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Anàssa (en ligne!)
Italie

Photo/image personnelle du membre Anàssa.


4 avril 2008 à 4:21

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Esquisses roumaines Répondre

Plus de 1 000 textes dans cette rubrique et seulement 3 sont consacrés à la Roumanie...
L'envie m'a donc envahie ce matin, de vous parler un peu de ce pays.



5000 km tout rond, 16 jours de voyage, dont 13 en Roumanie où nous avons parcouru quelques 2600 km. Un pays où ne serions probablement pas allés, ni l’un, ni l’autre, si nous ne nous étions pas rencontrés. Je serais allée vadrouiller au Moyen-Orient (j’étais pourtant bien placée sur ce plongeoir qu’est la péninsule du Karpas, nom d’un petit bonhomme !), PierAndrea aurait mis le cap sur les grands parcs américains. Comme nous sommes deux mules, aucun n’a cédé et il nous a fallu inventer autre chose, inventer un ailleurs commun possible.
Pas si facile. Nous connaissions l’un comme l’autre l’Europe de l’Ouest et nous avions envie non pas de revenir mais de découvrir. L’Asie… je ne sais pas, trop loin, pas le temps de commencer à la concevoir un tant soit peu avant d’y être. L’Afrique, pas vraiment une bonne saison. L’Amérique latine, oui, non, bof, pas maintenant.

Restait l’Europe centro-orientale. Et ce d’autant plus qu’à la réflexion, en “bons Européens” que nous sommes, il était difficile de ne pas nous rendre compte que nous étions amputés de cette Europe là. Quelle est-elle au-delà de notre ignorance crasse meublée de quelques vagues stéréotypes ?
A l’automne c’était la Macédoine (parce que j’avais vu “En attendant la pluie” et que ce film montre un pays rude, pelé, en tension, comme je les aime), puis, comme ce n’est pas très grand, une suite de voyage en Bulgarie. Je ne me souviens pas comment, de là, nous en sommes arrivés à la Roumanie, j’ai du franchir le Danube à Ruse sans même m’en apercevoir, et de là un fantasme un peu poétique à l’occasion de lectures sporadiques (les si vieilles forets des Carpathes, le lieu où le Danube rencontre la Mer Noire, l’exil d’Ovide…rien de bien sérieux, mais cependant ce fut suffisant pour fixer l’attention sur ce pays.)

Voici donc quelques tableaux sur différents aspects de la Roumanie. Ils sont à prendre pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire une vision forcément très superficielle et peut-être parfois erronée d’une Européenne de l’Ouest, qui n’avait jamais mis les pieds auparavant dans un pays d’Europe orientale, qui en avait (et en a toujours) une perception un peu confuse (peut-être même encore plus confuse au retour) et qui n’y a passé, somme toute, que quinze jours.



J’ai opté pour une présentation par thèmes (un carnet au jour le jour me semble fastidieux) ce qui engendre quelques difficultés vu la diversité du pays, la Transylvanie saxonne (nous ne sommes pas allés en Transylvanie hongroise) est vraiment à part.



L’itinéraire fut, en gros, le suivant :
Aller par le Tarvisio, Graz, Budapest, Debrecen, Satu Mare.
Vadu Izei, Borsa, Campulung Moldovenesc, Moldovita, Sucevita, Siret (frontière Ukraine, 2 jours), Suceava, Targu Neamt, Lac de Bicaz, Pietra Neamt, Galati (bac Danube), Tulcea, Sulina, Braila (bac Danube), Brasov, Sibiu, Alba Iulia.
Retour par Arad, Budapest, Maribor, Ljubljana, Gorizia.


Mais à qui donc vendent-ils toutes ces patates ?


C’est la première fois que cela se produit.

Et pourtant il m’est arrivé de débarquer dans des pays où l’écart d’aisance matérielle visible avec nos contrées était bien plus important, mais je sortais de l’avion (cette espèce de « sas de changement de dimension ») et… ce n’était pas l’Europe. Là, tout s’est passé très vite, à peine 40 km, une grosse demi-heure de route.

Nous venions de tourner longuement en rond à Debrecen, pas moyen de trouver cette fichue route 48 qui allait nous conduire en Roumanie. C’est à s’arracher les cheveux ou attraper des fous rires, au choix, d’essayer de lire les panneaux routiers en Hongrie ; ils sont capables d’écrire des mots de 25 lettres dont 3 voyelles (j’exagère à peine), mais cette fois c’était simple, on cherchait la 48 et on avait une bonne idée de là où on pouvait la trouver : plein ouest. Rien à faire. Partout la 47, vers Szeged. Donc on tourne et retourne.

C’est une belle ville d’Europe centrale Debrecen, de lourds palais comme on pourrait en voir en Autriche, quelques grosses demeures liberty un peu décaties, avec des trottoirs, des espaces verts, des voitures modernes, des panneaux publicitaires, un tramway, certes légèrement branlant, une ville déserte ce dimanche… un monde familier. Puis, enfin, la route vers la frontière, vide de tout véhicule. Un bois d’acacia à l’ombre légère, deux bourgades bien ordonnées, le contrôle des papiers d’identité côté hongrois, un improbable duty free, un poste roumain désert, une dizaine de minutes de lande, et le premier village roumain.

Vlan !

Une route principale à l’asphalte défoncée sur laquelle se greffent des chemins de terre battue. Un village où les maisons, aux murs décrépis et poussiéreux disparaissent derrières des clôtures métalliques tordues. Sur les bas-côtés herbeux quelques rares voitures, exclusivement des Dacia 1310 (version roumaine de la R12), une charrette attelée à un cheval déboule d’une rue transversale.

Les habitants de toutes les maisons qui donnent sur la route asphaltée sont assis sur des bancs devant leur clôture et devant chaque petit groupe se trouvent un ou deux énormes filets de pommes de terre. Des kilo et des kilo de patates à vendre sur une route déserte.

C’est la première fois que ça se produit. Les yeux enregistrent, le cerveau produit un truc informulé qui provoque une crispation d’estomac, et enfin émergent les mots : Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu ferais mieux de faire demi-tour !
Nous avons encore fait pas loin de 200 km ce dimanche là, avant d’arriver à Vadu Izei (Maramures) et dans tous les villages, sans exception, les habitants étaient assis sur des bancs accolés à la clôture de leur maison, bavardant et regardant passer les plus ou moins nombreuses voitures. La plupart ne vendaient rien. J’ignore s’ils s’invitent entre voisins ou si chacun reste devant chez soi, mais quoiqu’il en soit c’est l’activité dominicale.



Les pommes du cimetière d’Ieud. (Maramures)

Ieud est un petit village de la vallée, plongée entre de verdoyantes collines, de l’Iza, affluent de la toute proche Tsiza, cette rivière que les hommes ont voulu frontière et qui après avoir divisé l’Ukraine et la Roumanie, piquera au sud pour rejoindre le Danube à Belgrade. Dans le lit de l’Iza, encombré de graviers sur lesquels gît une énorme quantité de matières plastiques, quelques hommes pêchent, les femmes lavent leur linge, les enfants se baignent.

Entrés dans le village, laissant la route asphaltée pour un chemin de terre et de gros galets, on atteint le cimetière blotti autour de la minuscule église (ou peut-être est-ce l’église qui est venue se nicher là, difficile à dire), entièrement en bois, aux murs intérieurs couverts de scènes historiées de couleurs sombres.

Les cimetières, dans les Maramures, comme d’ailleurs en Bucovine, ne sont pas ceints d’une clôture : si les vivants isolent leurs demeures derrières des barrières de bois, les morts ont pignon sur rue. On se retrouve brusquement parmi un fouillis qui semble inextricable de petites croix de bois sculpté, surmontées d’un arc métallique, souvent de guingois, enfouies dans les fleurs aux couleurs vives, les herbes folles où quelques poules cherchent leur pitance. On découvre avec stupeur que parmi les pierres tombales récentes, nombres d’entres-elles ne portent que la date de la naissance. On s’aperçoit de l’ombre fine qui nous baigne et, levant la tête, on voit de magnifiques pommiers aux fruits luisant sous le soleil. Ce cimetière, comme tous ceux que nous visiterons dans les Maramures, est une explosion de vie, vigoureuse et colorée.

Le 15 août, traversant la Bucovine, nous avons vu les villageois pourvus de paniers d’osier débordant de victuailles se diriger vers les cimetières où les premiers arrivés s’étaient déjà installés sur les tombes. Pour un pique-nique ?


On the road (1).

Bien… là il me faut commencer par parler de la route en elle-même. Parce que les routes roumaines c’est quelque chose… L’asphalte (ou parfois, rarement, les plaques de béton, tou doum, tou doum, tou doum, tou doum, SCHKLONG !, ma porco dio !!! porca madona !!!!! tou doum, tou doum…) est réservée aux axes principaux, dès qu’on s’en écarte c’est de la terre.

Et puis quelle asphalte ! Des strates successives, un patchwork d’asphalte où à l’improviste surgissent devant les pneus des nids de dinosaures. Mais ils y travaillent…à petite ou grande échelle. A petite échelle ça consiste à ajouter un rectangle noir sombre luisant aux diverses teintes de gris pré-existantes, à grande échelle cela signifie refaire 100 ou 200 km, d’un coup : un feu, 1 km de travaux, 3 km de route, un feu, 1 km de travaux, 3km de route, un feu, 1 km de travaux… (2 heures pour faire les 50 km avant Campunlung Moldovenesc, 4 heures pour faire les 120 km séparant Sibiu de Brasov).

Sur la route il y a aussi les passages à niveaux, c’est à dire, dans les Maramures, un panneau triangulaire avec un train (en option), un stop, et une plaque rectangulaire “attentie la tren”. Ne pas marquer le stop (et le conducteur a, outre la possible arrivée d’un train, tout intéret à le faire vu le denivelé entre les rails et l’asphalte) est sans doute la plus grave infraction au code de la route. Le seul hic c’est que la visibilité est souvent trés réduite, on tend l’oreille, on croise les doigts et on passe.

Il y a bien une quatre-voies indiquée sur la carte, de Iasi à Buzau, indéniablement une belle route, au goudron presque lisse, mais en fait c’est une 2 voies + 2 x ¾ voies (autrement dit si un camion roule sur la ¾ voie et qu’il y a du monde en face, et il y en a sur cet axe Bucarest-Ukraine, pour doubler c’est des prunes) et comme, en plus, il y a un village, voire une ville (il n’existe pas de rocade de contournement, la route passe au centre) toutes les 10-20 bornes… ben, mieux vaut ne pas compter avaler trop de km dans une journée.



On the road (2)


Et sur la route alors ?

Des voitures bien sur, des Dacia 1310 ou 1410 (en version berline, break, fourgonnette fermée ou ouverte qui transportent absolument de tout et peuvent atteindre, pour peu que la galerie soit chargée, des hauteurs tout à fait respectables. Il y a aussi les plus récentes Dacia Super Nova ou les modernes Logan, et puis quelques rares grosses cylindrées, allemandes ou japonaises, 4 x 4. Rares à moins qu’elles ne soient immatriculées en Italie, essentiellement, mais aussi un peu en France ou en Espagne (dans certains bourg des Maramures, de Moldavie ou du delta, plus de la moitié des voitures viennent des pays cités précédemment, en général toutes de la même province ou département).

Quelques camions aussi, récents ou antiques.
Et puis d’autres véhicules, à commencer par une remarquable quantité de charrettes, pourvues d’une plaque d’immatriculation, attelées à un ou deux magnifiques chevaux suivant le poids du chargement ou l’aisance du propriétaire. Que transportent-ils dans les charettes ? Et bien là encore de tout. Les plus impressionnantes sont sans doute celles chargées d’herbe fauchée comme naguère, immenses, bouchant l’horizon, les paysans trônant tout en haut de cette masse fraiche et odorante. Et puis il y a les très longues, celles où sont les troncs élagués des sapins, souvent en convoi, et les très lourdes où l’on voit les parpaings de béton destinés à la construction de nouvelles villas ou au contraire des gravats de démolition, les parfum-campagne chargées de fumier, les transports familial, les transports de bestiaux, de tout, vraiment de tout, et tant…

Enfin on croise ou double pas mal de bicyclettes, souvent avec un coussin sur la selle pour améliorer le confort, simple moyen de déplacement ou elles-aussi dévolues au transport, un sac au contenu inconnu jeté en travers du porte-bagages, ou encore la faux, fixée au cadre, dont l’arc épouse celui de la roue.

Le tableau ne serait pas complet si je n’évoquais pas les bêtes. Pas les hérissons, non, ni meme les chats ou les chiens, mais les vaches ou les chevaux, paissant librement (surtout en Bucovine et Moldavie) sur les bas-cotés herbeux dans les villages et qui, si l’herbe leur parait plus verte chez le voisin d’en face, traversent la route d’un pas de sénateur.

La tortueuse Buzau-Brasov, au final nocturne, restera un souvenir mémorable. Traverser ces villages grouillant d’ombres, plongés dans l’obscurité (le faible éclairage public s’allume à neuf heures précises mais il fait sombre depuis longtemps), est une hallucinante, et épuisante, expérience de conduite.
D’ailleurs les Roumains eux-mêmes, conscients des multiples dangers qui les guettent, prennent de drastiques mesures de précautions. A Néamt, le plus gros monastère masculin de Roumanie, une famille était venue quèrir un pope. Un mort avons nous pensé... mais le petit groupe s’est arrêté près d’une Mégane rutilante, a ouvert malle et portières et le pope a longuement aspergé le véhicule d’eau bénite (?), marmonnant dans sa barbe, marmonnements repris en coeur.


On the road (3)

Quelques mots sur l’environnement immédiat, entre le bitume et la cloture des demeures, ou les champs…
Elles sont joliment ombragées les routes roumaines. En montagne, elles se prélassent sur des kilomètres entre deux hauts rideaux de conifères ou plus bas de hetres. Si nous sommes dans une plaine cultivée, elles filent entre deux rangées d’arbres, des noyers le plus souvent, parfois des tilleuls. Beauté abimée par la quantité d’ordures que les Roumains (seulement eux ?) jettent négligemment des voitures.

Régulièrement on voit des aires de pique-nique aménagées, mobilier de béton peint de couleurs vives, orange ou jaune généralement. Mais le voyageur éprouve rarement l’envie d’y faire une halte étant donné les quantités d’immondices qui les envahissent, immondices qui font toutefois le bonheur des chiens errants.

Dans les villages, le plus souvent, un fossé herbeux aux larges rives plantées d’arbres longe la route de part et d’autre. Sur ces talus paissent les vaches ou les chevaux, picorent les poules, se dandinent les oies, jouent les enfants, grimpant au arbres ou farfouillant dans l’eau, stationnent les voitures ou les charrettes.

Dans la plupart des bourgades c’est aussi là que se trouvent le, ou les, puits publics où les femmes viennent s’approvisionner en eau (en Transylvanie saxonne les puits ont été remplacés par des robinets).

Cet espace est aussi un lieu de commerce où les villageois vendent leurs productions, ou leur cueillette, tous la même en général. Patates ou tresses d’oignons dans l’ouest, cèpes, mures ou myrtilles dans les régions montagneuses de Moldavie, poivrons, aubergines géantes, tomates quand on s’approche du delta et quand on y parvient, raisins blancs .

Au delà il y a les maisons, ou les rares activités commerciales en dur, au premier rang desquelles on trouve les cahutes des inévitables et indispensables “Vulcanizzare” c’est-à-dire les réparations de pneus. Beaucoup de “piese auto” aussi et quelques “magazin mixt”, ces Galeries Lafayettes + Carrefour …de 5 à 20 m2.

Si on pénètre dans un bourg de quelque importance l’entrée est signalée non par un simple panneau mais par un monument de béton armé (dont l’armature rouillée est parfois très visible) qui peut atteindre de notables dimensions pour les grandes villes. Toujours les salutations de bienvenue à l’entrée “bine aiţi venit”, toujours les voeux de bon voyage à la sortie “drum bun” (bonne route en fait).



Vert, verts


La couleur de la Roumanie c’est le vert, enfin les verts, avec toutes les nuances possibles et imaginables. Vert presque noir des sapins, vert tendre des hêtres, vert-gris de l’osier, vert laiteux des mélèzes, vert vif de l’herbe rase poussant sur les berges des cours d’eau, vert émeraude ou vert pale translucide nappé de blanc mousseux des torrents, vers lumineux moucheté de teintes vives des fleurs dans les champs, vert-brun scintillant du Danube...


Il y a une joie sauvage, primitive, à s’enfoncer dans une forêt roumaine (pas un petit bois, non, une forêt, une vraie, de celles où on peut se perdre, et errer). L’orée franchie, les pieds ne foulant plus qu’un tapis d’aiguilles ou de feuilles, on pénètre dans le règne des sons subtils, du presque silence. Seul s’entend le bruissement régulier des feuilles froissées par la brise. Les pas deviennent élastiques, les sens s’exacerbent, l’ouie, l’odorat reprennent leurs droits. Ca et là les sangliers ont laissé des empreintes qui attirent le regard. Le moindre craquement lointain fait dresser l’oreille et scruter la profondeur des bois, aux aguets.
Parfois, là, luisant, à moitié dissimulé dans les herbes qu’éclairent un rayon de soleil, le cèpe. Les ongles s’enfoncent dans l’humus pour l’arracher à la terre et il laisse sur les doigts un parfum moite. Le raidissement des muscles annonçant la fatigue et le pactole (60 cèpes) dans le panier, l’eau à la bouche à la perspective du festin, on rebrousse chemin, retrouve la rivière et confie à l’eau rapide et fraîche le soin de masser les pieds endoloris.

Dans les forêts il arrive aussi de croiser de longs et étroits sillons, traces laissées par les troncs abattus et attelés à un cheval qui les descendra dans la vallée.

Il y a une douleur à voir ce qu’il advient des forêts roumaines. Visiblement (qu’en est-il de l’invisible ?) le pays est à genoux. Des colosses industriels rouillés laissent encore échapper quelques fumeroles mais on ne peut que douter de leur rentabilité. L’agriculture semble faite de petites propriétés, exploitées avec des techniques antiques (labour à la charrue, fauchage à la faux, sauf dans la plus moderne Transylvanie, et encore…) qui suffisent sans doute à peine à assurer la subsistance d’une famille et dans les champs à perte de vue du delta le tournesol ou le mais sont étiques. Ce ne sont probablement pas non plus les quelques puits de pétrole fonctionnant entre Braila et Buzau qui vont le sortir de l’ornière. En Transylvanie seulement, aux abords de Brasov et Sibiu, ou dans le Banat, vers Arad, nous avons vu des hangars récents laissant supposer des activités productives et/ou commerciales modernes.

Il semble bien que la ressource la plus immédiatement accessible et exploitable soit le bois, et ils (qui est ils ?) ne s’en privent pas. Dans la banlieue de Deva, il y a une gigantesque entreprise, un espace grand comme le parking d’un de nos centres commerciaux couvert, littéralement couvert, de collines d’une vingtaine de mètres de haut de troncs et à Radauti (Moldavie, frontière Ukraine) les Autrichiens en construisent une encore plus grosse (sur le moment j’ai cru que c’était un aéroport en construction), important le personnel dirigeant et les techniciens.

Sulina

Si j’avais dû choisir un seul endroit en Roumanie, je serais allée à Sulina. Une de ces villes dont on parle au passé, un lieu du naguère.

Sulina est la ville roumaine née de la rencontre du Danube et de la Mer Noire. Au début du siècle dernier il y avait du monde à Sulina, je devrais même dire, le monde. Abritant le siége de la Compagnie de Navigation du Danube, la ville comptait quelques 20 000 habitants. Grecs, Turcs, Russes, Juifs, Roumains, Maltais...s’y cotoyaient. Une ville cosmopolite, grouillante d’activité, de langues, de saveurs. Un carrefour, une plaque tournante, une ville à laquelle un marin-écrivain roumain, admirateur d’un corsaire dunkerquois, avait dédié un roman, Europolis. L’abandon progressif de la navigation fluviale et les de la seconde guerre mondiale en ont amorcé le déclin, déclin se consummant avec l’expulsion des Grecs en 1951, alors que ceux-ci constituaient encore presque la moitié de la population de la ville.

Il n’y a pas de route qui mène à Sulina, on y accède par bateau après de 60 km de navigation sur le bras principal roumain (le bras le plus large est celui qui plus au Nord marque la frontière avec l’Ukraine). Les berges, renforcées de pierres, sont d’abord couvertes de bois de peupliers, puis de prairies et de saules les pieds dans l’eau et enfin de joncs, les hérons cendrés et les aigrettes pêchent. On y croise quelques rares navires marchands suivis de mouettes et goelands, battant pavillon turc se dirigeant vers Tulcea ou plus loin vers Braila (on retrouvera l’un d’eux le surlendemain lors du passage en bac du Danube dans cette dernière ville).

Au terme d’une heure de navigation dans un hydroglisseur antique, surchauffé et peuplé de Roumains pourvus de sacs énormes dont dépasse l’attirail du parfait pêcheur qui vont passer leur week-end en bord de mer, on aborde à Sulina.

Sur une rive, une rue de terre battue que bordent quelques maisons disparaissant derrières leurs clôtures et les hangars de chantiers navals désormais déserts entre lesquels paissent les chevaux. Sur l’autre rive le quai auquel sont arrimés quelques bateaux hôtels qui parcourent le delta, vides. Une rue pavée, une promenade pavoisée de drapeaux roumains et européens, sur laquelle donnent deux ou trois belles bâtisses de style grec récemment repeintes, les terrasses ombragées de deux bars modernes, l’unique distributeur à billets de la BRD, l’inévitable immeuble croulant de béton, deux épiceries : un minuscule centre-ville.

Au-delà les habituelles petites rues de terre bordées de maisons enfouies sous les fleurs, quelques maisons grecques qui ne tiennent plus debout que par miracle, un phare trapu à la blancheur éclatante aujourd’hui loin de la mer, un square pour enfants aux tourniquets brisés et balançoires rompues, un cimetière anglais ceint d’un grillage au milieu de nulle part, un navire rouillé échoué envahi par les joncs, une route de gravier qui parcours la lande brûlante pour arriver à la plage, équipée de deux paillotes qui se livrent à un concours de musique hurlante, la Mer Noire, noire.

Que faire à Sulina ?
Rien.
Ou plutôt, se laissant gagner par cette torpeur de bout du monde, prendre le temps, s’offrir le temps d’observer le ballet virtuose des hirondelles qui chassent, la lourdeur du vol rectiligne du cormoran, les îles mouvantes et éphémères que dessinent les oiseaux marins, les corps luisants des silures qui suffoquent… flotter entre rêve et méditation.

Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.
A. Camus

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pondy
France

4 avril 2008 à 7:04

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Incroyable, Anàssa, tu te lances dans le « carnet de voyage » !

Je craignais un récit trop intellectualisé et la curiosité de te lire autrement qu’au travers des discussions a été la plus forte.

Super, original, et, étrangement transparait une sorte de sensualité ..
Je retrouve des bribes d’impressions vécues lorsqu’on a traversé ce pays (les patates)
La description du cimetière est mon passage préféré. Serein .

J’imagine que tu ne considères pas que tu as terminé l’esquisse ? Je ne suis pas allée assez loin en Roumanie avec ces premiers tableaux..

Dom.



Anàssa (en ligne!)
Italie

Photo/image personnelle du membre Anàssa.


4 avril 2008 à 7:29

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Re: [pondy] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Bonjour Pondy,

Merci Gêné

Il m'est venue l'envie de participer autrement à VF qu'en ferraillant dans la rubrique "Pensée et réflexions"Clin d'oeil

Il reste deux chapitres, en cours d'écriture.
L'un est consacré à l'architecture et l'autre aux quelques Roumains que nous avons eu l'occasion de croiser...
Peut-être Bucarest aussi, mais le texte de Migrador sur le sujet est vraiment très bien, alors un autre ? Je ne sais pas encore.

Catherine

Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.
A. Camus


Timouss
Île de France, France

Photo/image personnelle du membre Timouss.

Description de la photo/image: Landmannalaugar, au coeur de "mon Islande". C'est ici que seront dispersées mes cendres (le plus tard possible !!!).


5 avril 2008 à 8:00

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Bonjour Anàssa,

Ton récit me ramène 34 ans en arrière. Apparemment, rien n'a bougé depuis.
J'attends Bucarest pour me faire une idée.

Timouss


Anàssa (en ligne!)
Italie

Photo/image personnelle du membre Anàssa.


6 avril 2008 à 3:44

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Petits villages…

Maramures où le bois règne sans partage.
Barrières de bois que l’on franchit par un portail de bois, parfois de dimensions imposantes, sculpté de scènes historiées souvent à thèmes religieux où l’humaine mère embrasse l’enfant divin. On pénètre alors dans une cour : un puits de bois chapeauté, une étable de bois dont l’unique fenêtre donne directement sur le potager rendant aisées les fumures, une maison de bois chenue, à véranda ouverte, qu’atteint un unique câble électrique, qui si l’on se fie aux paraboles omniprésentes doit servir à alimenter une télé. Tout est noyé sous les fleurs chatoyantes. Villages de contes…Villages dont les habitants eux-mêmes semblent surgis d’une fable, femmes avec leurs jupes bouffantes juste au-dessous du genou, fichu assorti et chemisier blanc empesé.
Seules les toitures en plaque d’aluminium (?) détonnent. Elles luisaient étrangement ce soir d’orage à Vadu Izei, elles y déclinaient les gris avec la brume le lendemain.

Maramures où le bois régnait sans partage.
Les émigrés se font désormais construire de modernes maisons de parpaings aux enduits qui flashent. Les autres villas récentes adoptent également ces matériaux, la tradition se réfugiant désormais dans le savant dessin des charpentes.

Les seuls édifices qui sont toujours intégralement bâtis en bois sont les églises. Et ils en construisent ! Cela semble même être un concours : qui fera la plus haute ? Le record est à ce jour détenu par le monastère Peri de Sapanta dont la flèche effilée qui culmine à 74 mètres coiffe un clocher trapu.
Cette frénésie dans l’édification d’églises n’est d’ailleurs pas le propre des Maramures, partout l’heure de la revanche a sonné.

Franchi le col de Prislop, on dévale en Bucovine et la Bucovine au regard des Maramures baigne dans l’aisance. Puissantes demeures carrées aux murs couverts d’enduits crème que viennent orner des entrelacs au point de croix. Massifs monastères ceints de hauts murs, auxquels s’adossent les cellules des moines, qui sertissent une petite église intégralement peinte, murs extérieurs du sol au toit largement débordant, double narthex et sanctuaire du plancher à la voûte, angelots virevoltants et saints hiératiques à volonté.

En Moldavie apparaissent de longues vérandas aux fines colonnes de métal, dentelle de métal à la base du toit, la travée s’avançant devant l’entrée est signalée par une excroissance du toit en forme de bulbe. Maisons blanches rehaussées de bleu, de vert, de gris aux portes et volets.
Dans le delta, murs de boue séchée, toits et clôture de joncs et dans l’opulente Transylvanie saxonne Dieu et les hommes habitent derrière de hauts murs, loin des regards, villages hermétiques.

… et grandes villes.

Quels adjectifs ? Hideuses ? Epouvantables ? Sordides ?
Nous n’avons fait que traverser Suceava, Bacau, Galati, Braila, Buzau, aussi vite que le permettait la circulation chaotique. Toutes les vieilles bâtisses ont été rasées au sol pour ériger à leur place de modernes immeubles. Sans doute furent-ils modernes en leur temps, mais ils ont mal vieillis, très mal ; le béton s’effrite laissant voir l’armature, les enduits sont pisseux, il semblerait par endroit que l’on ait utilisé les portes à soufflets des vieux autobus pour clore les balcons… Quand par hasard un édifice du siècle dernier, souvent en piètre état, résiste encore, on en vient à le trouver incongru. Une ville roumaine ça ressemble à une banlieue française avec ces hautes barres d’immeubles, ces tours, mais qui n’aurait jamais été entretenue et à laquelle il faut ajouter des canalisations (de gaz ?) aux gaines usées qui sillonnent souvent les rues au dessus de le tête des automobilistes et des passants. Un échec, un terrible échec.


Cette description ne s’applique ni à Brasov, ni à Sibiu, ni même à Alba Iulia du moins dans son quartier historique. On retrouve dans ces dernières une allure très Europe centrale, opulentes demeures massives aux teintes pastels, palais aux façades sculptées, vieilles églises austères, fragments d’Allemagne dans les Carpates.



Instants humains

Il manque les hommes dans ce récit. J’ai hésité, j’hésite encore. Il est difficile de parler des hommes…j’essaye.

Sighetu Marmatei, sur la longue place centrale un gros hôtel ancien. Nous avons faim, peut-être fait-il aussi restaurant ? Une salle gigantesque, moulures de bois et lustres à pendeloques, des dizaines de tables aux nappes blanches immaculées. Personne. Sauf nous. Le serveur, un homme entre deux âges, chemise blanche et gilet, a envie de parler. Il parle roumain, sourire impuissant de ma part, j’essaye l’anglais, non, le français, non, l’italien peut-être, non plus, l’allemand à tout hasard, pas davantage…
Dès que les verres à pied sont vides, il les remplit de bière, aux petits soins, en silence désormais.
La salle a de vastes baies aux glaces sans tain qui donnent sur la place sur laquelle se presse une foule nombreuse et mobile. Les hommes marchent sur le trottoir sans prêter aucune attention à leur reflet, les femmes jettent un coup d’œil, s’arrêtent parfois, rectifient une mèche rebelle, ajustent un fichu. Nous les observons, nous les observons tous les trois. Le serveur attire notre attention sur quelques-uns. Sourire entendus, rires de connivence…

Ramona tient avec son mari une maison d’hôte dans les Maramures. Ils se sont récemment lancés dans cette activité. Elle nous chouchoute, multipliant les délicates et discrètes attentions : les prunes fraîchement cueillies nous attendent sur la terrasse, elle nous prépare à nouveau une double ration des plats que nous avons aimé la veille (Ah ! son gâteau aux noix !), rosit de confusion si elle oublie un couvert. Ce soir elle pose sur la table une soupière fumante. PierAndrea se penche, se fige, regarde Ramona ; elle le regarde, contrôle d’un coup d’œil le contenu de la soupière, le regarde à nouveau, le temps s’arrête autour d’une soupe. Enfin, elle se tourne vers moi, inquiète, « Quelque chose ne va pas ? ». Je lui explique en riant que, pour un Italien, voir des boulettes de polenta nager dans la soupe est un spectacle stupéfiant. Nous rions tous. La soupe sera dévorée, polenta comprise.

Braila cuit dans une chaleur suffocante. Les petits bacs effectuent leur rotation ininterrompue. A l’embarcadère sommaire et poussiéreux, des adolescents, presque des enfants, jouent. Ils plongent, souples, s’enfoncent, hardis, dans les eaux brunes, émergent plus loin, s’interpellent, disparaissent à babord, réapparaissent, essoufflés, à tribord, rient à gorge déployée. Enfants du fleuve. Le chargement achevé, le capitaine lance des ordres secs. La joyeuse bande se hisse alors sur les pontons, piétine d’impatience. Le bac poussif s’éloigne. Les fils du Danube rejoignent les eaux dont ils ont la couleur.

Un soir d’août à Gura Ralui. Confortablement installés sous l’auvent de bois tapissé de peaux de sangliers, les yeux encore éblouis par les collines blanchies par la laine tondue que les bergers recueillaient, nous finissons le plat de viande bouillie, légumes et riz. Notre hôte nous verse le frais vin blanc de la maison. Les corps se relâchent, les effets combinés du vin et de la tsuica délient les langues. Au diable la correction grammaticale, tant pis pour le mot précis introuvable. Une pincée de roumain, un zeste d’anglais, une cuillerée de français, quelques gouttes d’italien, secouez bien et hop ! il en sort un outil de communication acceptable, d’autant plus qu’il y a autant d’interprète, en chaîne, que de convives. Nos commensaux racontent. Les difficultés avant la révolution, les difficultés après la révolution, l’indignation devant la mise à mort le jour de Noël (avant ou après, mais pas ce jour-là !), le travail pour Daewoo qui a racheté les chantiers navals de Costanza, les 7 jours de vacances par an, les années fastes, l’absence de main-d’œuvre roumaine acceptant de travailler dans ces conditions, et l’importation d’ouvriers de Chine ou d’Amérique Latine, l’ancien métier d’ingénieur dans une usine sidérurgique, le nouveau de professeur d’histoire, le regret de voir que les jeunes ne se réunissent plus comme naguère pour des soirées où fusaient les chants et se débridaient les danses, l’exceptionnelle tenue à l’alcool des patrons coréens, le basilic porte-bonheur qu’il ne viendrait à l’idée de personne de mettre dans une salade de tomates, la laine qui ne trouve plus d'autre acheteur que les Turcs… la conversation roule, décousue, chaleureuse, interruption, reformulation, rires, silences, échanges vifs, sourires…
Une belle soirée d’août à Gura Ralui.

Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.
A. Camus
(Ce message a été modifié par Anàssa le 6 avril 2008 à 4:25.)


Glatch
Ilmmünster, Bavière, Allemagne



6 avril 2008 à 5:56

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Comme nous sommes deux mules, aucun n’a cédé et il nous a fallu inventer autre chose, inventer un ailleurs commun possible.


Salut Anàssa,

je ne savais pas que les "mules" rêvaient d´horizons aussi différents! Mais vous avez bien fait de jeter votre dévolu sur la Roumanie.
Ton récit est superbe, voilà pourquoi!

Je me surprends aujourd´hui à rêver de Sulina, surtout parce qu´apparemment, il n´y a rien à y faire. (Il faut dire qu´il y un peu de la mule en moi aussi!).
Et c´est noté, je ferai dorénavant un voeu en parfumant mes salades de tomates...

Ton carnet est très évocateur, que tu nous promènes hors du temps pour que tu nous perdes dans les méandres du Danube.

Merci.

Agathe


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rce
Bucarest, Roumanie

6 avril 2008 à 10:04

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Très bien écrit, mais franchement c’est en même temps assez stéréotype (les inévitables anciennes voitures et charrettes, l’antithèse beaux villages/horribles cites, la vision négativiste sur l’économie roumaine etc.).


Anàssa (en ligne!)
Italie

Photo/image personnelle du membre Anàssa.


6 avril 2008 à 12:00

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Re: [rce] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Bonjour,

Oui, comme je le disais en introduction, je n'y ai passé que quinze jours, en coup de vent donc.
Je ne savais rien de la Roumanie avant d'y mettre les pieds, enfin si, "le pays de Dracula" et une image atroce d'un couple effondré dans un coin, c'est pour le moins maigre. Ajoutons la lecture de deux livres de Norman Manea avant le départ et j'ai fait le tour.
Dans ces conditions j'ai été sensible à ce qui "frappe", "saute aux yeux".

Je serais ravie que tu précises, corriges même si nécessaire...

Dans quel état est l'économie roumaine ? (je n'en ai eu d'écho que par les quelques Roumains que j'ai rencontré, qui m'ont expliqué que pas mal d'entrepreneurs d' Europe de l' Ouest fermaient leurs usines déjà plus rentables pour les transporter en Asie, qu'ils avaient un mal fou à arriver en fin de mois avec des salaires tournant autour de 200 € alors que les prix de l'électroménager, par exemple, sont comparables aux nôtres. Ceci dit, je ne sais pas, ce n'étaient que des avis individuels...)

Catherine

Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.
A. Camus


catherineGil
Montpellier, France



7 avril 2008 à 13:09

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Re: [Timouss] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Bonjour Timouss,

Il n'y a plus les infâmes Ceaucescu et ce changement là, se voit partout, en tous cas dans le Maramures et la Bucovine !

Catherine
La seule manière de cultiver sa culture, c'est d'accepter de la mettre en danger.

http://www.catherinegil.over-blog.com
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rce
Bucarest, Roumanie

7 avril 2008 à 14:45

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

C’est normal d’observer les choses « frappantes », mais ce n’est pas une raison pour minimaliser ou ignorer les signes visibles des transformations que la Roumanie subisse maintenant.


Par exemple, de votre récit on peut croire que dans Roumanie le commerce se déroule surtout dans des petites magasines « de 5 a 20 m » (et peut être dans quelques rares centres commerciales modernes situées en Transylvanie) ; en réalité les types de commerce « modernes » (supermarchés/ hypermarchés) ont déjà un part de marche réelle de presque 80% - il y en a dans presque toutes les villes assez larges.


La situation de l’économie est très diverse: certaines parties (les constructions, le secteur bancaire) vont très bien, autres sont dans une situation désastreuse (l’agriculture, comme vous avez observe, ou même le tourisme). Quant à l’industrie, après le grand décline des années 90, elle a finalement recommence a croître dans les derniers 3-4 années.


Bien sur, il faut reconnaître que les revenus de la population restent terriblement bas (statistiquement, en Janvier 2008 le salaire moyen était environ €320) ; de plus, il y a des très grandes différences entre les zones rurales et urbaines (dans une grande ville le salaire moyenne est deux-trois fois plus grande que celui mentionne au-dessus, mais dans un village il peut être moins de moitié).


Anàssa (en ligne!)
Italie

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9 avril 2008 à 13:31

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Re: [rce] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Bonsoir,

" C’est normal d’observer les choses « frappantes », mais ce n’est pas une raison pour minimaliser ou ignorer les signes visibles des transformations que la Roumanie subisse maintenant. "

Il me semble que j'ai évoqué les constructions actives quoique disparates de routes (je l'ai vu), la construction de villas modernes (je l'ai vu. Je n'ai pas toutefois précisé que dans les Maramures, la Moldavie et dans une moindre mesure le delta, la voiture stationnée devant était immatriculée à l'étranger, dans l'énorme majorité des cas), les paraboles sur les maisons (je les ai vues), je ne peux pas parler des centres commerciaux dans les banlieues des villes que nous avons traversées (je ne les ai pas vus, sauf comme signalé en Transylvanie, et vers Arad), je reconnais sans peine que nous n'avons toutefois pas sillonné ces villes à leur recherche, peut-être étaient-ils tout simplement ailleurs.

Par exemple, de votre récit on peut croire que dans Roumanie le commerce se déroule surtout dans des petites magasines « de 5 a 20 m »

Il me semble qu'un lecteur un peu attentif de mon récit comprend aisément que notre voyage était axé sur la Roumanie rurale et que je fais donc allusion au genre de commerce que l'on trouve dans les villages, les bourgs.
La formule "
ces Galeries Lafayettes + Carrefour …de 5 à 20 m2. " était destinée à faire sentir l'incroyable diversité des marchandises présentes dans un si petit espace, une vitrine réfrigérée, autres denrées sur des étagères, un portant de vêtements, les produits d'entretien, les produits de toilette...

Merci pour les informations que vous nous livrez sur l'état économique de la Roumanie.
Une question : à quoi la bonne santé du secteur bancaire est-elle due ?

Catherine


Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.
A. Camus


Anàssa (en ligne!)
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9 avril 2008 à 13:36

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Re: [Glatch] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Bonsoir Agathe,

"Je me surprends aujourd´hui à rêver de Sulina, surtout parce qu´apparemment, il n´y a rien à y faire."

Ah ? J'aurais cru que c'étaient "l
es îles mouvantes et éphémères que dessinent les oiseaux marins" qui t' (vous !) y auraient attirée...Clin d'oeil

Catherine


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A. Camus


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Glatch
Ilmmünster, Bavière, Allemagne



10 avril 2008 à 8:25

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Salut Anàssa,

que veux-tu dire par là ?
tu n´es pas forcée non plus de me traiter de tous les noms d´oiseaux!
D´ailleurs pensais-tu aux mouettes, au fous, peut-être même aux manchots ?!

Cet après-midi en revanche, figure-toi que je me surprends à rêver du "gâteau aux noix" !

Non, sérieux, tes descriptions détaillées des lieux et des personnages ornent, ou plutôt structurent merveilleusement ton récit qui se suffit à lui-même :
à aucun moment on a besoin d´aller voir au rayon "les photos" du Forum pour voir à quoi ressemble Sulina...
Tu nous fais voir et surtout... tu nous fais vivre "ta" Roumanie.
Je le redis donc (mais après, ca ira!): j´ai beaucoup aimé.

Agathe


rce
Bucarest, Roumanie

10 avril 2008 à 15:05

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre


 Citation 
Il me semble que j'ai évoqué les constructions actives quoique disparates de routes (je l'ai vu), la construction de villas modernes (je l'ai vu. Je n'ai pas toutefois précisé que dans les Maramures, la Moldavie et dans une moindre mesure le delta, la voiture stationnée devant était immatriculée à l'étranger, dans l'énorme majorité des cas), les paraboles sur les maisons (je les ai vues), je ne peux pas parler des centres commerciaux dans les banlieues des villes que nous avons traversées (je ne les ai pas vus, sauf comme signalé en Transylvanie, et vers Arad), je reconnais sans peine que nous n'avons toutefois pas sillonné ces villes à leur recherche, peut-être étaient-ils tout simplement ailleurs.


Par « minimaliser » je voulais dire, par exemple, que vous parlez des petites réparations de route quand il y a des projets routières massives en construction (par exemple l’autoroute Bucarest – Brasov – Cluj - frontière hongroise, qui traverse pratiquement tout le pays, ~580 km longue).

Et pour clarifier sur les voitures immatriculées a l’étranger il faut dire que une partie d’entre eux appartient (comme vous suggérez) aux 2 a 3 millions de roumains qui travaillent a l’étranger (surtout en Italie et Espagne) et qui reviennent de temps en temps en Roumanie pour revoir leurs familles, faire des vacances, faire des investissions, bâtir le maison de leurs rêves etc.

L’autre partie appartient a ceux qui ont achète ces voitures dans les pays respectives et ne veulent pas les immatriculer en Roumanie a cause des taxes d’immatriculation ridiculement élevés pour les voitures d’occasion importées– pour ce même motif il y a tant de voitures anciennes roumaines.


 Citation 
Il me semble qu'un lecteur un peu attentif de mon récit comprend aisément que notre voyage était axé sur la Roumanie rurale et que je fais donc allusion au genre de commerce que l'on trouve dans les villages, les bourgs.


Evidemment, j’ai compris ça, mais il n’y a grande chose dans votre récit à suggérer que c’est différent dans les villes.


 Citation 
Une question : à quoi la bonne santé du secteur bancaire est-elle due ?


Le secteur bancaire s’est développe fortement depuis deux, trois ans en relation avec la croissance relative des possibilités financières de la population (comme je disais, le salaire moyen en Janvier était justement 320 euros, mais ça représente une croissance de 25-30% compare avec Janvier 2007, quand il était environ 250 euros), avec l’entrance sur le marche des grandes banques internationales et surtout avec la relaxation des conditions pour obtenir du crédit (naturellement, dans la situation financière internationale actuelle cette relaxation ne semble plus une idée très bonne)


Anàssa (en ligne!)
Italie

Photo/image personnelle du membre Anàssa.


11 avril 2008 à 14:20

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Re: [rce] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Bonsoir,

" L’autre partie appartient a ceux qui ont achète ces voitures dans les pays respectives et ne veulent pas les immatriculer en Roumanie a cause des taxes d’immatriculation ridiculement élevés pour les voitures d’occasion importées– pour ce même motif il y a tant de voitures anciennes roumaines. "

Une très intéressante information...
Ignorant cela, je me souviens avoir pensé, lorsque nous avions traversé Borsa où presque toutes les voitures sont immatriculées en Italie, que la ville devait être très dépeuplée hors du mois d'août.
Merci.

Catherine

Ce sont les rêveurs qui changent le monde, les autres n'en ont pas le temps.
A. Camus


Dolma (en ligne!)
Paris & PardelalOcean, France

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Description de la photo/image: couleurs québécoises entre feuilles et plume...


21 avril 2008 à 4:39

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Re: [Anàssa] Esquisses roumaines [En réponse à] Répondre

Bonjour Anàssa,

J'avais bien fait de mettre de côté ce carnet, j'ai pu enfin le savourer tout à loisir et tout à plaisir... Sourire
Merci pour la présentation originale d'un pays que l'on voit bien peu "exposé" ici et merci aussi pour cette écriture pleine de charme et de sensibilité.

Dolma

un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
(Ce message a été modifié par Dolma le 21 avril 2008 à 4:55.)