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LeDragon
Québec (Canada)

25 avril 2008 à 21:15

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Souvenirs du Perú Répondre

Je viens de lire des récits de voyage ici. Ils réveillent tant de souvenirs. Alors, je me permet d’écrire un peu ici. N’y cherchez pas de conseils pratiques : les guides de voyage sont là pour ça et mes références sont trop anciennes pour être encore fiables.
Alors, des impressions…
Tout ça a commencé le 31 décembre 1999. Vous vous souvenez de cette veille de fin du monde ? Party de famille pour « défoncer l’année ». Mon frère cadet de 10 ans( de moins que moi...) s’assoit à mes côtés et m’offre soudain de l’accompagner au Pérou. Quelle drôle d’idée ! J’ai 43 ans, il avait bien été question que j’accompagne un confrère d’étude en Amérique centrale à l’époque de l’université, mais je n’avais pas l’argent pour ça. Puis les années ont passé. Quelles randonnées dans les maritimes et dans les états américains voisins, pas plus. Je n’ai même jamais pris un avion de ligne et je ne suis pas très plage. Serai-je capable de m’adapter à un milieu si différent ?
Il m’a fallu quelques mois pour me décider, mais j’ai plongé : départ en août 2000.
Mon premier souvenir, une escale à l’aéroport d’Atlanta. Toute cette humanité en mouvement. Une majorité de sud-américain d’origine. Ils ont presque tous d’immenses valises : il faut rapporter des cadeaux à la famille ! Je bavarde un peu avec quelques uns, en anglais. Il y a cette péruvienne d’origine qui vit aux USA depuis 25 ans. Elle va voir sa mère malade. Elle ne l’a pas vue depuis 25 ans ! Puis cet homme, mécanicien dans des bateaux, originaire de Lambayaque, dans la région de Chiclayo. Il m’explique que depuis qu’il vit au Canada pour son travail, son épouse ne peut pas obtenir de visa pour le visiter. Pourtant, c’était possible à l’époque où il était en Alaska. Comme quoi on se méprend parfois…
On arrive à Lima de nuit. Mon frère, le comique qui joue au « backpacker » pur et dur a décidé qu’il n’y avait pas lieu de réserver une chambre… Pendant qu’il négocie au petit kiosque touristique où lui répondent deux jeunes filles emmitouflées avec même des gants ( à l’intérieur de l’aéroport !), je vais à la chambre de bain. Petite hésitation : près de la porte, un gardien est endormi sur une chaise avec une mitraillette dans les mains. Pas trop envie de le réveiller en sursaut ! J’attend debout devant lui jusqu’à ce qu’il ouvre un œil. Je lui fait signe que je lui demande la permission de passer. Il répond avec agacement de me contenter et se rendort aussitôt !
Il y a une navette pour l’hotel à Miraflores, un minibus, un des fameux « combi » que je reverrai si souvent. On part dans la nuit, deux seuls passagers si je me souviens bien. Alors qu’on descend vers le Pacifique, je suis frappé de plein fouet. La piqûre et dur ! Je suis comme un enfant passant d’un côté à l’autre du bus pour voir tout ce que je peux. Il Pacifico ! Wow ! De l’autre côté, des infrastructures cherchent à retenir les sédiments qui s’effondrent le long d’une pente abrupte. Il me faudra du temps pour comprendre ce qui m’étonne tant. De vieux cours de géographie… les montagnes du Québec sont de vieilles montagnes, érodées au long des millénaires. Chez-nous, sur une telle pente il ne reste que du roc. Dans cette région andine, ces pentes instables me surprendront constamment. Sans compter qu’avec les épisodes de Niño, les pluies les délavent souvent détruisant routes et villages…
A l’hotel, rien à redire, sauf ma naïveté de demander s’il y a des taxes en sus du prix annoncé… Déjà qu’en référant aux jeunes femmes de l’aéroport j’avais utilisé le mot « chicas » qui avait fait ricaner la propriétaire. Là, je lui offrais vraiment une trop belle occasion d’ajuster son prix. De l’impermanence des prix au Perú, ça reviendra souvent au point de m’importuner beaucoup.
Le lendemain, on doit organiser notre transfert vers Arequipa. C’est moi qui ai insisté pour y aller pour faciliter mon acclimatation à l’altitude. Je n’ai guère de souvenirs de cette négociation. On a une journée de libre pour jeter un coup d’œil à la capitale. Mon frère aborde un chauffeur de taxi sur la rue. Il négocie pour un tour de ville le lendemain. On s’entend. Le bonhomme aux cheveux très courts a des traits indiens et l’allure qu’ont les matelots dans les vieux films français… Il vient nous chercher à l’hotel et je le revois avec son chiffon nettoyant avec soin une auto qui serait jetée au dépotoir chez-nous… Je monte à l’avant, privilège des ainés. Une auto assez vieille d’un modèle que je ne connais pas. Comme il fait chaud, je baisse la vitre. Le chauffeur me lance un drôle de regard… Je comprendrai ensuite toute la difficulté qu’il aura à la remonter. Il nous promène dans la ville nous indiquant les édifices les plus marquants. J’en ai peu gardé de souvenirs, mais je retournerai à Lima. A un moment, il nous invite à visiter une église. Moi, je ne parle que très peu l’espagnol, mon frère se débrouille bien mieux ( il partait pour un séjour de 3 mois en Amérique du sud ). Il lui explique avec toutes les précautions possibles que malgré le respect qu’on a pour lui, il nous est difficile de laisser nos sacs à dos dans l’auto et de partir comme ça. Je suis mal à l’aise, malgré sa tête de dur, l’homme m’a fait l’effet d’un honnête homme, d’un bon père de famille comme on dit. Il est un peu blessé, mais admet nos précautions. En nous amenant ensuite vers l’aéroport, on longera une rue dont un côté est bordé d’un mur d’acier, formé par une multitude de pièces disparates, probablement récupérées. Je suis intrigué par l’endroit. Il m’explique que c’est un marché mais insiste sur le côté « peligroso, malo »… Je ne pourrais pas situer l’endroit, mais c’est probablement le plus près que j’ai approché des bidonvilles de Lima. A l’aéroport, je prend le numéro de téléphone du chauffeur avec l’entente que je l’appellerai de l’aéroport en revenant pour ma dernière nuit à Lima.
A l’aéroport Jorge Chavez, le seul souvenir notable c’est mon frère qui joue à l’idiot en prétendant avoir vu un hélicoptère de l’armée canadienne. "Aye, l’armée canadienne n’a qu’une couple d’hélicoptères qu’elle a du mal à garder en état de vol !" On finit par se souvenir que le drapeau du Pérou a deux bandes rouges bordant une bande blanche… comme le drapeau canadien. Mais l’écusson péruvien n’est pas une feuille d’érable !
On ne verra pas Lima des airs. De toute façon, quand j’avais demandé à l’hotelière à quelle heure le soleil se levait, j’avais maladroitement dit « quand pourra-t-on voir le soleil ? » Elle m’avait répondu : jamais ! On ne voit jamais le soleil à Lima ! Il ne pleut presque jamais, mais le ciel est toujours couvert ! Quelle ne fut pas notre joie d’apercevoir un rayon de soleil pendant la journée qu’on y a passé. Une journée exceptionnelle, héhé !
Quoiqu’il en soit, on est parti à bord d’un appareil d’AeroContinente. Je ne connaissais pas tellement les avions et j’ai égaré mon carnet de voyage. J’imagine que c’était un très vieux 737. L’année suivante, de retour au pays, des péruviens m’expliqueront que les rumeurs voulant que le président d’AeroContinente soit un trafiquant de drogue ne sont que des ragots colportés par les chiliens. Il finira pourtant par être accusé formellement quelques années plus tard…
On descend vers Arequipa, survolant des étendues étonnamment désertiques. Dès qu’on touche le sol, alors que l’avion roule encore, je ressens une drôle de petite crampe au lobe frontal… Alors qu’on marche vers l’aéroport, un jeune français se moque allègrement de notre accent. Sa mère notera bien ma réplique ironique : « A mes oreilles, c’est vous qui avez un accent, mais je suis bien trop poli pour vous le dire ! » C’était dit en souriant, je ne m’en formalisais pas trop !
A la sortie de l’aérogare, spectacle classique, cérémonie immuable de tous les aéroports et gares de bus du Perú : un groupe de taxis bien trop nombreux attend les touristes bien trop rares. L’un d’eux, plus faraud, s’élance vers nous. Soit dit en passant, je développerai plus tard l'habitude de toujours refuser les farauds ( il y en a toujours !), de survoler le groupe du regard et d'en choisir un plus timide qui m'inspire confiance, de négocier le prix avec lui. Je dirais que ça m'a plutôt bien servi, et tout le monde a le droit de gagner sa vie, même ceux qui crient moins fort ! Bon, de retour à Arequipa, on négocie, on s’entend avec lui. En sortant, je vois un pays bien différent de la capitale : el sur ! Végétation plus rare, plus de palmiers, des charrettes tirées par des ânes. Le chauffeur de taxi nous offre un bon hotel. Je saurai plus tard : autre classique ! Il insiste juste assez, nous dit qu’on n’a qu’à décider après avoir visité. C’est bien placé, à quelques rues de la Plaza del Armas. On va y rester. On visite une agence pour organiser un tour au Cañon de Colca. La dame sort son cahier et commence à nous expliquer tous les détails du tour exceptionnel qu’elle offre… Ca ne va pas trop vite… Quand j’ose poser une question pour arriver enfin à la conclusion, elle s’impatiente sérieusement. Il faut ce qu’il faut et faire les choses comme il se doit ! Ben coudon !
On va souper ( diner pour nos cousins d’outre-Atlantique…) au deuxième étage ( au premier pour nos cousins ;-) ) d’un édifice bordant la Plaza del Armas. Je n’ai pas faim pendant que mon frère se goinfre. Des musiciens se présentent au restaurant, une espèce de terrasse ouverte sur la Plaza. Ils ne sont pas particulièrement bons. Ils viennent nous parler, demandent d’où on vient et prétendent connaître Montréal. Vérité ou mensonge, enfin c’est un autre classique. Je leur donne un peu d’argent, mais la main reste là, ce n’est pas assez. J’ai envie d’avoir la nausée, mais ils n'en sont pas vraiment la cause...
Nous visitons le monastère Santa Catalina, où le monsieur d’une soixantaine d’années qui occupe le guichet ne se souvient soudainement plus de la différence entre une pièce de 2 NS et une pièce de 5… Je me suis penché pour le regarder dans les yeux sans être arrogant. Il m’a joué une belle comedia del arte ! Cela dit, le monastère, c’était bien, même si on l’a fait sans guide. Nous avons aussi visité le Museo Santuarios Andinos, avec comme guide une étudiante universitaire parlant fort bien français. La vraie Juanita est au Japon pour restauration, on verra une réplique. La jeune femme est un peu mal à l’aise avec le concept de « sacrifice humain ». Elle insiste pour en limiter la portée, souligner que c’était exceptionnel. Enfin, j’ai préféré cette visite à celle du monastère, malgré tout. On est aussi allé dans un marché, c’est drôle, je dirais dans le coin de l’église San Francisco même si mon guide LP n’indique rien par là. Mais ce n'est pas important. On y achète ces tuques typiquement andine ( que je porte encore quand je vais patiner à l’extérieur ) et des vestons de laine rude ornées de motifs « Nazcaïens » Le mien est beige, celui de mon frère d’un rouge très voyant. On a vraiment l’air de clowns gringos, ou de « colons » comme on dit par chez-nous. Héhéhé. Le marché est à l’intérieur. A un moment une odeur incroyable m’attaque. Je réalise qu’il s’agit d’une femme portant apparemment de nombreux jupons…
Ce doit être le lendemain que je suis parti seul en marchant sur Santa Catalina vers le Puente Grau. Ca m’a rappelé ma toute petite enfance quand je me tenais à la limite de la cour de la maison n’osant pas explorer les environs, mais les observant avec curiosité. Je testais mes limites. Faut dire aussi que je me reposais pas mal sur mon frère qui en était à son second séjour en Amérique du sud et qui parlait bien mieux espagnol. Mais, mon frère était pas mal méfiant ce qui n'était pas pour me rassurer. D’un autre côté, avec notre différence d’âge on n’avaient jamais couru les bars ensemble et je suis un peu solitaire. J’ai besoin de mon espace vital, de sorte qu’on a bien vite établi un modus vivendi, allant souvent chacun de son côté explorant les villes pour se rejoindre aux repas. Alors, c’est ça, je teste mes limites, je recherche mon niveau de confort, attentif à l’attitude des gens. J’examine l’architecture, me passionne sur les petits détails du « comment ils vivent ». A un moment donné, près du pont, je recule devant un combi comble de gens qui s’éloigne du centre d’Arequipa. Le rabatteur-collecteur, bien accroché au cadre de la porte le tronc à l’extérieur me fait signe de monter en rigolant. J’éclate de rire en me disant que là j’ai atteint ma limite. Cette habitude d’errer dans les rues sans tenir compte des « must see » me restera pour mes voyages suivant. Ce seront souvent mes meilleurs souvenirs de voyage.

(Ce message a été modifié par LeDragon le 25 avril 2008 à 21:46.)

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LeDragon
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25 avril 2008 à 21:17

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Re: [LeDragon] Souvenirs du Perú [En réponse à] Répondre

Autre souvenir urbain, je cherche de la papeterie, je ne sais plus trop quoi. On entre dans un magasin près de la Plaza del Armas. Là j’ai une leçon des manières commerciales, ce qu’on appellerait à la maison de la bureaucratie. Je réussi à expliquer ce que je veux à une personne qui me remet un papier. Je ne comprend pas trop, mais on m’indique de me présenter à un comptoir où on me remet l’objet avec un nouveau papier que je présente au guichet pour payer. Je me demande même si une autre personne n’a pas vérifié mes achats à la sortie. D’aucun en appelleraient à la rationalisation. Mais, comme je l’apprendrai plus tard, le sous-emploi est énorme au Perú. Rationaliser pour laisser les gens mourir de faim, ça aurait vraiment du sens ?
Bon, on part pour le Cañon de Colca. Dans un Combi comme il se doit. On doit être une douzaine, je me souviens de 5 personnes en plus de nous deux. Faisant le tour des hotels pour récupérer chacun, on se retrouve bloqué par une procession religieuse. Des passagers, plus jeunes, sont ébahis. Moi, j’accuse mon âge : au début des années ’60 j’ai participé à de telles procession avec nos bougies aux abajours de carton et les Filles d’Isabelle et Chevaliers de Colomb portant haut leurs bannières.
En sortant d’Arequipa vers Chivay, je serai marqué. Avant d’atteindre une grande cimenterie il y a un village. Si je me souviens bien, d’abord un quartier muré avec quelques portes. Puis, des maisons misérables. Ce qui m’a le plus frappé c’est l’absence totale de végétation. Comment peut-on vivre dans un tel milieu ?
Bon, revenons à nos compagnons d’excursion. Je ne saurais dire si c’est là ou plus tard à Cuzco que je me suis fait une image de la « business » des agences de voyage offrant des tours. En effet, dans votre groupe les gens auront acheté leurs forfaits dans 3, 4, 5 agences différentes. Chacune ventant longuement l’exclusivité de leur prestation… Bon, faut bien que chacun gagne sa vie. Comme « los chinos » me dira notre rabatteur de Puno ( à venir…) ( Était-ce une allusion à « el chino » : Fujimori ? ). Enfin, j’en ai tiré deux conclusions : à quoi bon s’échiner à faire le tour des agences pour comparer les tours offerts au lieu de profiter du temps pour errer dans les rues ? Plus grave, quelle proportion du forfait reste à l’agence et quelle va aux gens qui travaillent vraiment pour vous : chauffeur, guide, porteur, pilote, etc ? Aux yeux de certains, le pourboire est une mauvaise habitude, mais au moins on sait que ça va à ceux qui nous ont rendu un vrai service.
Revenons aux compagnons du tour du Cañon. Deux jeunes anglaises étudiantes en dentisterie ( « Tais-toi ! » me dit mon frère…). Un jeune israélien avec qui je parlerai un peu au Cañon. C’est peut-être lui qui m’a expliqué cette tradition israélienne de voyager entre le service militaire et l’université. Bien réservé le jeune homme, Dieu sait ce qu’il avait vécu… Puis le couple italien. C’est avec eux que je parlerai le plus. Lui fort sympathique, avec un équipement photo exceptionnel. Il me racontera être allé au Kenya. Elle, jolie, mais surtout fort coquette. Elle me fera une réflexion qui secouera un vieux lieu commun. En effet, elle racontera une virée en bus qui l’a beaucoup éprouvée. A un moment, elle s’est retrouvée avec un péruvien endormi à ses pieds. Et elle ajoute : « Les péruviens tu sais, ça ne se lave pas ! » Immédiatement, je trouve le commentaire bien ironique. Combien d’humoristes québécois ais-je entendu dire : « Les italiens, ça ne se lave pas ! »? Ils faisaient même cette mauvaise farce voulant que les oiseaux tournent en rond au-dessus de Rome ayant une aile occupée à se boucher le nez… Faut dire que les italiens de Montréal sont venus de sud de la péninsule de ces régions très pauvres, plusieurs de la Calabre. Alors, c’est probablement simplement les pauvres qui ne se lavent pas autant que les riches…
Bon, le premier llama. Je saute sur ma caméra, sans avoir l’objectif de notre compagnon italien. Ca va me passer, bientôt il y en a partout. C’est peut-être durant ce trajet que je découvre l’indice indiscutable qu’on approche d’un village péruvien : il y a des « bolsas » dans les buissons, dont la densité augmente à mesure qu’on s’approche. C’est comme ça ! En chemin on arrête à un relais où traîne un alpagua aux oreilles décorées de bouts de laine. Quelqu’un l’a apporté là pour qu’on prenne des photos. C’est correct. Les combis se concentrent au relais où on mange un peu. Certains passagers ont un choc en allant aux toilettes, mais je peux m’y faire.
Ouais, la crampe cervicale empire un peu, on atteint un sommet où les touristes ont fait des inukshuks. Coudon, on est au sud ou au nord ? Eh non, c’est devenu une coutume des touristes dès qu’ils voient des pierres. Il suffit qu’un premier s’y mette pour que chacun tente de le surpasser. Amusant, mais peut-être pas très authentique.
On repart et là, ça ne va plus. J’ai la nausée comme si j’avais viré une brosse ( pour les cousins : je m’étais mitonné une cuite…). En descendant du combi à Chivay, je ne suis plus là, je ne vois plus rien, je ne suis peut-être plus sur la terre… Finalement je vomis appuyé à un mur ce qui me remet un peu. Je suis au Perú dans une rue où il n’y a plus personne, ni trace du combi ! Je retrouve le restaurant où le groupe est entré. J’entre et m’excuse au guide et à la tenancière d’avoir vomi sur sa maison. J’insiste sur ma grande honte alors qu’elle se demande de quoi je parle ! ETK… Bon je m’assoie au bout de la table et on me sert un potage verdâtre. Tout le groupe me regarde et je dis à mon frère, seul francophone du groupe, qui pouffe instantanément : « Je sais : je suis de la même couleur que le potage ! » On se rend à l’hotel de Chivay et je m’y allonge autour de midi. Je vais passer 14 heures sur ce lit… Mon frère quitte avec le groupe pour une excursion locale, un spectacle folklorique et un souper ( diner ;-) ). Je n’ai pas demandé de remboursement… Dans la pièce voisine le tenancier et son fils écoutent une TV avec le volume au maximum. Ils s’amusent ferme, semble-t-il en luttant ensemble et en tombant souvent lourdement contre la porte de ma chambre. C’est important de jouer avec son fils et je ne suis pas en état de protester n’arrivant même pas à m’asseoir sur le lit. Finalement le frèrot revient, soudainement un peu inquiet de mon état. Durant la nuit je serai réveillé par un tonitruant « tabarnak! »( damn, j’avais réussi à m’endormir ! ). « Quessé qui y’a ? » Son sac à dos flotte dans 5 cm d’eau ! Il va réveiller l’hotelier qui trouve que ça va pas trop mal. Si je me souviens bien, il n’y avait pas de démarcation pour la douche. D’où venait cette eau ? Fouillez-moi, croyez-vous vraiment que j’ai examiné attentivement ? Chose certaine, le bâtiment était tout neuf et peut-être que toute cette quincaillerie aquatique n’était qu’un sacrifie nécessaire aux attentes des touristes sans que le tenancier ait acquis les subtilités de l’entretien de la plomberie. Mais, malgré l’humeur de chien du frère, c’est pas grave : le lendemain matin je pète soudain le feu !
Soit dit en passant, ça en était une pas pire de crise de soroche. Était-il imprudent de me laisser seul ainsi ? De toute façon, à Chivay on était descendu de presque mille mètres vs le sommet du trajet. On avait donc pris la principale mesure en cas de soroche. Puis, je suis encore là pour le raconter ;-)



(Ce message a été modifié par LeDragon le 25 avril 2008 à 21:54.)


LeDragon
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25 avril 2008 à 23:51

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Re: [LeDragon] Souvenirs du Perú [En réponse à] Répondre

Alors, avant même que le soleil ne se lève, on quitte l'hotel pour le Cañon de Colca. Je me souviens assez peu des condors, même si j'en ai vu. Enfin, pas comme sur ces photos montrant un condor se posant sur un combi, mais j'en ai vu. Mais, ce n'est pas de ça que je me souviens le plus. C'est plutôt de ces paysans marchant sur la route. Paysans. Il semble que les péruviens concernés préfèrent le mot "campesinos" à "indigenos" jugé péjoratif. Alors, ils marchent les paysans. Certains avec comme seul outil un "crow bar" ( barre d'acier droite ). Que vont-ils donc faire avec ça ? Où donc ? D'autres vont portés par un âne biblique tenant devant eux une grosse meule de foin. Où donc ? Ce sont eux qui ont labouré ces minuscules parcelles dans les pentes? 15 mètres sur 50. Peut-être un peu plus, ou un peu moins. Enfin, des parcelles minuscules. J'ai essayé de connaître le mode de tenure de la région, et n'ai pas bien compris. Ou j'ai oublié. A un moment, voyant une maison toute isolée dans un secteur plutôt désertique ( ce devait être avant Chivay, déja nauséeux...), j'ai demandé au guide de quoi ils vivaient. De la culture de la pomme de terre ? Non, c'est beaucoup trop froid à cette altitude. Mais, alors de quoi ? Ils gardent quelques llamas et échangent laine et viande pour d'autres nécessités. Leurs enfants resteront-ils là ? Ca, je ne l'ai pas demandé, j'y ai seulement songé ensuite. Comme je me suis dit ensuite qu'il ne fallait peut-être pas se demander pourquoi les péruviens vont se perdre dans les bidonvilles entourant les grandes villes. Comment rester dans ces maisons sans fenêtres conséquentes et sans cheminées ? Sur la route vers le cañon, j'ai vu ce qui ressemblait à des troncs calcinés. C'étaient peut-être des tas de branches ou des buissons roulés. Le guide m'a dit que les pasteurs devaient bien se réchauffer la nuit. Ca a du sens : le matin on peut voir des plaques de glace le long de la route. Ca implique qu'au cours de la nuit la température descend bien sous zéro... Je n'ai pas tout compris, j'en ai surtout gardé de vagues questions...

En bordure du site où on attend que les condors montent de la vallée, des femmes, campesinas, attendent les touristes pour leur vendre des souvenirs. Sous leurs vêtements ethniques, des espadrilles occidentales. Et où ont-elles appris les chiffres en anglais ? Débrouillardes les dames. Dans le même coin, moi et mon frère on s'échange un commentaire bien macho : "Les femmes puis la guenille !" C'est sans méchanceté, comme on pourrait dire : "Les hommes puis les bazous !" C'est que les campesinas offrent aux touristes de les vêtir de robes du pays pour se faire photographier. Les touristes sont bien contentes. Tant mieux pour elles. D'où : "les femmes puis les guenilles !", d'un air entendu...

Bon, on est revenu à Arequipa où une jeune québécoise repère vite notre accent quand on parle ensemble au café internet. Elle tousse comme ça ne se peut pas. Je lirai plus tard que ça arrive souvent en altitude où l'air est plus sec. Elle me raconte une sale histoire. Elle revient de Cuzco où certains de ses amis se sont fait attaquer. Le vol, ça va toujours, mais de se faire étrangler avant comme incitatif à collaborer ! En insistant un peu, j'apprend qu'ils avaient pris une bière ou deux et marchaient dans Cuzco à 2 ou 3 heures du matin. Après avoir vu les rues sombres de la ville bordées de murs de pierres, je me dit que c'était pour le moins imprudent. Je rentre à l'hotel après mon frère. Cibole qu'il est nerveux : il a failli me sauter à la gorge quand je l'ai réveillé en entrant !
On part très tôt pour l'aéroport. L'hotelier s'assure qu'on est bien réveillés à l'heure prévue et nous appelle un taxi. Si je me souviens bien, on est à l'hostal Santa Catalina. La terrasse sur le toit est sympathique, même si j'ai du la quitter vite vu l'heure de notre départ. Le taxi arrive et l'hotelier nous accompagne dehors. Il a l'air très nerveux et nous pousse à l'intérieur du taxi l'air de vouloir qu'on déguerpisse au plus vite. Hum...je ne sais pas si c'est parce qu'on a entendu crier dans la rue pendant toute la nuit... On s'élance, enfin, à environ 30 km/hre. Même moi, bien choqué, je crois que je pourrais ratrapper le taxi en courant. J'espère que le quartier est plus sur que ce que j'ai lu sur le visage de l'hotelier... On vient juste de partir que le chauffeur se tourne vers nous. Quoi ? Il veut qu'on paie tout de suite parce qu'il doit faire le plein ! Ben coudon ! Voila qu'il s'arrête devant une maison où il y a une pompe à essence. Il frappe à la porte et réveille le propriétaire qui a l'air bien heureux de lui rendre service. On repart à grande vitesse, probablement 40 km/hre... En arrivant à l'aéroport le soleil se lève et illumine un superbe Misti.
Là, je sais quel type d'avion nous amène à Cuzco : un Fokker28. D'après les listes qu'on peut consulter sur le web, ce n'est pas celui que Tans perdra 4 ou 5 ans plus tard. Mais, il est probable que c'était un appareil de plus de 30 ans. On part, on monte, on ne sortira jamais des nuages et on connaîtra à peu près tous les mouvements qu'un avion peut faire. Rien de grande ampleur, pas de poches d'air, mais une vibration continue agrémentée de variations de directions. De l'autre côté de l'allée, la dame est verte. C'est de ça que j'avais l'air à Chivay ?
Bon, en redescendant, on passe sous les nuages. Des eucaliptus éparts sur des collines vertes. Une vallée. Cuzco dont j'ai complètement oublié l'aéroport.


(Ce message a été modifié par LeDragon le 26 avril 2008 à 0:00.)

 
 

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