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Lyon, France

26 novembre 2006 à 9:45
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Ban Soulane Noy, jour 28, la rivière infranchissable C'est incroyable comme les Yao sont timides, même les hommes n'osent pas prendre mon appareil photo en mains. C'est pourtant un petit modèle simple, compact et à pellicule, tout ce qu'il y a de plus basique, comportant un seul bouton, celui de déclenchement, et âgé de plus de cinq ans, vraiment rien d'impressionnant. Dommage car j'aimerais bien, de temps en temps, me faire photographier en compagnie de certains villageois. J'ai à nouveau recruté un guide, qui lui aussi s'accompagne d'un deuxième car il n'oserait pas partir seul avec moi. J'ai énormément baissé mes tarifs guide. Un peu plus de trois euros pour trois à quatre heures de marche, aller-simple, c'était trop. Si des gens du village d'arrivée observait la transaction, l'inflation avait lieue avant le lendemain, avant le recrutement d'un nouvel accompagnateur. 1,2 à 2 euros semblent largement suffisants, ils en sont d'ailleurs tout aussi ravis. Ils observent toujours mes billets de 20 000 kips, pourtant édités depuis maintenant trois à quatre ans, avec curiosité. En revanche, de leur côté, je n'aperçois jamais leur argent. En maintenant huit à neuf jours passés en pays Yao, je n'ai pu observer qu'un billet d'un yuan chinois et un autre de vingt, c'est tout. Il n'y a de toute façon, il est vrai, rien à acheter par ici. Une semaine à résider dans un même village et je serais le seul à dépenser quelques monnaies. Mais en revanche je n'ai plus beaucoup de petites coupures, celles de 500 à 5000 kips, et je ne dois pas compter sur les villageois pour me rendre de l'éventuelle monnaie sur un "gros" billet. Par ailleurs, parfois, les villageois semblent adopter un autre système de comptage, du moins pour l'argent. Ainsi un billet de 20 000 kips devient "saam yon", "trois yon". Il ne peut pourtant pas s'agir de la somme convertie en yuans chinois. Là, pour le coup, je ne comprends pas. Le village de Ban Soulane Noy est finalement, désormais, le plus beau de tous, mais je décide néanmoins de n'y passer aucune nuit car il faut absolument, calendrier oblige, avancer. Trois heures de prévues pour rejoindre le village de Ban Thamkone, qui ne sera plus de population Yao mais à nouveau Taï Lue. Un homme me reparle de la grande rivière peut-être infranchissable, est-ce pour aujourd'hui ? Impossible d'obtenir une réponse claire et précise. Départ, il me semble qu'il y ait de plus en plus de végétation "géante" : des bananiers sauvages aux proportions particulièrement élancées et s'accrochant aux pentes très inclinées, et plusieurs de ces palmiers sur troncs déployant ces gigantesques feuilles en formes d'éventails, puis les grands arbres et de longues lianes qui en tombent. On quitte définitivement le très isolé et caché pays Yao. Retour chez les Taï Lue, les plus favorisés, là où il y a les plus grandes plaines irrigables, jusqu'à sept ou huit hectares au moins d'une pièce, une richesse inestimable, mais inespérée pour les montagnards. Les Taï Lue donc, dont la présence ici compose une frontière supplémentaire, culturelle cette fois, entre les montagnards Yao isolés et les Lao Loum, les Lao des plaines, les "vrais" Lao, les bien administrés. Et puis, après une heure de marche, au détour d'une combe, elle est là, loin en contrebas, au fond du ravin, presque à l'aplomb du sentier. Quelques mètres seulement de son cours sont visibles entre les denses feuillages. L'eau est marron, presque rouge, grondante en tout cas entre les deux pentes abruptes. Mes deux guides émettent des sons de surprise (on reparlera des différents "sons" émis par les Yao). On descend, les abords de végétation du sentier sont de plus en plus denses, résolument impénétrables. On aperçoit quatre serpents en une demi-heure seulement dont l'un, en quittant le sentier, vient jusqu'à frôler le mollet. Quelques beaux oiseaux de visibles, de nombreux autres audibles. Puis on l'atteint la rivière Nam Pakone, et il faut suivre un moment son cours sur ses hautes berges. Ça y est, c'est là, il faut traverser, je devine déjà que cela va s'avérer fort improbable. Un de mes guides s'y engage pourtant, son pantalon noué autour de la tête et ses tongs à la main. Il y a environ trente mètres à franchir, c'est impressionnant, le niveau de l'eau devrait m'atteindre à l'abdomen seulement mais le courant est très fort, et puis il n'y a que du rocher au fond, et l'eau est opaque, il faut tâtonner. Il manque sérieusement d'être renversé, et donc emporté. Il lutte, le buste incliné vers l'amont, le visage contorsionné de grimaces. Il réussit néanmoins mais c'est évident, moi je ne tenterai rien. J'accepte parfois quelques prises de risque mais là, de plus avec le sac sur le dos, c'est potentiellement mortel. D'ailleurs mes guides ne m'y encouragent pas particulièrement. Et alors ? patatras ! Cela signifie refaire tout le parcours inverse de ces derniers jours en pays Yao ? Horreur, j'ai tellement pleins d'autres choses à faire ! Accablement. Bon, pour l'instant il n'y a de toute façon qu'une alternative possible : retourner au dernier village traversé, celui de Ban Soulane Noy. Petite consolation car j'ai décrété que c'était désormais le plus beau et je le verrai donc aussi demain au petit jour. Mais après ? On s'arrête, pour racler les sangsues et fumer la terreuse pipe à eau du lieu, sous le même petit abri de rizière qu'à l'aller. Durant cette pause de retour je propose à mes guides de revenir demain, à quatre ou cinq personnes, pour me construire un petit radeau en bambou. Plus haut dans la rivière, j'ai vu, il doit y avoir très profond mais pas de fort courant. Bon, cela semble improbable car c'est vrai qu'à cet endroit la berge d'en face n'est que denses fourrés impénétrables, sans passages, et cela s'avérerait compliqué pour, de là, regagner le chemin situé plus en aval. Je leur propose alors toujours de revenir demain, à quatre ou cinq personnes, pour me tendre une corde, une liane, au travers de cette rivière Nam Pakone, contre honnête rémunération. Ce coup là par contre les intéresse, on en reparlera plus tard. Retour au village après cet échec cuisant. Je tiens à ne pas dépendre de mes guides pour l'hébergement et à choisir moi-même une autre famille d'accueil que la leur, cela répartira les gains. Je les renvoie donc avant l'entrée dans le village et leur donne rendez-vous demain matin, assez tôt, pour reparler du coup du franchissement de la rivière. Je choisis la première maison, sous l'auvent de laquelle se tient au moins un homme. S'il n'y a que des femmes cela ne se fait pas, je les troublerais trop. Le grand-père me plaît, plus tard il y aura une photo de lui, fumant sa pipe à eau, juste derrière le foyer de cuisson allumé. Je commence à être fâché sévère avec le calendrier, plus que neuf ou dix jours dans les bois, avec un aller impératif jusque Utay, pour les remises de photos, avant d'entamer, en transport, le long trajet de retour vers le sud, jusque Oudomxaï, Luang Prabang et enfin Vientiane pour un inévitable décollage aérien en temps voulu, imposé plutôt. J'aurais pourtant aussi aimé à nouveau visiter des villages Akha quelque part mais, pour cause de rivière grondante, cela risque de devenir improbable. Je n'ai pas choisi la meilleure famille d'accueil. Cinq gosses chialeurs dont deux nourrissons, la grand-mère est assez sérieusement dégénérescence, et les jolies femmes semblent être les voisines. Mais ce n'est pas grave car le repas commence bien. Soupe de citrouille et couenne de porc, un régal. On boit du lao-lao, il est fort. Mais voilà qu'un voisin débarque en trombe et m'invite immédiatement chez lui, ça ne semble pas refusable, d'ailleurs mon nouveau grand-père m'accompagne aussi. Regret quand même pour la couenne de porc abandonnée ici. Là-bas, désastre, il n'y a pour l'instant que deux seuls plats, indistincts dans la pénombre et qui de plus semblent déjà froids. On goûte. Tiens, le premier c'est une viande rouge. Pas de doute, ce n'est pas du cochon, ce n'est pas gras. Le deuxième est plus étrange, de petites portions, des sortes de boulettes longiformes de je ne sais quoi. C'est à peine craquant à l'extérieur et fondant à l'intérieur, c'est assaisonné au glutamate de sodium. Un de mes meilleurs repas du séjour. Il y aura eu ce soir là de la petite antilope de forêt et des larves et chrysalides de frelons, puis de la viande et couenne de cochon frits et une soupe d'herbes. Il semble que ce soient les derniers jours d'une célébration quelconque. On boit du lao-lao, beaucoup… Mon grand-père quand à lui grignote seulement ce qu'il a accumulé quelques temps auparavant sur sa petite cuillère. Même le riz est chaud, ce n'est pas toujours le cas. Je me gave. Re-couenne de porc frit, deuxième fournée, bien brûlante celle-là, re-lao-lao, re-couenne de porc et frelons, lao-lao. La suite, je ne m'en souviens pas trop bien. Mon grand-père et moi regagnons ma maison d'accueil dans l'obscurité, lui en éclaireur avec ses tisons de bois enflammés, moi le suivant à la trace avec ma mini lampe Mag-light pendue au cou. Il titube plus que moi, du moins il me semble. Il va tomber ! moi aussi ! Puis réveil à 4h30, ma natte est au milieu de la pièce, à un mètre cinquante seulement du foyer, la femme cuit le riz de la journée, l'énorme fût de bois noirci et évidé trempant dans le grand wok où l'eau bout.
. > Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly > Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly .
(Ce message a été modifié par 321 le 25 avril 2007 à 12:06.)
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