
yangguizi
Shanghai, Chine
Photo/image personnelle du membre yangguizi.
Description de la photo/image: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)
22 mai 2007 à 7:56
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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan
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23. La jolie fourbe Après avoir pris congé des stylistes, je suis sorti de la medersa largement après la tombée de la nuit et ai rejoint la grand' place, où m'attendait une jolie étudiante qui m'avait fait promettre de la retrouver après le spectacle, pour que nous discutions un peu en anglais. Moi, forcément, comme je ne refuse jamais une occasion de discuter en anglais dans ce pays où ce n'est pas si facile que ça, j'avais consenti à ce petit sacrifice à la bonne tenue des relations franco-ouzbèkes. Accompagnée de sa petite soeur, Fatima (ce n'est pas son vrai nom) me proposait d'aller nous balader dans la ville moderne de Boukhara, ce qui était une très bonne idée puisque je n'avais pas encore eu le temps d'aller l'explorer. La ville était évidemment quasi morte à cette heure déjà avancée, mais de toute façon l'intérêt de pouvoir enfin discuter dans un anglais un peu plus soutenu que d'habitude, sans véritable barrière linguistique était largement supérieur aux hypothétiques merveilles que je ne supposais même pas découvrir en chemin. Cette fille avait l'énorme défaut d'être élève-guide, ce qui expliquait son niveau d'anglais correct et son besoin de montrer la ville à des étrangers, mais nous nous sommes bien mis d'accord sur le fait que notre relation serait d'ordre strictement amical et qu'il était hors de question de déborder sur le plan professionnel. Fatima m'expliquait qu'elle n'était pas pressée de se marier, car dans un pays conservateur comme l'Ouzbékistan, il était probable que son mari, une fois qu'elle l'aurait choisi, ne l'autorise pas à continuer à faire ce métier et à fréquenter des étrangers après leur mariage. Comme nous avons discuté un bon moment et que le contact est plutôt bien passé, Fatima me proposa de venir manger dans sa famille le lendemain à midi, une proposition que j'ai naturellement acceptée, commençant à bien apprécier la légendaire hospitalité ouzbèke. Mais avant cela, elle suggérait que nous allions d'abord prendre le thé chez elle pour que je vois d'abord sa mère. Je regardais ma montre: le sacre de Sarkozy en direct à la télévision était pour une heure et demie plus tard, et je pouvais donc me permettre cet ultime contretemps. Sa famille habitait dans le coeur historique de Boukhara, et j'étais plutôt content de découvrir l'intérieur d'une de ces maisons simples comme il en existe encore beaucoup dans ce quartier un peu excentré par rapport aux monuments principaux. Cette petite maison n'était pas sans me rappeler celle de Fazli à Samarcande, la sobriété de l'ameublement étant largement compensée par l'abondance de tapis dans la pièce principale. Ici aussi, une armoire et une télévision avec lecteur de DVD occupaient quelques pourcents de l'espace de cette pièce. Décelant ma curiosité pour la musique ouzbèke, Fatima se proposait de m'aider à acheter quelques CD le lendemain. Une belle aubaine pour moi! Par interprète interposé, sa mère tenait à s'enquérir de mes préférences alimentaires, me faisant répondre que je n'étais pas difficile et que quelque chose de très simple serait idéal pour ma ligne. Bref, encore un bel exemple de cette irréprochable hospitalité dont je me réjouissais à l'avance de profiter le lendemain. Mais l'heure tournait, et je ne voulais pas abuser du temps de mes hôtes, et encore moins rater le début de la soirée spéciale sur TV5. J'ai proposé de prendre congé, et Fatima de me raccompagner vers la rue principale. A peine dehors, elle passa à la deuxième phase de son plan sans doute bien rodé. Elle éveilla tout de même mes soupçons avant l'heure en me proposant de me vendre pour une somme astronomique le DVD qu'elle m'avait montré chez elle. Je ne pouvais pas croire qu'un tel prix, égal voire supérieur à ce qui peut se pratiquer en France, puisse uniquement couvrir ses frais. Manifestement, sa formation de guide - à supposer qu'elle soit réelle - lui avait appris autre chose qu'à instruire les touristes et à communiquer en langue étrangère avec eux. J'ai donc poliment décliné sa proposition, étonné quand même de cette étrange manoeuvre. Puis, au moment de se dire au revoir et à demain, elle se lança à l'eau: - pourrais-tu me donner quelque chose pour demain? - comment ça? - oui tu sais, pour le marché, pour faire à manger, il faudrait payer (cela m'a étonné, mais après tout, dans d'autres pays ça ne choquerait pas vraiment) - je comprends oui, pas de problème. Combien te faudrait-il? - combien tu veux donner? - je n'en ai aucune idée, je ne connais pas les prix locaux. - mais dis-moi quand même un prix. - et bien quand je vais au restaurant, je paie en général entre **** et **** sums, mais comme c'est un prix pour étrangers, je suppose que ça doit être moins cher en achetant sur les marchés. - ah bon? En fait il faudrait que tu me donnes ***** sums (une somme bien plus importante) - comment ça? Mais c'est beaucoup plus cher qu'au restaurant. - oui mais tu dois inviter toute ma famille, c'est pour ça que c'est plus. - ah? - mais tu n'auras rien à payer pour la visite de la ville que je peux te faire. - mouais - as-tu compris? - je crois que j'ai parfaitement compris oui (une phrase dont elle n'a pas dû saisir le degré) Bon, il s'agissait bel et bien d'une arnaque superbement ficelée, tellement bien même qu'il m'était très difficile de faire marche arrière, car cela faisait déjà deux ou trois heures que je croyais avoir discuté en toute amitié. Et c'est ainsi qu'après avoir victorieusement évité une ou deux centaines de fois ce genre d'arnaque en Chine, je me faisais avoir en toute beauté en Ouzbékistan et ai dit ok, tout en gromelant intérieurement. Nous nous sommes donc retrouvés le lendemain pour déjeuner, et en dégustant le repas, très bon mais plutôt simple, je n'ai pas pu m'empêcher d'admirer la superbe plus value qu'avait ainsi réalisée la jeune fille. Mais comme cela ne lui suffisait toujours pas, elle insistait pour me faire acheter des DVD ou VCD à des prix exorbitants, ce à quoi j'ai dû finir par répondre que je ne vois pas pourquoi je devrais dépenser autant pour de la musique moche, alors que je peux certainement trouver la même en Chine pour quasiment gratuit. Merci à toi, chère Chine, de m'avoir permis une fois encore d'opposer l'argument massue du pays le moins cher au monde, et qui m'a facilement tiré des griffes de nombreux vendeurs collants dans de nombreux pays au monde. Devant cet échec, elle a voulu se refaire en tentant une nouvelle fois de m'extorquer quelques billets pour me faire entrer dans des medersas soi-disant confidentielles, non sans une fois encore réaliser un petit bénéfice. C'en était trop et j'étais sur le point de mettre ma politesse de côté, quand elle a compris que j'avais parfaitement compris son manège et que je voulais dorénavant me débarrasser d'elle. - es-tu fâché contre moi? - le devrais-je? - bon alors au revoir? - oui oui, au revoir Je l'ai recroisée un ou deux jours plus tard par hasard, nous nous sommes adressés quelques politesses et elle en a bien entendu profité pour me recommander un restaurant où sa soeur venait de commencer à travailler. Pour le coup, j'ai décidé de me passer de dîner ce soir-là, afin d'être sûr de ne pas me tromper de restaurant en voulant aller ailleurs.
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