
Zitoune
Cajamarca, Pérou
Photo/image personnelle du membre Zitoune.
Description de la photo/image: Voyageur au-dessus de la mer de nuages - Caspar David Friedrich
11 décembre 2007 à 20:51
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Bonjour, Sans rentrer dans les extrêmes, ton discours me gêne. Comme disait de Clercy, la cloche à fromage n'est pas la bonne option. J'ai une petite expérience sur plusieurs années de travail avec des peuples d'Amazonie et des Andes. Je ne m'exprimerai donc pas sur les autres sujets que je ne connais qu'au travers de lectures et, en ce domaine, l’expérience est souvent nécessaire...Sinon, la vision est forcément biaisée, pleine de clichés et soumise aux jeux d'influences et de manipulations dans lesquels excellent les deux parties (natifs et occidentaux). Donc, pour revenir au sujet : Les populations natives en ont marre de vivre à la périphérie du monde moderne. Elles veulent aussi en avoir l'usage tout en gardant le contrôle sur ce qui "rentre" et ce qui "sort" de leur territoire. J'ai eu l'occasion d'assister à des conseils d'apus (chef de tribus) amazoniens où ce type de sujet était traité. D'ailleurs, même si ce n'était pas ce thème le sujet, il l'est vite devenu car c'est indissociable du développement. La division est toujours grande. L'assemblée ce scinde en trois, les pour, les contres et ceux qui se font (ou font semblant) désirer ou attendent de se faire convaincre ; autrement dit, les silencieux. Souvent les plus manipulateurs. Généralement, les chefs (les organisations indigènes se composent de l'ensemble des apus des communautés titulaires d'un territoire donné, ces derniers élisent des chefs pour les représenter, se sont les autorités maximales) sont pour un contact et commerce pensé avec le monde occidental. Le postulat est simple et juste : si l'on s'oppose catégoriquement, le monde moderne entrera en force et nous perdrons tout. Si l'on autorise son entrée, alors on négocie des avantages, des retombés et un contrôle. Nous gardons la possibilité de nous autodéterminer et le contrôle de notre territoire. L'autre partie refuse toutes négociations et préconise la fermeture totale. Ce qui est, selon moi, une erreur. Tout simplement parce qu'ils ne font pas le poids. D'un côté, des arcs, des flèches, des lances, des sarbacanes et quelques pétoires à un ou deux coups, de l'autre, des hommes armés plus conséquemment, mandatés pour ne pas faire dans la dentelle. Dans certains coins, c'est le plus armé qui est écouté et qui obtient, généralement, ce qu'il désire. Les négociations marchent souvent à l'intimidation. On remarque aussi que ceux qui sont nommés autorités maximales le sont parce qu'ils ont, généralement, un minimum d'étude. Dans un moindre cas, parce qu'ils ont un passé de combattant de l'identité ayant fait ses preuves. De même, ils sont parfois d'une grande sagesse et connaissent parfaitement l'histoire de leur peuple ce qui est aussi une forme d'éducation. Bref, les autorités maximales sont souvent pour le contact avec le monde extérieur. Or, elles sont nommées pour les critères mentionnés ci-dessus, mais leur décision sur un tel sujet est rarement acceptée. C'est paradoxal et peut s'expliquer facilement : ils fonctionnent sur un système d'élections avec attribution des responsabilités à celui obtenant la majorité. Or, c'est appliqué un système démocratique à des peuples qui ont souvent fonctionné sur des unités familiales indépendantes. Jusqu’à peu, le chef, s'était le chef de famille. De fait, ça ne marche pas vraiment bien. De plus, sur de tels sujets, des alliances souterraines sont réalisées, généralement pour satisfaire des profits personnels, et il est difficile de savoir exactement qui pense quoi. Là, on se rend compte que tout est manipulé d'avance, et pas par les natifs. Dans un premier temps, les sectes. Adventistes, protestantes, les témoins de Jéhovah et autres mormons sont généralement envoyés par les compagnies minières et pétrolières pour abrutir, calmer les ardeurs et faire de valeureux guerriers de gentils moutons. Un autre point, les ONG (pas toutes bien sûr). Nombreuses sont celles qui appartiennent à de grandes boîtes minières ou pétrolières. Le statut d'ONG leur permet d'entrer sur les territoires en éveillant un minimum les soupçons. Or, bon nombre travaille souvent en amont pour préparer le terrain. Je n’aborde même pas le côté politisé des grandes ONG… Autre facteur, l'Etat. Au Pérou, par exemple, un ami géologue s'est amusé à mettre en relation les parcs nationaux/réserves et les gisements de pétrole. Cela correspond à merveille : un parc national/une réserve, un gisement ou vice versa. Tout est déjà « concessioné » et peu le savent; encore moins les natifs. Un autre cas, à part, est celui du narcotrafic. Comment les narcos agissaient tranquillement dans ces territoires alors qu'il est extrêmement difficile d'y rentrer et d'y mener des activités X ou Y ? La réponse est simple : l'argent. Le bon sauvage n'existe plus et les natifs ont vite compris l'attrait de l'argent. Ceux qui étaient réticents ont disparu. S'imposer par l'argent et les armes, et entretenir les relations par la manipulation, l'argent et l'intimidation. Bref, on voit facilement que le monde actuel, dans ses pires travers, est déjà bien en place et que la question n’est pas de se demander s’il faut le laisser rentrer, mais plutôt d’essayer de voir et de trouver les solutions pour minimiser ses dégâts. De même, les raisonnements pas contre-exemples (oui mais moi je connais telle sociétés qui veut vivre coupée du monde, oui mais moi j’en connais une qui veut vivre dans le monde actuel, etc…) sont très peu appropriés. On trouve toujours l’un et son contraire. C’est assez stérile comme démarche. Mettre une cloche à fromage ne fera qu'entraîner irrémédiablement ces sociétés vers une mort certaine déjà bien entamée. Et laissera libre champ aux abus en tout genre (esclavage, pollution, ...) puisque ces entreprises (au sens d'entreprendre) pourront exercer sans aucun contrôle extérieur. A l'inverse, si les natifs s'organisent, se mettent d'accord (chose difficile comme expliqué précédemment) et gèrent officiellement avec l'appui d'organisations sérieuses ce qui "rentre" et ce "qui "sort" de leur territoire alors, ils pourront sauvegarder le peu qu'il leur reste et, pourquoi pas, affirmer aussi leur identité dans un monde moderne. C’est loin d'être infaisable. Pour exemple, les Shipibo-Conibo (Ucayali-Pérou) qui, grâce au tourisme, ont pu affirmer et développer leur culture. Notamment par le biais de l’artisanat qui a relancé les traditions céramiques et textiles. Cette présence touristique a aussi eu pour effet de repousser les narco plus profond dans la forêt et d'obliger les entreprises pétrolières à exercer un contrôle plus strict de leurs moyens d'exploitation. Quand on parle des ces peuples, le sujet est trop sérieux pour plonger dans les clichés rétrogrades, les livres de photographes et autres désirs égoïstes du type « musée en plein air ». Le monde moderne existe, il est présent, on ne l'éliminera pas. L’écart entre ses composantes, ses réalités, et les images d’Epinal est abyssal. Pour tenter d’améliorer la condition de ces peuples, il faut avant tout accepter le monde actuel et jongler avec ses rouages ; et non pas s’y opposer. ------- El Chachapoyano
(Ce message a été modifié par Zitoune le 11 décembre 2007 à 21:37.)
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