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Lyon, France

26 novembre 2006 à 9:36
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Ban Xiang, jour 13, la maison Hmong Poursuite du chemin vers. C'est plus facile qu'hier, surtout avec la montée vers la crête. Désormais on la longe cette crête, plusieurs dizaines de mètres plus bas en replongeant régulièrement dans de petites combes où coule parfois une source. La forêt alterne avec les quelques cultures sur brûlis, des surfaces cultivables parfois très inclinées et gagnées, au prix de rudes efforts manuels, sur la forêt. Le riz bien sûr, des épis particulièrement hauts car cette année les pluies de mousson ont dues être abondantes, du manioc, du maïs, de nombreuses autres plantes que je ne connais pas, tout cela agencé aléatoirement, du moins semble-t-il. Et puis, dans un renfoncement, là où l'eau de pluie doit s'écouler en abondance, quelques dizaines d'arbustes, volumineux et hauts de deux à deux mètres cinquante. Aucun doute quand à l'odeur des bourgeons écrasés entre les doigts : ce sont des plants de cannabis. Un type que je croise, très logiquement éberlué, et que j'essaye d'interroger à ce sujet, me fait comprendre que les villageois ne le fument ni ne le mangent et me désigne finalement les plants comme de la mauvaise herbe. Je sais que traditionnellement certains groupes, Akha notamment, en consomment en cuisine. On en propose aussi aux touristes dans le pays, mais très loin d'ici, dans les hauts lieux de "pèlerinage" du Laos que sont Luang Prabang, Vang Vieng, Si Phan Don au sud, etc., mais je n'en avais jamais aperçu sur pied. Ce matin, chez les Hmong de Ban Silé, à 5h30 tout le monde était levé. Départ trois heures plus tard. Passage par Ban Xiang, deuxième village Hmong, situé à deux heures de marche. Ici on m'explique que le chemin va prochainement se dédoubler, celui de gauche menant vers d'autres villages Hmong, celui de droite vers des villages des ethnies Khamu, Akha et Taï Dam. Va alors falloir faire un choix crucial. En tout cas depuis hier, depuis avoir quitté Ban Likna, j'ai de la chance car le sentier ne s'est dédoublé que peu de fois et j'ai toujours pu discerner assez facilement le principal, les autres menant probablement uniquement aux cultures situées dans le fond de la vallée ou au contraire plus en hauteur, ou encore sur d'autres versants. Ici, à Ban Xiang, quatre femmes sont réunies dans la maison dans laquelle je fais une pause. L'une d'elles est en train de peser environ cent cinquante grammes d'opium, à l'aide de la traditionnelle petite balance taillée dans une corne. Je ne parviens pas à me faire indiquer le prix du kilo qui, je le sais, varie en fonction des régions et surtout de la période de l'année, le gros des récoltes ayant lieu en mars. Hier à Ban Silé, des anciens fumaient, sur la même large paillasse où j'ai dormi. À mon arrivée, l'un d'eux arrivait juste de la maison voisine, portant sur une petite assiette d'acier émaillé tout son petit matériel : pipe, lampe à huile, aiguille, spatule, petit bol et pilon, tous noirs de résidus opiacés cuits et recuits cent fois, carbonisés. Morphologie desséchée, teint blafard ou verdâtre, cheveux en bataille, vêtements en charpie. Les jours précédents l'opium était bien sûr aussi présent mais les fumeurs, comme assez souvent, s'étaient faits plus discrets vis à vis de ma présence. Il n'est que 11h00, la famille qui me reçoit tue une poule en l'honneur de ma visite. Ça en est gênant car, chacune ne possédant pas plus d'une dizaine de ces volatiles, je sais que le sacrifice de l'un d'eux est un acte relativement exceptionnel. Pour une nuit passée avec une famille, avec deux repas consommés, je lui donne, le matin en la quittant, de 30 à 40 000 kips (3 à 4 dollars, soit un peu moins d'euros), une somme sans aucun doute large en comparaison du niveau de vie des populations de la région. Je sais aussi que je pourrais ne rien donner, cela ne choquerait personne, sauf peut-être chez les groupes Akha … et les villageois Posang. La maison Hmong est du style "Astérix". Posée directement sur terre, les planches composant les murs, débitées à la main, sont disposées verticalement et assemblées entre elles de manière très disjointes. Le toit est fait d'herbes sèches et ne possède pas de pignon droit, les extrémités étant arrondies, formant un espace abrité à l'extérieur, l'endroit privilégié des femmes qui y passent des heures à broder différentes pièces de leurs costumes. À l'intérieur, comme dans toutes les maisons des montagnards, tout est noirci par les fumées des foyers, la suie se déposant partout, car il n'y a jamais d'évacuation spécifiquement prévue. Apparemment, c'est un bric-à-brac infernal et d'où pend partout, en hauteur, de vieilles toiles d'araignées. Mais l'on devine néanmoins que chaque chose a sa place définie et que les espaces sont parfaitement organisés, celui pour travailler, se reposer, stocker, cuisiner, prier. Les paillasses, toujours surélevées puisque les maisons reposent directement sur la terre, se trouvent dans de grands "placards" cloisonnés, sauf parfois celle de l'invité, simplement disposée dans un coin de la pièce unique. Dans les maisons Hmong, mais aussi dans la plupart de celles des autres groupes ethniques, au dessus du foyer principal est suspendue une petite plate-forme sommaire réalisée en bambou et qui sert à fumer différentes choses qui y sont déposées. Difficile de desceller ce qu'il s'y trouve, tout se confondant dans la suie ; des herbes, quelques épis de maïs, des petits rongeurs, serpents et batraciens, les fines tiges de bambou qui servent à allumer les pipes à eau, etc. Sur les murs, presque toujours un, voire deux ou trois sommets de crânes d'animaux à corne (antilopes et cervidés) dont ces dernières servent à suspendre différents ustensiles et sacs. En mezzanine, que l'on atteint à l'aide d'un poteau unique et amovible taillé d'encoches à grimper, des tapis de bambou tressé servant à battre le riz lors des moissons, des nasses à pêcher si une rivière se situe à proximité, des pièges à rongeurs, des sacs de graines, des épis de maïs, des woks en fonte, de vieilles arbalètes, des chiffons mangés par les rats, des hottes et des paniers fermés dans lesquels sont probablement stockés mille trésors, etc. Départ de Ban Xiang, le père m'accompagne durant dix minutes, jusqu'à normalement la seule bifurcation mais une heure trente plus tard, un torrent. Avec les bifurcations de chemins, les torrents sont mes cauchemars parce que, lorsqu'on les atteint, il faut généralement commencer par les descendre (ou les remonter) dans leurs cours et il peut ensuite devenir très difficile de desceller à nouveau d'où, de la berge, repart le sentier. Alors trop de doutes, et je calcule que si je perd une seule heure, cela me fera arriver au village annoncé après la tombée de la nuit et ça, arriver dans un nouveau village après la tombée de la nuit, il en est impérativement hors de question. Alors demi-tour. À l'aller, sur une portion du chemin, ça a été terrible, des sangsues, plein. Le sentier ne doit pas être très fréquenté parce que certains buissons l'envahissant, il faut quasiment les rouvrir. Les sangsues, à l'ombre, sur les passages humides, se tiennent à l'affût, sur le sol, élancées verticalement ou perchées en suspension sur une herbe. L'une s'est agrippée au pied, on se baisse, on l'arrache, mais déjà quatre ou cinq autres sont arrivées. Il n'y a rien à faire, et il ne faut surtout pas stationner sur place, même pas durant quelques secondes. Même en accélérant le pas, voire en trottant, certaines parviennent à s'accrocher à la peau, à l'embrasser. Alors courir quand même, sans s'en préoccuper, jusqu'à la prochaine zone sèche, si possible située au soleil, pour une inspection générale des pieds, sandales ôtées. Jusqu'à vingt bêtes par pied. Au début je les arrachais à l'ongle mais maintenant je les racle avec ma boussole. Ce midi, ici à Ban Xiang, ils avaient tués une poule pour le repas ; ce soir il y a deux petits oiseaux, avec des longs becs. Ils ont aussi capturés trois ou quatre chauve-souris mais elles n'ont pas été cuisinées, ce sera peut-être pour demain matin. Ici, c'est la première fois que je vois des montagnards utiliser des bœufs (à bosse) pour porter des charges, mais ils ne doivent les employer qu'entre les champs et le village car il n'y a aucun doute, les bêtes ne passeraient pas dans le très raide chemin qui mène à la vallée, sans compter que les rares fois ou les villageois y descendent avec quelques produits, un sac ou une hotte suffit pour les contenir. ------- . > Nord Laos, 2007, 40 jours aux confins de la province de Phongsaly > Nord Laos, 2006, 34 jours de balades dans la province de Phongsaly .
(Ce message a été modifié par 321 le 25 avril 2007 à 12:16.)
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