Forum voyage
 Billets d'avion   Chambres d'hôtel   Séjours   Circuits   Croisières   Thalasso   Weeks ends   Voitures   Annonceurs 
 Forum   Rechercher   Mon compte   Communauté VF 
Forum > Entre deux voyages > Carnets de voyage, textes de voyageurs > Nord Laos (2007), 40 jours de lentes balades vers les confins de Phongsaly (sans guide)
 

Indonésie
 Voyages en Indonésie 
sejourVoyages en Asie
chambre hôtelChambres d'hôtel en Asie
billets avionBillets d'avion pour l'Asie
Voitures de locationVoitures de location

Vietnam
 Voyages au Vietnam 

Première page Page précédente 1 2 3 4 Page suivante Dernière page
Tout afficher


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:39

Message 1 de 76
Consulté 2 954 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos (2007), 40 jours de lentes balades vers les confins de Phongsaly (sans guide) Répondre

.

Nord Laos

2007

40 jours de lentes balades vers les confins de Phongsaly

En compagnie des Akha, des et des Lolo, des Hmong, des Yao, des Sila…

(Septembre et octobre 2007)


En 2006, à l'extrême nord du Laos, 34 journées de balades, seul dans les montagnes de la fascinante province de Phongsaly (résumées > ici), me permettaient d'y effectuer quelques repérages.

Retour sur les lieux en 2007 pour me diriger, à nouveau seul, à pied et très lentement, vers les confins de la province. Après cette fois 40 journées de balades et 40 nuits passées chez l'habitant, il en reste les souvenirs que je propose de résumer ici. Juste le temps d'en apprendre un tout petit peu sur cette étonnante enclave isolée du monde, et même du reste du pays.

Alors, parmi d'autres anecdotes ou faits observés là-bas en compagnie des minorités ethniques montagnardes : des rituels chamaniques de guérison chez les et chez les Hmong ; la culture du riz en forêt de pente ; une ahurissante journée de navigation sur la portion la plus sauvage de la rivière Nam Ou ; un sacrifice rituel d'une chèvre, cinq cochons, deux poules et douze poussins dans un village Akha ; la récolte de l'opium puis "l'art" de le fumer ; les pieds réduits d'une grand-mère "chinoisante" ; un séjour de quatre nuits dans un même village Akha pour bien laisser le temps aux villageois d'apprivoiser l'étranger et vice-versa ; des maisons de l'ethnie Hmong abritant plus de cinquante personnes ; le cœur de la très isolée réserve naturelle de Phou Den Din ; des marchands de cheveux itinérants chinois ; une rencontre avec la très minoritaire et discrète ethnie Sila ; un trafic transfrontalier de papillons ; les délirants accoutrements des femmes Akha ; des geysers d'étincelles lors d'une fête bouddhiste ; la première présence d'un falang, d'un blanc occidental, dans certains villages depuis plus de 15 ans, et assez probablement premier touriste depuis toujours.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.
(Ce message a été modifié par 321 le 11 mai 2008 à 19:43.)

Annonceurs en lien avec le Laos:

» Annoncer sur VoyageForum.com
  Khuon-Tour (www.voyage-cambodge-vietnam-laos.org/)
Agence voyage Franco-Asiat. CE, individuel, groupe & famille.
Rabais aux membres de VF: 10% 1er pers. Tous circuits mini-groupes Cambodge + si [coupon-rabais]
   
  Ateliers du Film (www.ateliersdufilm.fr)
Vente de DVD documentaire sur le LAOS et autres destinations.
   
Répertoire des annonceurs Répertoire des annonceurs


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:40

Message 2 de 76
Consulté 2 950 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos (2007), 40 jours de lentes balades vers les confins de Phongsaly [En réponse à] Répondre

.

Nord Laos

2007

40 jours de lentes balades vers les confins de Phongsaly

En compagnie des Akha, des et des Lolo, des Hmong, des Yao, des Sila…

(Septembre et octobre 2007)




Je peux envoyer une version Word et/ou PDF du texte sur demande.
Cela représente un peu moins de 100 pages Word (non mises en page).

- Jours 1 & 2, Le salaire du fonctionnaire
- Jour 3, Transports (1)
- Jour 4, Transports (2)
- Jour 5, Transports (3)
- Jour 6, L'opiomane Taï Lü
- Jour 7, Exubérance féminine Akha
- Jour 8, L'eau rare
- Jour 9, Rituels chamaniques de guérison chez les Hô (1)
- Jour 10, Rituels chamaniques de guérison chez les Hô (2)
- Jour 11, Rituels chamaniques de guérison chez les Hô (3)
- Jour 12, Vannage du riz et rongeurs
- Jour 13, Addiction à l'opium
- Jour 14, Pipes à eau (bang)
- Jour 15, Autels aux "esprits" & Rituel de guérison Hmong
- Jour 16, Navigation, chasse, pêche, nature et traditions
- Jour 17, Parure des femmes Hô
- Jour 18, Les marchands de cheveux itinérants chinois
- Jour 19, Résolution publique d'un conflit
- Jour 20, Recensement tardif
- Jour 21, Sangsues & Buffles en forêt
- Jour 22, Fumer l'opium (1)
- Jour 23, Miel sauvage
- Jour 24, Cuisine Akha, fours et foyers de cuisson
- Jour 25, Maladie
- Jour 26, Sacrifice : chèvre, cochons, poules et poussins
- Jour 27, L'œuf en cadeau de départ
- Jour 28, Décorticage du riz
- Jour 29, L'esprit de la rivière
- Jour 30, Le marchand de cheveux français
- Jour 31, L'ethnie Sila
- Jour 32, Fait divers
- Jour 33, Fête des fusées
- Jour 34, Culture du riz chez les montagnards
- Jour 35, Récolte de l'opium
- Jour 36, Parure des femmes Yao
- Jour 37, Tissage du coton
- Jour 38, Sans titre
- Jour 39, Trafic de papillons
- Jour 40, Premier falang depuis seize ans
- Jour 41, Fumer l'opium (2)
- Jour 42, Sans titre
- Jour 43, Dernière étape
- Jour 44, Transports (4)
- Jour 45, Transports (5)
- Jour 46, Transports (6)
- Jour 47, Dim-sum et soupes de nouilles
- Jour 48, Un temple

.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.
(Ce message a été modifié par 321 le 26 février 2008 à 13:55.)


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:41

Message 3 de 76
Consulté 2 951 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jours 1 & 2, Vientiane,

Le salaire du fonctionnaire


Un fumeur d’opium se tient, à l’extérieur, sous la coursive de la pagode qui fait face à mon hôtel décrépit, de l’autre côté de l’étroite ruelle qui sépare les deux édifices. Bien qu’ayant tendu une bâche autour de sa natte pour se protéger des regards, il ne sait pas que moi seul peux néanmoins l’observer à la tâche et distinguer le moindre de ses gestes, du petit balcon de ma chambre située au deuxième étage. Il ne semble pas être moine car son crâne n’est pas rasé, mais en tout cas c’est certain, les religieux bouddhistes le tolèrent, et le protègent même.

À Vientiane, petite capitale du Laos, quelques hôtels flambants neufs apparaissent de temps en temps, mais le mien se détériore sérieusement. Une nuée de souris a colonisé le cagibi de rangement du matériel de ménage qui fait face à ma chambre et régulièrement une d’entre elles s’engage dangereusement dans l’escalier descendant et se retrouve coincée, sans issue, sur le palier intermédiaire. Par contre, pour une fois, pour un hôtel de cette catégorie, les cafards ne sont pas en trop grand nombre dans les salles d'eau.

Arrivé au pays un dimanche soir ; visite au bureau de l’immigration dès le lundi matin pour y déposer mon passeport, puis à nouveau l’après-midi pour y récupérer ma prorogation de visa. Le fonctionnaire qui m'a reçu m’a paru sans scrupules. Car c'est bien la première fois que l’on ne me fait remplir aucun formulaire écrit pour cette opération administrative, pas le moindre, et que l'on ne me remet même pas, après dépôt de mon document d’identité, aucun reçu, aucun justificatif. Bref pas le moindre papier, pas la moindre trace écrite de toute la démarche. Alors, quittant l'endroit en y laissant là mon précieux passeport et mes quarante dollars de frais légaux, j’ai bien craint que plus tard, à mon retour, j’y retrouverais un fonctionnaire "zélé"… et vénal. J'y suis donc revenu l'après-midi, arrivé là avec plus de trente minutes d'avance sur l'horaire convenu. À peine entré dans ces sordides locaux d'état, mon fonctionnaire s'est avancé vers moi et m'a accueilli les bras ouverts, comme s'il ne fallait surtout pas que je m'adresse en premier lieu à un de ses collègues. Sans histoire il m'a rendu mon passeport alourdi de quelques tampons, qu'il tenait déjà à la main. C'est clair, il m'attendait, moi seul, guettait même mon arrivée ; il m'a semblé effectuer là sa seule tâche de l'après-midi. Alors, ces quarante dollars-là, je crois savoir quel très court chemin ils ont emprunté, ils compléteront un salaire mensuel officiel d'un peu moins de vingt cinq euros.

Ensuite, dans cette bourgade nonchalante, après ces forts peu passionnantes démarches administratives corrompues et en attendant le grand départ vers le nord : flânerie, visite de marchés, gastronomie, repos pour se refaire, se remettre du décalage horaire.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.
(Ce message a été modifié par 321 le 27 janvier 2008 à 12:10.)


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:42

Message 4 de 76
Consulté 2 947 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 3, Luang Prabang,

Transports (1)


En route pour trois grosses journées de transport vers l'extrême nord du pays, vers ma fascinante province de Phongsaly. Au programme de cette première d'entre elles, onze heures de bus sur une route asphaltée, mais montagneuse et incroyablement sinueuse, pour effectuer les 380 kilomètres qui séparent Vientiane de l'autre capitale, celle-ci historique et royale, la belle ville de Luang Prabang chargée paraît-il de magnifiques anciens temples bouddhistes très préservés qu'il faudrait que je visite un jour, une autre fois peut-être.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:42

Message 5 de 76
Consulté 2 946 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 4, Oudomxaï,

Transports (2)


Les 200 kilomètres éloignant Luang Prabang d'Oudomxaï s'effectuent normalement en environ six heures, mais ils nous en ont cette fois nécessités treize. Très grosse casse dans la boîte de vitesse et voilà nos chauffeurs sans outils contraints d'interpeller les quelques rares véhicules de passage pour se faire prêter les clés mécaniques indispensables à une tentative de réparation. On a perdu, ou cassé, un boulon ; un boulon important, un boulon qui immobilisait en place un gros engrenage. Alors, pendant cinq heures, on bricole, et on ausculte le bus entier, et dans ses moindres recoins, pour essayer d'y prélever LE boulon de rechange. Mais que nenni, on ne retrouve pas le même modèle. Alors, très naïvement, on ose tenter le boulon… en bois, taillé à la machette dans une branche sèche ramassée au bord de la route. Un bout de bois dans la boîte de vitesse ! Qui ainsi prendrait feu immédiatement. Pauvres gars, vous êtes pitoyables, cela en devient risible, arrêtez de vous prendre pour des cadors uniquement parce qu'on a osé vous confier un bus à vous seuls ! Et reconnaissez enfin votre échec qui, cette fois, est total ; mais admis après néanmoins deux tentatives de boulons en bois. Alors on se résigne, mais un peu tard, à téléphoner à Oudomxaï, afin qu'ils nous envoient un nouveau bus. Attente, au bord de la route, près de la boîte de vitesse éventrée et une énorme et épaisse marre d'huile brûlée qui se répand. Je ne suis pas l'unique touriste dans le bus, il y a aussi deux japonais ; ils effectuent une espèce de tour du monde et, étant déjà passés par l'Afrique, ils transportent dans leurs bagages quelques instruments de musique à percussion. Ils animent l'attente, et font bien rire tout le monde.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:43

Message 6 de 76
Consulté 2 942 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 5, Boun Neua,

Transports (3)


Long trajet vers le nord, la toute dernière portion de route asphaltée se termine, pour laisser place à une piste ancestrale, défaite, caillouteuse, poussiéreuse. Dix heures de ballottements, de sursauts et de suffocation. Malgré les splendides paysages, accidentés, sauvages et verdoyants, il y a des moments où l'on souhaiterait sincèrement être ailleurs.

De temps en temps, marchant le long de la piste avec leur hotte sur le dos, une ou plusieurs femmes de divers groupes ethniques Akha. Ce sont d'abord, aux environs du district de Boun Taï, les Akha Oma et les Akha Luma puis plus loin, à l'approche de celui de Boun Neua, les Akha Botche. Elles sont presque toujours vêtues des parures traditionnelles caractéristiques de leur groupe d'appartenance ethnique, toutes différentes et toujours très surprenantes. Des tuniques très colorées de motifs de tissus patchworks, et scintillantes de plusieurs bijoux et pièces monétaires d'argent massif (les vieilles piastres indochinoises et tout aussi anciens dollars chinois) utilisés ici en décoration, sur les bustes ainsi que sur les délirantes coiffures dont on reparlera. Ces districts de Boun Taï et de Boun Neua, à ce jour absolument pas visités par le tourisme car trop difficiles d'accès dès que l'on veut gagner les hauteurs et les villages montagnards isolés qu'elles cachent, abritent eux aussi une richesse et une diversité culturelles inouïes ; un jour, ici aussi, il faudra s'y arrêter puis s'y balader durant quelques semaines.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


Indonésie
 Voyages en Indonésie 
sejourVoyages en Asie
chambre hôtelChambres d'hôtel en Asie
billets avionBillets d'avion pour l'Asie
Voitures de locationVoitures de location

Vietnam
 Voyages au Vietnam 


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:44

Message 7 de 76
Consulté 2 940 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 6, Ban Moukhang,

L'opiomane Taï Lü


Enfin on y est, presque ! Après trois longues journées de bus, il ne reste plus aujourd'hui qu'une heure de transport à effectuer, mais à nouveau lent, très secouant et poussiéreux. À partir d'ici ce n'est plus un bus mais un songteaw (une camionnette dont le bac arrière, ouvert sur l'extérieur, a été aménagé avec deux bancs puis surmonté d'une armature et toiture de tôle) qui effectue le parcours, un seul quotidiennement sur cette toute dernière piste carrossable du nord de la province. Descente aux environs du village de Ban Sone Neu, habité par l'ethnie Taï Lü dont on reparlera. Mais c'est d'encore un peu plus loin, en pleine campagne, de là où se situe le départ d'un chemin, que je vais réellement entamer ces balades, en me dirigeant dans un premier temps, grosso modo car je n'ai défini aucun itinéraire précis, vers le cœur de cette fascinante et à ce jour quasiment pas visitée, province de Phongsaly.

Le premier village à rejoindre est celui de Ban Moukhang habité, ainsi que probablement quelques autres hameaux proches que j'espère également traverser un peu plus tard, par l'ethnie Akha. Là bas, c'est un des territoires des Akha Nutchi, probablement le groupe ethnique Akha dont les femmes portent les plus étonnantes et "délirantes" parures, d'impressionnantes tuniques et coiffes que l'on décrira plus tard. Ban Moukhang se situe vers l'est, à un peu plus de cinq heures de marche d'ici, de l'endroit où le tout dernier transport m'a déposé. Mais ce village je le connais déjà car j'y suis passé l'an dernier. J'y fus même resté trois journées, "retenu" là car venant d'y perdre dans le torrent tout proche une de mes deux précieuses sandales de marche, m'empêchant alors à l'époque de pouvoir m'aventurer plus loin et m'obligeant à faire demi-tour. Comme je connais donc déjà également bien le chemin qui y mène et qui est un des rares de la région à être, mais avec difficulté néanmoins, motocyclable, je décide de le parcourir à mobylette. Il s'agit seulement de convaincre un des quelques paysans de Ban Sone Neu possédant ce type de véhicule de m'y transporter, moyennant une rémunération honnêtement mais fermement négociée.

Ainsi, l'an passé, j'avais déjà pu constater l'état de délabrement avancé de ce chemin et cela, loin s'en faut, ne s'est pas du tout arrangé depuis. Ce sont toujours, d'un côté les mêmes portions entières écroulées dans le ravin et de l'autre bord, effondrées depuis le flanc abrupt, encore de plus nombreux gros arbres, gisants en plein travers du sentier et accompagnés d'éboulis de terre et de cailloux. Sur de nombreux passages il faut donc marcher, parfois aussi soulever la mobylette au dessus des obstacles. Sur d'autres, roulant sur les cahots ou dans les ornières de boue, ou encore à la vue du gouffre proche, on sert les dents !

On croise un marcheur, un homme revenant juste du village de Ban Moukhang et se reposant au bord de la piste. Durant sa courte conversation avec mon chauffeur je distingue clairement quelques paroles, et notamment celles-ci : "je reviens de Ban Moukhang" et "opium". Cet homme est Taï Lü, ethnie non cultivatrice de pavot et très peu consommatrice de la drogue ; il doit donc s'approvisionner chez les montagnards, d'où justement il revient.

Aux villageois Akha de Ban Moukhang, je rapporte environ quatre-vingt photos, réalisées l'an passé. Distribution un peu chahutée et "hargneuse", comme il faut s'y attendre avec les Akha, populations de tempérament légèrement "turbulent". Puis chaque photo disparaît en quelques minutes, toutes sont enfouies au fond des replis des étonnantes tuniques féminines puis emportées dans les maisonnées concernées. Évidemment, comme d'habitude, il ne faut surtout pas en attendre remerciements et fortes expressions d'émotions quelconques. Un peu de joie et de surprise, c'est tout. Les clichés, ils seront longuement inspectés plus tard, dans l'intimité.

La morphologie du village a un peu changée depuis l'an passé. À l'époque, tout nouveau phénomène dans la région, j'avais déjà remarqué que la tôle ondulée, en remplacement des toitures végétales trop rapidement périssables et exigeant de longs travaux de mise en œuvre, s'implantait de plus en plus dans les villages, mêmes les plus reculés. Désormais un peu plus d'un quart des quarante maisons en sont équipées, contre deux seulement l'an passé. Ce sont des tôles ondulées bon marché, légères, mais néanmoins toutes transportées à dos d'homme sur les 27 ou 28 kilomètres nous séparant de Ban Sone Neu.

Comme il fallait s'y attendre, les villageois de Ban Moukhang ne comprennent pas du tout ma démarche. Ils ne conçoivent absolument pas la raison de mon retour, un an après, dans leur misérable village, qui ne présente à leurs yeux aucun intérêt pour une personne extérieure. Le concept de tourisme leur est totalement étranger, inaccessible même. Alors, les conversations ayant traits aux raisons de ma présence ici vont bon train. Pour eux, je suis forcément motivé par une démarche professionnelle, intéressée ou monétaire en tout cas, et qu'ils ne peuvent saisir. Les photos remises ? Je n'en ai réclamé aucun argent, cette action là aussi leur est très étonnante et incompréhensible. Peu après mon arrivée en début d'après-midi, l'on a même prévenu le nay ban de ma présence, le chef du village, que je n'avais pourtant même pas rencontré, des trois jours passés ici l'an dernier. Il est venu me voir, m'a un peu questionné, mais s'en est vite retourné à ses activités, moyennement rassuré. Bref, je ne peux plus trop m'éterniser ici.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:44

Message 8 de 76
Consulté 2 937 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 7, Ban Soulivang,

Exubérance féminine Akha


Départ au petit matin de Ban Moukhang. À partir d'ici c'est l'inconnu pour moi. Cette année j'ai emporté une carte géographique de la région, d'échelle peu importante (1/250 000) et surtout périmée, datant de presque quatre décennies. Mais elle reste intéressante pour indiquer les emplacements des cours d'eau, l'importance du relief et la position, il est vrai aléatoire, de quelques rares villages ; ceux qui n'ont pas transmigré ou disparu depuis l'édition du document.

La vue de ma carte a, hier soir, provoqué son petit effet à Ban Moukhang : alors que l'an passé, des trois jours passés dans ce village Akha, personne ne m'avait réclamé de dévoiler mon passeport, le chef est revenu me voir en soirée, pour le solliciter, dix minutes seulement après que j'eus osé exhiber mon document géographique aux quelques hommes réunis dans ma maison pour la veillée. Je les ai alors à nouveau rassurés sur mes intentions neutres, pacifiques et désintéressées mais je suis dorénavant prévenu : je ne dévoilerai jamais cette carte aux habitants des plaines de la région, les populations les plus paranoïaques et méfiantes vis-à-vis de l'étranger, mais également désormais, étant donné leur réaction observée ici, très précautionneusement aux montagnards.

Le prochain village, vers l'est, à deux heures de marche, c'est Ban Sone Taï, à nouveau de population Taï Lü. Tels tous les villages Taï Lü, je peux donc déjà deviner, avant d'y parvenir, qu'il se situera au fond de la vallée, au bord d'un cours d'eau relativement important, et que toutes les maisons seront construites sur pilotis. Arrivé là, pause repas, poissons et crabes d'eau douce. À partir d'ici, il y a un potentiel de balades énormes, il n'y a que l'embarras du choix des directions à emprunter : poursuivre par cette piste qui s'est depuis aujourd'hui réduite en chemin relativement bien dégagé mais étroit et définitivement non motocyclable ou suivre, mais à condition de les repérer, les discrets sentiers escarpés qui gagnent les hauteurs puis les vallées adjacentes, vers d'autres villages de population Akha, et peut-être aussi Hô.

Après le village de Ban Sone Taï, pour rejoindre celui de Ban Soulivang, il faut à nouveau marcher durant deux heures, grimper cette fois et, en vue du minuscule mais joli village d'arrivée, on se dit que le léger effort accompli en a largement valut la peine. Douze ou quinze maisons, toutes de bois, de bambous et d'herbes à paillote sont "accrochées" à flanc de colline. La forêt les cerne et pas un seul matériau de construction manufacturé, pas une seule tôle ondulée n'est encore parvenu jusqu'ici. C'est un village Akha, avec donc à nouveau, y déambulant, les mêmes étonnantes silhouettes féminines.

La "nébuleuse" Akha vivant au nord-Laos comprend plusieurs groupes ethniques très différents. Il y a les Akha Luma, les Nuqi, les Pouly Nyai, les Nutchi, les Oma, les Pala, les Kopien, les Botche, les Tchitcho, les Chapo, les Eupa, etc. De part une grande et farouche volonté d'indépendance et de continuité, tous ces groupes ont conservé des identités culturelles propres et fortes et ne se mélangent pas du tout socialement entre eux, jamais, en aucun cas.

On a beau l'avoir déjà souvent observé, l'accoutrement traditionnel des femmes Akha Nutchi surprend toujours autant à chaque fois. Il y a d'abord le très large pantalon bleu indigo, presque noir, masqué en grande partie par la longue tunique de même couleur sombre, qui recouvre presque tout le corps mais ouverte sur les côtés à partir de la taille. Ces éléments textiles sont entièrement réalisés par les femmes, à partir de coton cultivé par elles-mêmes dans des parcelles de forêt défrichée, près des villages. Leurs confections nécessitent de nombreuses et très longues étapes. Voici, écrite autrefois, une description sommaire de ces laborieux travaux :

"Les femmes travaillent beaucoup le coton. Je crois qu'il n'y a que les étapes de la culture et de la récolte de la plante que j'ai manquées. Les fleurs sont ensuite nettoyées, séchées puis égrenées, à l'aide d'un petit appareil de bois fabriqué par les hommes : elles sont insérées entre deux rouleaux tangents actionnés par manivelle et la graine, trop grosse pour s'y infiltrer à son tour s'en détache alors. La fibre obtenue, comme de la ouate, est ensuite battue à l'arc, pour être aérée et distendue, puis est modelée en fuseaux, en mèches de quinze centimètres de longueur desquelles seront extraits, à la toupie, les kilomètres de fil nécessaires. Les femmes disposent souvent de quelques-unes de ces mèches ainsi que de leur toupie dans un petit pot de bambou fixé à leur ceinture, elles peuvent ainsi filer le coton au moindre moment disponible de la journée et le font très souvent, en autre, en marchant. Puis composition des "liasses" de fil, selon plusieurs méthodes, avant l'installation laborieuse des fils de chaîne sur le très sommaire métier à tisser. Puis longues heures de tissage à la navette, puis teinture, puis découpe, puis broderies, ouf !"

Les toiles de coton obtenues sont épaisses, lourdes, résistantes et souples à la fois. Ces longues tuniques sombres sont donc décorées de quelques broderies, principalement sur les extrémités des manches, et de rectangles ou bandeaux de tissus patchworks, généralement cousus au niveau du buste. Ce sont des ornements relativement grossiers mais très colorés, réalisés à partir de fils et de textiles bleus, jaunes, rouges et verts. Mais les décorations les plus significatives, également cousues sur le buste, consistent en des séries de pièces de monnaie d'argent de provenances diverses et de parfois deux ou trois rectangles, d'un disque ou d'une rosace, également d'argent et gravés de motifs symboliques. Mais il y a surtout l'exubérante coiffe.

La coiffe des femmes Akha Nutchi consiste d'abord en une petite structure verticale de bambou placée vers l'arrière de la tête et recouverte d'une pièce de tissu noir retombant derrière la nuque. Autour de cet ensemble, et plus globalement de la tête entière, est ajustée toute une série d'ornements divers : de très nombreux colliers de fines perles colorées, d'autres de petites sphères ou de cupules d'argent, de chaînettes de même métal et de quelques floches ou petits pompons de laine aux couleurs vives. Quelques autres petits objets métalliques "intrus" y sont presqu'aussi à chaque fois rajoutés, à condition que ceux-ci aient un aspect proche de l'argent : petites clés de cadenas, coupe-ongles, grosses aiguilles, etc. Puis sont accrochées sur les deux côtés de la coiffe, semblant alors comme suspendues à partir des oreilles, deux plus lourdes chaînes d'argent. Celles-ci, composées de larges anneaux entrelacés, descendent au niveau de la poitrine et sont réunies, en ces extrémités inférieures, par à nouveau un collier de fines perles. Ce lourd "collier" est le plus souvent porté sur le buste mais parfois aussi "rangé" dans le dos, pour pouvoir effectuer plus confortablement et sans gêne certains travaux (labour dans les champs, coupe du bois à la machette, etc.). Enfin, les derniers bijoux sont les lourds bracelets d'argent ciselé, jusqu'à deux ou même parfois trois portés par poignet. Tous ces éléments d'argent (hormis les pièces de monnaie) ont été réalisés artisanalement dans les villages par les forgerons. Beaucoup sont anciens car traditionnellement transmis de mères en filles, souvent depuis plusieurs générations. L'argent de provenance, le métal, est issu des petits lingots qui rémunèrent généralement la vente de l'opium, dont on reparlera. Enfin, pour compléter ce détonnant tableau qui surprend et fascine toujours autant, les jeunes mamans en période d'allaitement se déplacent fréquemment avec un sein de découvert.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:45

Message 9 de 76
Consulté 2 935 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 8, Ban Nampong May,

L'eau rare


La promenade de la journée devait logiquement me conduire au village de Ban Nampong Khao, mais c'est à Ban Nampong May que je suis finalement parvenu. Je me suis fait "lutiner", désorienter dans ces décors escarpés, accidentés. Mais surtout, je n'ai pas dû choisir la bonne direction à une certaine bifurcation ; ou encore plus probablement, je n'ai tout simplement pas aperçu, pas repéré la dite bifurcation, tellement étroits et discrets que sont par ici les sentiers, trop peu empruntés et foulés et qui donc, perpétuellement, tendent à disparaître sous la végétation, à y retourner. Le village convoité de Ban Nampong Khao se situerait à deux ou trois heures de marche plus au sud-est.

Le village Akha de Ban Nampong May est similaire à celui de Ban Soulivang quitté ce matin : aussi peu peuplé et n'utilisant également que des matériaux de construction naturels. Mais il se situe encore un peu plus en altitude ; peut-être un peu trop d'ailleurs car du coup il n'y a pas d'eau. En cette période, espacée d'encore pourtant trois mois du cœur de la saison sèche, une seule minuscule source est disponible à proximité du hameau. Elle alimente un tout petit trou d'eau, devenant terreuse dès qu'on l'agite un peu trop. On s'y lave, en y puisant de petites bassinées dont on s'asperge ensuite. Et puis, les femmes et jeunes filles y viennent, plusieurs fois par jour, pour la corvée d'eau, la hotte chargée de cinq à sept tubes de bambou d'environ trois à cinq litres de contenance chacun. Trop peu d'eau donc et un jour proche, fort probablement, il n'y en n'aura plus du tout. Alors ce village, comme d'autres parfois, transmigrera, n'aura d'autre choix que de se déplacer vers une zone mieux pourvue. J'en ai fait l'allusion auprès de mon père d'accueil, en lui faisant simplement remarquer qu'il n'y avait "pas beaucoup d'eau à Ban Nampong May". Il a approuvé, l'air dépité et résigné. Le problème semble réel et préoccupant.

Allez savoir pourquoi, les Akha de Ban Nampong May ne sont pas particulièrement accueillants. Il n'y a pas aujourd'hui autant de poignées de main chaleureuses que d'autres jours ; pas non plus d'abus de gestes précautionneux envers le visiteur ; et puis les invitations à boire un verre d'eau dans les maisons, pourtant normalement partout rituelles par ici, ne sont pas aussi nombreuses qu'ailleurs. Et puis il y a l'argent. Partout, dans chaque village, ça les obsède toujours un peu ça, les farouches hommes Akha mais ici il y a un peu plus d'insistance qu'ailleurs. Mais comme désormais à chaque fois, toutes les allusions et questions ayant pour but final caché d'estimer le montant de ma fortune personnelle présumée sont vite éludées par des blagues et des bêtises. Et aussi je n'hésite plus à simplement refuser d'y répondre, à bien faire comprendre, sans ambiguïté, que je refuse catégoriquement de parler "argent".

Les femmes elles, ce sont les objets métalliques scintillants qui les intéressent, comme les trois pièces de monnaie de cent lires italiennes que j'exhibe ostensiblement, attachées ensemble et suspendues en pendentif à ma petite sacoche. Elles en pareraient volontiers leurs tuniques et leurs délirantes coiffes, déjà pourtant chargées de chaînes et de cupules d'argent, de monnaies diverses en argent ou sans valeur, de perles et de quelques objets "intrus". Cela a été une bonne idée de me préparer ce petit objet pendentif car il interpelle immédiatement les femmes et les jeunes filles. Agissant comme un aimant, il devient un bon moyen de sceller le premier contact, un bon prétexte de se laisser approcher par elles. Des pièces de monnaies, dont ces femmes Akha sont donc très friandes, j'en garde quelques unes en réserve dans mon sac, comme petits cadeaux de certaines occasions ou autres situations particulières. Ce sont des pièces sans valeur, d'origine chinoise, indonésienne, malaisienne, birmane ou européenne, mais cela n'a aucune importance, il faut seulement qu'elles soient blanches, couleur de l'argent, scintillantes.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:45

Message 10 de 76
Consulté 2 933 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 9, Ban Takhao,

Rituels chamaniques de guérison chez les Hô (1)


Pratique d'une époque révolue, la grand-mère de ma maison d'accueil a les pieds réduits, bandés qu'ils ont été durant leur croissance, durant son enfance et son adolescence, les atrophiant ainsi. Le résultat, ce sont des pieds rabougris, réduits de moitié, ne mesurant pas plus de douze centimètres de longueur, emmitouflés désormais dans des "chaussettes" de bandage et de petits mocassins taillés sur mesure et à l'extrémité effilée. Étonnant endroit pour observer cette curiosité car il me semble que cette pratique était "réservée" aux jeunes filles d'une certaine aristocratie et en aucun cas à des paysannes, de plus ici montagnardes et marginales (appartenant à une minorité ethnique autrefois chassée de Chine et considérée à l'époque là-bas comme sauvage), qui se doivent de disposer de toutes leurs facultés physiques. Ma grand-mère est ainsi handicapée, elle se déplace à petits pas et son équilibre, déjà un peu perturbé par son âge avancé, semble parfois précaire.

Le village de Ban Takhao, d'ethnie Hô, est situé au cœur de la province de Phongsaly. Ayant auparavant, avant d'y accéder, appris qu'il constituait une sorte de bourg-carrefour de la région, je m'attendais à une densité de population plus importante et à la présence de quelques infrastructures dignes de son statut, comme peut-être une ou plusieurs fontaines aménagées en ciment, éventuellement aussi quelques maisons en ce même matériau, assurément une petite échoppe vendant les produits de base, etc. Mais non, il n'y a rien de tout cela, Ban Takhao est un village finalement peu peuplé et très préservé, très traditionnel.

Des maisons de pisé, des murs de terre armés de bois, très épais mais s'effritant néanmoins, hauts de un mètre cinquante environ seulement mais surmontés de parois de bambou aplati et tressé qui les complètent jusqu'à la toiture. L'espace faisant front à deux façades de chaque maisonnée est clôturé par un parapet de pierres de toutes grosseurs, cailloux et rochers très grossièrement agencés entre eux, simplement empilés plutôt, mais empêchant toutes incursions des bêtes (cochons, buffles et vaches) à proximité immédiate des habitations, à l'intérieur de celles-ci et dans les petites cours abritées qu'ils forment ainsi. Pas comme chez les Yao, les Hmong ou même parfois les Akha, où les cochons peuvent alors, de temps en temps, tenter une incursion à l'intérieur.

Ce sont les mêmes pierres, de toutes tailles, qui forment les allées du village, étagé à flanc de colline. Les plus petites sont dispersées en éboulis, puis de très grosses s'agencent, formant comme des marchepieds aidant à franchir les ruissellements d'eau, les flaques de boue et les déjections animales mélangées.

Une quarantaine de maisons composent le village, et ce sont donc autant de très étalées toitures de chaume qui retombent bas devant les murs de terre, offrant ainsi de larges auvents sous lesquels on peut s'asseoir à l'extérieur, à l'abri du soleil et de la pluie et où sont installés les métiers à tisser des femmes. Ici au moins, grâce aux parapets de pierre, les cochons ne peuvent venir s'y agglutiner à leur tour, auprès des hommes, comme on l'observe souvent chez les Yao.

Le gros bétail, les buffles et vaches ainsi que les cochons, déambulent à loisir dans le village, sur les passages escarpés, ou stationnent sur de petites aires jouxtant les maisons-enclos. Les villageois Hô de Ban Takhao possèdent les buffles parmi les plus gros que j'ai pu observer jusqu'alors, des bêtes massives, rondes si elles sont observées de face, et affublées de paires de cornes monumentales. Mais la majeure partie des vaches, une race à bosse sur le dos, pâturent en bas du village, sur le seul pré horizontal, de peut-être un hectare, qu'il était possible d'obtenir dans la région.

Car celle-ci n'est que relief, peu élevé (rarement au-delà de deux mille mètres) mais escarpé, pentu. À part quelques minuscules plaines de-ci de-là, il n'y a pas un arpent de terre plate. Ça monte ou ça descend, toujours, inévitablement, que l'on se trouve en forêt, dans les cultures, dans les villages, sur les sentiers surtout.

Pauvre de moi, faute de vocabulaire, jusqu'alors je ne savais même pas comment quémander le nay ban, le chef de village. Lacune désormais comblée, c'est dorénavant vers sa maison que je me dirige en tout premier lieu dès l'arrivée dans un nouveau village. Cela rassure, je le vois bien, tous les villageois, que j'officialise ainsi ma visite. Et puis, j'exhibe maintenant presque à chaque fois, en tout cas lorsque je le ressens nécessaire, mes visas puis fais bien comprendre à tout le monde que je ne suis que visiteur, touriste, et en aucun cas "travailleur". Car cette question-là, "Es-tu ici pour travailler ?", me sera immanquablement posée, juste après l'autre, la plus importante, qui est "Es-tu bien seul ?". Après cette présentation de mes intentions désintéressées, suivant le ressenti de chaque situation, je peux éventuellement tenter de dévoiler mes cartes et mes carnets puis interroger les hommes sur mes prochains itinéraires possibles.

Les Hô sont "chinoisants" et leur langue n'a aucun rapport avec celles des autres ethnies voisines. Adultes et enfants la pratiquent au quotidien et je ne peux alors parfois même pas essayer de deviner, grâce à quelques mots d'habitude identifiés, les sujets des conversations. Comme chez tous les groupes, les hommes parlent généralement néanmoins un peu le lao mais les femmes non ; alors souvent elles sont obligées de se faire traduire mes quelques propos par un homme.

Douze personnes vivent sous le toit, les grands-parents, deux fils et leurs jeunes épouses, d'autres enfants puis des petits-enfants. Cinq ou six fois depuis hier soir deux hommes, dont le grand-père de ma maisonnée puis un autre extérieur à celle-ci, ont effectué des "prières", face à quelques gros bâtons d'encens se consumant et d'autres objets rituels maintenus dans les mains (papier de bambou, grelots de bronze, grosses griffes animales, d'ours très probablement). Il s'agit de longues, lancinantes et très monotones paroles, ou chants, récités sur un ton uniforme, "marmonnés" plutôt. Cela dure à chaque fois entre dix et vingt minutes. Certaines de ces incantations ont eu lieues devant le petit autel aux "esprits" de la maison, d'autres face à une des deux jolies et jeunes mamans dont le bébé, qu'elle porte en bras durant ces "cérémonies" semble très sérieusement malade. Durant ces dernières, les papiers de bambou sont brûlés, les grelots sont agités en accompagnement des dictions et, pour finir, les griffes d'ours sont "caressées" contre différentes parties du corps de l'enfant. Les deux hommes sont chamans, ils tentent ici une guérison. Ces cérémonies ne perturbent pas le déroulement des autres évènements et activités de la maison ; on n'y prête d'ailleurs peu d'attention, chacun poursuivant ses activité et ses conversations, les allées et venues ne cessant pas pour autant. En aucun cas il y a attention intéressée ou silence respectueux.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:46

Message 11 de 76
Consulté 2 931 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 10, Ban Takhao,

Rituels chamaniques de guérison chez les Hô (2)


Parce que la toute jeune maman de la maison est incroyablement jolie, visage poupin rond cerclé du large turban de même dessin (on décrira un autre jour l'élégante parure des femmes Hô) ; parce que le grand-père et les enfants sont adorables ; parce que le village est magnifique ; parce que la nourriture est excellente (il n'y a pas ces deux ou trois plats, inévitables chez les Akha, probablement assaisonnés à la sauce de poisson fermentant dans les tubes de bambou et sentant véritablement la charogne à un stade avancé de pourriture) ; parce qu'il y a une source à deux pas de la maison, (et qu'il n'y a donc pas besoin, pour aller se laver, de suivre un sentier impraticable, boueux et glissant, descendant au fond d'une combe) ; parce que mon lit est seul situé dans la pièce principale ; parce que, même si je suis certain d'en traverser d'autres villages ces prochains jours, je connais très peu les Hô ; pour toutes ces raisons et d'autres, je décide de rester une deuxième journée dans le village de Ban Takhao. Je viens de le solliciter auprès de mon grand-père en lui assurant que demain, c'est sûr, je m'en irai. Réjouissance spontanée des enfants !

Toilette à la source. Des gamins, dès qu'ils ont compris mon intention, m'y précèdent. Les jeunes filles pour leur part, c'est d'un peu plus loin qu'elles m'observent et pour beaucoup d'adultes c'est du seuil des portes ou de l'intérieur des maisons, à travers les fissures et les planches disjointes, ou les parois de bambou très ajourées formant comme des moucharabiehs. Bref, tout de même un peu plus de retenu et de discrétion que chez les Akha par exemple où ce sont souvent jusqu'à une centaine de personne ou même plus qui viennent former un large cercle contemplatif autour du toilettant.

Les femmes et les enfants Yao, rapportée des ruisseaux, portent l'eau à la palanche d'épaule, dans deux seaux placés en balanciers à chaque extrémité de la palanche, solide mais flexible "tringle" plate taillée dans l'épaisse paroi d'un gros tube de bambou. Les Akha, entre les fontaines ou rivières et le village, la transportent dans cinq à sept gros tubes de bambous d'environ dix centimètres de diamètre et quatre-vingt centimètres de longueur rangés verticalement dans la hotte dorsale. Plus surprenante est la technique adoptée par les femmes Hô du village de Ban Takhao : elles puisent l'eau de la source et en remplissent un seul mais très long tube de bambou, de diamètre un peu supérieur à ceux des Akha et de parfois jusqu'à deux mètres, ou même plus, de longueur et devant pouvoir contenir au moins quinze à vingt litres de liquide ; il est ensuite transporté obliquement sur l'épaule jusqu'à la maison.

Les bébés sont souvent mis à dormir dans une hotte de vannerie de bambou, de celles qui servent à rapporter différents matériaux et nourritures des champs ou de la forêt. Ils sont parfois aussi déposés dans un tabouret de rotin simplement retourné sur le sol ; là ils ne risquent rien car ne peuvent en sortir par leurs propres moyens. Fauteur de trouble malgré moi, il arrive de temps en temps, par cause de ma présence, alors que tous les regards et les attentions sont concentrés sur ma personne et que l'on en oublie le reste pendant quelques minutes, qu'il se produise un "accident" : un bébé tombant d'une hauteur, un cochon ou une vache faisant une incursion dans une rizière ou dans un jardin resté ouvert, des poules parvenant à atteindre une étagère de la cuisine, un feu de cuisson grandissant dangereusement, etc.

Le nay ban, à la fois chef du village et chef de ma famille, le père des deux plus jeunes enfants il me semble, est absent de la maison. Il est aux champs et hier tous m'ont assuré qu'il rentrerait en fin de journée. Mais il n'a pas réapparu. Par contre, parce que le village est de taille relativement importante (il réunit une quarantaine de maisonnées), l'on m'a expliqué qu'il y avait ici trois nay ban, trois chefs de village. Mais ils doivent probablement prévaloir chacun de "fonctions", de rôles distincts, administratif, rituel ou autres.

Ce matin, deux femmes arrivant de l'extérieur ont parcourues le village, chacune chargée d'une immense hotte en bambou sur le dos. Criant d'abord des paroles dans les allées pour annoncer leur présence et pénétrant ensuite dans certaines maisons, elles y achetaient des animaux capturés ou abattus par les villageois. C'étaient, principalement, différentes espèces "d'écureuils", des roux, des noirs, des volants, des très gros, puis aussi des tortues. Elles repartaient ensuite dans d'autres villages, vers le nord-est, vers là où moi aussi je vais me diriger plus tard.

Il y a encore une "prière" pour le bébé malade. Cette fois les accessoires consistent en trois bâtons d'encens et quelques gros poils noirs juste arrachés à un cochon de passage et que l'on ne semble pas avoir particulièrement sélectionné ou choisi. Le tout est ensuite enrobé dans quelques rectangles de papier de bambou puis agité devant l'enfant. Mais cette fois c'est une femme qui s'atèle à la tâche, la "prière" est psalmodiée en cinq minutes. Comme toujours, le chahut ambiant des personnes non concernées ne cesse pas. Les bâtons d'encens utilisés sont confectionnés dans le village, ils n'ont rien de commun avec ceux, minuscules et aromatiques, que nous utilisons parfois pour parfumer nos intérieurs occidentaux. Ceux-ci ont un diamètre comparable à celui d'un stylo et mesurent plus de cinquante centimètres de longueur. Autrefois, dans un village Hmong, j'ai assisté à leur préparation ; c'est une écorce sèche pilée qui entre pour une grande part dans leur composition. En combustion, ils dégagent une fumée épaisse, qui se mêle à toutes les autres qui stagnent à l'intérieur des habitations, à celles des foyers de cuisson principalement et aussi celles des pipes à eau qu'allument en permanence les hommes. Ces fumées noircissent les parois, les charpentes et chaumes de toiture, les objets, les toiles d'araignées envahissantes et jamais ôtées, d'épaisses couches de suie grasse.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:46

Message 12 de 76
Consulté 2 930 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 11, Ban Pingxang,

Rituels chamaniques de guérison chez les Hô (3)


Réveil à 5 heures 30. Il a plu cette nuit. Rien que pour se déplacer dans le village, cela en devient périlleux. La boue est envahissante, jusqu'aux seuils des maisons. Dans les allées il faut essayer de bondir de pierre en pierre mais de larges passages boueux obligent à y descendre, il faut alors se résigner.

Hier soir il y a encore eu des "prières" pour le bébé, près du deuxième foyer de la maison, situé juste au pied de mon lit. Je m'y suis alors installé un moment, afin d'être aux premières loges pour le "spectacle". Rituel autour d'un œuf. Il y a toujours les grands bâtons d'encens, mais qui sont ici plantés en terre. Puis l'œuf, que l'on casse dans un bol d'eau. À l'aide d'une herbe verte et souple, on en manipule délicatement le jaune, on le retourne afin de pouvoir le scruter dans tous les sens, de tous côtés, mais sans le percer. Quelques instants de palabres et de vifs commentaires avertis et concentrés ont lieu entre le chaman et la femme de la "prière" aux poils de cochon d'hier. On y ajoute ensuite quelques pincées de tabac, de celui, jaune, fin et très soyeux que les hommes fument dans les bangs, dans les énormes pipes à eau en bambou dont on reparlera plus tard à coups sûrs. Puis quelques herbes hachées ainsi qu'un peu de sel et d'alcool de riz sont à leurs tours ajoutés à la "préparation" ; à nouveau on remue avec l'herbe, à nouveau on scrute et on commente la mixture avec animation. Puis on jette le tout dehors, c'est fini. Tout cela s'est déroulé encore une fois devant la maman portant l'enfant malade.

Ce matin plusieurs hommes et femmes rendent visite à ma famille. "Prières", encens, mais c'est plus sophistiqué que les autres fois. Alors qu'il s'en trouve déjà un dans la maison, un nouveau petit autel est improvisé, édifié à la hâte sur une chaise de bois. Y sont déposés un petit pot de bambou rempli de grains de maïs, un petit godet d'alcool, un autre de thé, de petits "drapeaux" faits de bois et de papier de bambou, des plumes et pattes de poulet desséchées puis les bâtons d'encens plantés dans un dernier récipient, fait de vannerie de bambou et contenant du riz cru. D'autres "prières" sont récitées, par un nouvel homme que je n'avais encore pas aperçu une seule fois dans le village. Il manipule une sorte de pendule, une barre de métal ouvragée et suspendue, par ses deux extrémités, à un solide fil de coton. Encore une fois, la scène semble n'intéresser personne, comme finalement très banale.

Chez les Hô, chacun semble très précautionneux, très attentionné envers l'autre. Les bébés passent de bras en bras, de ceux des plus jeunes fillettes à ceux des grands-pères. En ce qui me concerne, je perçois que chacun de mes gestes sont observés et que l'on essaye même de devancer mes désirs et mes besoins.

Très discret, mis à part durant ses séances de "prière", le grand-père chaman de ma maison ne parle que le soir. Désormais fort âgé, il n'effectue plus que quelques tâches domestiques, entre deux séances de pipes à eau. L'après-midi d'hier, il l'a passée à égrener du maïs ; lentement, très lentement, mais au retour de mes pérégrinations dans le village vingt bons kilos en avaient été obtenus. Par contre le soir, dès que quelques-uns de ses vieux copains l'ont rejoint autour du foyer, il peut se lancer, comme tous les autres hommes, dans de longs, et lents surtout, monologues. Hier soir encore, après pourtant deux nuits passées ici, certaines parts des conversations, je le devinais, avaient traits aux raisons supposées de ma présence ici.

Je partirai ce matin. Je soupçonne que les sentiers vont être difficiles, incertains, et il est plus que probable qu'il repleuve au cours de la journée. Mais pour l'instant, dès 7 heures et toujours pour le bébé souffrant, un porcelet et un poulet sont sacrifiés, festin en perspective. Rituel, les morceaux de viande sont présentés à l'autel juste improvisé quelques instants auparavant, et à nouveau, évidemment, des "prières" sont récitées par mon grand-père chaman. Puis tout se précise. Pendant que nous autres les hommes nous gorgeons de lao lao, l'alcool de riz local, particulièrement fort ici et prenant une teinte verdâtre, quelques femmes réunissent des objets et préparent le contenu d'un sac. Puisque les séances de chamanisme n'ont évidemment pas fonctionnées, la jeune maman et son bébé, puis un jeune homme dont je n'ai pu discerner le lien de parenté avec eux vont, enfin, partir vers l'hôpital de Phongsaly, la petite ville capitale de cette province du même nom. Plusieurs hommes remettent un peu d'argent à la jeune mère, car c'est certain, ils resteront là-bas plusieurs jours et rien n'y sera gratuit ; ni le transport pour s'y rendre même s'il s'effectuera à pied sur un tiers du parcours, ni le logement, ni les soins et les médicaments, ni la nourriture, ni l'accueil et les sourires car un montagnard en plaine, tel un rom roumain dans une ville française, ne doit pas s'attendre à une attention de tous les instants, ne doit s'attendre à rien de la part d'autrui.

Maintenant il faudrait partir, vers le prochain village, vers Ban Pingxang. J'ai un peu repéré sur la carte, il y aura deux rivières à franchir et il faudra remonter encore un peu dans les hauteurs. Bien que quelques uns d'entre eux me fassent comprendre que le sentier sera difficile de reconnaissance, aucun homme ne semble vouloir m'accompagner. Alors départ seul. Quatre heures de marche effective, pauses non comptabilisées donc. Le cœur de la province de Phongsaly, l'on ne peut s'y déplacer qu'à pied. Tous les ruisseaux, rivières et torrents, quelles que soient leur importance, se franchissent à gué. Des vallées très encaissées, vertes, denses et humides et où la vie animale semble en nombre. J'ai commencé à m'inquiéter au bout de trois heures trente car, pour une fois, tous les hommes interrogés à Ban Takhao semblaient d'accord sur la durée du parcours et m'avaient tous assuré qu'il ne me faudrait pas plus de trois heures pour atteindre le hameau suivant. C'est l'éternelle imprécision des renseignements qu'eux-mêmes les villageois, sans besoin réel de les connaître avec précision, ne vérifient jamais. Les sentiers furent boueux et glissants mais les paysages magnifiques sous les petites averses et entre les nappes de brume. Des forêts denses recouvrant entièrement des collines, de moyennes montagnes escarpées.

À l'arrivée dans le village Hô de Ban Pingxang, je n'ai même pas à quémander la maison d'un nay ban puisqu'un homme m'indique immédiatement la maison de l'un d'entre eux. Arrivé là, le second homme, habitant cette demeure, me pointe du doigt celle du premier, juste rencontré auparavant et qui m'a envoyé ici. J'exprime mon incompréhension et il m'invite finalement à déposer mon sac à l'intérieur, résigné, l'air désemparé. J'ai ensuite compris, les deux hommes sont chefs mais mon arrivée inopinée les a perturbé, ils se sont alors rejetés la "patate chaude"… Mais déjà, rassurés par la présence d'au moins un adulte, trente gamins sont arrivés, puis d'autres adultes aussi, certains se contentant de m'observer un instant avant de faire demi-tour. Mais, lorsque l'assemblée se stabilise, c'est le moment de me présenter, de réciter mon habituel discours : "je suis seul ; aujourd'hui j'arrive de tel village et je désire repartir vers telle direction ; je suis français et ne suis ici que pour me promener ; j'ai déjà effectué tel parcours en sept jours depuis le village de Boun Neua ; je repartirai demain et je souhaite passer la nuit dans votre village, est-ce possible ? etc."

J'approche assez facilement les Hô. Les hommes surtout car les enfants, du moins dans un premier temps, fuient tous à ma vue. Je leur exprime, comme toujours désormais, immédiatement mes intentions tout en dévoilant mes visas, mais qu'ils ne semblent de toute manière pas capables de déchiffrer correctement. Car sinon ici, une des toutes premières questions à mon intention, après quand même l'inévitable première, celle ayant pour but de bien s'assurer que je sois seul, est de me demander si je suis ici pour le "travail". Cette question-là, je l'ai déjà dit mais je le constate à nouveau et plusieurs fois chaque jour dans cette zone retirée, semble avoir une importance primordiale, semble même presque inquiétante. Quand au fait de bien s'assurer que je sois seul, cela est partout encore plus important. La crainte de voir surgir, me suivant, un groupe de ne seraient-ce que quatre ou cinq autres étrangers est réelle et énorme car c'est certainement une situation qu'ils auraient, sans préparation, du mal à maîtriser.

.
> Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly
> Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly
.


Indonésie
 Voyages en Indonésie 
sejourVoyages en Asie
chambre hôtelChambres d'hôtel en Asie
billets avionBillets d'avion pour l'Asie
Voitures de locationVoitures de location

Vietnam
 Voyages au Vietnam 


321
Breton à Lyon, France



27 janvier 2008 à 8:47

Message 13 de 76
Consulté 2 928 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Nord Laos... [En réponse à] Répondre

.

Jour 12, Ban Phoulikang,

Vannage du riz et rongeurs


Huit enfants et jeunes gens puis cinq ou six adultes composent ma famille de Ban Pingxang. Le matin, comme partout, ce sont les jeunes filles et les femmes qui se lèvent les premières pour, très tôt, parfois dès 4 heures 30, commencer à effectuer les tâches domestiques. Quand au gamin de sept ans, ce matin il a haché, à l'aide de la machette "à tout faire", les végétaux qui constitueront aujourd'hui le repas des cochons. Les fillettes, après l'avoir décortiqué au pilon à balancier dont on reparlera, vannent le riz, plusieurs fois et durant de longs instants. Car ce village semble avoir un sérieux problème avec les rongeurs de toutes sortes. Le riz que les fillettes vannent, c'est à dire nettoient, trient, débarrassent du son incomestible et des poussières, est "garni" de crottes des bestioles, des déjections des souris et autres. L'opération de vannage s'effectue sur un van, un vaste plateau circulaire réalisé en bambou tressé. Trois à quatre kilos de grains de riz juste pilonnés, c'est-à-dire décortiqués mais encore mêlés à leurs enveloppes (au son), y sont déposés. La manœuvre s'effectue généralement à l'extérieur, près des poules qui vont guetter les miettes perdues, mais parfois aussi à l'intérieur des habitations, les empoussiérant ainsi encore un peu plus. Le riz est, plusieurs fois et en des gestes précis et élégants, projeté en hauteur et là, les particules plus légères de son et de poussières ont tendance à dévier de la trajectoire et à retomber à l'extérieur du van, sur le sol. Mais les déjections de rongeurs, de presque même calibre et densité que le riz, doivent ensuite être ôtées une à une et à la main. Autre signe de réelle profusion des rongeurs dans le village, hier, en fin d'après-midi, deux faucons se sont posés sur un arbre mort situé à l'intérieur de l'enceinte du hameau. Cela a provoqué un peu d'agitation parmi les quelques personnes qui m'entouraient alors.

Sur le parcours d'hier il y a eu quelques incertitudes quand aux directions à prendre, aux sentiers à choisir lors des intersections. Comme je l'ai déjà dit, je l'avais un peu pressenti au