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yangguizi
Shanghai, Chine

Photo/image personnelle du membre yangguizi.

Description de la photo/image: Une vue plongeante du lac volcanique Tianchi, du sommet du Mont Paektu (frontière entre la Chine et la Corée du Nord)


25 mai 2007 à 22:08

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

33. Les mariés de Nukus

Bien plus que la place de l'indépendance, son monument en forme de globe et ses palais administratifs rutilants, c'est le miniscule parc de la statue Ulug Beg qui semblait attirer les rares promeneurs de cette fin d'après-midi. Tandis qu'Anvar et moi devisions sur nos noms respectifs, deux couples de jeunes mariés se faisaient prendre en photo non loin de nous, accompagnés de leurs amis et familles respectifs. Les deux couples n'avaient pas l'air de se connaître, ou du moins d'être proches, car les deux groupes étaient imperméables les uns aux autres. Deux cortèges de voitures couvertes de fleurs et d'incroyables décorations les plus kitchs - comme des animaux en peluche fixés sur les pare-chocs avant de l'une d'entre elle - étaient stationnées non loin de la statue, tandis que leurs occupants semblaient prendre un temps interminable pour les regagner. Fait amusant, d'après ce que j'ai compris de l'appel d'un de ses amis, l'un des mariés s'appelait Azamat (oui oui, comme le collègue obèse de Borat dans le film).

En fait, j'avais vu des jeunes mariés se faisant prendre en photo un peu partout dans le pays: nécropole de Chor Bakr à Boukhara, vieille ville de Khiva, statue d'Amir Temur à Shahrizabz, etc... Soit le nombre de mariages chaque année pour 100.000 habitants était l'un des plus élevés du Monde, soit il était écrit dans les étoiles que j'en croiserais constamment sur ma route. Et à Nukus, je n'ai effectivement pas arrêté de les croiser! Un peu plus tard, tandis qu'il était temps de dîner, je me suis mis à la recherche d'un restaurant que des français rencontrés à Khiva m'avaient chaudement recommandé. Un restaurant russe, pour changer. Grâce à sa position centrale toute proche de mon hôtel, je n'ai effectivement eu aucun mal à le trouver mais la foule agglutinée à l'entrée me découragea de tenter ma chance: l'un des couples de jeunes mariés était là, et leur suite avait considérablement enflé depuis la séance de photos. Tandis que quelques proches de ce couple esquissèrent un léger sourire en me voyant arriver et en percevant mon rictus de déception, je décidais de remettre mon dîner à plus tard. Un nouveau petit tour de ville plus tard, et je retentais ma chance: les environs du restaurant étaient cette fois désert, et j'allais tenter ma chance à l'étage. Le vacarme que j'entendis en montant les escaliers n'annonçait rien de bon: ils étaient là, tous, bien résolus à ne laisser aucune table de libre. De toute manière, le personnel du restaurant me fit rapidement comprendre qu'ils ne pourraient rien pour moi aujourd'hui, et me suggérèrent de tenter ma chance dans leur lugubre annexe du rez-de-chaussée tenant lieu de bar, ce que je fis. Mon dîner avalé, il ne restait plus grand chose à faire en ville ce soir-là, bien qu'il fasse encore jour (Nukus est située bien plus à l'ouest que Samarcande ou Boukhara et il y fait jour plus tard). Je décidais donc de rentrer dans mon sinistre hôtel pour bouquiner un peu, une mission quasiment impossible étant donné le brouhaha qui s'élevait du bâtiment situé juste en face de ma chambre. Mais qu'était-ce donc? Un bar bien animé ou une salle des fêtes? J'ai refermé mon livre et suis allé voir. Il s'agissait effectivement d'une salle des fêtes occupée par, ô surprise, l'autre couple de jeunes mariés du parc et leur suite d'une centaine de personnes. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tout le monde hurlait, buvait et dansait au rythme d'une musique moderne et hideuse, tandis qu'une danseuse en tenue traditionnelle se tenait au milieu de la piste, tentant d'effectuer quelques mouvements harmonieux au milieu de ce capharnaüm. Je n'étais apparemment pas à ma place ici non plus, et ai à nouveau rejoint ma chambre pour tenter de prendre une douche. Etant donné qu'il n'existe pas 36.000 hôtels à Nukus, je préfère éviter de décrire l'état de la pièce d'eau de ma chambre afin d'éviter tout risque de procès en diffamation. Finalement, comme me l'avait promis la charmante réceptionniste de l'hôtel, le vacarme s'arrêta net à 23 heures, et j'ai pu regarder une émission russe consacrée aux accidents et catastrophes les plus spectaculaires.

Il est amusant de voir à quel point certains événements peuvent se répéter d'un jour sur l'autre car le lendemain soir, j'ai eu exactement les mêmes expériences aux mêmes endroits (excepté la statue d'Ulug Beg car je redoutais d'y croiser Anvar). Le restaurant russe était toujours plein à craquer et la salle des fêtes toujours animée, les mêmes couples ayant pris possession des lieux (à moins qu'ils n'aient interverti les lieux de leurs festivités, je n'ai pas fait attention). Il est vrai que nous parlons là d'un samedi soir et d'un dimanche soir, mais les karakalpaks m'ont donné une impression bien festive.

(Ce message a été modifié par yangguizi le 27 mai 2007 à 3:10.)

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yangguizi
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25 mai 2007 à 23:47

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

34. La famille du pêcheur

Pour bien comprendre l'histoire d'Alik et de sa famille, un petit cours de géographie s'impose, que je vais m'efforcer de rendre le moins fastidieux possible.

Il existait il n'y a pas si longtemps au coeur de l'Asie Centrale une vaste étendue d'eau, le quatrième lac du monde par sa superficie, bien connu dans le Monde entier sous le nom de Mer d'Aral. La Mer d'Aral, on ne peut pas la rater quand on regarde une carte du monde. Improbable étendue d'eau au milieu du désert, sa situation surprenante ne pouvait qu'exciter l'imagination. Pourquoi en parler au passé? Parce que la mer d'Aral est mourante, triplement mourante. Certes, elle n'a perdu en quarante ans "que" la moitié de sa superficie, et il lui reste encore de l'eau, mais le processus d'assèchement semble inexorable et les plus optimistes des experts semblent avoir perdu espoir de la voir reconquérir son lit d'origine. Mourante aussi car presque toutes les espèces de poissons qui l'habitaient, nourrissant une large population dans la région, se sont éteintes, à l'exception de deux particulièrement résistantes. Mourante enfin car la vie humaine et animale qui entourait cette étendue d'eau salée a payé un très lourd tribut à cette catastrophe écologique. La plupart des espèces animales d'origine se sont éteintes ou enfui, tandis qu'une population humaine réduite au minimum survit tant bien que mal dans cette contrée devenue particulièrement inhospitalière.

Que s'est-il donc passé? Dans les années 60, les planificateurs soviétiques ont décidé de faire de la République Soviétique d'Ouzbékistan un des principaux producteurs mondiaux de coton et de multiplier les surfaces cultivées dans le pays. Jusque là, tout va bien. Le problème, c'est que la culture du coton est très gourmande en eau et qu'il a bien fallu irriguer toutes ces terres. Et en Asie Centrale, l'eau se trouve surtout dans les fleuves Amou Daria et Syr Daria, les seuls à alimenter la Mer d'Aral. L'eau utilisée pour le coton n'arrive par conséquent plus jusqu'à la Mer d'Aral, et l'alimentation de cette dernière se fait donc à un rythme inférieur à son évaporation, impliquant un assèchement inexorable. Les planificateurs soviétiques l'avaient prévu, mais avaient considéré que le jeu en valait la chandelle. Il y eut bien sûr des tentatives de sauver la Mer d'Aral, notamment après l'indépendance des républiques d'Asie Centrale, mais les rivalités et le manque d'argent ont empêché tout résultat substantiel. Le Kazakhstan a fait le pari de restaurer une "Petite Mer d'Aral" alimentée par le fleuve Syr Daria - en fait un lac minuscule -, en la coupant de la "Grande Mer d'Aral" essentiellement située en Ouzbékistan, provoquant l'ire de ce dernier. La survie de la Grande Mer d'Aral en tant qu'étendue d'eau même réduite n'a aujourd'hui rien de certain. Les dégâts semblent de toute façon irréversibles puisque la Mer d'Aral a cédé 150 kilomètres au désert sur ses flancs sud et est, notamment dans la région du port de pêche de Moynak, aujourd'hui située en zone semi-aride, non loin de ce qui fut le fertile delta de l'Amou Daria.

Etait-ce par voyeurisme ou par simple curiosité que je voulais voir cela? Toujours est-il que je m'en serais voulu de ne pas aller à Moynak, bien que l'on m'ait dit qu'il était absolument impossible de rejoindre le rivage actuel de la mer: absence de pistes, zones marécageuses, dangereux animaux sauvages étaient autant d'obstacles que l'on a opposé en ricanant à ma demande naïve. Soit, je me contenterais donc de Moynak et de ses cimetières de bateaux. Eloignée de Nukus de plus de 200 kilomètres, Moynak a nécessité que je loue seul un taxi à la journée, n'ayant trouvé personne pour le partager et le trajet en bus étant des plus incertains. Le lendemain de mon arrivée, je suis donc monté à bord et nous avons foncé vers le nord. Le chauffeur aurait bien voulu embarquer d'autres passagers pour se faire plus d'argent, mais il fit semblant de ne pas comprendre mon refus de payer pour tout le monde et mon souhait de diviser les coûts. Nous sommes donc partis seuls. Finalement, tandis que nous sortions des régions encore fertiles pour aborder une zone semi-désertique, j'ai accepté que nous prenions en stop trois personnes âgées se rendant d'un coin de désert à un autre coin de désert. Puis un peu plus loin, c'est un moustachu d'une cinquantaine d'années et ses deux enfants que nous avons pris à bord jusqu'à Moynak.

L'un de ses fils, Alik, la vingtaine et étudiant en sciences politiques, parlait un peu anglais, ce qui allait me permettre de comprendre la raison de leur voyage. Le moustachu était né à côté de Moynak et avait quitté la ville en 1967 tandis que la mer commençait à reculer. C'était le fils du capitaine d'un chalutier que la désertification menaçait de priver de travail. Cette famille était kazakh, comme une bonne partie de la population de la région, et fit le choix de s'installer dans la région de Nukus, chez les karakalpaks, dans l'espoir de jours meilleurs qu'ils ont sans doute trouvés. Le fils du capitaine n'était jamais revenu à Moynak en l'espace de 40 ans, mais il voulait montrer à ses fils d'où ils venaient, et quelle était l'histoire de leur famille. Toute la famille s'était mise sur son 31 pour l'occasion, le vieil homme au béret noir faisant preuve d'un extraordinaire stoïcisme en ces circonstances qui devaient être exceptionnelles pour lui. Mais aucune trace d'émotion ne ressortait de son regard digne et de son sourire bienveillant. Ses deux fils en revanche, Alik et Gengis (comme le Khan mais en moins violent), étaient beaucoup plus excités à l'idée de retrouver leurs racines. C'était décidé, c'est ensemble que nous allions faire ce pélerinage. Après quelques visites de courtoisie, Gengis et son père allèrent s'installer chez des amis de la famille, tandis qu'Alik et moi rêvions de voir les bateaux et sommes partis à leur découverte.

Le chauffeur nous a déposé sur ce qui était autrefois le bord de mer, à partir duquel un paysage désolé de buissons et de sable s'étendait désormais jusqu'à l'horizon. Les bateaux rouillés n'étaient pas loin et nous avons marché dans leur direction. Zigzaguant entre les buissons et les nuées d'insectes qui avaient pris possession des lieux, nous les avons enfin rejoints. L'émotion était très forte tandis qu'Alik se demandait lequel son grand-père avait eu l'honneur de faire naviguer. Barges à fond plat, petits bateaux ou navires de plus grande taille, le choix ne manquait pas. Le désert avait commencé à avaler plusieurs de ces navires, certains d'entre eux n'étant plus visibles que par des bouts de métal informes dépassant péniblement au-dessus du sol. La plupart cependant étaient encore visibles en entier, posés au milieu du désert comme si la mer n'avait jamais été là, ou n'était jamais partie. Tous rouillés et en piteux état, certains avaient été désossés et n'étaient plus que des squelettes de métal dont on se demandait comment ils pouvaient encore tenir debout. Alik voulait monter à bord, ce qui n'était pas toujours aisé car ils pouvaient être assez haut et il n'y avait aucune échelle pour y accéder, mais nous avons quand même réussi.

Un peu plus loin, nous sommes tombés en admiration devant le plus gros et le plus beau de tous, un énorme chalutier dont la coque encore entière révélait une partie de la peinture blanche d'origine, bien que son nom ait été effacé. Pour Alik, c'était clair, cela ne pouvait être que le bateau de son grand père. Il se hissa à bord le premier, me tendant la main pour que je le rejoigne. Après avoir fait le tour du pont principal, devinant les fûts à poissons dans ses entrailles désormais en partie visibles, nous avons escaladé les ponts supérieurs pour en atteindre le sommet et ce qui fut sans doute le poste de pilotage du capitaine. Alik était très ému, tandis qu'il mimait d'amples mouvements sur la barre qui avait disparu depuis longtemps. Et soudain, Alik poussa un cri:

- regarde là-bas, de l'eau, de l'eau!
- mais oui, tu as raison!
- la Mer d'Aral est revenue, la Mer d'Aral est là-bas!, dit-il les larmes aux yeux
- je suis désolé, mais je ne crois pas que ce soit ça (cette étendue d'eau était trop petite et trop proche pour être la Mer d'Aral, c'était en fait le lac artificiel qui avait été reconstitué à l'entrée de Moynak)
- ne dis pas ça, je le sais bien, mais mon coeur me dit que c'est la Mer d'Aral

J'avais fait une belle gaffe, mais je pouvais encore la rattrapper:
- oui tu as raison, j'ai mal vu, ça ressemble vraiment beaucoup à la Mer d'Aral.

Il était silencieux, ne pouvant apparemment pas retenir quelques larmes, ce en quoi je l'ai rapidement imité. J'ai fini par lui crier:

- capitaine, à babord toutes, cap sur le large!
- ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, regarde les mouettes, elles vont nous accompagner!

Et ce jour-là, la Mer d'Aral ressuscita dans le coeur de deux pèlerins égarés, tandis que pour la première fois depuis fort longtemps, quelques larmes d'eau salée mouillèrent ce majestueux chalutier. Le petit-fils du capitaine se tint un bon moment à la barre tandis que je m'évertuais à faire revivre la salle des machines et que nous avions l'impression de quitter le port.

Puis ce fut le moment de faire nos adieux émus à ce cimetière de bateaux, qui finirait sans doute un jour par disparaître lui aussi, comme la mer qui en était autrefois la raison d'être. Tandis que nous nous promenions sur le fond de la mer, traversant les anciens chenaux que la population avait dû creuser en catastrophe lorsque la mer commençait à se retirer mais sans savoir qu'elle était condamnée, nous avons fait la chasse aux coquillages qui jonchaient le sol. Alik m'offrit les siens et je lui rendis la pareille, pour que nous en fassions don pour témoignage à nos copines respectives. Il devait y en avoir des millions de ces petits coquillages, comme si nous étions à marée basse, une marée basse qui durerait en fait pour l'éternité jusqu'à ce que des millions d'années plus tard ces coquillages se transforment en fossiles.

(Ce message a été modifié par yangguizi le 26 mai 2007 à 0:24.)


yangguizi
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26 mai 2007 à 23:10

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

35. Les survivants de la Mer d'Aral

C'est une ville fantôme, abandonnée, triste et mourante que je m'attendais à voir à Moynak, cet ancien port de pêche déserté par la majorité de sa population, comme la famille d'Alik. Et pourtant, ce qui m'a le plus frappé tandis que nous avancions péniblement sur la piste qui relie Moynak à d'autres anciens petits villages de pêcheurs, c'était la quantité de camions qui portaient des matériaux de construction vers des chantiers bel et bien en activité. Sur la "route", de nouvelles maisons, une nouvelle école, et d'autres signes extérieurs de vitalité dont je ne me serais jamais douté, étant donné les témoignages apocalyptiques qu'on peut lire partout.

Les histoires les plus terribles concernant la région, et qui ne sont sans doute pas des légendes urbaines, sont celles attribuant de graves maladies et un taux de mortalité infantile effrayant à cette population sinistrée. Il y a de nombreuses raisons à cela, l'une d'entre elle étant la salinité des sols en raison des vents qui inondent les anciennes régions fertiles du sel de la mer asséchée. Mais le plus terrifiant est sans doute la présence sur ce qui était autrefois une île éloignée au milieu de la Mer d'Aral d'un centre de recherches soviétique sur les armes chimiques et bactériologiques. Lorsque le niveau de la mer a commencé à descendre, pour finalement laisser la place au désert, l'île n'en fut plus une et était reliée de facto aux terres habitées. Que cela soit le fait de rongeurs portant les maladies, ou d'humains s'étant rendus au centre désaffecté pour le piller de ses maigres richesses, le résultat semble unanimement constaté: la population de Moynak est malade à une large échelle.

Et pourtant, je n'ai rien vu de tout cela. Certes, les enfants et les adultes croisés étaient plus maigres que dans le reste du pays mais je n'ai pas décelé d'autres indices que cela, ce qui ne veut bien entendu pas dire qu'il n'y a rien. "Les gens sont malheureux ici", me confia Alik, traduisant les propos de son père. Le taxi s'arrêtait presque partout pour que la petite famille salue les gens qui habitaient encore là. Une fois encore, les retrouvailles n'avaient pas l'air très émouvantes, comme si le père ne s'était absenté que quelques semaines. Ils ont retrouvé avec émotion le monument aux morts. Non pas aux morts de la guerre écologique impitoyablement déclenchée et remportée haut la main par le gouvernement soviétique, mais tout simplement la Seconde Guerre Mondiale, celle dont on n'a pas à avoir honte.

A l'entrée de la ville, une dame âgée vida un sac de poissons fraichement pêchés. "Des poissons de la Mer d'Aral" m'assura-t-on, provenant vraisemblablement du lac aménagé non loin de la ville. Un peu plus loin, un bateau de pêche restauré était exposé en plein coeur de la petite ville. La population ne peut pas oublier d'où elle vient, mais doit aussi penser à son avenir qui ne sera sans doute plus jamais celui d'un port de pêche. Tandis que nous avions dépassé la ville pour nous avancer vers le nord, sur ce qui était autrefois un isthme mais qui n'est aujourd'hui plus qu'une bande de terre légèrement surélevée, j'apercevais au loin une grande tige métallique crachant du feu. Auraient-ils trouvé du pétrole?

Une petite conversation politique avec Alik et des locaux allait me le confirmer:
- et Poutine, vous l'aimez bien en Ouzbékistan?
- oui oui, on l'aime beaucoup, vraiment beaucoup.
- ah bon? Pourquoi?
- regarde là bas, ce puits de pétrole, c'est notre avenir. On le doit à Gazprom, la société russe.

Ainsi donc, voilà quel était le secret de la survie de cette communauté réduite...

Après notre visite du cimetière des bateaux et avant de repartir pour Nukus, la famille d'Alik et moi avons été invités à manger chez une dame âgée qui devait être une ancienne connaissance du père. C'était simple et bon, sans doute beaucoup pour cette dame qui avait fait un effort pour cet invité de marque et ceux qui l'accompagnaient. Tandis que nous avalions son ragoût de pommes de terre, la télévision diffusait un vieux film de guerre soviétique, avec une touche apparemment comique, ce qui mettait tout le monde de bonne humeur. Pas d'eau courante à Moynak, mais possibilité quand même de se laver les mains avec les moyens du bord, en l'occurence des casseroles d'eau bouillie. Après l'avoir chaleureusement remerciée et joué un peu avec les enfants qui trainaient autour, nous avons repris le chemin de Nukus. A bord, j'en ai profité pour donner à mes nouveaux amis un magazine français que j'avais trouvé à Hong Kong, et qui montrait de nombreuses photos de Sarko et Ségo. Alik et son père étaient aux anges, eux qui s'intéressaient beaucoup à la politique.


yangguizi
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27 mai 2007 à 2:45

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

36. Les artistes inconnus

L'une des principales attractions de Nukus est le Musée Savitsky, dont l'existence-même au milieu de cette capitale du nulle part est une curiosité en soi. Si la Karakalpakie fait aujourd'hui figure de bout du monde, éloigné des principaux centres urbains de la République d'Ouzbékistan, cela était encore plus vrai à l'époque de l'URSS où elle était déjà une république autonome. Et c'est justement parce qu'éloignée de tout, et à des milliers de kilomètres de Moscou que le musée Savitsky est là.

Savitsky était un artiste soviétique hors du commun. Pas seulement en raison de son talent artistique certain, mais surtout en raison des péripéties qui ont jalonné sa vie et surtout de son extraordinaire dévouement au service de l'art. A une époque où la toute puissante association des artistes de l'URSS dictait aux artistes ce qu'ils pouvaient et devaient faire, elle-même étroitement contrôlée par les plus hautes instances dirigeantes du Parti, peu enviable était le sort des artistes qui en étaient exclus ou tout simplement pas admis. Il faut dire que les canons du réalisme socialiste qui se sont rapidement imposés quelques années après la Révolution d'Octobre ne pouvaient guère contenter le bouillonnement créatif de nombreux artistes, même si certains ont fait le choix de s'autocensurer. On aurait pu croire que les oeuvres hérétiques des autres auraient disparu, brûlées ou soigneusement cachées dans un quelconque entrepôt, mais c'était sans compter sur le dévouement d'Igor Savitsky. Exilé plus ou moins volontairement dans la lointaine Asie Centrale soviétique, Savitsky réalisa de nombreuses peintures des scènes architecturales et humaines de ces régions si hautes en couleurs. Il participa également à quelques missions de recherche archéologique.

Mais sa contribution à l'Art est bien plus étendue que cela, puisque, passionné et collectionneur, il entreprit ce projet inouï du temps de l'URSS de sauvegarder toutes ces oeuvres dissidentes recueillies auprès d'artistes privés de célébrité et de reconnaissance pour de seules raisons politiques. On compte en dizaines de milliers de pièces les oeuvres ainsi récupérées par Satvitsky, dont un petit nombre sont aujourd'hui exposées dans un musée de Nukus construit il y a quelques années.

Cet immeuble moderne et d'assez bon goût accueille en fait essentiellement des oeuvres d'art locales ainsi que quelques galeries consacrées à l'histoire et à l'artisanat de cette région. Les oeuvres de Savitsky sont également exposées pour partie, ainsi qu'une très petite quantité de pièces rapportées de toute l'Union Soviétique. Il ne faut pas le cacher: cette visite est très décevante quand on a entendu parler des trésors entreposés quelque part, à l'abri des regards indiscrets, probablement quelque part dans les sous-sols du bâtiment. En ce lundi matin, j'étais seul à visiter les lieux. Ce n'est pas que les autres visiteurs étaient rares, car ils étaient tout simplement inexistants. Je n'ai croisé absolument personne à part les nombreuses gardiennes qui m'épiaient en rigolant pour vérifier que je ne prenais pas de photos. Comme c'est triste un musée vide, surtout quand on sait que certaines des oeuvres qui y sont exposées ont justement été volontairement privées de regards pendant des décennies. A la fin de la visite, une dame parlant anglais m'a demandé ce que j'en avais pensé, et je n'ai pas pu m'empêcher de regretter à voix haute d'avoir été privé des oeuvres les plus intéressantes. On peut les voir me répondit-elle, elles sont stockées dans un entrepôt, mais il faut payer ****** (une somme supérieure aux tarifs des musées les plus chers du monde, et qui m'a dissuadé). Après la censure communiste, c'est désormais le goût immodéré du profit qui devait priver ces artistes inconnus de reconnaissance.

Ce que l'on ne m'avait en revanche pas dit, c'est qu'il y avait à Nukus un autre musée, en fait non loin de là, devant lequel je suis passé par hasard et qui ne payait pas de mine, à tel point que quelqu'un a dû m'ouvrir de l'intérieur lorsque j'ai essayé de pousser la porte verrouillée. Et c'est là que, surpris, on me demanda si je voulais voir le "Musée Savitsky". Ciel, des centaines voire des milliers d'oeuvres étaient exposées ici, sans aucune publicité par rapport au Musée principal, et pour une somme ridicule! Et cette fois-ci, les oeuvres que je vis furent à la hauteur de mon appétit!

Classées par artistes dans de nombreuses pièces latérales disposées autour d'un couloir principal rectangulaire, les oeuvres du discret mais principal musée Savitsky s'offrirent enfin à moi. Que dire, sinon qu'il était réellement très émouvant de voir ces peintures si anodines mais parfois si fortes, dont je ne devinais dans la plupart des cas même pas pourquoi elles avaient été censurées. Que les portraits de nus et scènes de baiser ou de rendez-vous galants au milieu des artères et monuments des grandes villes soviétiques ait pu heurter le pouvoir en place, cela peut se comprendre. Qu'en revanche des scènes anodines de famille, de paysages, de natures mortes ou de simples scènes de la vie quotidienne aient pu valoir les pires difficultés à leurs auteurs dépasse en revanche mon imagination, pourtant plutôt fertile dès lors qu'il s'agit de totalitarisme. La règle était simple et impitoyable: toute oeuvre d'art devait servir l'idéologie, la glorification de la lutte des classes, l'héroïsme et l'optimisme du peuple travailleur, et éventuellement les scènes de combat. Tout le reste, même anodin, même dénué d'une quelconque portée suberversive, devait être jeté aux oubliettes. Il est en fait vraisemblable que la tolérance soviétique ait été plus large que cette description caricaturale, mais il aura sans doute suffi qu'un artiste ait un jour produit une peinture déplaisante pour que ce soit l'ensemble de son oeuvre qui soit voué aux gémonies.

Et c'est ainsi que pendant cette visite où j'ai pris tout mon temps, j'ai pu faire un voyage incroyable dans l'espace et dans le temps à destination de toutes les régions et de toutes les époques de la vaste URSS, me promenant ainsi de Moscou à Samarcande, en passant par la Géorgie, l'Ukraine, la Sibérie ou l'infinie campagne russe, des lendemains de la Révolution d'Octobre à la péréstroïka, m'invitant dans de simples familles soviétiques, assistant à leurs repas de fête, les accompagnant parfois au travail, enviant la beauté de leurs épouses et le rire de leurs enfants, m'imbibant de l'atmosphère de leur quartier ou partageant leurs émotions si variées.

Et ce voyage incroyable, unique, je l'ai à nouveau fait seul, sans croiser le moindre visiteur. Merci Monsieur Savitsky! A la fin de la visite, je remarquais un petit panneau rappelant aux gens de payer leur ticket d'entrée car le financement du musée est parait-il critique. Je ne peux pas imaginer que cette collection unique et si chargée d'émotion puisse être un jour dissoute et éparpillée aux quatre coins du monde...


Fabricia
Alpes Maritimes, France

Photo/image personnelle du membre Fabricia.

Description de la photo/image: Amber Fort, Rajasthan, octobre 1994 : une belle indienne offre aux visiteurs un gobelet d'eau puisée dans sa cruche.


27 mai 2007 à 3:24

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

Clin d'oeil...J'apprends que cette magnifique série de portraits va bientôt s'achever !
Il serait dommage de ne plus te lire...
... mais mon petit doigt me dit qu'un autre voyage serait déjà en préparation : un vrai bonheur pour tes lecteurs toujours fidèles et admiratifs de ton talent...

Amicalement.
-------
Fabricia -
Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)



yangguizi
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27 mai 2007 à 3:57

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

37. L'apprenti dissident

Je l'appellerai Ali pour ne pas divulguer son nom et ne dirai ni où ni comment je l'ai rencontré.

Un peu moins de trente ans, une silhouette plutôt épaisse et portant un début de moustache ainsi qu'un costume sombre, s'exprimant dans un anglais quasiment parfait car il a passé un peu moins d'un an aux Etats-Unis, Ali n'est pas un jeune ouzbek comme les autres. A Nukus où il passe le plus clair de son temps, les moeurs ne sont pas aussi libérées que dans une grande ville cosmopolite comme Tachkent, et pour lui, le fait de vivre hors mariage avec sa petite amie est un grand exploit et une vraie marque de courage, étant donné les crises de colère que cela a provoqué au sein de sa famille, et sans doute aussi du côté de celle de sa compagne qui a dû la traiter de tous les noms. Mais bien qu'Ali ait pu au moins s'émanciper de ces très lourdes traditions ancestrales, il n'était pas heureux.

C'est un portrait sans concession de son pays et de son régime politique qu'il m'a livré. Ali n'aime pas ce qu'est devenu l'Ouzbékistan moderne et m'a décrit une réalité à des années lumières du pays des mille et une nuits que traversent les touristes, où la gentillesse de la population n'est égalée que par son sens de l'hospitalité. Un florilège de ses récriminations dresserait un bien vilain portrait de ce pays pourtant si enchanteur au premier abord. Néanmoins, l'Ouzbékistan du XXIème siècle, c'est certainement aussi cela:

- Si par exemple, une belle voiture s'arrêtait juste ici, et que son propriétaire descende, nous devrions tous nous lever pour lui témoigner notre respect, nous les humbles. Il s'attendrait à ce que nous faisions acte de déférence, et si nous ne le faisions pas, qui sait quels ennuis il pourrait nous causer.

- Tu dis qu'en France il y a un chômage des jeunes diplômés? Mais ici cela n'a rien à voir. Ce n'est pas qu'il y a un taux de chômage ici, c'est qu'il n'y a tout simplement pas de travail pour les diplômés. Absolument rien, sauf si tu as les relations. Mais si tu as ces relations ça ne sert de toute façon à rien de faire des études. Et nous ne pouvons même plus partir en Amérique, le consulat américain ne délivre plus aucun visa depuis la crise entre nos deux pays.

- Nous sommes un pays pauvre, personne ne peut le nier. Certes, tout le monde a à manger mais si tout le monde peut s'acheter à manger, c'est au détriment de tout le reste: vêtements, équipements, loisirs. Ceux qui nous disent que nous sommes un pays prospère nous mentent.

- Le droit n'existe pas ici. Personne n'applique aucune règle. Tu dois obéir au gouvernement et à la police, c'est tout.

Puis nous en sommes inévitablement arrivés à une discussion plus politique, où Ali se faisait très discret, regardant constamment autour de lui pour être sûr que les gens autour ne parlaient pas suffisamment bien anglais pour nous comprendre:

- et que penses-tu du président Karimov?
- je déteste le président Karimov. C'est sa faute si notre situation est si mauvaise et le pays si corrompu, il ne veut rien faire pour arrêter cela. Mais puisque tu me poses la question, tu dois bien avoir ton idée sur la question, non?
- pas vraiment en fait, j'essaie juste de m'informer. En France et en Chine, les médias ne parlent jamais de politique ouzbèke ni de ce qui se passe ici.
- ah ah, tu ne veux pas répondre, pourquoi? Tu es étranger, tu ne crains rien. Dis-ce que tu veux, allez, que penses-tu de notre président?
- je t'assure que je n'en sais pas grand chose, à part qu'il a ordonné un massacre à Andijan il n'y a pas longtemps.
- ah oui bien sûr, les événements d'Andijan, on en a beaucoup parlé à l'Etranger.
- et qu'en a-t-on dit ici?
- je préfère ne pas en parler. (dit-il en baissant la voix et en jetant encore des regards de tous les côtés)
- allez, dis-moi au moins quelle est la version officielle, comme ça tu ne risques rien.
- je sais beaucoup de choses sur ce qui s'est passé là-bas, mais je n'en parlerai pas.
- je vois...
- ne le prends pas mal, mais il y a des choses qui ne doivent pas être sues, dans l'intérêt du pays.
- bon ok, je n'insisterai pas.
- tout ce que je peux dire c'est que le Président a eu raison de faire ça. Tu sais que je le déteste, mais sur ce point il a eu raison de faire tuer tous ces gens. Sinon, l'Ouzbékistan serait en guerre civile aujourd'hui.

Puis nous avons longuement parlé de démocratie et de son rêve américain. Mais comme il me le fit remarquer, "c'est à vous les français qu'on doit le concept théorique de démocratie moderne, le monde entier vous le doit". Il était étonné de ma description du système chinois:

- tu dis que ce n'est ni communiste ni démocratique, mais c'est quoi alors?
- une dictature
- mais les régimes sont divisiés en deux catégories, les républiques et les monarchies, la Chine c'est quoi?
- on va dire que c'est une république alors
- mais ce n'est pas une démocratie?
- non
- pourquoi ce n'en est pas une?
- il n'y a aucune opposition tolérée et aucune presse libre
- c'est encore pire que chez nous alors!

Et Ali me raconta qu'il était en relation à Nukus avec les gens qui ont réussi à faire paraître le premier journal indépendant du pays.

- C'est grâce à l'appui de la mafia. Sans eux, ils n'auraient jamais pu faire ça, le président serre la vis très fort. Mais la mafia est très puissante ici. La mafia russe et la mafia ouzbèke sont partout, ils sont assez forts pour faire plier le président.
- et que dit-on dans ce journal? Il y a des articles impertinents?
- ils essaient mais c'est difficile, car le pouvoir les menace toujours et essaie par tous les moyens de les faire fermer, donc ils essaient de ne pas taper trop fort.
- et ils auraient la matière pour en dire plus?
Ali fit un grand sourire, quoi qu'un peu gêné:

- C'est encore trop tôt. Mais si j'arrive à repartir en Amérique, je les ferai paraître de là-bas les articles... Non, en fait non, je ne le ferai pas. Je suis sûr que même en Amérique ils pourraient me retrouver, et couic, ajouta-t-il en éclatant de rire.

Cet amoureux de la démocratie me réservait toutefois encore des surprises car nous avons parlé du Turkménistan voisin où il se rendait de temps en temps comme il y a de la famille. C'est moi qui l'ai entrainé sur ce terrain:
- mais au moins, votre Karimov n'est pas aussi terrible que le Grand Turkmenbashi
- et qu'est-ce qui te fait dire ça?
- et bien d'après ce que j'ai compris, il était fou et a fait tuer beaucoup de gens. Et puis tu sais, il y a le Ruhmana et tout ça.
- oui et alors? Moi je le trouve plutôt pas mal le Turkmenbashi.
- ah bon? Pourquoi ça? Toi qui aimes tant la démocratie, son régime c'était justement le contraire.
- oui c'est vrai, mais au moins les gens sont riches. Tout le monde a une voiture et du confort là-bas.
- ce n'est pas ce que j'ai entendu dire, bien au contraire.
- tu as dû mal lire, ah ah
- jutement j'ai lu des choses sur la fermeture des universités et des hôpitaux
- ah bon, sérieux? (dit-il en riant)
- et toi alors, tu trouves qu'il a fait quoi de positif le Grand Turkmenbashi?
- et bien il a fait des jolies statues
- ok, ça c'est bien pour lui, mais pour son peuple il a fait quoi?
- ben je t'ai dit, il a distribué beaucoup de pognon au peuple
- mais il l'a distribué n'importe comment et en a gardé beaucoup pour lui
- tu sais, si le Turkmenbashi me donne 20.000 dollars, moi je veux bien chanter pour lui, je m'en fous
- hummm
- c'est pour ça que tout le monde chante pour lui et danse pour lui, c'est pour le pognon
- mais c'est n'importe quoi
- oui mais au moins, ils ont une meilleure vie qu'en Ouzbékistan.

Ali n'était pas un imbécile, c'était même quelqu'un de très fin, et j'ai eu du mal à appréhender à quel degré il fallait prendre son étonnant discours sur le Turkménistan. Je suis resté sur ma faim, mais tout de même assez troublé après les deux longues heures de conversation que nous avions eues.


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Re: [Fabricia] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

Merci Fabricia, venant de toi qui a régalé beaucoup de lecteurs, ça fait très plaisir Sourire

En effet, plus que trois portraits et c'est fini, tu as été bien informée. Tire la langue Ton petit doigt en revanche se trompe, je n'ai pour l'instant aucun voyage en préparation. Il faudra attendre pour cela.


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27 mai 2007 à 4:23

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

38. Les soviétiques

De Nukus, j'ai pris un vol du soir pour rejoindre Tachkent où il me resterait encore une journée entière à passer avant de quitter l'Ouzbékistan. Le vol en tupolev 154 fut sans encombre, et arrivé à l'hôtel, j'ai croisé un français avec qui on est allé prendre un verre au bar russe d'à côté. Tachkent n'était plus la province mais une ville beaucoup plus russe que celles que j'avais vues jusque là.

Le lendemain matin, le français me glissa que ce ne serait peut-être pas une mauvaise d'aller faire confirmer mon billet retour, par mesure de sécurité. N'ayant pas prévu grand chose pour la journée, je suis donc allé au bureau d'Uzbekistan Airways où de vrais soviétiques m'ont gentiment accueilli:
- votre billet a été annulé et l'avion pour Urumqi est plein. Vous ne partirez pas.

Après avoir été baladé de guichet en guichet et avoir eu à chaque fois la même réponse, j'ai fini par atterrir devant le guichet d'une épaisse blonde de cinquante ans qui s'exprimait plutôt bien en anglais, mais prenait un soin méticuleux à ne pas afficher le moindre sourire: c'était une vraie.
- pourquoi mon billet a-t-il été annulé? C'est incroyable cette histoire
- parce que vous ne l'avez pas confirmé
- et bien justement je viens ici pour le confirmer
- oui mais on l'a annulé il y a deux jours, il faut faire ça 72 heures à l'avance
- et comment on fait pour être au courant quand l'agent attitré vous dit qu'il n'y a pas à le faire?
- ce n'est pas notre problème, vous n'avez pas respecté la procédure, donc vous ne pouvez pas vous plaindre.

Puisque c'est avec succès que j'avais montré mes crocs aux chinois deux semaines plus tôt, j'allais essayer de faire de même avec la soviétique:
- écoutez c'est incroyable. Dans n'importe quel pays (je n'ai pas osé dire civilisé) au monde, quand on achète une prestation, on reçoit la prestation. J'ai payé pour ce billet, donc c'est votre devoir de m'amener demain en Chine. J'ai des rendez-vous après-demain à Shanghai que je ne peux pas rater.
- on vous a déjà dit que l'avion était complet
- ce n'est pas mon problème, débrouillez-vous pour remplir votre contrat
- c'est vous qui êtes en tort
- ce n'est pas ma faute
- si, c'est votre faute
- non, ce n'est pas ma faute
- si
- non
La dame grommela un moment et tapota sur son ordinateur avant de me répondre:
- il reste une place en business. Pour 180 dollars de plus, vous pouvez la prendre
(j'étais tellement désespéré après cette heure d'attente que j'étais prêt à accepter cette humiliation, mais je voulais quand même tenter ma chance une dernière fois)
- vous voulez dire que je dois payer pour réparer vos erreurs?
La dame ne sut pas me répondre et s'absenta une demi-heure tandis que la foule commençait à s'agglutiner derrière moi, promettant sans doute bien d'autres réclamations à cette charmante personne. Lorsqu'elle revint, ses seuls mots furent: vous avez une place pour le vol de demain en classe éco, ne soyez pas en retard à l'aéroport.

Victoire, elle n'avait pas réussi à m'avoir à l'usure!

Puisqu'il me restait encore une fin de matinée et une après-midi de libre, je suis parti visiter Tachkent. Le grand marché au nord-ouest de la ville ne m'a pas intéressé, mais les stations de métro que j'ai traversées pour y arriver étaient dignes de leur réputation: le métro de Tachkent est superbe et très pratique. Certes, d'après ceux qui connaissent il n'arrive parait-il pas à la cheville de celui de Moscou, mais le style est plus ou moins le même, et chaque station est décorée différemment dans la plus pure tradition soviétique. Tout le monde m'avait prévenu, et je ne me suis donc pas hasardé à prendre des photos dans le métro, la présence policière étant effectivement importante.

Enfin, dans le quartier de la gare, j'ai fini après moult errances à trouver un petit magasin dont on m'avait parlé et qui vendait toutes les médailles soviétiques et les pin's léninistes que j'avais refusé d'acheter à Boukhara. Bien m'en a pris, car à Tachkent les prix étaient ridiculement bas. Et ce n'est qu'à cause de la taille limitée de ma valise que je n'ai pas acheté une superbe veste d'officier soviétique.

(Ce message a été modifié par yangguizi le 27 mai 2007 à 4:46.)


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27 mai 2007 à 4:45

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

39. Le militaire bienveillant

Sur le chemin de la petite boutique de médailles, je m'étais d'abord arrêté dans un bien étrange magasin où l'on vendait surtout des uniformes de l'armée et de la police ouzbèke, ainsi que tous les insignes pour les décorer. Ce n'était pas quelque chose qui m'intéressait a priori, mais une fois mon petit sachet de médailles et de lenines en main, je décidais de revenir y faire un tour, ne serait-ce que pour remercier une des vendeuses de m'avoir indiqué le bon chemin. Je lui ai montré mes acquisitions, et la dame eut l'air émue en voyant tous ces petits lénines sur fond rouge sortir de mon petit sac. Je ne sais pas quelle portée devait avoir cette émotion, mais elle avait l'air sincère.

Entre temps, plusieurs petits hommes verts avaient faire leur apparition et essayaient plusieurs types de képis, tandis que d'autres s'intéressaient de près aux écussons qu'ils espéraient porter lorsque le grade équivalent leur serait attribué. De mon côté, je manifestais un intérêt de plus en plus marqué pour ces couvre-chefs en me disant que ce serait dommage de ne pas en ramener. Le problème, c'est que je ne savais pas si en tant que civil, étranger de surcroît, j'avais le droit d'en acheter, et personne dans le magasin n'était capable de comprendre ma question.

A l'anglais correct que je préfère parler lorsque mes interlocuteurs peuvent le comprendre, j'ai rapidement préféré un charabia fait de mots simples mis bout à bout, en espérant qu'ils ne se prononcent pas trop différemment en russe: tourist, uniform, money, ok? Hélas, aucune des vendeuses ne comprenait le sens de ma question et avec tous les policiers qu'il y avait autour, je ne voulais pas créer un incident en prenant quelques képis dans le tas pour essayer la bonne taille.

Parmi les deux hommes en civils qui se tenaient à côté de moi, l'un d'entre eux eut pitié et se hasarda à m'adresser la parole en français:
- vous parlez français?
- mais oui, je suis français!
- ah très bien, bienvenue en Ouzbékistan!
- merci c'est gentil. Où avez vous appris à parler un si bon français?
- pardon, je ne me suis pas présenté. Je suis capitaine dans l'armée ouzbèke, et voici mon frère qui vient me rendre visite de Russie. J'ai passé plusieurs années de formation en France, dans les académies militaires de votre pays.
- c'est très impressionnant, je ne savais pas que des militaires ouzbeks venaient se former chez nous.
- pas beaucoup c'est vrai, et je regrette de ne plus avoir beaucoup d'occasions de parler votre langue depuis que je suis rentré
- vous parlez encore très bien
- merci c'est gentil. Mes officiers en France étaient très gentils avec moi et m'ont beaucoup aidé à progresser
- et dans quels autres pays vont se former les officiers de votre pays?
- beaucoup vont en Angleterre et en Allemagne
- pas en Amérique?
- non non, bien sûr que non, plus depuis la rupture (dit-il en riant). Au fait, mon nom est Anvar
(ciel! Comme le fou de Nukus! Mais lui au moins ne crachait aucune pépite et avait l'air plus subtil)
- enchanté, moi c'est yangguizi (oui oui, je sais)
- vous avez aimé l'Ouzbékistan?
- oui, c'est vraiment un superbe pays. Dommage que je doive repartir demain
- merci beaucoup
- donc voilà, je voudrais savoir si en tant qu'étranger j'ai le droit d'acheter tous ces képis et casquettes?
- je pense que oui mais attendez, je vais demander.
[..]
- aucun problème, vous pouvez acheter absolument tout ce que vous voyez dans ce magasin, sans exception.
- même les képis de policier et les casquettes d'officier?
- oui oui, pas de problème
- ah super, parce qu'il y a des pays où ce n'est pas possible
- non non, pas ici. Comme il n'y a aucune arme ici, ni aucun objet dangereux, tout est en vente libre.
- merci pour votre aide
- je vous en prie, ça m'a fait plaisir. Je dois y aller maintenant, au revoir
- merci, au revoir

Puisque j'avais mon feu vert, j'ai donc choisi un képi de petit homme vert, le vrai, le même, avec le drapeau ouzbek sur le côté gauche. C'était amusant d'essayer les différentes tailles avec de vrais policiers tout autour qui faisaient de même comme si je n'existais pas. Puis j'ai fait la même chose avec une belle casquette d'officier, la même en fait qu'une casquette soviétique avec la faucille et le marteau en moins et l'emblème ouzbek en plus. Une fois choisie la bonne taille, il fallait encore prendre les écussons et les cordons horizontaux qui allaient avec. Je n'avais aucune idée de la manière de les attacher et mon ignorance a apparemment provoqué quelques sarcasmes autour de moi. C'est que je ne suis pas un petit homme vert, moi, je n'ai pas appris ça à l'école! Finalement quelqu'un s'est dévoué pour percer les trous et accrocher les accessoires, me permettant ainsi de repartir avec un joli petit sac dont j'essayais de cacher au mieux le contenu à chaque passage de policier sur le chemin de l'hôtel.


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27 mai 2007 à 5:15

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

40. Les cousins ouighours

Le lendemain aux aurores, mon départ de Tachkent pour Urumqi se fit sans encombres. L'avion survola les spectaculaires monts Tianshan aux confis du Kirghizstan et du Xinjiang chinois, me détournant durablement du livre que j'avais emporté à bord avec moi.

Je n'étais jamais allé au Xinjiang, et ce n'est pas en passant quelques heures dans la capitale de l'Asie Centrale chinoise, Urumqi, que je pourrais prétendre y être allé. Mais puisque j'avais cette opportunité, pourquoi ne pas aller la visiter bien que tout le monde la dise sans intérêt? Venant du reste de la Chine, Urumqi ne doit pas être très dépaysante car elle ressemble à n'importe quelle autre ville chinoise. Seul le double affichage en écriture chinoise et en alphabet arabe, ainsi que la forte minorité ouighoure font la différence. En revanche, venant du reste de l'Asie Centrale, Urumqi procure une impression bizarre. Les ouighours sont les cousins éloignés des ouzbeks et d'autres peuples d'Asie Centrale. Ce sont des turcophones eux aussi, et les deux langues doivent présenter quelques similitudes. Les visages enfin sont aussi très métissés, mais pas tout à fait les mêmes qu'en Ouzbékistan.

Après la visite du superbe musée de la région, je suis assé passer quelques heures dans le très chinois parc du centre-ville, m'amusant à observer les communautés chinoise et ouighoure ne se mélangeant pas, contrairement à ce que j'avais vu la veille à Tachkent où les communautés semblent coexister en parfaite harmonie. Mais au Xinjiang, la puissance tutélaire ne s'est pas retirée contrairement à ce qui s'est passé dans les ex-républiques soviétiques voisines. Peut-être était-ce là une explication, mais sans doute pas la seule.

Dès mes premiers pas dans le parc, des ouighours m'ont abordé pour que je les prenne en photo avec leur appareil. J'ignore s'ils me prenaient pour un des leurs où s'ils préféraient demander ce service à un étranger plutôt qu'à un chinois, mais ils s'obstinaient à ne pas me répondre en chinois tandis que je leur expliquais que je ne parlais pas un mot d'ouighour. Je suppose qu'ils me comprenaient, ils n'étaient pas très âgés, mais ils faisaient comme si ce n'était pas le cas. Après leur avoir rendu ce petit service, j'ai sursauté en les entendant me dire "khekhmet", exactement le même mot qu'en Ouzbékistan pour dire merci. Serait-ce des ouzbeks? Voire même des passagers de l'avion du matin qui m'auraient reconnu? Je leur demandais en les pointant du doigt s'ils étaient ouzbeks, mais ils n'avaient pas l'air de comprendre. "Ouighour? ouighour?" et j'ai pu les voir acquiescer. J'ai été amusé de cette coïncidence lexicale et me suis rendu compte que mon voyage n'était pas tout à fait terminé. Peut-être me resterait-il encore quelques intéressantes expériences à vivre pendant les quelques heures qui me séparaient de mon vol retour pour Shanghai.

Rien de particulier ne se passa cependant tandis que j'ai pris une table au milieu du parc pour avaler un bol de nouilles. Les ouighours qui me les servirent avaient une tête amusante. Pas la même que celles que j'avais vues en Ouzbékistan, mais pourtant si typiquement centrasiatique. Je ne me lassais pas de contempler cette diversité de visages dont je devinais un dénominateur commun sans pouvoir l'isoler. Dans ma rue à Shanghai, j'avais pourtant l'habitude d'en voir des ouighours, puisqu'il y en a une importante communauté dans le quartier. Mais la principale différence entre les ouzbeks et les ouighours d'Urumqi et les ouighours de Shanghai, c'est que les deux premiers ne me proposent pas de vendre de la drogue à chaque fois que je les croise. Ca change!

Il fut finalement temps de prendre le chemin de l'aéroport. Tandis que je faisais la queue au contrôle des cartes d'embarquement avant de passer les portiques de sécurité, je remarquais qu'un passager ralentissait tout. Apparemment il posait problème et ne parlait ni anglais ni chinois. Il interpelait quelqu'un dix mètres plus loin dans une langue que j'ai identifiée comme étant du coréen. Quelle manque de débrouillardise! Incapable de se débrouiller dans un aéroport! J'ai toutefois sursauté en entendant le mot "camarade" revenir plusieurs fois dans la conversation. Serait-ce des nord-coréens? A Urumqi? Non, pas possible... Puis finalement j'en ai vu un se retourner et l'énorme drapeau nord-coréen cousu sur son survêtement dissipa mes doutes. Ils étaient trois ou quatre comme cela, probablement une équipe sportive qui revenait de je ne sais pas où. J'ai tenté d'en aborder un dans la salle d'embarquement en lui récitant deux ou trois phrases de présentation en coréen que j'avais apprises, mais celui-ci resta de marbre. Il est certain qu'aborder un nord-coréen n'est sans doute pas ce qu'il y a de moins déstabilisant quand on a été habitué pendant deux semaines à la chaleur des ouzbeks.

En embarquant dans l'avion, j'ai maugréé en constatant que j'étais assis une rangée derrière deux beautés à côté de qui il ne m'aurait pas déplu de passer les cinq heures de vol qui nous attendaient. Et lorsque deux types se sont assis à côté de moi, dont un voisin immédiat qui puait l'ail et je ne sais quel incroyable mélange culinaire, promettant de faire de ce vol un enfer, mes regrets se sont amplifiés. Et lorsque l'hôtesse me fit remarquer que je m'étais trompé de siège et que j'aurais dû m'asseoir une rangée plus vers l'avant (donc à côté de vous savez qui), mais qu'il était trop tard car l'occupante de mon siège a finalement pris la place devant moi, j'ai sans doute eu du mal à cacher mon mécontentement. L'écoute de Borodine et la lecture de mon ouvrage sur les empires nomades surent à peine me faire oublier le châtiment odorifère qui avait puni mon inattention, et ce n'est qu'en fermant les yeux et en repensant à tous ces visages ouzbeks et ces monuments d'une sublime beauté que j'ai réussi à retrouver la sérénité.


FIN


xagga
Vercorin (VS), Suisse



27 mai 2007 à 6:01

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

Ton portrait d’Ouzbékistan est fabuleux. Je vais aller vérifier sur place. Je pars pour la route de la soie en avril prochain avec ma Land-Rover depuis la Suisse. Et pense rester au moins 1 mois (mai) dans ce pays. Malheureusement je n’ai pas tes qualités languistiques pour écrire mon carnet de voyage. Mais je vais essayer de faire de mon mieux. Je prépare ce voyage depuis un certain temps et pensais pouvoir partir cette année. Ce n’est pas si simple d’organiser un voyage de 6 a 8 mois si on ce déplace par la route.
Je suis arrivé a ton 40em chapitre et espère pouvoir te raconter mes expériences en Chine. Je pense y rester 3 mois (juin, juillet, aout).
Bonne journée
John
-------
"En route, le mieux c'est de se perdre. Lorsqu'on s'égare, les projets font place aux surprises et c'est alors, mais alors seulement, que le voyage commence." (Nicolas Bouvier)


Cécile974
Saint Pierre, Île de la Réunion



27 mai 2007 à 15:02

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

Bon, déjà fini.... Merci, merci, merci!
Je me délecte à chaque lecture de Yang et ne pense qu'à une chose: à quand la prochaine???
-------
Cécile
http://www.cecileetsestroisbambinsenvoyage.over-blog.com/


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28 mai 2007 à 9:42

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Re: [xagga] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à] Répondre

Si tu passes par Shanghai, ce sera avec plaisir pour écouter ton périple. Tu risques d'en avoir des choses à dire!

cécile,

la prochaine? Si seulement je le savais... Pas pour tout de suite hélas. Mais une chose est sûre, je retournerai en Asie Centrale. Turkménistan, Kazakhstan, Kirghizistan, et pourquoi pas aller voir Ahmed en Afghanistan, tiens. Et comme pour certains de ces pays, il est presque obligé de passer par l'Ouzbékistan, nul doute que j'y reviendrai.


lepiaf
Nantes, France



28 mai 2007 à 12:41

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Re: [yangguizi] Portraits d'Ouzbékistan [En réponse à]