
Anàssa
Italie
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23 août 2008 à 8:52
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Ciao , "ce qui me navre le plus c'est qu'en Italie désormais on ne réagit plus" J'ai aujourd'hui le temps de traduire l'article... Umberto Eco, article paru le 08 août dernier dans l'Espresso. "Je renais, je renais en 1940 ! Comme dans les années 40, il y a des fascistes au gouvernement. Pas seulement eux, pas non plus exactement fascistes, on sait que l'histoire se donne une première fois sous forme de tragédie et une seconde fois sous forme de farce. La vie n'est rien d'autre qu'une lente remémoration de l'enfance. D'accord. Mais ce qui adoucit cette remémoration est que, dans l'éloignement de la nostalgie, des moments qui alors nous semblaient douloureux nous apparaissent beaux, même le jour où on a glissé dans le fossé se tordant un pied, restant à la maison pendant quinze jours, bandés avec la gaze imbibée de blanc d'oeuf. Personnellement j'évoque avec tendresse les nuits passées dans l'abri anti-aérien : ils nous avaient réveillés au beau milieu du sommeil profond, trainés en pyjama et manteau dans un souterrain humide, tout de ciment armé, illuminé de faibles ampoules et nous jouions à nous attraper pendant que sur nos têtes explosaient des coups sourds dont nous ne savions si c'était la batterie antiaérienne ou les bombes. Nos mères tremblaient, de froid et de peur, mais pour nous c'était une étrange aventure. Voilà ce qu'est la nostalgie. Nous sommes donc prêts à accepter tout ce qui nous rappelle ces horribles années quarante, et c'est le tribut que nous payons à notre vieillesse. Comment étaient-elles les villes à cette époque ? Sombres la nuit, quand le black-out obligeait les rares passants à utiliser des lampes, non à piles, mais à dynamo, comme le phare de la bicyclette, qui se chargeaient par friction, activant à la main une sorte de gâchette. Mais plus tard il y avait le couvre feu, et il était interdit de sortir dans la rue. Dans la journée la ville était parcourue par des détachements militaires, pas très nombreux jusqu'en 1943, quand dans la ville stationnait l'armée royale, mais plus intenses aux temps de la République de Salò quand, dans les métropoles passaient continuellement les groupuscules et les rondes de la San Marco ou des Brigades Noires, dans les villages plus souvent des groupes de partisans, les uns comme les autres armés jusqu'aux dents. Dans cette ville militarisée où dans certaines circonstances les rassemblements étaient interdits, on voyait encore des essaims de Fils de la Louve, ou Petites Italiennes en uniforme et de jeunes écoliers en tablier noir qui sortaient de l'école à midi, pendant que leurs mères aller acheter le peu que l'on trouvait dans les magasins d'alimentation, et si tu voulais manger du pain, je ne dis pas blanc, seulement pas rebutant et fait de sciure, tu devais payer des sommes astronomiques au marché noir. A la maison la lumière était faible, pour ne rien dire du chauffage, limité à la seule cuisine. La nuit on dormait avec une brique chaude dans le lit, et je me souviens avec tendresse même des engelures. Maintenant je ne peux pas dire que tout cela soit de retour, certainement pas intégralement. Mais j'en sens à nouveau le parfum. D'une part, pour commencer, il y a des fascistes au gouvernement. Pas seulement eux, pas exactement fascistes, mais peu importe, on sait très bien que l'histoire se donne une première fois comme tragédie et une seconde fois comme farce. A cette époque apparaissaient sur les murs des affiches sur lesquelles on voyait un noir américain répugnant (et saoul) qui tendait une main crispée vers une blanche Vénus de Milo. Aujourd'hui on nous montre à la télévision les visages menaçants de noirs décharnés qui sont en train d'envahir par milliers notre terre et franchement, autour de moi, les gens sont encore plus effrayés qu'alors. Le tablier noir est de retour dans les écoles, et je n'ai rien contre, c'est toujours mieux que le tee-shirt griffés des crâneurs, sauf que je sens dans ma bouche la saveur d'une madeleine imbibée de tilleul et comme Gozzano j'ai envie de dire "Je renais, je renais, en 1940". Je viens juste de lire sur le journal que la maire léghiste de Novare a interdit de nuit, dans le parc, la rencontre de plus de trois personnes. J'attends avec un frisson proustien le retour du couvre-feu. Nos militaires sont en train de se battre contre des rebelles au visage sombre en Asie (malheureusement plus en Afrique) plus ou moins orientaux. Mais je vois des divisions de l'armée, bien armées et avec la tenue de camouflage, aussi sur les trottoirs de nos villes. L'armée, comme alors, ne combat pas seulement aux frontières mais mène des opérations de police. J'ai l'impression de me retrouver dans Rome Ville Ouverte. Je lis des articles et j'entends des discours très semblables à ceux que je lisais alors sur "La défense de la race", qui attaquaient non seulement les Juifs mais aussi les Tsiganes, les Marocains et les étrangers en général. Le pain est en train de devenir très cher. On est en train de nous annoncer que nous devrons économiser sur le pétrole, limiter le gaspillage de l'énergie électrique, éteindre les vitrines la nuit. Le nombre de voiture diminue et les Voleurs de Bicyclettes réapparaissent. La touche d'originalité réside dans le futur rationnement de l'eau. Nous n'avons pas encore un gouvernement au Sud et un au Nord mais certains travaillent dans cette direction. Il me manque un Chef à serrer dans mes bras et embrasser chastement sur sa joue rebondie et pleine de santé campagnarde, mais chacun à ses goûts." Catherine PS : Il y a un Umberto Eco, en France ? Si tu veux lire les réactions des internautes à cet article, tu peux consulter : http://espresso.repubblica.it/dettaglio/Rinasco-rinasco-nel-1940!/2036515/18 (ça ressemble beaucoup à certaines discussion de VF ( ), sauf que là, il y a quand même un homme de la carrure d'Eco)
(Ce message a été modifié par Anàssa le 23 août 2008 à 9:25.)
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