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Forum > Entre deux voyages > Carnets de voyage, textes de voyageurs > Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali
 

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wapiti74
Annecy (74), France

7 mai 2007 à 5:15

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Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali Répondre

Le Mali. Un voyage désiré et programmé depuis longtemps, plusieurs fois repoussé mais jamais perdu de vue.

Pourquoi le Mali ?
L’appel de l’Afrique ; une envie d’Afrique noire, au-delà du Sahara déjà rencontré.
L’envie irrépressible de marcher sur les traces de « L’Esclave de Dieu » de R. Frison Roche, René Caillé, 1er Européen revenu vivant de Tombouctou la mythique. Un livre, une histoire qui m’ont marquée.
La vision du Sahel apportée à travers les reportages entourant le Paris-Dakkar ; l’envie d’aller voir cela de plus près, plus lentement et moins bruyamment, à hauteur d’homme (et non d’hélico)…
L’attirance presque inexplicable du pays Dogon, simplement croisé à travers quelques photos. Deux mots entourés de magie : "Pays Dogon".

Le Mali, un voyage court (2 semaines), intense, émotionnellement et physiquement éprouvant (j’ai eu la bonne idée d’y être malade pendant 15 jours !), une Expérience… qui n’est pas encore totalement digérée.
D’où les délais et la difficulté pour écrire ce carnet de voyage, qui me paraît désespérément dérisoire, incomplet, mal écrit… mais je l’ai promis à plusieurs d’entre vous. Je respecte mes promesses.

Un carnet chronologique tenu au quotidien m’a paru impossible tant se sont bousculées et répétées les expériences, les découvertes, inscrites dans des journées relativement identiques dans leur déroulement. C’est d’ailleurs la 1ère fois que je n’ai pu le rédiger sur place, là-bas, chaque jour. L’inspiration n’y était pas. Le Mali, le pays Dogon ne peuvent pas se raconter comme cela. Vous me pardonnerez donc le caractère parfois très brouillon que le tout va prendre. La narration sera parfois linéaire, plus souvent en tableau impressionniste…



(Ce message a été modifié par wapiti74 le 26 mai 2007 à 11:28.)

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lahaut
Le Plessis Trevise 94, France

Description: Photo prise en Patagonie au sud Chili dans le parc Torre el Paine en janvier 2005

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7 mai 2007 à 5:25

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

SourireLA SUITE ,VITE !!!!

100 photos du Myanmar, du Yemen , d'Ethiopie , Namibie et Patagonie
NOUVEAU : 100 PHOTOS DES PHILIPPINES sur :
http://picasaweb.google.fr/Lahautsurlesetoiles


wapiti74
Annecy (74), France

7 mai 2007 à 5:27

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Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

1/ UNE SEMAINE DE MARCHE AU PAYS DOGON

Il y a des périples qui commencent bien avant l’arrivée en terre étrangère. Celui-ci est un classique des vols charters, mais une première pour nous.
Un rendez-vous nocturne au T3 de Roissy CDG, synonyme de nuit blanche, un transfert impromptu en bus vers l’aéroport de Lille… une longue attente dans une petite salle d’embarquement bondée, sans info, sans nourriture, longtemps sans eau… un décollage sans cesse retardé… une arrivée à Mopti/Sévaré avec plus de 8h de retard (un record paraît-il)…
17h locales, 35° ambiants, soleil couchant, sol brûlant de latérite poussiéreuse. Mali, nous voilà enfin ! Sourire

Ce retard nous valut un long trajet nocturne sur la route puis la piste qui mènent à Bandiagara puis Sangha. Dommage, cette route est magnifique paraît-il. Long trajet silencieux, les corps sont marqués par cette journée de près de 40 heures.
Sur cette piste, en pleine nuit, une senteur, une des rares qui ait atteint mon appareil ORL avant qu’il ne soit mis en hors service... le puissant et piquant parfum des oignons sauvages. Il n’y avait pas besoin d’yeux ce soir là pour comprendre ce qui nous entourait : une multitude de champs de cette culture typique du pays dogon.
Arrivés à Sangha vers 22h, nous ne nous faisons pas prier pour avaler le dîner et nous glisser dans nos sacs de couchage sur la terrasse du toit, sous un ciel étoilé. La nuit sera bonne pour tous, à peine perturbée par le 1er chant du muezzin qui hurle sa rengaine dans un haut-parleur à 2 toits de là.
Un peu plus tard, c’est dans une cacophonie de chants de coqs, de bêlements et de rires d’enfants que nous ouvrons les yeux sur ce paysage magique du pays Dogon qui rosit au soleil levant. Premier réveil, premiers émerveillements. L’effet de surprise est total. Euphorisant.
Et pourtant, nous le verrons ensuite, ce quartier de Sangha n’est qu’un pâle début de ce qui nous attend.
Mise en bouche de ces matins si semblables mais toujours étonnants, de ces villages dogons de pisé aux couleurs douces et chaudes, de ces paysages magnifiques que constituent la falaise de Bandiagara, ses villages caméléons et la plaine sahélienne qui s’étend à leurs pieds…

Mise en bouche de ces 6 jours de marche, de découvertes, de rencontres sur ce tiers nord-est de la falaise.
Il faudra descendre et grimper plusieurs fois de la falaise, parfois en s’aidant des mains, escalader des échelles dogons, simples troncs creusés d’entailles (qui n’a jamais essayé ne peut comprendre le challenge !), marcher sur les sentiers au pied des éboulis, s’enfoncer dans le sable de la plaine…
De Sangha, nous descendrons à Banani, longerons la falaise en passant par Ibi, avant de remonter tout près d’Arou, le village des ancêtres et d’atteindre Koundou Dâ. Le lendemain, nouvelle descente vers le sentier de la plaine pour rejoindre le conglomérat de roche où sont installés les 3 Yougas : Youga Nâ en bas, Youga Dogourou et Youga Piri, villages aériens et leurs habitats tellem dans la roche, d’où descendent les masques lors de la cérémonie du Sigui… En descendant de Youga Piri, nous traverserons la plaine sableuse pour rejoindre Tiogou, village caméléon au pied duquel s’étend la verdure des champs et potagers arrosés à la calebasse… puis nous suivrons la piste au pied des éboulis, au milieu des champs de fonio, jusqu’à Yendouma Sogol. Il faudra remonter encore vers Yendouma Atô, et en redescendre pour filer toujours plus nord-est jusqu’à Wéré… puis vers Damassongo, Ogol Pépé, Yanda... pour finir à Irébane, commune de Bamba ; au passage nous aurons visité quelques mares aux caïmans…

Il faudra accepter d’être en permanence accompagnés d’enfants rieurs, en haillons et pieds nus, poussiéreux et morveux, qui insistent pour nous tenir la main… enfants parfois épuisants avec leurs « ça va ? ça va ? », « donne-moi bonbon ! donne-moi bic ! », « comment tu t’appelles ? »… mais bambins si attachants avec leurs yeux confiants et leur sourire permanent, leur endurance et leur dureté au mal…
Il faudra s’habituer aux salamalecs en dogon de notre guide à chaque adulte rencontré « Agapô ! Sewo ? …sewo ! …sewo ?… sewo !… » Je ne sais pourquoi, c’est encore plus impressionnant (et amusant) qu’en arabe…


Il faudra prendre le rythme.
Le rythme des journées de marche : le lever avec le soleil, le départ rapide sitôt les sacs bouclés et le petit-déjeuner avalé, les 3 ou 4 heures de marche matinale, la longue pause de mi-journée avec sa sieste incontournable dans la torpeur ambiante (ou quand il fait trop chaud pour pouvoir bouger, parler, penser ou même dormir !), la 2ème marche difficile tant il fait encore chaud en fin d’après-midi, l’arrivée au bivouac à la nuit tombante, la « douche » avec un 1/2 seau d’eau dans la fraîche brise nocturne, le repas toujours copieux et excellent de Tigué notre cuisinier, la courte veillée avant la longue nuit magnifiquement étoilée, fraîche et réparatrice sur les terrasses ou dans les cours des campements… nuit juste perturbée par des aboiements intempestifs, les djembés et détonations de funérailles festives, les coqs déréglés, les voisin(e)s bavard(e)s… et surtout par ma toux persistante !
Le rythme africain.
Le rythme de nos pas de marcheurs au long cours,… le rythme lent de l’âne qui tire la charrette, le rythme tranquille du troupeau de chèvres ou de zébus qui rejoint le puit ou un hypothétique pâturage (en cette période de saison sèche, que peuvent-ils bien trouver à brouter ?),… le rythme effréné du poulet bicyclette qui courre pour échapper à on ne sait quoi…
Le rythme des femmes qui pilent le mil, bébés dans le dos ; celui des enfants sur la pompe du puit ; celui des vieillards allongés sous un arbre ou la togouna…
Le rythme des rencontres, des salutations, des chants…
Mais aussi le rythme endiablé du djembé et des danseurs dogons, sacrés athlètes, que nous découvrirons le dernier soir de cette randonnée dogonne.

suite


(Ce message a été modifié par wapiti74 le 17 mai 2007 à 4:53.)


wapiti74
Annecy (74), France

7 mai 2007 à 5:36

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Re: [lahaut] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Salut Renaud ! Sourire

Ce sera tout pour aujourd'hui, désolée ! AngéliqueGêné
Le reste est encore en gestation... Fou
Ce n'en sera que meilleur ! Tire la langue MalinMalin


Dolma
Paris et ailleurs.., France



7 mai 2007 à 5:44

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Il "faudra, il faudra, il faudra"... que nous prenions patience pour découvir ces 15 jours au Mali prometteurs de couleurs, de senteurs, de saveurs, de douleurs peut-être mais aussi d'infinis bonheurs...

Ce sera un tableau impressionniste du plus bel effet, j'en suis convaincue Sourire !

Dolma

un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...


Phil64
Pau, France

Description: Quand le crayon se fait rencontre... Portrait de Rup Chand au Murlidhar Krishna Mandir à Naggar - Himachal Pradesh - Inde. Une fois le portrait terminé, Rup laissera son témoignage en hindi, remplissant ainsi une page de plus du carnet, jusqu'à la prochaine rencontre ou le prochain croquis...

Afficher le profil du membre Phil64.


7 mai 2007 à 9:18

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Sewo !

Merci...
pas si brouillon que ça, tout est déjà si bien dit Clin d'oeil

je m'y revois tout à fait, même si le décor devait etre différent en saison sèche, j'attends aussi la suite Sourire

Phil
Voyages du bout de mon crayon...


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wapiti74
Annecy (74), France

7 mai 2007 à 11:32

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Re: [Dolma] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Agapô* à tous ! Sourire
Et birapô* pour ces encouragements Gêné

Malheureusement Dolma, pour les senteurs, il vous faudra les imaginer sans moi... elles ne sont hélas pas parvenues jusqu'à mes capteurs olfactifs fortement endommagés par la violente sinusite qui ne m'a pas quittée de ce voyage... Triste Une dimension manquante à mon Expérience et ma narration, donc. Fou
Mais couleurs, saveurs, douleurs, bonheurs... je pense vous en livrer quelques-unes, oui Sourire


* En Dogon :
Agapô = Bonjour
Sewo = ça va
Birapô = Merci


wapiti74
Annecy (74), France

8 mai 2007 à 2:49

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Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Le Pays Dogon, c’est donc d’abord cette falaise ocre de Bandiagara qui s’étend sur plus de 100 km et haute de 300 mètres par endroits. Falaise percée de failles, constituée d’éboulis de rochers énormes, camaïeu de roses, d’ocres, de noirs avec quelques pointes de verdure, arbustes, baobabs, kapokiers…
…et surtout ces villages accrochés à ses flans ou posés sur son plateau. Villages de rocs, de terre et de bois, donc eux-aussi dans les tons ocres, villages caméléons qu’il nous faut chercher longtemps du regard avant de les deviner là où pointe l’index de notre guide – qui lui peut presque compter le nombre de greniers visibles ! – Construits à partir d’habitats troglodytes originellement colonisés par le peuple Tellem et qui servent actuellement surtout de sépultures aux Dogons… ou construits plus bas, au pied de la falaise en bordure de la plaine, parfois entourés de la verdure éclatante des champs d’oignons, de potagers, des manguiers et autres espèces arboricoles locales.

Tiogou, Yendouma Atô et Koundou Dâ



Le Pays Dogon, c’est aussi cette plaine sahélienne, infinie, qui s’étend à perte de vue jusqu’au Burkina. En cette saison sèche, c’est une vaste étendue de latérite, de sable et de touffes d’herbes sèches, de tiges résiduelles de mil,… Palette de jaunes, d’oranges, de roses et de rouges, parsemée de touches vertes que constituent les baobabs, acacias, nîms… De ci, de là, perchés sur des plate-formes sur pilotis, des brassées de foin hors de portée des bestiaux, comme des nids à gros oiseaux…
En saison des pluies, cette plaine se transforme paraît-il en une étendue verte sans fin, couverte de champs de mil et de sorgho, de pâturages, vivante du travail de ses cultivateurs Dogons et de ses éleveurs Peuls. Nous avons dû mal à l’imaginer.
Paysages sahélien où l’eau n’est pas rare comme au Sahara, mais nécessite un effort tout de même. Il faut aller la chercher dans les sources cachées de la falaise, la puiser aux puits profonds de la plaine ou dans les marigots aux eaux boueuses dont le niveau descend de mois en mois jusqu’aux prochaines pluies.

de Sangha, vue sur Banani et la plaine



Au-dessus de tout cela, imaginez un ciel africain de saison sèche, un jour laiteux, le lendemain d’un bleu éclatant… qui vire au violet sur certaines photos. Et toujours ce soleil implacable qui noircit les peaux, chauffe les pierres et les têtes, blanchit la vision et surexpose les photos. Heureusement que le vent nous a souvent accompagné, parfois légère brise respirante, parfois plus lancinant et chargé de poussière et de sable. Son absence peut peser terriblement sur les corps offerts à l’astre solaire et peinant dans le sable…
Un ciel africain de nuits étoilées où dansent la Voie Lactée, Orion, la Grande Ourse… la Croix du sud ? Nos repères de septentrionaux sont faussés ; pendant des heures, enfouis dans nos sacs, on cherchera à retrouver les constellations connues, souvent gênés par cette lune ascendante de plus en plus aveuglante.

Le Pays Dogon, c’est aussi son peuple. Peuple originaire du pays Mandingue, qui a laissé ses frères Bozos pêcheurs au bord du Niger et est venu s’installer dans cette région. Devant la menace Peule, ils ont investi les rochers ; aujourd’hui ils redescendent vers la plaine nourricière. Peuple de cultivateurs. Peuple animiste à la cosmogonie trop compliquée pour que je la comprenne ou vous la raconte. Et malgré l’Islam arrivé il y a bien longtemps, ils continuent de croire en les fétiches, les divinations des tables du renard, les pouvoirs des masques… Notre guide se disait ouvertement « musulman zigzag » pour exprimer cette double culture, double croyance. Il nous a démontré qu’il était profondément attaché aux coutumes de son peuple, et en était très fier.
Un peuple aux conditions de vie rudes, et pourtant si joyeux de vivre. Paradoxe de l’Afrique profonde. Déstabilisant, déroutant et pourtant réjouissant, ressourçant.

Le Pays Dogon, ce sont ses femmes. Mais là, je ne vous en dirais pas beaucoup plus, je suis trop marquée par les mots enchanteurs de Douya ; je vous renvoie à ses textes magiques qui m’ont accompagnée durant ce périple : Une journée de la femme Dogon


wapiti74
Annecy (74), France

8 mai 2007 à 2:57

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Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Au milieu de cette semaine particulière : une journée à Yendouma Sogol, le village natal de notre guide. Une journée pour vivre – presque – au rythme d’un village.

Arpenter les ruelles de terre à l’heure où les femmes reviennent du puit avec leur provision d’eau ou de bois sur la tête, bébé dans le dos. Elles sont belles, à l’allure fière, seins nus dans leurs pièces de tissus ; elles sourient toujours ; avec jusqu’à 50 kg de charge sur leur nuque, elles crapahutent avec une vitesse et une assurance qui nous dépassent. Car parler de « ruelles » est trompeur. Dans ces villages dogons accrochés à la falaise, ce ne sont qu’espaces entre maisons ou greniers, sentiers de pierres polies par le passage, parfois même échelles dogonnes à escalader…
Retrouver ces mêmes femmes un peu plus tard, toujours bébé dans le dos, en train de piler le mil des 2 repas quotidiens, entourées de bambins dans leur cour de maison ou en groupe chantant et riant sous un arbre dans un coin du village. Travail laborieux et rythmé qui les occupent plusieurs heures par jour.

Aller à la rencontre des écoliers qui nettoient dans une cacophonie indescriptible leur cour de terre rouge avant de s'entasser par cinquantaine dans de minuscules salles de classe très silencieuses. Ils ont à peine de quoi écrire, sont serrés sur leurs bancs, mais comme partout en Afrique ont soif d’apprendre et sont très fiers de nous accueillir avec un chant de bienvenue en français. Les leçons se récitent ici encore debout bien droit, bras croisés sur la poitrine, comme à l’époque coloniale ; une leçon mal apprise attire des coups de bâtons…
Croiser partout d’autres gamins de tous âges, courant, criant, riant, pompant aux puits, portant une charge sur leur tête pour aider leur mère… ceux qui ne sont pas à l’école ce matin parce qu’ils sont du cours de l’après-midi… ou ceux qui ne sont pas scolarisés car trop jeunes ou de familles trop pauvres… Petite fille de 5/6 ans avec son petit frère de quelques mois dans le dos… Jeune berger peul s’occupant de son troupeau, les bras pendant de chaque côté de son bâton en travers ses épaules…

Juste à côté, une visite au dispensaire très récemment construit. Le choc. Des murs neufs, qui abritent des salles vides. Vides de matériel médical. A peine une chaise, un bureau, une table de soin, quelques armoires… pratiquement vides. Stupéfaction. Nos 6 pharmacies de randonneurs-voyageurs sont plus et mieux garnies que le dispensaire de ce pays. Le médecin nous explique qu’ils manquent de tout. Là où le paludisme sévit, ils n’ont pratiquement pas de quinine ni d’antalgiques ; rien pour soigner les infections intestinales si courantes, notamment chez les enfants ; à peine de quoi soigner les plaies et infections oculaires, elles aussi si courantes. Le dénuement quasi-total. Et nous sommes venus les mains presque vides ; ce ne sont pas les quelques pilules que nous laissons qui vont changer les choses. Et pourtant, si, le médecin insiste : ce sont ces quelques médicaments laissés par les Français de passage qui alimentent son fonds, rien de plus ! Une promesse que l’on se fait : à notre retour, on finance et expédie un colis pour Yendouma Sogol. Un appel que je vous fais : si vous allez dans ce coin du pays dogon, emportez avec vous une provision d’antalgiques (aspirine), d’anti-inflammatoires, de quinine (et autres anti-palu), de compresses, de collyres, de crèmes antiseptiques (Bétadine…), de « cocktails » gastro-intestinaux, d’antibiotiques à large spectre… Dans vos sacs de voyage, cela ne coûte qu’un peu de place, envoyé de France, cela coûte une fortune en frais de poste,… là-bas tout cela sera un véritable trésor pour l’équipe soignante et les malades !

Aller ensuite à la rencontre des « anciens » sous la case à palabres, la togouna, ou adossés à l’ombre d’un mur, d’un arbre… leur offrir quelques noix de cola en guise de remerciement pour nous accueillir dans leur village. Rendre visite au hogon, le plus vieux du village, prêtre du Lébé, le serpent qui vient le laver chaque nuit... un honneur, qui certes nous fait quand même bien sourire, nous autres occidentaux.

Un autre honneur pour nous : que notre guide nous emmène chez lui, et nous présente sa famille, sa mère, sa femme, sa dernière fille, ses neveux et nièces, tante et belles-sœurs. Communauté de femmes et d’enfants vivant ensemble dans la même cour. Pas d’homme en ce milieu de journée, ils ne rejoindront le groupe que pour le repas du soir.
C’est l’occasion de découvrir de l’intérieur une modeste demeure dogonne. Un escalier de roche en guise de porte. Une cour poussiéreuse où piaillent enfants et volatiles près d’un feu, de quelques ustensiles de cuisine, d’un seau d’eau, d’une chèvre. Autour, deux ou trois pièces aux murs de pisé, sans fenêtre, au sol de terre battue, à peine encombrée de quelques nattes, vêtements et objets de vie courante ; c’est là que dorment la nuit les grands-parents maîtres des lieux et leurs petits-enfants, quand ils ne montent pas sur les toits-terrasses. Dans un coin, au sommet d’un rocher, les greniers de la famille, cylindres de pisé couronnés de toits pointus de paille, image médiatique du pays dogon. A l’intérieur, sacs de mil, de sorgho, d’arachide, de fonio, quelques herbes, du poisson séché… le tout caché derrière une belle porte de bois plus ou moins richement sculptée.
Ha ! Qu’il était fier notre cher guide de nous montrer tout cela ! Et il semblerait que nous ayons été les premiers « toubabs » invités dans cette modeste demeure… Un bien beau moment.

S’arrêter aussi chez les artisans et les commerçants ravis de nous montrer leur art.
Les tisserands, derrière leurs métiers, qui réalisent les bandes de tissu de coton que les femmes vont coudre et teindre pour réaliser de superbes bogolans aux motifs nommés « Pluie du matin », « Samedi soir » ou les tenues traditionnelles des hommes (pantalon, tunique, bonnet)…
Les forgerons assis à même le sol, poussiéreux et ruisselants devant leur petit four au feu avivé, à façonner les outils de ce peuple de cultivateurs ou les fusils d’apparat destinés aux festivités.
Croiser des bijoutiers touaregs nomades avec leur petit atelier mobile…
Apprécier le superbe travail du bois à travers les nombreuses statuettes, de femmes notamment (porteuses d'eau, aux bras levés), les masques et les portes de grenier racontant l’histoire du peuple dogon…

Se poser quelques instants sur une plate-forme rocheuse dominant le village et la plaine. Rester contemplatifs en silence, à apprécier notre chance d’être là, d’avoir toutes ces merveilles à nos pieds, d'être autorisés à assister à ce spectacle ancestral et naturel. Espérer pouvoir rester ici des heures pour regarder dans la course du soleil la vie tranquille de ce village si animé aujourd’hui…

Car nous avons la chance de nous arrêter à Yendouma le jour du marché ! Symphonie de couleurs, d’odeurs, de bruits. Agitation fantastique ! Quand tout un pays se retrouve. Jour de fête.
A l’entrée du village, sous un arbre, les vendeuses de dolo, la bière de mil. Nous avons pu constater que c’est une boisson appréciée, qui coule à flot dans les calebasses les jours de marché.
Sous les arbres, les femmes bavardes, assises à même le sol, vendant leurs fruits, légumes, beurre de karité, et beignets frits sur place, bambins gambadant autour d’elles. C’est une féerie de couleurs vives, ces dames s’étant « mises sur leur 31 » pour ce jour. C’est un joyeux piaillement continuel qui pourrait très vite saouler. C’est une bousculade permanente pour arriver à se frayer un chemin entre ces beaux corps noirs…
Autour, les hommes négocient les céréales et noix, ou les animaux… Quelques étals de produits plus « européens » ou « modernes »… Un peu plus loin sur les rochers, l’abattoir en plein air, et le méchoui collectif… Sur un bord, un « parking » rempli de charrettes et d’ânes en attente de labeur.


Il en arrive de partout. En charrettes par le sentier qui vient de Bamba à l’est et de Tiogou à l’ouest. Tête lourdement chargée, à pieds sur le sentier, à travers la plaine sablonneuse depuis Youga, ou du haut de la falaise depuis les villages du plateau. Ces dernier(e)s ont dû escalader les rochers, descendre des échelles, marcher plusieurs heures pour venir. Ils(Elles) feront le trajet inverse en soirée, finissant de nuit… Du délire à nos yeux !


A regarder vivre paisiblement ce village, il me prend des envies de partager un peu plus qu’une journée, une brève visite avec eux. Il me prend l’envie de me fondre dans leur environnement et leur vie durant plusieurs jours, plusieurs semaines. Leurs conditions de vie sont certes rudes, mais une vie aussi simple paraît si joyeuse. Ne pourrait-on laisser nos oripeaux dans un coin quelques temps ? … et veiller le soir autour du feu, dormir sur une natte sur la terrasse, crapahuter pour transporter l’eau ou le bois, piler le mil deux fois par jour, travailler les champs et potagers, marcher des kilomètres pour aller au marché voisin, se laver et faire la lessive à la mare, bavarder, rire et chanter avec elles…
L’idée m’a réellement traversé l’esprit. Je doute simplement de pouvoir tenir physiquement le coup très longtemps…

suite


(Ce message a été modifié par wapiti74 le 22 juin 2007 à 3:17.)


Lexa
voyage aux, Philippines



8 mai 2007 à 10:00

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Salut Wapiti!Sourire

Un gros bisou!

En te lisant c'est comme si j'y étais!Clin d'oeil

A plus LexaCool

Ce n est pas parce que c est difficile que nous nosons pas.C est parce que nous n osons pas que c est difficile.


huguetter
France

8 mai 2007 à 11:02

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Bravo Wapiti et merci Malin


Dolma
Paris et ailleurs.., France



8 mai 2007 à 12:50

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Tes mots et les photos qui les accompagnent cernent nos sens et puis les envahissent au fil du temps qui s'étire et de la vie qui s'écoule, tout simplement...

Qu'il est bon de te lire !

Dolma

un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...


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Annecy (74), France

8 mai 2007 à 12:59

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Re: [Dolma] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Un tel compliment venant d'une plume comme la tienne me touche profondément. Gêné Merci Dolma Sourire

"Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin, et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." Mauriac


CHRISTIAN06
Biot Cote d'Azur, France



8 mai 2007 à 15:48

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Si tu savais vraiment ce que je pense une fois de plus de tes carnets de voyages, tu serais rouge de confusion Clin d'oeil

En effet, tu as réussi une fois de plus, à nous projeter à tes cotés, nous imprégnant de cette austère mais magnifique région qu'a l'air d'être le Pays Dogon

Tu nous donnes aussi l'envie de rester quelques jours dans ce village dogon, où les habitants bossent tous les jours pour assurer leur quotidien, et sans rechigner ni en se plaignant à leurs syndicats, mais avec le sourire Sourire Pour venir au marché local, ils parcourent à pied des dizaines de kms en une journée, sans se plaindre parceque le RER n'était pas à l'heure Malin

Le paradis dans le dénuement le plus total Sourire

Un grand merci, et arrête un peu de tousser, ça résonne le long de la falaise Tire la langue

J'espère que la santé a repris le dessus.

CHRISTIAN

"Ne pas rire, ce n'est pas sérieux"
(Ce message a été modifié par CHRISTIAN06 le 8 mai 2007 à 15:50.)


coulonneux42
Montbrison, France

8 mai 2007 à 16:09

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

merci beaucoup pour ce récit , celà nous permet de bien préparer notre voyage: j- 243

à plus et encore merci

André
(Ce message a été modifié par coulonneux42 le 8 mai 2007 à 16:10.)


martinevicti
LILLE, France



10 mai 2007 à 18:18

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Re: [wapiti74] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

bonsoir Frédérique,

Quel plaisir de te lire !!Merci pour ces écrits qui nous "replongent"par magie dans ce merveilleux pays dogon que nous avons parcouru du 5 au 19 Mars .
Comme toi ce voyage au coeur des Dogons,je le désirais depuis une dizaine d'année après avoir été subjuguée par leurs rites et traditions que j'avais découverts par la lecture !
mais voilà d'autres occasions de voyages se sont présentées (Malaisie,Jordanie,Sinaï,Brésil,Indonésie Inde..)et le Pays Dogon restait comme endormi !!
Une rencontre en Inde en Janvier 2006 avec un baroudeur toulousain avec qui nous avions fait un bout de chemin,a été le signal pour organiser ce voyage au Mali;notre ami Jo partait pour 2 mois en Afrique et nous nous étions donnés rendez-vous à Mopti -Sévaré le 5 Mars;Nous avons découvert Djenné;Mopti;avons navigué 2 jours sur le Niger jusqu'au lac Débo,;avons marché de Téli à Begnemato(SUD de la Falaise) puis découvert d'autres villages Dogons plus au Nord:Koundou,Banani,Amani,Irelli,Tirelli,Yendouma;Nous nous sommes dirigés ensuite vers Douentza,Hombori puis Tombouctou avant de revenir au pays Dogon à Songho et à Bandiagara.
Comme toi nous avons aimé vivre et partager ces journées et ces nuits étoilées dans ce paysage magique où l' hospitalité ,la convivialité,l'humilité , la joie de vivre ensemble avaient du sens .
Comme toi nous avons découvert le manque cruel de médicaments et avons essayé de faire au mieux dans la répartition de nos divers médicaments au fil des nombreux villages visités .De tous les pays parcourus jusqu'à aujourd'hui(y compris l'Inde !!)je dis que c'est en Afrique de l'Ouest qu'il y a le plus à faire en matière d'aide au développement; je reste convaincue qu'au delà des organisations humanitaires,il est indispensable que chaque routard emporte comme tu le dis,des provisions de médicaments et les remette sur place.
Comme toi, nous avons été éprouvés physiquement par ce voyage mais comme toi nous avons ressenti cet appel à vouloir vivre leur vie, tout simplement ! Quelle leçon d'humilité et de joie de vivre à retenir et à méditer par nous, européens mais serions-nous effectivement capables de tenir physiquement et psychologiquement ??
Comme toi, notre guide a su nous faire découvrir , partager et aimer son pays Dogon. Malheureusement, lui qui était bon,généreux,gai,charmeur...le destin a voulu que sa vie s'arrête le 17 Mars,2 jours avant la fin de notre voyage ! Il n'avait que 30 ans!Nous avons été et sommes toujours bouleversés par ce drame !
Ce voyage, je l'avais tant désiré et si longtemps attendu ! il a été chargé de moments d'infinis bonheurs mais aussi d'un moment de grande douleur ...je ne pensais sans doute pas qu'il me marquerait à vie mais sans doute que le destin a voulu que jamais je ne puisse oublier ce guide et la vie qu'il représentait! Mes pas retrouveront sans doute le chemin qui mène au pays dogon un jour prochain !

Merci encore pour tes mots qui sentent si bon la vie!

Martine qui , comme toi, pense que:

"nous méritons toutes nos rencontres;elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer" F Mauriac

martine


wapiti74
Annecy (74), France

11 mai 2007 à 11:08

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Re: [martinevicti] Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Un grand merci Martine pour ton témoignage. Sourire

Tes posts à propos de la disparition de votre guide m'avaient déjà émue - j'imaginais qu'il aurait pu arriver la même chose au nôtre, qui adorait se balader en motos empruntées à des amis au cours des derniers jours Fou...
Je compatis sincèrement à votre peine, vous qui avez vécu une fin de voyage si douloureuse.

Ton message me touche profondément. J'en ai la gorge nouée, les larmes aux yeux.
Certains diront que je suis trop sensible. Mais n'est-ce pas notre sensibilité qui nous permet d'appréhender et d'écrire de si belles choses ?
Cette "sensibilité qui nous permet... de nous ouvrir sur les autres, de regarder le monde avec humilité, tolérance et respect... même si parfois on s'en veux d'être aussi sensible parce qu'on souffre pour les autres et qu'on enrage de ne pas pouvoir faire plus pour "ces" autres !" pour reprendre tes propres mots. Clin d'oeil


Il me fait vraiment plaisir que tes mots se rapprochent des miens, que tes impressions côtoient les miennes. Sourire
Une trace de plus d'un coup de coeur de plus pour ce fabuleux Pays Dogon.
Un hommage de plus à votre ami trop vite disparu.

"Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin, et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." Mauriac
(Ce message a été modifié par wapiti74 le 11 mai 2007 à 11:53.)


wapiti74
Annecy (74), France

11 mai 2007 à 12:07

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Pays Dogon et fleuve Niger: quinze jours au Mali [En réponse à] Répondre

Il est temps de quitter ce Pays Dogon.
Dans la cour du campement collectif d’Irébane, la myriade d’enfants, danseurs et fêtards de la veille, assiste au chargement de nos 4x4. Nous disons adieu à nos 6 porteurs dogons, discrets mais efficaces durant cette semaine, au petit âne gris de notre guide, qui a lui aussi fini sa part de travail.
Double sentiment de frustration et de soulagement.
C’est déjà fini ? On serait bien resté plus longtemps en ce Pays Dogon si beau, si accueillant, si propre… A visiter encore tous ces villages reculés du plateau que nous n’avons pas vus. Regrets. A partager un peu plus avec ce peuple si simple, si fier.
Mais soulagement aussi pour moi : je sais que la suite du voyage sera plus reposante pour mon corps marqué par les journées douloureuses et la fièvre qui s’installe.



2/ UNE SEMAINE DE CIRCUIT DANS LA REGION CENTRALE : Hombori – Gourma – Tombouctou – Niger – Djenné – Mopti

Sur la piste cahoteuse et poussiéreuse, au milieu des baobabs et acacias, les 4x4 se fraient un chemin entre les très nombreuses charrettes qui reviennent du grand marché qui a eu lieu hier à Bamba. Tout un peuple en migration. Nous nous arrêtons plusieurs fois pour acheter quelques mangues délicieuses aux vendeuses assises en bord de piste.
Puis nous retrouvons la route goudronnée de Douentza. Nous ne nous y arrêterons que pour un déjeuner dans un bel établissement de la ville. Retour à la civilisation : une ville avec des rues, des maisons de ciment, des véhicules, des jardins, les couleurs éclatantes des bougainvilliers, de véritables sanitaires « à l’européenne » avec robinets et eau courante ! Nous rions de nous-même.

Douentza, c’est la fin du « vrai » plateau dogon, mais ce n’est pas la fin du massif. En un après-midi de 4x4 filant très rapidement vers l’est sur la route bitumée, la route nationale 66 reliant Mopti à Gao en une interminable ligne droite, nous traversons une région de plaine aux horizons infinis, plantée de quelques arbustes, d’où surgissent de nombreux pitons rocheux oranges et roses aux parois verticales. Le Far West malien, qui mérite bien son surnom. Au bout de cette journée apparaissent la Main de Fatima à notre gauche, les Monts Hombori, point culminant du massif, à notre droite. Entre les deux, notre campement : une grande cour de terre protégée des troupeaux par un muret, deux baraques de pisé avec leur terrasse-hôtel, quelques « huttes » peules de branchages pour ceux qui souhaitent une « vraie chambre ».
Le temps semble s’être arrêté ici. Pas de vent, pas de troupeau, de chien, de basse-cour. Peu de personnes. Le silence, le calme… juste ma toux.

Au petit matin, quelques femmes et enfants Peuls viennent éveiller le lieu et essayer de nous vendre leurs babioles. Belles femmes peules aux nombreux bijous et lourdes boucles d'oreilles, et aux lèvres enrobées de tatouage, critère ancestral de beauté pour ce peuple.

Pendant que le groupe part gravir la Main de Fatima, je reste seule avec ces autochtones et notre guide. La fièvre et les douleurs de ces derniers jours ont eu raison de mes forces et de mon mental, je lâche prise. Mais qu’il est bon de profiter de cette matinée tout en lenteur, un bon bouquin dans les mains, le nez plus souvent en l’air à regarder la beauté du paysage, les allées et venues, à écouter ces langues dogonne et peule qui chantent et que je ne comprends pas, à imaginer les autres crapahutant, suant, pestant…
Ne pouvant profiter de l’explication du guide peul qui accompagne le groupe, je demande à mon guide dogon de me raconter la légende de la Main de Fatima. Après discussion avec mes camarades, nous constaterons que ce sont deux versions assez différentes. Laquelle croire ? De mauvaise foi, j’opte pour celle de notre guide adoré Tire la langue… Mais probablement y a t-il autant de versions que de guides, qu’ils soient dogons ou peuls… Rire

Il faut remonter dans les 4x4. Toujours vers l’est, puis vers le nord, c’est une longue traversée de la région du Gourma qui nous attend, avec un premier arrêt de ravitaillement au marché de Hombori. Peu de chose à voir avec le marché de Yendouma. Les produits de consommation occidentale envahissent les étals. L’ambiance est moins festive et plus marchande. Le sol est jonché de détritus divers. Mais c’est encore un tourbillon de couleurs, de parfums, de bruits. Quelques Dogons, de nombreux Peuls et Songhaïs, premiers Touaregs, toujours autant d’enfants quémandeurs…
Nous abandonnons ensuite la route pour nous enfoncer sur les pistes dans le « désert »… vaste plaine aux horizons infinis… sable jaune ou rose, touffes vert tendre d’alpha ou de cram-cram, de loin en loin quelques acacias ou baobabs, parfois une forêt de verdure, quelques étendues désertiques plus brunes ou blanches dénotant des zones inondées en saison des pluies… oueds profonds mais asséchés, à traverser cahin-caha… au loin villages nomades peuls, de branchages, de paille, de terre et de toile,… rencontres surprenantes au détour d’un virage, d’une butte : un enfant berger bâton au travers les épaules, un ânier au chapeau de paille pointu sur sa charrette, un dromadaire et son touareg enrubanné de sa chèche…
...une bouse monstrueuse d’éléphant !

Car c’est pour cela que nous venons dans ce coin, que nous « encaissons » ces longues heures de 4x4 cahoteuses : les éléphants de la réserve de Gourma.
En saison sèche, ils se regroupent dans cette savane arborée, ces zones de forêts ombragées et encore humides de marigots. Nous devons aller à leur rencontre, après un arrêt déjeuner dans une maison de touaregs sédentarisés, dans le village d’Inédiatafane. Qui est déjà allé observer les éléphants, sait qu’une « expédition » en pleine après-midi est vouée à l’échec, ou presque. En ces heures chaudes, ces pachydermes se réfugient au plus profond de la forêt et des marigots pour faire la sieste. Et même si notre pisteur touareg est plein d’espoir, il ne peut que nous montrer les bouses monstrueuses, les traces éléphantesques, nous faire écouter les quelques barrissements étouffés et deviner une masse grise qui bouge entre deux arbres, un mouvement d’oreilles gigantesques ou d’une trompe… Promenade sympathique, qui en a laissé plus d’un sur sa faim.
Oui, on peut observer les éléphants à Gourma. Mais il faut prévoir d’y passer une nuit, pour les rencontrer à la nuit tombante ou au petit matin, quand la troupe vient prendre le frais et boire à la mare, à proximité des troupeaux (à voir le terrain labouré de traces pachydermiques encore boueuses, je ne doute pas de la réalité de leur présence !).

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