
wapiti74 Annecy (74), France
8 mai 2007 à 2:57
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Au milieu de cette semaine particulière : une journée à Yendouma Sogol, le village natal de notre guide. Une journée pour vivre – presque – au rythme d’un village. Arpenter les ruelles de terre à l’heure où les femmes reviennent du puit avec leur provision d’eau ou de bois sur la tête, bébé dans le dos. Elles sont belles, à l’allure fière, seins nus dans leurs pièces de tissus ; elles sourient toujours ; avec jusqu’à 50 kg de charge sur leur nuque, elles crapahutent avec une vitesse et une assurance qui nous dépassent. Car parler de « ruelles » est trompeur. Dans ces villages dogons accrochés à la falaise, ce ne sont qu’espaces entre maisons ou greniers, sentiers de pierres polies par le passage, parfois même échelles dogonnes à escalader… Retrouver ces mêmes femmes un peu plus tard, toujours bébé dans le dos, en train de piler le mil des 2 repas quotidiens, entourées de bambins dans leur cour de maison ou en groupe chantant et riant sous un arbre dans un coin du village. Travail laborieux et rythmé qui les occupent plusieurs heures par jour.  Aller à la rencontre des écoliers qui nettoient dans une cacophonie indescriptible leur cour de terre rouge avant de s'entasser par cinquantaine dans de minuscules salles de classe très silencieuses. Ils ont à peine de quoi écrire, sont serrés sur leurs bancs, mais comme partout en Afrique ont soif d’apprendre et sont très fiers de nous accueillir avec un chant de bienvenue en français. Les leçons se récitent ici encore debout bien droit, bras croisés sur la poitrine, comme à l’époque coloniale ; une leçon mal apprise attire des coups de bâtons… Croiser partout d’autres gamins de tous âges, courant, criant, riant, pompant aux puits, portant une charge sur leur tête pour aider leur mère… ceux qui ne sont pas à l’école ce matin parce qu’ils sont du cours de l’après-midi… ou ceux qui ne sont pas scolarisés car trop jeunes ou de familles trop pauvres… Petite fille de 5/6 ans avec son petit frère de quelques mois dans le dos… Jeune berger peul s’occupant de son troupeau, les bras pendant de chaque côté de son bâton en travers ses épaules… Juste à côté, une visite au dispensaire très récemment construit. Le choc. Des murs neufs, qui abritent des salles vides. Vides de matériel médical. A peine une chaise, un bureau, une table de soin, quelques armoires… pratiquement vides. Stupéfaction. Nos 6 pharmacies de randonneurs-voyageurs sont plus et mieux garnies que le dispensaire de ce pays. Le médecin nous explique qu’ils manquent de tout. Là où le paludisme sévit, ils n’ont pratiquement pas de quinine ni d’antalgiques ; rien pour soigner les infections intestinales si courantes, notamment chez les enfants ; à peine de quoi soigner les plaies et infections oculaires, elles aussi si courantes. Le dénuement quasi-total. Et nous sommes venus les mains presque vides ; ce ne sont pas les quelques pilules que nous laissons qui vont changer les choses. Et pourtant, si, le médecin insiste : ce sont ces quelques médicaments laissés par les Français de passage qui alimentent son fonds, rien de plus ! Une promesse que l’on se fait : à notre retour, on finance et expédie un colis pour Yendouma Sogol. Un appel que je vous fais : si vous allez dans ce coin du pays dogon, emportez avec vous une provision d’antalgiques (aspirine), d’anti-inflammatoires, de quinine (et autres anti-palu), de compresses, de collyres, de crèmes antiseptiques (Bétadine…), de « cocktails » gastro-intestinaux, d’antibiotiques à large spectre… Dans vos sacs de voyage, cela ne coûte qu’un peu de place, envoyé de France, cela coûte une fortune en frais de poste,… là-bas tout cela sera un véritable trésor pour l’équipe soignante et les malades ! Aller ensuite à la rencontre des « anciens » sous la case à palabres, la togouna, ou adossés à l’ombre d’un mur, d’un arbre… leur offrir quelques noix de cola en guise de remerciement pour nous accueillir dans leur village. Rendre visite au hogon, le plus vieux du village, prêtre du Lébé, le serpent qui vient le laver chaque nuit... un honneur, qui certes nous fait quand même bien sourire, nous autres occidentaux.  Un autre honneur pour nous : que notre guide nous emmène chez lui, et nous présente sa famille, sa mère, sa femme, sa dernière fille, ses neveux et nièces, tante et belles-sœurs. Communauté de femmes et d’enfants vivant ensemble dans la même cour. Pas d’homme en ce milieu de journée, ils ne rejoindront le groupe que pour le repas du soir. C’est l’occasion de découvrir de l’intérieur une modeste demeure dogonne. Un escalier de roche en guise de porte. Une cour poussiéreuse où piaillent enfants et volatiles près d’un feu, de quelques ustensiles de cuisine, d’un seau d’eau, d’une chèvre. Autour, deux ou trois pièces aux murs de pisé, sans fenêtre, au sol de terre battue, à peine encombrée de quelques nattes, vêtements et objets de vie courante ; c’est là que dorment la nuit les grands-parents maîtres des lieux et leurs petits-enfants, quand ils ne montent pas sur les toits-terrasses. Dans un coin, au sommet d’un rocher, les greniers de la famille, cylindres de pisé couronnés de toits pointus de paille, image médiatique du pays dogon. A l’intérieur, sacs de mil, de sorgho, d’arachide, de fonio, quelques herbes, du poisson séché… le tout caché derrière une belle porte de bois plus ou moins richement sculptée. Ha ! Qu’il était fier notre cher guide de nous montrer tout cela ! Et il semblerait que nous ayons été les premiers « toubabs » invités dans cette modeste demeure… Un bien beau moment. S’arrêter aussi chez les artisans et les commerçants ravis de nous montrer leur art. Les tisserands, derrière leurs métiers, qui réalisent les bandes de tissu de coton que les femmes vont coudre et teindre pour réaliser de superbes bogolans aux motifs nommés « Pluie du matin », « Samedi soir » ou les tenues traditionnelles des hommes (pantalon, tunique, bonnet)… Les forgerons assis à même le sol, poussiéreux et ruisselants devant leur petit four au feu avivé, à façonner les outils de ce peuple de cultivateurs ou les fusils d’apparat destinés aux festivités. Croiser des bijoutiers touaregs nomades avec leur petit atelier mobile… Apprécier le superbe travail du bois à travers les nombreuses statuettes, de femmes notamment (porteuses d'eau, aux bras levés), les masques et les portes de grenier racontant l’histoire du peuple dogon…  Se poser quelques instants sur une plate-forme rocheuse dominant le village et la plaine. Rester contemplatifs en silence, à apprécier notre chance d’être là, d’avoir toutes ces merveilles à nos pieds, d'être autorisés à assister à ce spectacle ancestral et naturel. Espérer pouvoir rester ici des heures pour regarder dans la course du soleil la vie tranquille de ce village si animé aujourd’hui…  Car nous avons la chance de nous arrêter à Yendouma le jour du marché ! Symphonie de couleurs, d’odeurs, de bruits. Agitation fantastique ! Quand tout un pays se retrouve. Jour de fête. A l’entrée du village, sous un arbre, les vendeuses de dolo, la bière de mil. Nous avons pu constater que c’est une boisson appréciée, qui coule à flot dans les calebasses les jours de marché. Sous les arbres, les femmes bavardes, assises à même le sol, vendant leurs fruits, légumes, beurre de karité, et beignets frits sur place, bambins gambadant autour d’elles. C’est une féerie de couleurs vives, ces dames s’étant « mises sur leur 31 » pour ce jour. C’est un joyeux piaillement continuel qui pourrait très vite saouler. C’est une bousculade permanente pour arriver à se frayer un chemin entre ces beaux corps noirs… Autour, les hommes négocient les céréales et noix, ou les animaux… Quelques étals de produits plus « européens » ou « modernes »… Un peu plus loin sur les rochers, l’abattoir en plein air, et le méchoui collectif… Sur un bord, un « parking » rempli de charrettes et d’ânes en attente de labeur.  Il en arrive de partout. En charrettes par le sentier qui vient de Bamba à l’est et de Tiogou à l’ouest. Tête lourdement chargée, à pieds sur le sentier, à travers la plaine sablonneuse depuis Youga, ou du haut de la falaise depuis les villages du plateau. Ces dernier(e)s ont dû escalader les rochers, descendre des échelles, marcher plusieurs heures pour venir. Ils(Elles) feront le trajet inverse en soirée, finissant de nuit… Du délire à nos yeux ! A regarder vivre paisiblement ce village, il me prend des envies de partager un peu plus qu’une journée, une brève visite avec eux. Il me prend l’envie de me fondre dans leur environnement et leur vie durant plusieurs jours, plusieurs semaines. Leurs conditions de vie sont certes rudes, mais une vie aussi simple paraît si joyeuse. Ne pourrait-on laisser nos oripeaux dans un coin quelques temps ? … et veiller le soir autour du feu, dormir sur une natte sur la terrasse, crapahuter pour transporter l’eau ou le bois, piler le mil deux fois par jour, travailler les champs et potagers, marcher des kilomètres pour aller au marché voisin, se laver et faire la lessive à la mare, bavarder, rire et chanter avec elles… L’idée m’a réellement traversé l’esprit. Je doute simplement de pouvoir tenir physiquement le coup très longtemps… suite
(Ce message a été modifié par wapiti74 le 22 juin 2007 à 3:17.)
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