
goave
France
22 mai 2008 à 9:14
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Quand Dany Laferrière raconte Haïti (livres)
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j'ai découvert ses livres franchement par hasard. un coup de chance, une occasion. parmi une table de livres en exposition, la couverture m'a accrochée, vive et colorée. je me penche et parcoure le titre : le charme des après-midi sans fin. je lis rapidement derrière, par principe. et je l'achète dans la foulée, un peu par bravade, sans vraiment savoir ce qui m'attendait. je ne savais rien d'haïti avant. à peine étais-je en mesure de la placer sur une carte (au nord-est de la nouvelle zélande, donc). je me suis décidée à l'ouvrir longtemps plus tard. le choc. j'ai acheté le reste de sa biblio dans les deux mois. à peine romancés, les écrits de dany laferrière sont en grande partie autobiographiques, puisant dans sa propre vie, celle de sa famille, de ses voisins, des gens qui l'entourent, d'histoires entendues ça et là, parfois simplement rêvées. le charme... raconte l'enfance d'un petit garçon, vieux os (aka dany, à peu de choses près), qui passe une partie de son enfance chez sa grand-mère, da, et fait l'éloge d'un quotidien doux et suranné, une vie simple et facile axée principalement sur les petits plaisirs de l'existence. ont suivi, plus ou moins en vrac, l'odeur du café, nouvel hommage à sa grand-mère da, pays sans chapeau, le retour au pays d'un homme après 20 ans d'absence, le goût des jeunes filles, sur la fascination qu'exerce les jeunes haïtiennes du quartier sur son tout aussi jeune esprit émotif. dans la même veine, on retrouvera, avec la chair du maître et plus tard vers le sud (qui reprend la plupart des nouvelles de la chair du maître et a été adapté au cinéma par laurent cantet), une prose fortement empreinte d'érotisme décomplexé et du coup bien plaisante. plus inclassables, le cri des oiseaux fous, qui aborde de front la dictature de duvallier (le héros, journaliste, voit sa tête mise à prix par les autorités locales, mécontentes de le voir exprimer certaines idées sur le régime en place - nb : le postulat n'est pas sans rappeler l'histoire tragique de jean dominique, journaliste à radio haïti, assassiné en avril 2000) ; cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? où dany laferrière est "chargé" d'écrire son grand roman sur les états-unis. bien en peine de produire quelque chose de linéaire, il décide de laisser vagabonder son imagination et fait alterner dans un récit décousu (mais jouissif) faits divers, interviews diverses (piliers de bar anonymes, un spike lee remonté à bloc, entre autres) et commentaires personnels pour un récit au bout du compte initiatique (hommage non déguisé à kerouac) ; enfin, comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, sans doute son plus connu (le titre n'y est pas pour rien), raconte les galères d'un haïtien exilé à montréal, qui vit en coloc avec une sorte de bouddha narcoleptique, et obsédé, dans l'ordre, par les livres et les filles. à travers une écriture fine, pleine d'humour et de dérision, composée principalement de micro-scénettes, laferrière livre une vision poétique de la vie, qui évoque les peintures naïves haïtiennes, touchantes, bigarrées, presques irréelles.
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