatigué. Par contre, mon turban sent la sueur, le feu de bois, le dromadaire et le thé. Mes yeux sont pleins de sable et mes pieds se dessèchent. Ma peau est colorée et je fais des gags en arabe. Je remplis mes poches de crottes laissées par un dromadaire. Je les jette en pluie sur Moha. Nous rions, et de nouveau le silence.

X

Un autre puits.
Et des odeurs.
La vie qui laisse des traces.
Des crottes.
Eau et terre mélangées
Moisissent.
Odeur portée par le vent
Comme un témoignage vital.
Un feu abandonné.
Une chèvre hors du troupeau.
Une corde,
Un bidon,
Un morceau de fer
Et,
Personne.
Le silence et cette odeur.
Putréfaction végétale
Dans une fournaise minérale.
Vide.
Absurde.
Et qui ne semble vivante
Que par ces traces abandonnées.

XI

La marche est longue ce matin. D’abord quitter les ergs de sable, et rejoindre la source. Les dunes de Chigaga disparaissent derrière l’horizon. Les plateaux rocheux se succèdent. Sans végétation. Les heures sont interminables. Le vent souffle de l’est. Trop sec, en plein visage. Le soleil est immense. Sur une interminable plaine de cailloux noirs, un caméléon.

Et puis un arbre nous invite. Le premier, le seul. Un arbre sans feuilles. Tout juste un buisson d’épines. Le dromadaire n’en veut pas. Mais qu’ont donc fait les hommes pour mériter une terre aussi ingrate ? Futile végétation, sur un plateau stérile. Nous en cassons une branche pour chauffer la théière.

Un gamin nous rejoint. Ses chèvres sont plus loin, aux abords d’un oued où survit la broussaille. Il est timide, fatigué, affamé. Nous lui offrons de notre riz, et puis un verre de thé. A peine a-t-il fini qu’il se réfugie parmi les branches. Point de vue isolé, au-delà de l’attention des adultes. Ceux là ne regardent pas en l’air pour y rejoindre par moments la douceur de leurs rêves. Des rêves de leurs enfants.

XII

Reg.
Ou comment dire le vide et l'absence.
L'immensité de la terre
Où rien ne vit.
Lieu de passage,
Non pas demeure.
Il y a trop de cailloux
Pour un troupeau.
Trop de cailloux, pas assez d'eau.
Rien ne pousse.
Que la chaleur suffocante
Brûlant des milliards de pierres noires.
Des cailloux insensés,
Sombres et stériles.
Vaste plaine à traverser,
Sans rien à l'horizon.
Pour aller d'un puits à un autre.
Et de cet autre au suivant.
Comme des points de suspension
Livrant la terre au silence.

XIII

La nuit approche. Nous pressons le pas. Puis arrivons enfin. La famille d’Omar nous accueille. Deux vastes tentes en poil de chèvre, d’hasardeuses constructions en pierre, en ruine, et un abri en paille. Tout le reste au milieu. Les femmes et les jeunes filles s’affairent, les chèvres et les poules, un feu de bois pour le thé, des jarres gardant l’eau fraîche, une meule pour la farine, des gamelles, des nippes et quelques jeux d’enfants. Une vaste natte pour nous trois, des couvertures et des coussins. Les hommes sont au loin avec les troupeaux.

Le thé est servi. Les jeunes filles s’agitent. Le pain est chaud et croustillant. L’huile d’olive dégouline. Et puis des lentilles, du pain, du thé.

Les yeux posés sur l’horizon, tous attendent un croissant de lune. Un fin croissant, le premier, comme une renaissance. Le ramadan peut alors commencer. Ce soir, la radio tamazight psalmodie en arabe les versets du Coran. Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. L’humeur est joyeuse. Tout est subtilement différent. Même si, à la lueur de la bougie, rien ne semble vraiment avoir changé.

XIV

Seul, un croissant de lune
Descend sur l’horizon.
Le ciel s’enivre
A l’appel du muezzin.
Le cœur est à la fête.
La radio psalmodie
Des versets en arabe,
Etouffés par le chant des femmes.
Sous la tente,
Le thé coule toujours.

Jour de carême.
Hammo ne mange pas.
Mes doigts dégoulinent
Au dessus d'une soupe aux lentilles.
Le pain est frais et croustillant.
Les chèvres se sont tues.
Le vent aussi,
S'évanouit derrière les dunes.
Sous la tente,
Le thé coule toujours.

Rupture du jeune
Lorsqu’on ne distingue plus
Un fil blanc d’un fil noir.
Le thé coule à flot,
Le pain,
Les dattes.
Retrouvailles généreuses
Autour de la famille assemblée.
Sous la tente,
Le thé coule toujours.

XV

Le jour se lève sur le campement. Les chèvres et les femmes, les vieillards et les enfants, les hommes. Le ciel rouge et lointain pâlit. D’un bout à l’autre de la plaine, la terre s’éclaircie peu à peu. La vie s’éveille dans les ténèbres. Je profite encore de la pénombre pour me cacher non loin, silhouette accroupie derrière un buisson d’épines.

Un troupeau de chèvres s’agite. Une fillette chantonne. Une bouilloire grince. Et déjà l’odeur du feu de bois. L’odeur de la vie. Alors qu’un vieillard s’installe pour la journée, entre un enfant à moitié nu et un tas d’ustensiles.

Sur un tapis de laine, Omar est allongé. Moha bavarde. La théière au milieu. Je remplis, un par un, les verres en rond sur un plateau doré. Le va-et-vient est familier. Le puits, le moulin, le four. Au dehors, les cailloux. Les cailloux et le soleil. Jusqu’aux ergs oranges que je devine à l’horizon.

Il est presque midi. Le silence est tombé sur les tentes. Inattendu. Premier jour de carême. Où l’on s’économise. La journée est encore longue. La chaleur sur le reg tremble dans le lointain.

XVI

Comment décrire les dunes,
Quand tant a été dit,
Et si peu à la fois.
Sable nomade,
Poussière en errance.
Courbes éphémères et folles.
Plénitude de l'absence.
Isolement
Et lumière.
Brûlure inoubliable
Au fond du coeur et des yeux.
Abandon au silence
Et puis retour parmi les siens.
Les dunes sont un passage,
Jamais un but.
Elles n'existent que par l'absence du reste.
Et c'est peut-être ainsi
Qu'elles résonnent et nourrissent
Tous ceux que le désert accepte.

XVII

Repas de sardines et de pain. Thé, huile. Nous n’avons plus de légumes. Le bois manque pour cuire quoi que ce soit. Le puits est ensablé, alors l’eau se fait rare. Nous nous contentons de peu. Et cela nous convient. Je me souviens de cet adage Maure : qui ne se satisfait pas de peu, ne se satisfait pas de beaucoup. Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix.

XVIII

Un dernier cordon de dunes à franchir. Loin au-delà des cailloux, l’erg Yehoudi est posé sur la hamada. L’erg Yehoudi est en vue. Et le campement nous y attend peut-être. Plus que cinq heures de marche, tout au plus. Encore cinq heures de marche. Cinq longues heures. Interminables. Ensemble, Omar, Moha et moi explosons de joie. Nous sommes partis inconnus, nous arriverons comme des frères.

Les dunes s’élargissent peu à peu. Le paysage se mue en de multiples détails. Un point devient une tente, une ligne courbe offre un passage, et le silence murmure, le bruit des cailloux sous nos pas.

Pendant ces deux semaines, le campement nous attendait. Lahcen était là. Quelques dromadaires, des tentes, un chien. Notre compagnon ruminant est déchargé. Il fait quelques pas au loin, de nouveau libre. Personne n’en saura rien.

Sous la tente, je m’allonge sur un tapis. La fatigue m’envahit soudain. Et la chaleur devient pesante. Le vent me manque déjà. Je ressens dans mes yeux le regard lointain des nomades. Besoin de scruter l’horizon, toujours plus en détail. Et la lumière jaune. Très jaune. Telle que je l’aime. Sous les cieux unis du désert. D’un bout à l’autre, l’horizon, jaune.

XIX

Le thé,
Trois fois bu et partagé.
Après des heures de hamada,
Le silence est rompu,
Enfin,
Par ce murmure au fond des verres.

XX

Et le sable des dunes
Sous le vent
Fond comme neige au soleil

XXI

Le sable entre mes doigts
Colle
Souvenir malgré lui
Glissé au fond des poches

XXII

L’oiseau ne nous a pas quitté.
Fidèle.
Oiseau de bon augure,
Sans doute.
Noir brillant.
Tête blanche et queue blanche.
Un oiseau silencieux
Trouvé de branche en branche
Lorsque nos pas nous en donnaient.
Là où se trouve l’oiseau,
Se trouve aussi la vie.
L’eau, bien sûr,
Et le bois.
Chaque jour et pas à pas,
Bou b’chour ne nous a pas quitté.

********************


-------
Les âmes des sorciers disparus reposent
La nuit sur la cîme d'arbres anciens

(Ce message a été modifié par scourtoi le 13 juin 2007 à 16:15.)

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cupda (en ligne!)
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14 juin 2007 à 3:56

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

Que dire ?
J'ai trouvé ça trop court : alors je vais recommencer.
J'aime l'alternance des formes, prose/vers. Et aussi la façon dont tu utilises les phrases courtes, souvent sans verbe, parfois simple mot. Sans doute parce que ça ressemble à la façon dont j'écris naturellement/instinctivement.
Mais en mieux. Je suis jaloux.
Merci.


KelEssuf
France

14 juin 2007 à 4:38

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre


 Citation 
Bonne lecture, hum... Bon courage plutôt. C'est un peu long.


Non, court! Trop court! Je suis d'accord avec Cupda!

Des mots comme les tiens, je les souhaiterais sans point final, éternel recommencement.
Des mots légers qui s'envolent en caressant les dunes, en chatouillant les étoiles, en effleurant les arbres (sans s'écorcher aux épines des acacias).
Des mots qui s'accrochent au silence dans un profond respect, pour mieux le préserver, l'écouter, le retenir.

Merci Sam pour ce texte magnifique ; cette ode au désert, dont je reconnais certains lieux ; ce poème de sable, de vent, de cailloux ; ce chant des hommes et des bêtes ; cet hymne au thé enfin, ah, ce thé!
Tiens, je vais le relire!


choucarde
Finistère, France

Photo/image personnelle du membre choucarde.

Description de la photo/image: Burundi .


14 juin 2007 à 4:42

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

Salut,

Je l'ai lu hier soir...beau texte qui aide bien à percevoir l'ambiance du désert avec les nomades, bravo!

Barakallahoufik !
-------
Choucarde



scourtoi
Sologne, France

Photo/image personnelle du membre scourtoi.


14 juin 2007 à 6:35

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Re: [cupda] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

Je vous répond à tous les trois en même temps.
Et ma foi je suis bien heureux que ça vous plaise.
Car ce séjour au Maroc était lui-même magnifique.

Le désert m'avait déjà entièrement conquis,
et là ce n'était que confirmation d'une passion qui s'installe !!
Je projette déjà un mois dans le Kaouar au Niger en janvier prochain.
Et un plus vaste projet de deux ou trois ans entièrement consacrés au Sahara.
Surement dans le Kaouar, ou Djado. Puisque je commence à apprendre la langue qu'on y parle.

Bonne journée à vous !
Sam
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Dolma
Paris & PardelàlOcéan, France

Photo/image personnelle du membre Dolma.

Description de la photo/image: couleurs québécoises en méli-mélo...


14 juin 2007 à 7:49

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

Juste un sourire
Etre bien à te lire
Et puis imaginer
Et puis encore rêver

Elle est enfin là cette méharée... Sourire

Dolma
-------
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...


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scourtoi
Sologne, France

Photo/image personnelle du membre scourtoi.


14 juin 2007 à 8:07

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Re: [Dolma] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre


 En réponse à 
Elle est enfin là cette méharée... Sourire


Ben oui.
Il fallait bien que je me presse d'en parler avant la prochaine...
Cool
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samane
st leger du ventoux, France

Photo/image personnelle du membre samane.


15 juin 2007 à 11:43

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

cher scourtoi,

je viens de lire ton recit de voyage,c'est magique tu m'as fait ressentir le voyage,le desert, la poussiere et la lumiere seul les gens qui prennent le temp de vivre et de poser leurs valises pour l'aventure interieure ressante cette chaleur et ces echanges de long silence dans ces vastes etendues.....
je n'ai qu'une hate c'est partir ....
je suis partie 5 mois au maroc l'année derniere et j'ai encore du sable dans les yeux....
a bientot dans d'autre aventure je suis en guyane pour quelques mois ,ce n'est pas le meme continent et pas le meme esprit mais l'aventure est la..
-------
fais de ta plainte un chant d amour,pour ne plus savoir que tu souffres...(proverbe touareg)


wapiti74
Annecy (74), France

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Description de la photo/image: "mon" lac...


15 juin 2007 à 12:22

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

je persiste :
2 mots tout simples : Bravo et Merci Sam Sourire

Ce n'est pas ainsi que j'ai "vécu" le Maroc...
Ce n'est pas ce Sahara que j'ai arpenté, mais quelques grains plus loin, du côté de la Mauritanie...
Ce n'était pas en méharée solitaire...
... mais que tes mots sonnent justes à mes oreilles,
que de souvenirs ils ravivent
et que de désirs d'y retourner ils avivent !

Et vivement ta prochaine méharée avec encore d'aussi jolis textes au retour j'espère. Clin d'oeil
-------
"Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin, et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." Mauriac


cathy007
nice, France

15 juin 2007 à 15:26

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

merveilleux moment que vous m'avez permis de partager avec vous,
merci!
-------
cathy


kola
France

17 juin 2007 à 15:25

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

Le désert est un peu sorcier, il exerce son étrange pouvoir d'attraction sur ceux qui l'arpentent le Coeur grand ouvert...
Receptifs...
Autres mots, même magie...
Autres lieux, même chemin un pied devant l'autre...
Et le sable
Et le vent
Et l'essentiel...

Ton récit m'a touchée, comme un écho...

http://voyageforum.com/v.f?post=1116230;


leflâneur
France



26 juin 2007 à 9:57

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

Salut Sam,

Quel plaisir!
Comme Wapiti ce n’est pas ainsi que je vis le Maroc…
mais je dois dire,
et aussi à Kola je viens de l’écrire,
qu’à vous lire,
commence à naître comme un désir.

José
-------
« Nomade j’étais quand, toute petite, je rêvais en regardant la route, la blanche route attirante, toute droite vers l’inconnu charmeur… »
Isabelle Eberhardt
http://perso.wanadoo.fr/wihalane/


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scourtoi
Sologne, France

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26 juin 2007 à 15:09

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Re: [leflâneur] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

...

Je ne peux te dire qu'une chose, José, vas-y.
J'ai pu sentir un peu de ta sensibilité par tes écrits.
C'est sûr, tu ne seras pas déçu.

Prends le temps. Mais ça tu le sais.
N'y va pas à la speed.
Un bon mois, le temps de t'imprégner.
Mais tu sais, ce que l'on aime au désert
n'est pas si loin des hauts plateaux.
Cette humeur qui est le propre des nomades,
entre Aït Boulmane, Tizi N'Amadine, Taglift et Kousser.

Hormis la France,
le Sahara est le seul "pays" où je veux bien vivre !

A+
Sam
Sourire
-------
Les âmes des sorciers disparus reposent
La nuit sur la cîme d'arbres anciens


leflâneur
France



28 juin 2007 à 6:29

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

Mon hésitation inconsciente serait-elle due au fait que j'ai peur d'être moins à l'aise avec un dromadaire qu'avec un mulet ... ?

... et puis ça manquerait pas d'un peu de relief, d'un bon col à franchir, de points de vue aériens les déserts ?

Clin d'oeilClin d'oeilClin d'oeil
-------
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scourtoi
Sologne, France

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28 juin 2007 à 14:36

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Re: [leflâneur] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

C'est sûr que pour les reliefs,
il faut taper directement dans les massifs montagneux.
Adrar, Hoggar, Aïr, etc...

Dans le désert, l'alternative à la monotonie,
ce sont les kilomètres parcourus.
C'est impressionnant ce qu'on peut parcourir comme distance juste avec ses pieds...
C'est impressionnant la subtilité des changements de paysages dans un environnement qui peut paraître uniforme au premier abord (mais qui ne l'est en fait pas du tout).

C'est vrai que le vertige du désert est à l'horizontal.
Non pas à la verticale comme dans les montagnes.
Plonger dans cette immensité a quelque chose de grisant.
Il y a quelque chose d'océanique.
Une fois à la halte, on se sent un peu robinson crusoë...

Pour ce qui est de la compagnie animale,
les chameaux sont moins doux que les mulets.
Ils se plaignent pour un rien (peut-être d'ailleurs juste pour le plaisir de se plainde).
Ils sont assez difficiles sur l'alimentation,
et étant ruminants, ils puent de la gueule (horrible!).
Sinon, je trouve que ce sont des bêtes très attachantes.
Un peu caractériels, mais on s'y fait.
Pour ça, le mulet est plus docile.
Au moins en apparence, il semble plus aisé à adopter...
-------
Les âmes des sorciers disparus reposent
La nuit sur la cîme d'arbres anciens


kola
France

30 juin 2007 à 7:03

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Re: [scourtoi] Méharée (sud du Maroc) [En réponse à] Répondre

"Il y a quelque chose d'océanique..."
C'est vrai... Dans le désert j'ai trouvé des coquillages, et les yeux fermés, senti l'odeur de la mer...
Quant à l'haleine des dromadaires... Hum, carrément repoussante!
Mais une sorte de douceur dans le regard...

 
 

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