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Forum > Entre deux voyages > Carnets de voyage, textes de voyageurs > Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
 

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Fabricia
Alpes Maritimes, France

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Description de la photo/image: Amber Fort, Rajasthan, octobre 1994 : une belle indienne offre aux visiteurs un gobelet d'eau puisée dans sa cruche.


30 septembre 2004 à 10:57

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Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1 Répondre

Paris-Saïgon (Ho Chi Minh-Ville)

Sous l'immense verrière de l'aéroport Charles de Gaulle, à Roissy, une énorme explosion retentit, faisant trembler sols et vitres... Un bagage abandonné vient d'être proprement pulvérisé par les services de sécurité. Incident ordinaire en ces lieux sensibles où le moindre sac oublié par son propriétaire n'a qu'une très courte durée de vie.

Nous meublons l'attente du vol Air-France pour Saïgon en allant déjeuner à la Brasserie Flo du terminal F. Agréable manière de passer les quelques heures en savourant une choucroute bien française, avant l'aventure indochinoise que nous avons choisie en cet automne de l'an 2000.

Déception lorsqu'on nous délivre nos cartes d'embarquement : rangée de sièges n° 43 ! Tout à l'arrière du gros Boeing 777-200... Les passagers sont comprimés dans l'énorme zinc comme sardines en boîte. Une jeune femme très enceinte est assise près de nous, sans égard particulier pour son état : c'est la zone de l'avion la plus exposée aux turbulences. Et turbulences il y a, tout au long de l'interminable vol sans escale jusqu'à Singapour. Nous traversons des tempêtes qui brassent le Jumbo-jet comme un fétu de paille. Le personnel de bord ne brille pas par sa courtoisie. Le steward daigne nous servir, du haut de sa grandeur, quelques plateaux-repas sans le moindre sourire. Il faut insister longuement pour obtenir un verre d'eau. "Vous devriez louer un avion privé" nous dit ce malappris à qui nous marquons notre mécontentement d'être si mal accueillis.

Courte escale à Singapour, dans l'aéroport éclaboussant de luxe, le plus beau d'Asie, où nous dégustons un succulent café dans la zone-transit. Au lever du soleil, voici la terre indochinoise noyée sous les flots du Mékong qui ont envahi la plaine qui miroite comme un lac immense. Comprimés pendant des heures dans l'espace étriqué de la classe Canigou, les passagers posent enfin le pied sur la terre ferme. Derrière le guichet d'accueil, les préposés à la vérification des passeports et visas ont tous une mine sévère et peu engageante... Ils scrutent attentivement chaque étranger et tamponnent comme à regret les documents dont il ne faudra se séparer à aucun prix : cette demande de visa qu'il a fallu remplir pour l'obtenir, et qu'il faudra présenter à nouveau au moment du retour en France...

Un taxi nous dépose à l'hôtel Saïgon-Prince, établissement touristique de belle allure sur le boulevard Nguyen-Hue, quartier des affaires de cette ville cosmopolite que tous les français continuent de nommer Saïgon, malgré le vilain nom "Ho-Chi-Minh-Ville" de la réunification... L'arrivée sur le sol vietnamien n'est pas dépaysant : il règne dans ce pays une atmosphère de France d'autrefois qui a laissé une profonde empreinte sur ses habitants. Dans le hall imposant du palace, on remarque surtout des clients japonais.

Confortable et silencieuse, la vaste chambre donne sur une cour intérieure, à l'écart des bruits de la circulation très dense sur le boulevard.

L'Agence Vietnam-Tourist nous a été fermement recommandée pour organiser notre séjour. C'est un organisme d'état (le pays est sous le régime "communiste-libéral") et son directeur francophone établit un plan de visites selon nos désirs, qui suivent de près ses conseils appuyés. Cette ville active, grouillante et surpeuplée est consacrée en premier lieu aux affaires et au commerce tout azimut. Malgré trente années de guerre meurtrière, le Vietnam se relève du cauchemar à une vitesse vertigineuse, grâce au courage et au dynamisme exceptionnel de la population. A maintes reprises, nous allons voir des preuves tangibles de la grande force de vie qui s'exprime à travers le pays.

Parfum de cuisine française, au "Bistro Augustin", le patron est vietnamien, mais il a séjourné en Bretagne de longues années. A nous le filet de porc à la moutarde, le bar grillé et la crème brûlée ! Tout est délicieux, servi par une mignonne jeune fille au fin minois de porcelaine. C'est sûr : on va revenir souvent chez Augustin pour d'autres agapes.

On marche avec plaisir sur les larges trottoirs des avenues dont certaines portent l'ancien nom colonial avec la nouvelle dénomination. L'ex-rue Catinat a été rebaptisée Dong Khol. Seules trois rues gardent encore leur nom d'origine: rue Pasteur, rue Calmette et rue Yersin. A noter que ce sont trois scientifiques-bienfaiteurs de l'humanité ayant inventé des vaccins contre des maladies redoutables.

Les monuments officiels de Saïgon sont des vestiges intacts construits par les français entre 1900 et 1908. L'Hôtel de Ville, pâtisserie de stuc rose et blanc, colonnettes et frises rococo, ferme la perspective de l'avenue Nguyen-Hue. Il faut braver le joyeux désordre des innombrables engins à deux roues qui sillonnent en rangs serrés les grandes artères. Le directeur de l'agence nous a donné ce conseil : "Vous traversez, sans courir ni vous arrêter, les conducteurs vous évitent et vous ne risquez rien !"... Facile à dire, mais il faut garder tout son sang-froid pour se lancer dans ce magma en mouvement perpétuel environné de vapeurs d'essence.

Nous pouvons témoigner de l'efficacité de la méthode, puisque nous reviendrons sains et saufs d'un audacieux périple de 30 jours. Autre recommandation : se méfier des nombreux pickpockets qui sévissent autour de l'hôtel. Et pas plus tard que ce premier soir, quand nous allons à pied au restaurant, de l'autre côté de l'avenue, mon compagnon est abordé et serré de près par deux gus, dans l'intention manifeste de lui piquer sa sacoche. Mais l'homme a déjà été piégé, à Istanbul, par de semblables individus, et il repousse l'assaut en gueulant si fort que les gars s'enfuient sans insister ! Que dit-on ? "Seul le fou tombe deux fois dans le même piège..."

Demain, destination : le delta du Mékong, le fleuve jaune dont nous avons aperçu de l'avion les méandres débordant sur la campagne inondée...
-------
Fabricia -
Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)


(Ce message a été modifié par Fabricia le 13 septembre 2005 à 7:31.)

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SIMBA
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30 septembre 2004 à 14:43

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Re: [Fabricia] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

Une découverte très agréable de Saïgon (l'inconnue pour moi) , au travers de tes lignes ... J'attends, avec plaisir, la suite qui prendra les teintes du Mékong.Sourire
-------
Point besoin de porter la crinière, pour croquer la latérite afin qu'elle coule dans mes veines.


lisou69
lyon, France



1 octobre 2004 à 6:16

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Re: [Fabricia] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

Quel plaisir de retrouver tes écrits, une seule hâte la suite.......

déjà que j'hésite que la prochaine destination, tu ne vas pas m'aider en me faisant rêver.

merci beaucoup en tout cas

lisou


Fabricia
Alpes Maritimes, France

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Description de la photo/image: Amber Fort, Rajasthan, octobre 1994 : une belle indienne offre aux visiteurs un gobelet d'eau puisée dans sa cruche.


1 octobre 2004 à 9:11

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Re: [Simba, Dolma et lisou69] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

Delta du Mekong -

Une voiture de l'agence Vietnam-Tourist nous attend devant l'hôtel ainsi qu'une jeune fille au visage sévère dans le rôle de guide officiel. La demoiselle répond au doux nom de Kiou. Elle se distingue par son appartenance à une grande famille du Vietnam du nord, à Hanoï , où elle poursuit des études supérieures. Elle nous fait l'honneur de sa présence, s'exprime exclusivement en anglais, qu'elle prononce avec un accent asiatique un peu gênant pour nos oreilles, mais nous faisons l'effort d'écouter attentivement ses commentaires tout au long de la journée.

A bord de notre voiture, nous roulons à travers le quartier chinois de Cholon, après avoir circulé dans des rues étroites, surchargées de véhicules hétéroclites, bordées d'échoppes dégoulinant de marchandises diverses : pyramides de paniers d'osier, chapelets d'offrandes, fagots de bâtonnets d'encens, bouteilles dans lesquelles flottent des serpents ou des scorpions imbibés d'alcool de riz, linges brodés, objets de bois précieux incrustés de nacre...

Sur l'un des bras du Mekong, la ville de My-Tho s'étale dans les mares d'eau boueuse. Miss Kiou nous confie aux bons offices d'une guide locale, Mrs Hoa, jeune femme francophone au joli sourire. Nous montons sur un vieux bateau amarré le long du débarcadère, dont nous sommes les seuls passagers avec notre nouvelle hôtesse. La croisière sur le fleuve jaune se déroule dans les pétarades du vieux moteur à gazoil, qui empeste et gâche un peu le plaisir d'évoluer le long des rives pittoresques de la lagune. Le Mékong mérite plus que jamais son adjectif : gonflées d'alluvions, les eaux sont d'une couleur ocre et palpitent en vagues qui déferlent sur les rives. Les pêcheurs s'affairent à remonter les casiers pleins de poissons frétillants et nous saluent d'un grand sourire.

Le circuit touristique tracé selon les directives de l'agence comporte, hélas, une halte commerciale sur une île consacrée à la vente des produits artisanaux du delta : fruits cueillis dans les vergers et servis aux visiteurs canalisés sous les tonnelles, thés aux parfums insolites, bonbons caramels et noix de coco... Et l'inévitable traversée des boutiques de nappes brodées, kimonos, robes chinoises de satin broché, maroquinerie, jades, multiples gri-gri dont les orientaux sont si friands... On achète quelques gadgets pour ne point sortir les mains vides de ce piège à touristes.

La surprise du jour, réservée à tous les visiteurs étrangers, c'est un retour à bord d'une barque fuselée à travers les canaux d'irrigation, les "aroyos", ruisseaux sinueux sous une voûte de bambous arborescents. Une rameuse à l'avant du frêle esquif, un barreur à l'arrière, et nous avec Mrs Hoa, coiffés du classique "nan", ce fameux chapeau chinois conique. Cette coiffure n'est pas superflue : elle protège nos crânes des petits serpents qui se laissent parfois choir des hauts feuillages sur la tête des passants... Pierre Loti a parlé de la spécialité de ces bestioles dans son récit "Un pèlerin à Angkor". Un siècle et demi plus tard, les habitants de la région s'en méfient toujours autant !

Amarrée au quai de l'arrivée, la grande barcasse à moteur nous ramène à My-Tho, où Miss Kiou nous récupère. Nous remercions vivement Mrs Hoa de sa délicate présence, en la félicitant pour l'excellence de ses commentaires, et son parfait français. Elle avait bien voulu répondre à toutes nos questions, notamment à propos de la condition des femmes vietnamiennes dans la société actuelle. Soumises au bon vouloir de leur époux, qui détient, en apparence, le pouvoir à l'extérieur de la famille. La censure s'applique avec rigueur sur les programmes et les films diffusés sur les deux chaînes de la télévision d'état. Même si les réseaux de télé par satellites sont théoriquement accessibles au Vietnam, les postes sont trafiqués pour bloquer leur réception. On est encore très loin d'une véritable démocratie à l'occidentale.

Un déjeuner typique nous est servi dans une charmante auberge, entièrement consacrée aux étrangers. Un "poisson-éléphant" est présenté dressé sur un plat entouré de pétales de légumes ciselés comme des bijoux. Suivi de crevettes géantes, puis un pot-au-feu à la Viet avec boule de riz, complété de desserts multiples...

Miss Kiou et le chauffeur ont refusé de se joindre à cet énorme festin, préférant les coulisses du restaurant et des nourritures plus discrètes.

La route du retour vers Saïgon mène inévitablement (encore...) à un atelier de Laques, dont la visite est programmée dans le but de nous soutirer quelques milliers de dongs, ou mieux, des dollars, le roi vert dominant toutes les autres devises comme partout ailleurs dans le monde. Tous les objets exposés sont parfaitement réalisés, selon une technique ancestrale dont les étapes de fabrication présentent, à nos yeux, tout l'intérêt de cette halte à but lucratif. Nous n'achetons rien, malgré la déception d'une vendeuse qui a pourtant déployé tous ses talents de sirène en pure perte !

La circulation est intense sur la route inondée, défoncée par les pluies récentes de la mousson, si violente cette année. C'est un slalom-stock cars auquel se livrent les milliers de véhicules roulant en tous sens sur des pistes à peine praticables. Les conducteurs n'en perdent jamais leur sang-froid, évitant à tout moment des collisions prévisibles sans échanger la moindre injure. Contrôle de soi et flegme oriental oblige.

Un dîner à la française, à "La Fourchette", un fameux troquet à l'enseigne hexagonale qui nous régale de ... rillettes et d'un hâchis Parmentier ...

La pagode Giac-Lam est enfouie sous de hauts arbres, dans un quartier excentré : oasis de paix et de verdure, où se rassemblent de nombreux étudiants, assis sur les pelouses, révisant leurs cours à haute voix. Tout près, le temple bouddhique ouvre ses portes aux visiteurs, et je suis autorisée à photographier tout ce que je désire.. Dans la première salle, tables et chaises invitent à la dégustation d'un thé parfumé, breuvage délicat servi par une dame attentive.

Dans le coeur du sanctuaire, un très vieux bonze au visage parcheminé est assis dans un coin sombre. Il ponctue chaque minute du jour en actionnant un puissant levier de bois qui frappe sur le gong rituel, pour marquer la marche inexorable du temps.

Dans le parc, des stèles hautes en couleurs, vrais chefs d'oeuvre kitsch, s'élèvent à la mémoire d'on ne sait quels dieux rigolards, dont les effigies ressemblent à des dessins de Cabu : frappant contraste avec le dépouillement du bouddhisme environnant.

La visite du marché Bin Tranh est une vraie plongée dans la vie saïgonnaise, avec ses étalages de légumes, fruits, épices exotiques exhalant des senteurs de nioc-mam, ce condiment sans qui nulle préparation culinaire digne du pays ne saurait être servie. Odeur à la limite du supportable pour mes narines : mélange de poisson pourri et bouillon aigre qui me soulève le coeur !

Ce soir, je me contenterai d'un banal bouillon de légumes à l'occidentale, sous l'oeil déçu du maître-cuisinier de l'hôtel en grande tenue... Mon compagnon, qui n'a peur de rien, va se servir abondamment dans les multiples chaudrons qui mijotent sur l'immense table du "buffet"... Cet homme vit dangereusement ! Clin d'oeil
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Fabricia -
Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)


(Ce message a été modifié par Fabricia le 19 janvier 2006 à 9:40.)

Images attachées:

Bonzaï Giac Lam.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Delta du Mekong.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Fête des Dieux.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Marché 2-Saïgon.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Marché Bin Tranh.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Nan sur Arroyo.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Offrandes à My-Tho.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Sonneur de gong.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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Pagode My-Tho.jpg - Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1
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SIMBA
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3 octobre 2004 à 19:11

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Re: [Fabricia] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

Fabricia,Sourire

Tu me transportes au travers de ces flux ocres du Mekong ...je vais au devant de l'inconnu ...je m'ennivre de tes lignes (quelle poésie! si si dans le verbe exprimé!Gêné) ...je respire les bâtonnets d'encens ainsi que les épices du marché Bin Tranh, je frisonne à l'idée que le "serpiente" ne me tombe sur la tête (en tombant d'un de ces feuillages), je déguste ces mets asiatiques ... je voyage en te lisant

Merci
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Dolma
Paris & PardelàlOcéan, France

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Description de la photo/image: couleurs québécoises en méli-mélo...


4 octobre 2004 à 6:28

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Re: [Fabricia] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

Fabricia, s'il te plaît, tu veux bien continuer à m'enchanter ? Avec toi, le rêve devient réalité, alors j'attend de poursuivre ton voyage qui, par la magie de tes mots, devient aussi un peu le mien...

A bientôt

Dolma
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un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...


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4 octobre 2004 à 9:42

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Re: [Dolma] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

ANGKOR - Cambodge
(Octobre 2000)

Dans l'avion Vietnam-Airlines, destination Siem Reap (Cambodge), nous ne sommes que des étrangers ou presque, la destination est célébrissime : Angkor et ses temples mythiques, dont la seule évocation fait rêver à des splendeurs.

Le pilote a dû faire ses premières armes dans les commandos... Il pose son avion dans un rugissement de réacteurs emballés et il nous semble que la piste de Siem Reap ne sera jamais assez longue pour s'arrêter avant les grillages... Il me revient, à cet instant, une réflexion entendue avant notre départ de France. Un de nos amis, commandant de bord et instructeur à Air-France, a évoqué les risques à craindre sur les vols Vietnam-Airlines : "Ils cassent assez souvent le matériel... un peu comme des kamikases !" A Dieu vat...

On vient d'atterrir en pleine campagne. Un taxi nous embarque vers le centre de l'agglomération où nous n'avons que l'embarras du choix... Guest-houses, hôtels de toutes catégories, attendent de rares clients. "Freedom hôtel" : un joli nom plein de promesses...

La directrice de l'établissement est une rescapée des atrocités khmers rouges qui ont martyrisé et massacré des milliers de cambodgiens entre 1975 et 1978. Elle n'a dû sa survie qu'en masquant son érudition : ces monstres éliminaient systématiquement tous ceux qui étaient instruits... Faisant semblant de ne savoir ni lire ni écrire, elle a pu se fondre dans la masse des prisonniers. Au prix de privations inouies, un travail harassant dans les rizières, maigre nourriture (elle attrapait grenouilles, lézards, insectes divers qu'elle dissimulait dans son sarong, et qu'elle mangeait en cachette, le soir, couchée sur sa paillasse). Terreur, supplices, jamais elle n'oubliera ces "trois ans-huit mois-vingt quatre jours" d'horreurs. D'où le beau nom de "Freedom" de son hôtel tout neuf...

Dans les rues, de très nombreux mutilés, bras ou jambe manquants, résultat de milliers de mines anti-personnel qui pullulent encore partout au Cambodge. Nous avons la gorge serrée devant ces misérables clopinant, appuyés sur des béquilles de fortune, mendiant quelques riels pour survivre. Un organisme caritatif, "Handicap international", se dévoue dans toute l'Asie du sud-est pour secourir et équiper les malheureux estropiés. Mais il reste encore des territoires immenses truffés de ces saloperies, larguées sur le pays durant plus de trente ans.

Il règne une chaleur et une pesante humidité sous un ciel souvent brumeux. D'énormes ravines ont déformé les routes, creusé d'énormes trous remplis d'eau stagnante, qu'il faut contourner sans cesse pour ne pas s'embourber. Des équipes de cantonniers s'affairent à combler les ornières avec des tonnes de graviers, au milieu d'une circulation infernale. Il est exclus, ici aussi, de s'aventurer au volant d'une voiture : seul un chauffeur local navigue avec aisance dans ces tourbillons incessants.

Voici notre guide (inévitable) qui va nous accompagner jusqu'à Angkor : un personnage d'une minceur extrême, âge indéterminé, francophone, visage peu amène, regard perçant et indéchiffrable... Il me fait une impression un peu désagréable, comme un frisson à l'idée qu'il a peut-être été un de ces khmers rouges reconvertis dans la vie civile, comme tant d'autres sinistres personnages, qui ont réussi à se fondre dans le nouveau Cambodge...

L'entrée sur les sites des temples d'Angkor implique un passage obligé par le sas des contrôleurs : il faut se plier à la séance-photo d'identité qui va être apposée sur un badge autorisant trois jours de visites, moyennant une coquette somme à payer en dollars, exclusivement. Sous la houlette impérieuse de notre mentor, nous pénétrons enfin dans les mystérieux sanctuaires.

Une clairière a été dégagée dans la jungle foisonnante, où divers véhicules peuvent stationner. Certains d'entre eux, les plus insolites, sont de pacifiques pachydermes abrités sous les arbres en compagnie de leur cornac, attendant de possibles amateurs de balades en forêt. Cette Atlantide orientale me fait irrésistiblement penser, une fois encore, au cher Pierre Loti, qui a décrit "cette basilique fantôme, immense et imprécise, ensevelie sous la forêt tropicale"... Autant dire immédiatement que j'ai ressenti la plus belle émotion de mes voyages en Asie en pénétrant sous ces voûtes de végétation légendaires...

Une allée majestueuse bordée, de part et d'autre, d'une procession de dieux sculptés dans une roche gris sombre, soutenant un interminable serpent, mène au fronton du Bayon, nom qui signifie "montagne magique", monumentale architecture aux 200 visages de pierre. Regard perdu sur l'infini, sourire énigmatique. Depuis dix siècles, ces divinités président aux destins humains.

Mon appareil photo en main, lourdement chargée d'une sacoche contenant pellicules et objectifs à zoom variable, je suis fascinée par les beautés qui m'entourent. Je largue mon compagnon, aux prises avec le guide intarissable qui le noie sous un flot de commentaires rasants et superflus, mais qu'il n'ose interrompre pour ne pas l'offenser. Fou-rire difficile à dissimuler lorsque je reviens vers les deux hommes, et que le guide veut répéter à mon intention le discours indigeste que B. vient de subir... "Non, non, continuez, je vous prie, je lui raconterai tout cela plus tard" s'exclame mon mari, épuisé par l'infatigable bavard. Tant pis pour ma fierté, je préfère passer pour une ignare à ses yeux plutôt que d'écouter ses explications insipides. Je retourne à ma passion, photographiant toutes ces merveilles exhumées de leur gangue végétale.

Dans un inextricable fouillis de lianes et de blocs sculptés, les vestiges sont enlacés par les énormes racines des fromagers, ces arbres immenses hauts de plusieurs dizaines de mètres, dont on ne sait plus qui soutient l'autre. Les explorateurs ont renoncé à séparer l'ensemble, ce qui aurait pour résultat l'irrémédiable destruction de ces gigantesques accumulations, unies "à la vie-à la mort" !

Des heures durant, nous suivons notre berger qui nous guide à travers les sentiers boueux, dont il ne faut s'écarter sous aucun prétexte : gare aux mines tueuses, aux serpents venimeux et aux scorpions sournois... Toutes ces sortes de choses plaisantes qui guettent les imprudents hors des sentiers battus. Dans cet incroyable décor de contes psychédéliques, le monde s'est arrêté, figé comme sous l'effet d'un mystérieux sortilège. Nulle part ailleurs, je n'ai ressenti une telle magie.

Devant la célèbre perspective du temple d'Angkor-Vat, dont les reflets miroitent dans les eaux du lac, des enfants jouent et barbotent. Un gamin propose une promenade sur son superbe cheval caparaçonné comme une enluminure. Des bonzes en robe safran et violette se poursuivent en chahutant. Images d'une gaieté surprenante.

Epuisés par tant de beautés, nous retrouvons notre chambre-sauna et la douce Mrs. Freedom qui nous sert une simple "soupe de nouilles" aux parfums délicats.

Dès le lever du soleil, "Petit circuit" annonce notre guide, la mine toujours aussi renfrognée d'avoir à piloter des clients aussi rebelles. La chaleur est intense, démultipliée par l'humidité à son maximum, qui nous transforme rapidement en éponges dégoulinantes. Il faut que le spectacle soit vraiment grandiose pour oublier l'inconfort physique.

Une halte devant une mare d'eau, quelques enfants pêchent de minuscules poissons piégés dans les mailles d'un large filet qu'ils déploient sur la vase. Comme tous les enfants du monde, ils s'amusent et font les clowns, tout en continuant leur besogne. Des petites baraques vendent les traditionnels "krama", ces carrés de tissus dont se coiffent les travailleurs de la région.

Près du marché de Siem Reap, un français a ouvert un restaurant fameux, depuis quelques années : c'était à l'origine le premier et le seul restaurant de la ville, qu'il a nommé "The Only One"... Une petite salle meublée de rotin, des photos sépia décorent les murs, jolies lanternes de fer forgé, des ventilateurs brassent vigoureusement la moiteur ambiante : une délicieuse atmosphère rétro vraiment agréable après les déambulations dans la nature échevelée...

Le patron, Yves, architecte,s'est reconverti dans la restauration par amour d'une jolie vietnamienne qu'il a épousée et dont il a une mignonne petite fille. Il est très loquace. On le sent passionné par l'Asie, qu'il connaît parfaitement puisqu'il a participé à une mission de reconstruction au Cambodge, en 1993. L'histoire politique et économique de ce pays, ainsi que les rebondissements multiples de Norodom Sihanouk n'ont aucun secret pour lui. Nous l'écoutons raconter ses expériences avec beaucoup d'intérêt, car il sait faire partager son enthousiasme et sa tendresse pour son nouveau pays avec énormément d'authenticité.

Même passion pour la cuisine qu'il affiche au menu : peu de plats, mais cuisinés traditionnellement avec d'excellents produits par un chef cambodgien. Un mémorable souvenir de cet "Only One" dont je ne sais s'il existe encore, quatre ans après notre visite...

Dans les rues, toujours le même magma de véhicules enchevêtrés où se faufile notre voiture, qui slalome entre les énormes trous remplis d'eau et les obstacles des deux roues et des charrettes encombrant tout l'espace. Absence totale d'un semblant de code de conduite, et pourtant, comme par miracle, nous n'assistons à aucune collision. Sur le fronton d'une immense bâtisse, à l'angle du carrefour central, une fresque voyante attire l'oeil : peints de couleurs agressives, ce sont les portraits de Sihanouk et de son épouse, qui sourient de toutes leurs dents à leurs humbles sujets, dans l'indifférence générale...

Nous avions l'intention de visiter un atelier de tissage de "batiks" (tissus de soie incrustés de motifs moirés), mais c'est fermé le dimanche... Autre spécialité du cru, les crocodiles dont on fait l'élevage dans une ferme ouverte aux visiteurs. Dans leurs marigots puants, toute la gamme des sauriens patauge, la gueule ouverte et l'oeil mi-clos, en observant leurs admirateurs, prudemment juchés sur des passerelles dominant les bassins. Hallucinant spectacle que ces centaines de monstres, élevés non seulement pour leur peau d'une valeur considérable, mais dont les locaux consomment la chair, délicieuse, paraît-il.

Un tour dans le marché couvert, épreuve pour les étrangers, proies désirables harcelées par tous les vendeurs. Quelques bricoles attirent notre porte-monnaie, petits achats-souvenirs. Une visite à la "Maison de la Paix" : sous des paillottes, quelques artisans initient les jeunes aux multiples techniques du travail du cuir, pour confectionner des objets utiles ou décoratifs. Le profit des ventes est destiné à l'entraide des défavorisés, sponsorisés par des catholiques dévoués.

Sur la grand'route qui mène vers Angkor, pompeusement baptisée avenue du Général de Gaulle, des échoppes de potiers, dont les façades garnies de céramiques multicolores se reflètent dans les flaques d'eau. Un grand complexe hôtelier tout blanc nous invite à pénétrer dans ce temple du bon goût et du savoir-faire bien de chez nous... A peine inaugurée, cette luxueuse résidence est un chef d'oeuvre de confort et de beauté. Nous ne résistons pas à l'invite du salon et un véritable café expresso au parfum exquis, vautrés dans de profonds fauteuils, revigorés par la fraîcheur climatisée de ce paradis. Le manager français vient nous saluer amicalement et nous propose une visite guidée de son bel hôtel tout neuf.

Deux jeunes garçons, dont l'un parle bien notre langue, sa mère est française, nous pilotent à travers salons, vastes salles de réception, chambres et suites et, clou du lieu, un spa disposant des plus récentes innovations. Cet espace est destiné aux activités sportives, sous la houlette de moniteurs et masseurs spécialisés. Réservé, comme il se doit, à une clientèle richissime. Le vaste parc est aménagé de massifs débordant de fleurs tropicales, arrosés par une armée d'employés. Une piscine hollywoodienne de dimensions olympiques est incrustée sous une voûte de palmiers frissonnants. Il ne manque plus que l'arrivée espérée de la manne : des clients fortunés à la recherche du luxe et de solitude dans cet ilôt privilégié...

Ce soir, de retour au Freedom, un frugal dîner équilibre le budget repas fortement ébranlé par la folie du déjeuner dans le palace... De l'espace informatique, de plus en plus fréquent dans tous les hôtels cambodgiens, nous envoyons un mail à notre petite famille restée en France.

Demain, nous retournerons à Saïgon, pour continuer notre périple à travers le Vietnam...








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Fabricia -
Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)


(Ce message a été modifié par Fabricia le 27 février 2006 à 7:44.)

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Dolma
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4 octobre 2004 à 10:53

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Re: [Fabricia] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

Merci Fabricia !

c'est un tout petit post mais parfois les mots manquent, alors...

Dolma
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un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...


Fabricia
Alpes Maritimes, France

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Description de la photo/image: Amber Fort, Rajasthan, octobre 1994 : une belle indienne offre aux visiteurs un gobelet d'eau puisée dans sa cruche.


5 octobre 2004 à 10:17

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Re: [Dolma et Nawal] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

Saïgon -

Lundi 23 octobre 2000. Retour de Siem Reap à Ho Chi Minh-ville... Nous avons choisi un nouvel hôtel, "Le Mondial", rue Dong Khoï (ex-Catinat) pour deux nuits. C'est un quartier hautement touristique, par conséquent une foule de mendiants nous prend d'assaut dès qu'on sort du hall. Spectacle pénible de ces exclus, jeunes enfants mutilés, victimes de la poliomyélite, aveugles, maigres femmes portant des bébés squelettiques qu'elles brandissent en réclamant l'aumône, rabatteurs qui tendent des cartes de magasins où "tout est pas cher..." Impossible de rester indifférent devant tant de misères..

Quelques démarches utiles à la Vietcom-Bank, pour échanger des chèques de voyage, puis nous plongeons dans la grande librairie riche en littérature anglaise et francophone. Le manège bizarre d'une femme vietnamienne entre deux âges m'intrigue : elle tend un bout de papier à mon mari, sur lequel elle a griffonné son adresse... A mon humble avis, c'est une prostituée... Je suppose qu'il en est arrivé à la même conclusion...

Un vieux monsieur très digne nous entend parler et s'approche de nous. Il se présente : c'est un médecin qui a dû renoncer à son métier, chassé par les autorités viets lors de la réunification en 1975. A l'époque, le nouveau régime politique a refusé toute activité aux intellectuels et aux professions libérales, qui incarnaient, à leurs yeux, l'ancienne société coloniale. Tous ces exclus se sont résignés à occuper de modestes emplois. Celui-ci survit en donnant des leçons particulières de langue française et anglaise à quelques étudiants. Il évoque le passé avec mélancolie.

Une incursion à "La Caravelle", palace 5 étoiles, fief des riches hommes d'affaires étrangers qui viennent signer de juteux contrats avec leurs homologues locaux. Le communisme n'interdit plus les échanges internationaux : le Vietnam ayant compris tout l'intérêt du capitalisme mondial. Implantations des usines Mercédès, General Motors, Renault, etc... Les boutiques de l'hôtel vendent de très beaux objets artisanaux dont les prix sont à la mesure des portefeuilles bien garnis.

Place Lam Son, le Théâtre "Belle époque" inauguré en 1900, a retrouvé sa vocation après avoir été pendant quelques années le siège de l'Assemblée nationale. Pimpante architecture rococo blanche et rose. Juste en face du Caravelle, la façade fraîchement repeinte du Grand Hôtel Continental évoque les heures de gloire de cet établissement mythique. Au temps de l'empire indochinois, c'était le lieu de rendez-vous des célébrités : André Malraux, Lucien Bodard, Graham Greene, y ont pris pension. C'était le quartier général des journalistes et correspondants de guerre qui venaient boire leur apéritif favori à l'ombre des palmiers. La restauration du palace a respecté l'atmosphère et le style d'autrefois, ambiance feutrée et musique nostalgique... Les fantômes du passé errent encore dans le grand salon. Concession à la mode actuelle, une pizzéria propose ses spécialités italiennes dans la jolie cour intérieure.

A proximité, un autre établissement célèbre, l'Hôtel Rex, refuge des militaires américains durant les années de guerre, est une des gloires du quartier. On peut y déguster des plats traditionnels dans le restaurant raffiné situé au 5ème étage, d'où l'on domine la ville de Saïgon... Assis sur la jolie terrasse, un violent orage et des trombes d'eau nous chassent vers la salle du restaurant, où nous attendrons le retour du soleil...

Dans une des boutiques de la galerie marchande, une jeune française essaye des sandales en vrai python sous le regard indulgent de son compagnon... Leur prix est très modique. Elle me prend à témoin : "elles sont ravissantes"... "Oui", répond-elle, "j'en ai très envie... mais j'ai déjà acheté cinq paires de chaussures depuis le début de mon voyage..." Je ne saurai pas la fin de l'histoire mais je l'ai trouvée si attendrissante...

Il faut de nouveau s'infiltrer à travers la circulation intense qui règne sur ces avenues centrales, dans les vrombissements des motos, scooters et mobylettes innombrables... Du matin au soir, c'est la même cohue qui traverse l'immense fourmilière.

Les marchands à la sauvette installent leurs étalages sur les trottoirs en un temps record, prêts à tout replier dès qu'ils voient les voitures des patrouilles freiner dans un hurlement de pneus à leur hauteur : ces commerces sont strictement interdits et durement sanctionnés par des policiers impitoyables...

Au crépuscule, B. ("qui n'a peur de rien") va faire une balade sur le bord de la rivière Saïgon, non loin de l'hôtel... Malgré toute son audace, il doit renoncer à poursuivre son exploration suicidaire tant la circulation devient démentielle...

Nous sommes dorénavant les seuls maîtres de la poursuite de notre voyage à travers le Vietnam, malgré les fortes incitations des organismes officiels qui aimeraient bien surveiller de près tous ces étrangers, parfois trop curieux...
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Fabricia -
Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)


(Ce message a été modifié par Fabricia le 5 octobre 2004 à 10:21.)

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Fabricia
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Description de la photo/image: Amber Fort, Rajasthan, octobre 1994 : une belle indienne offre aux visiteurs un gobelet d'eau puisée dans sa cruche.


7 octobre 2004 à 9:02

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Re: [Fabricia] Nostalgie indochinoise [En réponse à] Répondre

Saïgon - Dalat

Autour de l'hôtel Mondial, la circulation est incessante, jour et nuit. Des boutiques de soies, laques, jades, bois précieux, estampes, meubles de rotin, attirent continuellement les acheteurs. Dans la rue, un ballet de scooters et motos vrombissent dans des vapeurs bleutées, souvent conduits par des jeunes femmes casquées, nez et bouche voilés par un foulard, longs gants qui protègent leurs bras nacrés des brûlures du soleil.

Sur les trottoirs des avenues, à l'ombre des grands arbres, tamariniers, manguiers et badamiers, des cuisines à roulettes proposent des brochettes grillées et des soupes locales aux promeneurs.

Place Commune de Paris, la cathédrale Notre-Dame, construite en 1880 par les français, style néo-roman, en brique rouge, et ses deux clochers carrés surmontés de flèches, célèbre toujours des messes pour quelques fidèles. Contemporaine, sa voisine la Poste centrale est une oeuvre de Gustave Eiffel, avec une charpente métallique inspirée de notre Tour parisienne. Une majestueuse verrière coiffe la structure qui enveloppe la salle principale, avec ses guichets numérotés. Murs peints de tons vert-bleuté, un immense portrait du grand homme, Ho Chi Minh, fait face à un plan de Saïgon datant de 1892.

Clin d'oeil futuriste à proximité de ces anciens monuments, le "Diamond Plaza" est un building ultra-moderne qui abrite des bureaux, des logements luxueux et un espace commercial de grand standing.

De nombreux restaurants locaux proposent à leur menu des plats étranges : "Ragoût de singe", "Serpent en matelotte", et... "Oeuf de cane couvé"... Ce dernier mets ne se déguste que dans les grandes occasions. Interrogé, notre ami vietnamien répond : "on le mange sans trop le détailler"... A cette évocation, je prends mes jambes à mon cou pour me réfugier au salon de thé "Brodard", célèbre institution où des plats plus familiers sont servis aux gourmands européens. La pâtisserie "Givral" attire, elle aussi, les voyageurs en manque de douceurs, salivant à la vue des pyramides de gâteaux somptueux présentés dans la vitrine.

Adieu à Saïgon dans sa marche inexorable vers le futur, qui efface progressivement les charmes surannés de cette ville dynamique.

Destination : Dalat, ville d'altitude située à 308 km. On traverse une campagne d'un vert éblouissant, arrosée par les récentes pluies de mousson. Notre pilote s'est arrêté devant les plantations de caféiers et théiers, qui font la richesse de la région. C'est en connaisseur qu'il nous montre les variétés de grains et feuilles sélectionnées pour d'abondantes récoltes.

La route quitte la plaine et grimpe à travers les hautes collines couvertes de forêts. Au détour d'un virage, nous nous arrêtons dans une vallée creusée par un torrent, un troquet rustique et ses bancs de bois nous accueille pour thé et boissons fraîches dans ce décor de carte postale. Et nous arrivons à Dalat, altitude 1500 m, ancienne villégiature de l'ex-empereur Bao-Daï. Nous renonçons au "Sofitel", cher et tristounet, pour le "Golf", grand building sans charme particulier.. propre et fonctionnel, situé en centre-ville, près du lac. Mais ce qu'on ignore encore, c'est l'existence d'une boîte de nuit au sous-sol...Le réceptionniste applique strictement les consignes des autorités locales : nos passeports sont confisqués jusqu'au lendemain, contrôle des voyageurs qui sont suivis tout au long de leurs déambulations dans le Vietnam.

Promenade au bord du lac, bordé d'allées fleuries, attraction locale. Des familles s'amusent et barbotent dans l'eau cristalline, des jeunes juchés sur des pédalos font la course à coups de mollets vigoureux. Une atmosphère de détente qui contraste avec la furia citadine de Saïgon.

A l'heure du thé, nous allons au "Larry's Bar" qui reproduit à l'identique les clubs britanniques, avec ses profonds fauteuils, tapis moelleux, boissons d'origine anglo-saxonne, et gravures sépia sur les murs. Juste en face de l'hôtel, des dizaines de restaurants locaux affichent leurs spécialités de soupes et riz composés pour 100 000 dongs (2500 dongs valaient 1 fr français en 1999). Avant 1975, la monnaie indochinoise était la piastre.

Ah, quelle nuit ! Comme partout sur la planète Terre, à cette extrêmité orientale de la péninsule comme sur la rive ouest américaine, du pôle nord au cap Horn, une frénésie s'empare des jeunes humains dès que sonnent les dix coups post-meridiem. De notre chambre, nous sommes matraqués par un incessant martelage musical qui fait vibrer les cloisons du grand édifice. C'est la foire-disco de la boîte de nuit, qui résonne du sous-sol, six étages plus bas, de toute la puissance de ses énormes amplis. La tête sous l'oreiller, boules Quiès, il faut absolument ignorer le vacarme et rester zen : moins on y pense, plus