
nakata
Nantes, France

16 février 2006 à 4:34
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Pour naps, le seul contact que j'ai eu avec lui, à propos de la Turquie, m'ont laissé... hum... perplexe. Je ne l'aurais pas classé à gauche au premier abord, mais enfin si tu le dis. Les USA, pour moi, sont effectivement une démocratie. Mais il faut aller plus loin. Contrairement à une dictature, une démocratie n'est jamais ni pure ni parfaite. La démocratie, c'est une culture du compromis, de l'impureté (ce mot a une connotation positive dans ma bouche). Une dictature peut être forte, alors qu'une démocratie est toujours fragile, puisque c'est une construction délicate, perfectible. Et le danger est toujours différent. Car la vie démocratique est faite d'ajustements successifs : pour pallier à un probleme, on va donner un coup de barre dans un sens, puis on va se rendre compte que ce coup de barre a été trop fort et induit de nouveaux problemes, donc on va donner un coup de barre dans un autre sens, et ainsi de suite... Exemple typique : dans le domaine de la justice, le réglage délicat des droits de la défense et de l'accusation. Exemple plus important : les rapports de force entre privé et public, ou entre salariés et patronat, ou, du point de vue institutionnel, entre les pouvoirs législatifs exécutifs et judiciaires. Les démocraties occidentales ont donc connu des dangers qui ont varié au cours de l'histoire. Il y a eu le nationalisme. Puis il y a eu le communisme, qui, en niant le privé, mettait tous les pouvoirs dans les mains de l'homme qui était à la tête de l'Etat. Aujourd'hui, mon analyse est que le principal danger pour la démocratie est le néolibéralisme (mais connaissant tes idées politiques, tu ne seras pas d'accord) : la dérèglementation inconsidérée de l'économie induit des monopoles privés, des trusts, des pouvoirs financiers énormes qui entrent en concurence avec le pouvoir démocratique. Depuis la Grande Dépression, notre démocratie reposait notamment sur un compromis entre pouvoir privé et pouvoir publique ; la question est désormais : que devient la démocratie, quand le pouvoir de l'argent est plus fort que le pouvoir politique ? Cette montée en puissance de la finance (au détriment de l'Etat et même de l'entreprise) ne menace-t-elle pas de transformer le suffrage populaire (une voix = un vote) en suffrage "hyper-censitaire" (un euro = un vote) ? Donc, encore une fois, les USA sont une démocratie, certes, mais qui peut connaitre des dérives autoritaires : 1) Tu dis qu'il existe des petits partis qui pourraient concurrencer les deux principaux si les Américains le voulaient. Mais le probleme, c'est que la loi de financement des campagnes electorales est ainsi faite qu'elle rend quasiment impossible l'emergence de nouveaux mouvements. Si on n'a pas une enorme machine de guerre financiere derriere, c'est l'echec electoral assuré. Et l'emergence d'une reelle puissance de gauche a été empechée il y a 50 ans de façon pour le moins autoritaire, avec le McCarthysme. 2) Le terrorisme international a pour but l'affrontement des civilisations. Pour cela, il cherche à provoquer la peur de l'autre. L'un de ses objectifs est aussi de tester les valeurs de l'occident, qui sont censées etre celles des droits de l'homme. Les terroristes esperent que les attentats pousseront les occidentaux à renier leurs propres valeurs, en rognant les droits des individus pour les besoins de la lutte anti-terroriste. D'où le Patriot Act. 3) L'emergence de nouvelles puissances economiques, qui disposent d'une main d'oeuvre bon marché, intervient au moment où l'ideologie libérale triomphe en occident. Du coup, les pays occidentaux sont tentés, pour résister à cette nouvelle concurrence, de rogner sur le cout du travail en occident. Ce qui casse le compromis entre le travail et le capital qui était né de l'Etat-providence ; depuis des années, la part du revenu du capital ne cesse d'augmenter au détrment du revenu du travail. Ce qui induit un accroissement des inégalités, plus de ressentiment dans les classes en voie de paupérisation, et par là, une montée des force politiques extremistes : post-communistes en RDA, populistes dans de nombreux pays dont la France, intégristes catholiques en Pologne et musulmans dans les milieux défavorisés, ... Ce qui pose la question : que faire, face au succes démocratique des ennemis de la démocratie ? 4) Le problemes d'environnement et de ressources naturelles, évidemment, qui peuvent déstabiliser les pays, y compris les démocraties. Je pense meme que ce sera le principal danger à l'avenir. Là, on voit bien que ce sont les démocraties occidentales qui se mettent elles-memes en péril, à force de surconsommation. Là, le systeme américain pose probleme, car on voit qu'il n'est pas "durable" comme on dit. 5) La libéralisation de l'economie entraine aussi la concentration des médias, dans les mains de quelques financiers, et l'emergence de la pub, qui mettent en danger l'independance des medias vis-à-vis des annonceurs. Or, une presse libre, pluraliste et indépendante est une condition sine qua none pour que la démocratie soit réelle ; sinon, quid de choix éclairé des citoyens ? Aux USA, je ne sais pas trop, mais en France, on est confronté à ce probleme, avec les deux principaux groupes de presse qui sont la propriété des deux grands marchands d'armes. En plus, la presse subit la concurrence de la télévision (où l'info est souvent d'une qualité moindre), sans compter la concurrence déloyale des journaux gratuits (que j'interdirais, si j'etais l'Etat ; oui mais voila, on est en plein dans le dogme du laisser-faire). C'est tout ce qui me vient à l'esprit pour l'instant. Autant de remarques qui montrent la fragilité de nos démocraties, et en particulier la démocratie américaine.
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