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A priori, si on est inscrit sur ce forum, c'est qu'on aime bien voyager (c'est en tout cas ce qu'il me semble, mais je me trompe peut-être). Inutile donc de vanter les mérites du voyage, je crois que nous en sommes tous conscients et que nous y trouvons tous notre compte. Je crois néanmoins qu'il ne faut pas toujours opposer le voyage et la vie de tous les jours, chez soi. Cette idée que sitôt de retour, on retombe dans la monotonie et la routine m'effraie un peu. A quoi sert un voyage s'il ne nous marque pas durablement. Si dès que nous posons le pied dans l'avion/train/n'importe quel moyen de transport, on retombe immédiatement dans le même état d'esprit qu'avant le départ ? Ne faut-il pas essayer d'être autre chose que des voyageurs occasionnels, de telle date à telle date ? Sans vouloir tomber dans la philosophie de comptoir, tu peux toujours décider que demain ne sera pas semblable à aujourd'hui. Tu peux sortir du sillon bien tracé, même si tu ne pars pas à l'autre bout du monde. |  |  |  |  |  | "Au vestibule de l'Enfer lôgent les lâches" Dante, La Divine Comédie |  |
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Bonjour Bardak, Effectivement, lorsque l'on navigue sur ce forum, on aime à priori le voyage. Seulement, tout le monde ne voyage pas de la même manière et certaines personnes n'ont pas encore eu l'occasion de voyager hors des terrains battus. Pour moi, j'ai eu longtemps l'impression que revenir après ces expériences très fortes était un retour vers la case départ. Seulement, maintenant, j'arrive à digérer ce que j'ai vécu en voyage et prendre la vie de tous les jours positivement. Je pense que, comme tu le dis dans ton post, une empreinte du voyage reste marqué en nous. Après, quand tu travailles la semaine, dans un bureau...et bien oui il y a une routine que tu le veuilles ou non. A quelques détails près, je te l'accorde, on vit la même chose chaque jour. Je prend mon bus à 7h33, j'arrive à 7h55 et je marche 5 minutes dans cette grosse montée, à 8h, je dis bonjour à mon chef. J'ouvre mon ordinateur...je prends le café..bref des actions et des gestes qui sont, malgré moi, identiques chaque jour. Le sillon bien tracé est certes modifiable et cela dans la vie de tous les jours. Dans les grandes lignes cependant, il reste très dur à tracer..Alors oui, pour me reveiller un peu de temps à autres, j'ai besoin de mettre cette vie de tous les jours de côté et vivre des journées "coup de tête" dans le coin ou à l'autre bout du monde. Mon travail me permet de le faire actuellement et de retour ici, j'ai l'impression d'être en voyage dans ma propre ville ! J'apprend aussi à me satisfaire de plaisirs simples, de revenir à des discussions moins philosophiques et de respecter la vie des gens qui n'ont pas ce goût de l'aventure. Durant ces dix dernières années, j'ai beaucoup vécu pour cette adrénaline que ce soit dans le voyage, dans les sports extrêmes ou dans un travail dans des pays à risques. On apprend, la vie sert à cela...et on devient plus serein. |  |  |  |  |  | "Parcourir les routes / rentrer à la maison / et voir tout comme si c'était la première fois." T.S. Eliot |  |
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C'est vrai, la vie de tous les jours est contraignante. Horraires, boulot, tracas du quotidien rythment notre vie quotidienne et limitent immanquablement les grands espaces de liberté. Néanmoins, il ne sert à rien d'idéaliser pour autant le voyage. Sans voyage, point de liberté ? Je n'y crois pas une seule seconde. J’ai un ami dont le père est chaman en Russie. Lui-même a travaillé trois ans en France et connaît donc très bien les contraintes de la vie quotidienne chez nous. Un jour, alors que je lui rendais visite chez son père, nous avons parlé des touristes américains et européens qui venaient en stage chez son père chaque été. Des occidentaux en manque de spiritualité et d’aventure, venus parler aux esprits et invoquer la pluie. C’est en tout cas ainsi qu’il parlait d’eux. Il me disait que ces gens étaient extrêmement sérieux et très assidus aux leçons de son père. Ils connaissaient tout le vocabulaire, faisaient des séances de méditation, vivaient en communauté et partageaient tout. « On dirait des enfants à l’école », disait-il. « Des fayots du premier rang, qui veulent s’assurer qu’ils auront un A ». Puis il ajouta « C’est facile d’être tout bien, tout parfait, quand on est a des milliers de kilomètres de chez soi, au milieu de chamans, dans la forêt. Ce sont de vrais sages ici. Mais combien arriveront à adapter ce qu’ils ont appris ici à leur vie là-bas ? Ils ne peuvent pas tout transposer, c’est évident, mais il faudrait qu’ils comprennent que ce ne sont pas les rituels qui comptent, mais l’état d’esprit. Finalement, la plupart d’entre eux rentrera au pays, en racontant partout l’expérience qu’ils ont vécu, ils regarderont de haut ceux qui se sont contenté de se louer une petite barraque près de la plage pour leurs vacances et il se considèreront comme faisant partie des élus, de ceux qui savent. La seule chose qu’ils n’auront pas retenue, c’est que s’ils ne sont pas capables de sortir ce qu’ils ont appris du contexte dans lequel ils l’ont appris, alors ça ne sert à rien. Je ne vois pas trop quelle utilité il y a à apprendre à être chaman ici, quand on sait qu’on n’y vivra jamais. Il serait plus utile qu’ils apprennent ici à être chaman là-bas.» |  |  |  |  |  | "Au vestibule de l'Enfer lôgent les lâches" Dante, La Divine Comédie |  |
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Oui j'ai vu ce genre de comportements, de personnes qui ont consommé de l'ayahuasca en Amazonie ou qui reviennent d'un trip yoga à Mysore en Inde..C'est sûr qu'ils ont experimenté des choses dont on a pas ou peu l'habitude ici mais cela ne donne pas le droit de se sentir supérieur à qui que ce soit. Lorsque j'étais à Mysore, tout était prétexte à prendre la meilleure posture, à faire du yoga même en dehors des séances et surtout à ne pas dire "bonjour" aux simples voyageurs comme nous. On avait l'impression qu'ils avaient le sentiment de faire partie de l'élite, qu'ils avaient tout compris de la vie et qu'ils étaient donc supérieurs. Je parle bien des "touristes" étrangers, souvent de bonne famille et en plein questionnement sur leur "MOI". De retour ici, je me suis mis à pratiquer le yoga également car mes articulations en ont besoin (je ne suis pas très souple..). J'y vais progressivement et j'aimerai développer la respiration qui régule tout notre état physique et parfois moral. Seulement jamais je ne me mettrai sur un piedestal car c'est ridicule. Je le fais pour moi et mon bien-être. Ce que des gourous en Inde m'ont transmis est également très dur à mettre en place ici dans le genre de contexte européen. Ces idées, ces réflexions restent cependant quelque part en moi et dès que j'ai un instant, j'y réfléchi et relativise beaucoup dès lors ma situation.. Voyager t'apporte quand même la possibilité de te plonger dans d'autres cultures parfois à 360 degrés de la nôtre. En Inde notamment, au bout de 5 mois là-bas, j'ai commencé à penser d'une toute autre manière et de ressentir un calme, un détachement jamais perçu auparavant. Alors oui, pour moi, changer de contexte permet de changer sa façon de penser, de l'élargir même si c'est difficilement transposable chez nous. Ensuite lorsqu'on revient et que l'on a digéré, on le garde en soi et on le partage avec humilité à qui est intéressé. Ceux qui fonctionnent différement, manquent clairement de recul et de maturité.. |  |  |  |  |  | "Parcourir les routes / rentrer à la maison / et voir tout comme si c'était la première fois." T.S. Eliot |  |
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Je crois que nous sommes tout à fait d'accord. Ce que je veux juste souligner, c'est la prétention d'un certain nombre de voyageurs qui, comme tu l'as dit, estiment faire partie de l'élite parce qu'ils ont parcouru des millions de kilomètres, parce qu'ils ont rencontré un berger, un gourou, un chaman, parce qu'ils pensent que ceux qui sont plus casaniers sont des gens étroits d'esprit, uniquement préoccupés de leur sortie au centre commercial du coin le samedi suivant. Le voyage est à mon sens, une notion parfaitement neutre. Ce n'est pas le voyage qui ouvre l'esprit. On peut parcourir des millions de kilomètres et être absolument fermé. Comme je l'ai déjà dit dans d'autres posts, les rencontres, la découverte, l'esprit d'aventure, la curiosité, l'envie de comprendre, de voir, de ressentir, sont une question d'état d'esprit, indépendemment de tout voyage. En revanche, je suis d'accord pour dire qu'un tel état d'esprit poussera souvent (mais pas toujours) au voyage, à l'envie de comprendre comment cela se passe ailleurs, de mettre en péril ses propres certitudes sur son monde, sur la société dans laquelle on evolue pour la confronter à celle des autres. Mais, si l'ouverture d'esprit amène souvent au voyage, l'inverse n'est pas vrai, ce n'est pas le voyage qui amène à l'ouverture d'esprit. On pourrait me rétorquer que certaines personnes ont complètement changé leur façon de concevoir le monde d'une manière générale et leur vie en particulier, grace à une première expérience à l'étranger qui aurait quelque peu ébranlé leurs certitudes. C'est vrai, cela arrive. Mais est-ce parce qu'ils ont réalisé ce voyage ? Ou bien le voyage n'a servi que de catalyseur à un sentiment déjà présent en eux mais qu'ils ne parvenaient pas à exprimer? |  |  |  |  |  | "Au vestibule de l'Enfer lôgent les lâches" Dante, La Divine Comédie |  |
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